A contrario
Antipodes

I.S.B.N.294014639X
152 pages

p. 90 à 115
doi: en cours

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Mémoires et thèses

Vol. 1 2003/2

Crise de foi dans l’industrie chocolatière Suchard : du paternalisme à l’État social (1870-1940)

Michaël Voegtli
Cet article analyse la transformation des relations industrielles au tournant du XXe siècle, à partir du cas de l’industrie chocolatière Suchard. Il développe l’hypothèse que le déclin de la forme paternaliste de protection/domination de la main-d’œuvre et son remplacement progressif par l’État social embryonnaire résultent de la conjonction de quatre facteurs. Dès le début du siècle, les luttes ouvrières remettent en cause le modèle de la « bonne usine » défendu par Philippe Suchard puis Carl Russ-Suchard. Elles s’intensifient avec la rationalisation du procès de travail mise en œuvre par la nouvelle direction de l’entreprise, au milieu des années 20. Sur toute la période étudiée, on assiste à un renforcement du contrôle de l’État par l’entremise de l’Inspectorat des fabriques. Ces processus participent de la redéfinition du rôle de l’État vers un interventionnisme accru souhaité tant par les ouvriers que par les nouveaux dirigeants. This article analyses the shift of industrial relations at the turn of the 20th Century by examining the case of the Swiss pioneer chocolate company Suchard. It argues that four factors may jointly explain the replacement of paternalistic modes of corporate protection/domination by the functions sustained by the rising social State. First, shop floor struggles challenge the « good factory » model successively promoted by Philippe Suchard and Carl Russ-Suchard. Second, rationalisation of the labour process reinforces labour struggles. Third, a change in corporate leadership takes place in the mid-1920s. Finally, State control as carried out by the factory inspectorate has become more effective. These four processes are instrumental in redefining the role of the State towards more interventionism as claimed by labour and the new leadership alike.
• La naissance d’une industrie chocolatière
• Les ouvriers chocolatiers dans le moule du paternalisme
• Déliquescence paternaliste et transition douce à l’État social
— Réactions ouvrières à la politique paternaliste de la Maison Suchard
— Première tentative de syndicalisation (1907-1908)
— Les années de guerre et la seconde tentative de création du syndicat
— De la crise économique à la rationalisation du travail : restructuration des formes de domination de la main-d’œuvre
— Les années 30 : l’institutionnalisation des conflits sous le signe de la Paix du travail
— Redéfinition du rôle des institutions patronales
— Les ouvriers et les institutions paternalistes : la dérobade
— Profit et philanthropie
— Le chômage : utilisation des institutions privées et publiques
— L’intervention de l’État dans la réglementation des fabriques
— Les réactions de la direction Suchard face à l’Inspectorat des fabriques
• Conclusion


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