Vingtième siècle | 69-82

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L’action populaire pendant la Grande Terreur (1937-1938)

François-Xavier Nérard

Maître de conférences à l’Université de Bourgogne et membre du Centre Georges Chevrier, François-Xavier Nérard est spécialiste d’histoire sociale du stalinisme. Il a publié une étude de la dénonciation en URSS, Cinq pour cent de vérité : la dénonciation en URSS sous Staline (1928-1941) (Tallandier, 2004), et, sous le titre Dessine-moi un Bolchevik, l’édition française de dessins inédits de membres du Politburo stalinien (Tallandier, 2007). Ses recherches actuelles portent sur la « mémorialisation » des violences de masse. (francois-xavier.nerard@u-bourgogne.fr)

Résumé

La Grande Terreur stalinienne est d’abord une terreur d’État, pensée à son sommet et mis en œuvre par ses agents. Cette terreur a pourtant une dimension populaire que cet article cherche à étudier. Largement secrète, la violence stalinienne est néanmoins parfois mise en scène lors de réunions publiques qui contraignent les Soviétiques à en être spectateurs, sinon acteurs. Vote, prise de parole ou dénonciation, écrite ou orale : les moyens de faire participer les Soviétiques sont divers. Pourtant les citoyens sont loin d’être uniquement passifs face à la Terreur. Cet article s’attache plus particulièrement aux lettres envoyées pendant ces mois de violences extrêmes : pour se protéger, pour démentir, pour défendre, mais aussi pour attaquer, pour salir, pour nuire, les Soviétiques ne cessent de s’adresser au pouvoir. Il s’agit ainsi d’étudier l’action populaire dans toute sa diversité.

Mots-clés

URSS, dénonciation, terreur, stalinisme, violence



Stalin’s Great Terror was primarily a State terror: conceived at its top, it was implemented by its agents. There was, however, a popular dimension of the terror that this paper seeks to study. Mostly secret, Stalinist violence was sometimes staged in public at meetings where Soviet citizens were forced to be spectators, if not actors. Soviet people took part in these meetings in different ways: by voting, speaking or denouncing. But people were far from being simply passive against the Terror. This paper focuses more particularly on the letters sent to the authorities during these months of extreme violence: Soviet people wrote continuously to protect themselves, to deny, to defend relatives but also to attack, to smear, to harm others. The aim is to study how the people acted in all the various ways.

Keywords

USSR, denunciation, terror, Stalinism, violence

PLAN DE L'ARTICLE