Travailler 2003- 2 (n° 10)| ISSN 1620-5340 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-914649-27-4 | page 107 à 128

Distribution électronique Cairn pour les éditions Martin Media. © Martin Media. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

Le désenchantement des apprentis facteurs-trieurs

Prisca Kergoat


RESUME — À la suite de l’introduction, dans les années quatre-vingt, des formations par apprentissage dans les grandes entreprises, l’auteure interroge le rapport au travail des apprentis. Le désenchantement des apprentis facteurs/trieurs résulte de la découverte progressive de leurs futures conditions de travail et d’emploi. Si, dans un premier temps, ils développent plaisir et zèle au travail, ils mettent en œuvre, dans un second temps, des pratiques de freinage, de dérobade et d’opposition : ce qu’ont acquis les apprentis, ce n’est pas tant une formation qu’une socialisation au travail, marquée par l’intégration au sein d’un collectif d’apprentis, consistant tout à la fois à adopter des pratiques propres à la culture de travail tout en prenant de la distance avec les traits le plus stigmatisant de la condition ouvrière.

À la suite de l’introduction, dans les années quatre-vingt, des formations par apprentissage dans les grandes entreprises, l’auteure interroge le rapport au travail des apprentis. Le désenchantement des apprentis facteurs/trieurs résulte de la découverte progressive de leurs futures conditions de travail et d’emploi. Si, dans un premier temps, ils développent plaisir et zèle au travail, ils mettent en œuvre, dans un second temps, des pratiques de freinage, de dérobade et d’opposition : ce qu’ont acquis les apprentis, ce n’est pas tant une formation qu’une socialisation au travail, marquée par l’intégration au sein d’un collectif d’apprentis, consistant tout à la fois à adopter des pratiques propres à la culture de travail tout en prenant de la distance avec les traits le plus stigmatisant de la condition ouvrière.
Mots-clés : sociologie du travail, apprentissage, collectif, condition ouvrière.

ABSTRACT — Following the introduction, during the 1980’s, of training through learning within large firms, the author questions apprentices’ relationship with respect to work. Mailmen and sorter apprentices’ disenchantment results from the gradual discovery of their future work and employment conditions. Whereas they initially develop pleasure and enthusiasm for work, they subsequently elaborate slowdown, evasion and opposition practices: what apprentices have actually learned is not so much a skill but a socialisation of work, marked by their integration within a group of apprentices, which consists in the simultaneous adoption of the working culture’s practices, while moving away the most stigmatising features of the working class’ condition.

Following the introduction, during the 1980’s, of training through learning within large firms, the author questions apprentices’ relationship with respect to work. Mailmen and sorter apprentices’ disenchantment results from the gradual discovery of their future work and employment conditions. Whereas they initially develop pleasure and enthusiasm for work, they subsequently elaborate slowdown, evasion and opposition practices: what apprentices have actually learned is not so much a skill but a socialisation of work, marked by their integration within a group of apprentices, which consists in the simultaneous adoption of the working culture’s practices, while moving away the most stigmatising features of the working class’ condition.
Keywords : occupational sociology, apprenticeship, action group, working class condition.

RESUMEN — A partir de la introducción durante los anos 80 de formaciones para el aprendizaje en las grandes empresas, la autora cuestiona la relación con el trabajo de los aprendices. La desilusion de los aprendices carteros/seleccionadores resulta del descubrimiento progresivo de sus futuras condiciones de trabajo y de empleo. Si en un primer tiempo estos desarrollan placer e interés en el trabajo, en un segundo tiempo estos generan practicas de frenaje, de evasión y de oposición: mas que una formación, los aprendices adquirieren una socialización en el trabajo, marcada por la integración al interior de un colectivo de aprendices, que consiste a la vez en adoptar las practicas propias a la cultura de trabajo tomando una distancia de las características mas estigmatizadas de la condición obrera.

A partir de la introducción durante los anos 80 de formaciones para el aprendizaje en las grandes empresas, la autora cuestiona la relación con el trabajo de los aprendices. La desilusion de los aprendices carteros/seleccionadores resulta del descubrimiento progresivo de sus futuras condiciones de trabajo y de empleo. Si en un primer tiempo estos desarrollan placer e interés en el trabajo, en un segundo tiempo estos generan practicas de frenaje, de evasión y de oposición: mas que una formación, los aprendices adquirieren una socialización en el trabajo, marcada por la integración al interior de un colectivo de aprendices, que consiste a la vez en adoptar las practicas propias a la cultura de trabajo tomando una distancia de las características mas estigmatizadas de la condición obrera.
Palabras claves : sociología del trabajo, aprendizaje, colectivo, condición obrera.