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Sociologie | 225-242 Distribution électronique Cairn pour les éditions Presses Universitaires de France. © Presses Universitaires de France. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
L’université, un espace de régulation. L’« abandon » dans les 1ers cycles à l’aune de la socialisation universitaire
Romuald Bodin
Maître de conférences en sociologie
Gresco – Université de Poitiers – 8, rue René-Descartes, F – 86022 Poitiers Cedex romuald.bodin@univ-poitiers.fr
Mathias Millet
Maître de conférences en sociologie
Gresco – Université de Poitiers – 8, rue René-Descartes, F – 86022 Poitiers Cedex mathias.millet@univ-poitiers.fr
La récente multiplication de rapports ministériels, d’essais et d’articles plus ou moins grand public, ainsi que de travaux scientifiques insistant sur l’existence de taux « catastrophiques » d’« abandon » dans les 1ers cycles universitaires invite au réexamen d’un certain nombre de questions concernant l’université. Quels liens existe-t-il entre les transformations sociodémographiques du public de l’enseignement supérieur et les pratiques de non-réinscription ou de réorientation qui marquent la scolarité d’un grand nombre d’étudiants ? A-t-on raison d’interpréter ces pratiques étudiantes comme le résultat d’« échecs » individuels ou de défaillances institutionnelles ? Ces pratiques présentent-elles des variations en fonction des propriétés spécifiques des filières d’études fréquentées ? Après une analyse critique de ce qu’il est possible d’appeler le « paradigme de l’échec » et sur la base d’une enquête quantitative et qualitative approfondie réalisée au sein de l’académie de Poitiers, l’« abandon » dans les premiers cycles est saisi comme le résultat d’un processus de régulation des aspirations étudiantes et plus généralement des flux successifs de nouveaux bacheliers, redistribuant les étudiants, selon leurs caractéristiques sociales et scolaires, dans les différents secteurs de l’enseignement supérieur, et participant par ce biais au maintien des hiérarchies sociales et universitaires. Ainsi réexaminés, les taux de non-réinscription ne s’avèrent réductibles ni à une simple défaillance institutionnelle ni à la simple agrégation de choix et d’« échecs » individuels. Il s’agit bien d’un « fait social », au sens de Durkheim, dont on peut saisir l’aspect différentiel via la notion de matrice disciplinaire.
The recent surge of government reports, mainstream essays and articles, and even academic studies insisting on « catastrophic » levels of « dropouts » among first-year university students in France invites us to reexamine a certain number of questions regarding the university. What is the connection between socio-demographic transformations in higher education and the propensity of first-year students to leave after their first year or to switch career paths? Is it more accurate to see these actions as stemming from individual « failure » or from institutional deficiencies? Do variations in enrollment patterns vary by discipline, and if so, why? Following a critical analysis of what we could call the « paradigm of failure » and based on a quantitative and qualitative study led at the University of Poitiers, we see attrition rates as the result of control mechanisms operating in this space. We see these as not only shaping students’ own aspirations, but in fact redistributing successive waves of new students according to their social and educational background throughout different sectors of higher education, thereby perpetuating social and academic hierarchies. Thus reexamined, low levels of re-enrollment rates cannot simply be perceived as the result of institutional malfunction nor as the consequence of individual choices and failures. This phenomenon can instead rightly be considered a « social fact » as defined by Émile Durkheim, which manifests itself differentially throughout the disciplinary matrices.Keywords
university, higher education, failures, dropout, social control, disciplinary matrix, student