A contrario
Antipodes

I.S.B.N.294014639X
152 pages

p. 52 à 66
doi: en cours

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Vol. 1 2003/2

2003 A contrario Articles

Les banques chinoises face à la concurrence internationale

Diana Hochraich Diana Hochraich, économiste et sociologue, est spécialisée dans les problèmes macro-économiques du développement, particulièrement ceux concernant les pays d’Asie. Chercheuse associée au Gift-Forum-Paris X, laboratoire du CNRS, elle a notamment publié L’Asie du miracle à la crise (Bruxelles : Complexe, 1999) et Mondialisation contre développement. Le cas des pays asiatiques (Paris : Syllepse, 2002).Courriel : dhoch@club-internet.fr
À la suite des engagements pris lors de son adhésion à l’OMC, la Chine devra procéder en 2005 à l’ouverture complète à la concurrence internationale de son système bancaire. En effet, les banques étrangères devront à cette date jouir d’une égalité de conditions avec leurs homologues chinoises. L’article analyse les vulnérabilités du système bancaire de ce pays, en état d’insolvabilité virtuelle, et met en évidence l’insuffisance des mesures adoptées en vue de résoudre le problème. Il montre que le principal obstacle demeure la situation des entreprises d’État, car leur inefficacité engendre les mauvaises créances des banques. Pourtant, le gouvernement chinois incite les banques à continuer à octroyer des crédits aux entreprises d’État dans le but de contenir la hausse du chômage. L’auteure met donc en exergue les contradictions qui existent entre les contraintes financières et sociales, dans le cadre d’un endettement croissant de l’État qui pourrait représenter à moyen terme un obstacle à la croissance. According to its commitment to the WTO, China must open its banking system to foreign competition in 2005, as foreign banks will be guaranteed the same conditions as domestic ones. This article analyses the situation of banks and the difficulties they face in implementing a policy aiming at addressing the bad loans problem. The main problem in bank restructuring remains the unachieved reform of State owned enterprises, as poorly efficient enterprises jeopardise banks balance sheets. In the meantime, the government is pushing banks to extend credit to State owned enterprises in spite of their financial problems, in order to contain unemployment. Therefore, bad loans continue to accumulate. The author shows the contradictions existing between social and financial constraints, and their relationship with an increasing public indebtedness, which in the medium run may jeopardise the potentialities of growth.
Conformément aux engagements pris lors de son adhésion à l’OMC, la Chine initiera en 2005 un processus d’ouverture complète de son système bancaire à la concurrence internationale. Si aujourd’hui les autorités peuvent y faire obstacle en mettant des conditions dissuasives à l’entrée, cela ne sera plus le cas à partir de cette date butoir. Sous certaines conditions restrictives qui seront assouplies progressivement, les banques étrangères devront en effet jouir d’une égalité de traitement avec leurs homologues chinoises, et seront notamment à même de faire des prêts en monnaie locale et à recevoir des dépôts.
Actuellement, les banques chinoises ne sont pas en mesure d’affronter la concurrence : leurs bilans révèlent une insolvabilité virtuelle, en raison du montant des créances douteuses qui représentent, au bas mot, les 35 % de leurs crédits. Cette insolvabilité est masquée par l’importance de leurs liquidités dans un pays où la forte épargne des ménages n’a point d’autres possibilités d’investissement. S’ajoute à cela, depuis 1998, une politique de distribution des crédits plus prudente de la part des banques, leurs gérants étant dorénavant tenus pour responsables des résultats de leurs établissements.
Pour résoudre le problème des créances douteuses, le gouvernement a procédé à la création d’organismes de défaisance des dettes dont l’action s’est avérée, à ce jour, peu efficace. Pire encore, d’autres créances douteuses se sont ajoutées aux anciennes du fait de la politique ambivalente du gouvernement qui, certes, poursuit un objectif d’assainissement du système, mais qui incite toujours les banques à accorder de nouveaux crédits aux entreprises, alors que la situation financière de ces dernières est très mauvaise.
Cette contribution vise à présenter un état des lieux des contraintes actuelles qui pèsent sur le système bancaire chinois à l’aune, en particulier, des demandes politiques contradictoires qui le traverse, des alchimies financières qui le maintiennent à flot. Elle cherche ensuite à dessiner les contours d’une crise bancaire à venir – plus que probable – cela dans la perspective d’une ouverture de la Chine à la concurrence financière internationale.
 
Un système bancaire submergé par les créances douteuses
 
 
Sous sa forme actuelle, le système bancaire chinois date du milieu des années 1980, lorsqu’une séparation des fonctions a été instituée entre la banque centrale (qui auparavant était la seule existante) et quatre banques spécialisées chargées de fournir des financements aux principaux secteurs de l’économie [1]. La création de ces entités était conçue comme un premier pas vers la constitution de banques commerciales. Elles ont remplacé, dans leurs attributions, l’État lui-même qui, dans le mode de fonctionnement précédent, assurait directement le financement des entreprises, notamment celles situées dans le secteur manufacturier.
Bien que le crédit bancaire se soit substitué au financement public direct, ce nouvel agencement porte la marque de son origine historique. Au moment de leur création, les banques ont eu pour principales clientes les entreprises d’État auxquelles elles prêtaient, indépendamment de leurs capacités de remboursement et de leur solvabilité. Dans l’écrasante majorité des cas, les entreprises publiques chinoises – qui n’arrivent pas à écouler leur production – se caractérisent par une faible rentabilité. Faisant face à des difficultés financières considérables, elles ne remboursent pas leurs dettes.
En conséquence, la rentabilité des banques s’est elle-même fortement dégradée (tableau I) et le ratio Cooke était, en 1999, très en dessous du seuil de 8 % fixé par la Banque des règlements internationaux. Bien que faible, ce ratio ainsi que la rentabilité des banques se voyaient largement surestimés, car les provisions pour créances douteuses étaient (et sont toujours) insuffisantes, sinon inexistantes. En outre, les actifs n’étant pas pondérés par leur degré de liquidité, le poids des actifs moins liquides étaient (et sont encore) sous-estimés. Enfin, les résultats ne tenaient pas compte des activités non rentables des filiales, à savoir les compagnies financières non bancaires et les agents de change. Dans sa volonté de continuer à percevoir des impôts, le Ministère des finances avait de son côté limité l’enregistrement des mauvaises créances des banques, ce qui sinon aurait fait apparaître des pertes qui se seraient traduites par des moins-values fiscales. Pour toutes ces raisons, les banques chinoises sont aujourd’hui insolvables [2]. Pourtant, l’abondante liquidité de ces banques, due à l’importance de l’épargne chinoise (30 % du PIB) et aux faibles possibilités de placement financier qui s’offrent aux ménages, continue de dissimuler la gravité du problème.

Tableau I
Ratios bancaires (1999, en pour-cent)
ÉtablissementRatio Cook(fonds propres/actifs)Rentabilité du capitalavant impôt
Bicc*5,12,3
Banque de Chine4,30,2
Banque Agricole5,9–0,3
Banque de la Construction5,00,3
Everbright5,10,4
HSBC **4,532,6
Source : La Chine dans l’économie mondiale, Paris : OCDE, 2002, p. 265.*Bicc : Banque Industrielle et Commerciale de Chine.** HSBC : Hong Kong and Shanghai Banking Company.

Les perspectives d’ouverture du secteur bancaire et financier à la concurrence internationale dans le cadre de l’entrée de la Chine à l’OMC d’une part, les besoins de lutter contre la croissance débridée du crédit de l’autre, ont vivement encouragé les autorités chinoises à prendre des mesures pour assainir le secteur. Celles-ci sont intervenues dès l’année 1998 et se sont traduites de la façon suivante :
  • une diminution du nombre de filiales de la Banque populaire de Chine (banque centrale) pour mieux contrôler l’octroi de crédits ;
  • une recapitalisation bancaire pour un montant de 32 milliards de dollars (3,2 % du PIB de 1998) qui devait restaurer un ratio Cooke de 8 % compatible avec les normes internationales ;
  • la loi sur les banques commerciales de 1995, au titre de laquelle celles-ci devaient être responsables de leurs pertes et de leurs profits, a été mise en application en 1998, les directeurs des banques devenant garants des résultats de leur établissement ;
  • en 1999, quatre sociétés de défaisance des créances douteuses (AMC) [3], organismes publics, ont été créées, à l’intention des quatre banques spécialisées. Elles sont financées par émissions obligataires de l’État. Ces obligations sont échangées contre les créances douteuses des banques à leur valeur faciale. Les créances douteuses se transforment en titres de propriété sur les actifs des entreprises débitrices. Les sociétés de défaisance essaient de récupérer la valeur des actifs moyennant différentes procédures : liquidation, vente aux enchères, fusions et acquisitions, transformation en titres et placement privé des actifs acquis. Ces stratégies s’inspirent vaguement de la Resolution Trust Company (RTC) des États-Unis [4].
La défaisance des créances douteuses
Le montant des créances douteuses détenues par les quatre banques chinoises à la fin de l’année 2001 a été estimé à 3400 milliards de RMB [5] (1 dollar = 8,3 RMB), soit environ 42 % du total leurs créances et 38 % du PIB [6]. Pour résoudre ce problème, le gouvernement a opté pour une gestion décentralisée (à chaque banque correspond une compagnie de gestion d’actifs) ; reste que seules les créances d’avant 1995 ont été rachetées, ce qui représente les 40 % des créances douteuses détenues par ces banques, soit 1400 milliards de RMB [7].

Tableau II
Les compagnies de gestion des créances douteuses
Société de gestionBanque afférenteCréances transférées(en milliards de RMB)Part dans les créancestotales (fin 1998, %)
OrientBanque de Chine267,420,4
Great WallBanque Agricole345,824,6
CindaBanque de Construction373,021,7
HuarongBicc407,717,9
Total1393,920,7
Source : Guonan Ma et Ben S. C. Fung, op. cit., p. 1.

Le gouvernement a spécifié qu’il n’y aurait pas de nouvelles recapitalisations, voulant par là limiter l’aléa moral pour l’avenir. Pourtant, il semblerait que celui-ci ait acquis pour 300 milliards de RMB des créances douteuses ne correspondant pas à des crédits ayant pour objectif le financement de sa politique économique, tandis que toutes les créances répondant à cette définition ne l’auraient pas été [8]. Sans que l’on puisse donner un chiffre précis, le montant des créances susceptibles d’être concernées serait plutôt de l’ordre de 1700 milliards que de 1400 milliards de RMB. En revanche, on peut d’ores et déjà conclure que les mesures prises ne visent pas à résoudre la totalité du problème posé aux banques par les créances douteuses.
Le financement des crédits exclusivement « politiques » [9] est composé de trois éléments :
  • le Ministère des finances a avancé 40 milliards des RMB en liquidités (10 milliards par banque), en échange desquels il a obtenu des actions sur les banques elles-mêmes. Cette somme représente les 3 % du total [10] ;
  • la Banque populaire de Chine aurait accordé des crédits pour un montant de 192 milliards de RMB, soit les 14 % du total. La somme exacte n’est pas connue officiellement ; le chiffre donné ici correspond à une hypothèse basse, élaborée par Lardy, en l’absence d’informations émanant des autorités chinoises [11] ;
  • le reste (83 % du total) aurait été financé par des bons non négociables, émis par les AMC. Ces bons sont placés auprès des banques qui, en échange, cèdent leurs créances douteuses aux AMC. Bien que ces obligations ne bénéficient pas d’une garantie officielle du gouvernement, elles le sont implicitement. En effet, il serait difficile à ce dernier de refuser de rembourser une obligation directement liée à la politique de crédit qu’il a pratiquée à l’époque où celui-ci était administré.
Un financement qui déstabilise la banque centrale et qui cache l’ampleur des dépenses publiques
Les ressemblances des procédures adoptées par les AMC chinoises avec celles qui le sont par les États-Unis dans le cadre de la Resolution Trust Company (RTC) sont plus apparentes que réelles. Leur application en Chine est nettement moins rigoureuse et s’éloigne des principes retenus par la RTC pour plusieurs raisons. En premier lieu, la « règle de la priorité absolue » n’est pas respectée lors de la mise en liquidation d’une entreprise, et cela malgré la nouvelle loi sur les faillites. Le gouvernement oblige l’entreprise à s’acquitter d’abord de la dette sociale (envers les retraités et les anciens salariés de l’entreprise) et seulement ensuite à rembourser les créditeurs. Cela mène à des taux de récupération extrêmement faibles (10 à 15 %), et décourage la transformation des bons en actions, procédure par laquelle les AMC peuvent vendre la dette. Ensuite, le manque de profondeur des marchés financiers, en raison de la rareté des fonds de pension et des fonds de placement, rend les obligations et les titres difficilement négociables. Enfin, au moment de la restructuration des entreprises, les AMC n’ont pas utilisé leur droit d’installer de nouveaux administrateurs à la place de ceux qui ont conduit ces mêmes entreprises à la faillite.
Lors de la recapitalisation des banques, la Banque populaire de Chine (BPC), aurait avancé, au bas mot, un montant de 192 milliards de RMB, soit l’équivalent de 6 % de ses réserves monétaires de l’époque. Cette somme représente cinq fois ses capitaux propres. Normalement, le crédit accordé aux AMC aurait dû se traduire par une expansion du passif de la Banque centrale mais il a été vraisemblablement stérilisé, c’est-à-dire compensé par une diminution équivalente des avances aux banques de second rang [12]. L’opération, apparemment neutre, comporte toutefois une fragilisation de la Banque centrale car, dans le cas où les AMC se verraient confrontées à des pertes substantielles, elle ne pourra pas récupérer ses créances ; un scénario pour le moins réaliste dans la mesure où la précarité financière des AMC est encore plus importante que celle des banques, tant pour ce qui concerne leurs bilans que les liquidités dont elles disposent. Ainsi, si les AMC en venaient à ne pas rembourser ces 192 milliards de RMB, cela se traduirait par une contraction des réserves de la BPC et donc de la base monétaire chinoise, ce qui aurait des conséquences récessives. Plus grave encore, en engageant ses réserves et ses capitaux propres, la BPC compromet sa fonction primordiale de prêteur en dernier ressort.
Bien entendu, une recapitalisation financée de la sorte visait à éviter d’avoir recours au crédit auprès des institutions de prêt, dont le coût aurait été plusieurs fois plus élevé [13]. En outre, si, au lieu de passer par la Banque centrale, le gouvernement avait opté pour un financement direct par le Ministère des finances, les pertes enregistrées par les AMC seraient venues augmenter en même temps le déficit extrabudgétaire et la dette de l’État, comme ce fut le cas dans les autres pays asiatiques après la crise de 1997. Un financement direct par le Trésor public aurait conduit à rechercher des ressources additionnelles, éventuellement via des impôts supplémentaires, ce qui, de l’avis des experts, aurait été finalement préférable.
Les AMC : une situation financière intenable
Les créances douteuses achetées par les AMC doivent être revendues, leurs clients potentiels étant des institutions financières (fonds de pension, fonds communs de placement). Les banques quant à elles sont censées, à terme, échanger les obligations qu’elles ont reçues des AMC contre des actions vendues à des investisseurs. Notons que les dettes, représentant trente-quatre fois la valeur des actifs des AMC, mettent en évidence une fragilité extrême des bilans de ces organismes [14]. Celle-ci est illustrée par le fait qu’une décote de 18 % de la valeur des dettes (achetées à leur valeur faciale) entraînerait une perte de la totalité de leurs capitaux propres. Or, sur le faible nombre de créances vendues par les AMC, la décote est supérieure à 80 %, alors que le taux de récupération attendu était de 55 %. Ce taux risque d’être encore inférieur pour les ventes suivantes, car ce sont les actifs les plus attractifs qui ont été vendus en premier.
Le montant élevé des fonds que les AMC ont dû avancer aggrave encore leur situation, en dépit du taux d’intérêt bonifié dont elles ont bénéficié. Les charges d’intérêts auxquelles elles ont à faire face s’élèvent à 31 milliards de RMB par an. Or, avec les opérations effectuées jusqu’à maintenant, on est loin du compte. Les quatre AMC ont vendu 125 milliards de RMB de créances douteuses, représentant moins des 10 % du total des créances détenues et donnant lieu à une récupération de 26 milliards de RMB, soit un taux de 21 %. Ces entrées représentent moins de la moitié des sommes nécessaires pour payer les intérêts dus depuis 1999. La pression sur le cash-flow des AMC s’accroît et le gouvernement les incite à procéder plus rapidement à la liquidation des actifs, alors même que leurs rendements sont décroissants [15].
Les grandes entreprises d’État sont introduites en bourse
À côté du plan de sauvetage des banques que le système des AMC était censé représenter, le gouvernement chinois a tenté d’inscrire son action sur le long terme en accélérant le processus de réforme des entreprises d’État. En effet, l’insolvabilité virtuelle des banques, plombées de créances douteuses, est intiment liée à l’inefficacité de ces dernières. Conscient du problème, le gouvernement se voit pourtant obligé d’arbitrer entre les contraintes financières et sociales : aux tentatives de faire respecter des règles de gestion rigoureuses se mêlent des incitations à l’égard des banques pour favoriser l’octroi de prêts aux entreprises d’État, cela dans le but de contenir la hausse du chômage [16].
Plus généralement, le cap des réformes, pour nouveau qu’il puisse paraître, reste profondément ancré dans la trajectoire historique qui fut celle de la Chine depuis 1949. La période collectiviste a laissé des traces profondes dans le comportement des gestionnaires. À cette époque, les entreprises – n’ayant même pas de comptabilité propre – donnaient à l’État leur production et obtenaient en échange les moyens de la poursuivre ainsi que les moyens d’investir. Tout se réglait en dernière instance dans le cadre étatique. En dépit du fait que ce sont maintenant les banques qui assurent le financement des entreprises, il est resté ancré l’idée que les dettes font l’objet d’une compensation générale par l’intermédiaire de l’État central. Les entreprises ne se sentent donc pas tenues de rembourser leurs dettes ni même de payer les intérêts qui sont, de ce fait, capitalisés. En raison des pratiques à l’origine de la socialisation des entreprises, cela n’est pas considéré comme un délit.
Si les entreprises d’État ont été au centre du processus des réformes entamées en Chine à la fin des années 1970, celles-ci formaient la trame du tissu urbain et, de ce fait, la base sociale du régime. Elles ont par là même incarné les plus grandes résistances au changement. Cela explique les difficultés et les lenteurs dans la mise en œuvre des réformes souvent considérées comme indispensables à la poursuite de la croissance et de l’intégration de la Chine au marché mondial [17]. Dans cette optique, l’introduction en bourse des entreprises d’État illustre parfaitement le dilemme chinois actuel.
De nombreuses grandes entreprises d’État ont été transformées en sociétés anonymes et leur capital converti en actions cotées en bourse, l’État conservant une participation majoritaire. Ainsi, le financement direct des entreprises a été recherché pour pallier la mauvaise situation financière des banques. L’introduction en bourse était considérée comme le moyen de résoudre et le problème de ces entreprises et celui des banques ; cela en aménageant de nouvelles sources de financement. Les premières à l’avoir été étaient celles qui dépendaient des gouvernements locaux. Malgré leur privatisation, elles ont conservé des liens étroits avec ceux-ci, par l’entremise des relations personnelles entre les administrateurs et les autorités, souvent par le truchement de l’appareil du Parti. Au départ, une fraction des actions émises était vendue, avec une décote, aux salariés de l’entreprise (et ne pouvaient pas être revendues avant six ou douze mois), mais cette pratique a été interrompue en 1998 et de ce fait le nombre d’actions en mains des salariés est en rapide diminution.
Plus l’entreprise est grande, plus la part des actions de l’État augmente, tandis que la part des actions des personnes juridiques et de celles négociables diminue. De ce fait, la concentration de la propriété est très élevée : les trois premiers actionnaires contrôlent les 58 % des actions – le premier les 47 %. Ces caractéristiques n’ont pratiquement pas varié depuis l’introduction en bourse des entreprises. En raison de cette concentration, les mécanismes de contrôle sont faibles et les problèmes liés aux coûts d’agence [18] demeurent élevés. En tant qu’actionnaire majoritaire, l’État a un rôle déterminant dans la nomination des administrateurs ; il pèse dans la solution des conflits entre les actionnaires minoritaires et les administrateurs. Par ailleurs, les entreprises cotées en bourse sont en concurrence avec celles dont elles sont issues.
Ces problèmes sont aggravés par le fait que la concentration du pouvoir au niveau du conseil d’administration est encore plus élevée qu’au niveau de la propriété : si le premier actionnaire possède près des 50 % des actions, il contrôle plus de la moitié des membres du conseil d’administration, tandis que la notion d’administrateur indépendant y est pratiquement étrangère. Tous les directeurs sont en même temps actionnaires et l’on ne connaît pas de cas où l’on aurait nommé un directeur qui ne le serait pas. Le conseil d’administration se réunit moins fréquemment que dans les pays occidentaux (4 fois l’an en Chine, contre 7 fois aux États-Unis) [19]. Quant aux conseils de supervision, leur fonction est plus décorative que réelle et leur action se réduit à entériner les décisions du conseil d’administration. Les secrétaires du Parti ont toujours la présidence de ces conseils et les ouvriers n’y sont pas représentés. Les conseils de supervision se réunissent encore moins souvent que les conseils d’administration. Les gens qui y siègent sont moins bien formés que les administrateurs, ce qui contribue à amoindrir leur capacité critique.
Les problèmes qui apparaissent sont liés à la structure de la propriété dont la concentration fait monter les coûts d’agence des actionnaires. Le gouvernement, qui joue toujours un rôle décisif, a du mal à maximiser la valeur des actions, du fait de l’identité des propriétaires. En matière de crédit, tous les abus peuvent exister. Des crédits non contraignants quant aux délais de remboursement peuvent être obtenus, en raison de la collusion entre le gouvernement et les banques, de l’utilisation de la société cotée comme caution des emprunts et de l’évaluation incorrecte de ses actifs, ainsi que de son utilisation pour obtenir le secours financier de la société mère.
 
Vers une crise bancaire ?
 
 
Au vu des problèmes que nous venons d’évoquer, l’éclatement d’une crise bancaire semble inévitable au moment où la Chine sera contrainte d’ouvrir son marché aux banques étrangères, en 2005 [20]. En effet, les banques chinoises risquent de perdre leurs liquidités lorsque les épargnants auront la possibilité de choisir entre celles-ci et une banque étrangère pour y déposer leurs économies. À ce moment-là, l’insolvabilité des banques chinoises apparaîtra au grand jour et les dépôts risquent d’y être engouffrés, surtout si le gouvernement maintient son refus actuel de ne pas procéder à de nouvelles recapitalisations ; une crise qui pourrait bien être accompagnée d’une fuite des capitaux.
La fuite des capitaux : un scénario plausible
Aujourd’hui, même si les résidants chinois ne peuvent pas conserver des dépôts dans des banques étrangères, la fermeture de la balance des capitaux n’est pas totale. Plusieurs possibilités existent déjà et, de surcroît, elles deviendront de plus en plus nombreuses dans les années qui viennent. Les banques publiques chinoises ont vocation à être introduites en bourse. Leur capital est d’ores et déjà ouvert à des investisseurs étrangers, dans la limite de 15 % du capital de chaque banque, la limite sur l’ensemble de la branche bancaire étant fixée à 24 %. Par ailleurs, les collectivités locales peuvent à nouveau se financer sur crédit bancaire auprès des banques étrangères, comme ce fut déjà le cas jusqu’en 1998. Cette année-là, la faillite du GITIC [21] et le refus du gouvernement chinois central à assumer le remboursement à la place de cette société, avait mis un terme aux opérations de ce type. Depuis 2000, l’emprunt auprès des banques étrangères a été rétabli, à la condition que ces emprunts soient agréés par le gouvernement central.
Dans les années qui viennent, non seulement les banques, mais aussi les compagnies d’assurance et les fonds d’investissement étrangers pourront intervenir sur le marché chinois, en partenariat avec des institutions locales, ce qui rendra les mouvements de capitaux encore plus libres [22]. Certes, les accords qui ont permis l’accession de la Chine à l’OMC n’imposent pas la libération du compte de capital, ni la libération du taux de change, ni celle des taux d’intérêt. Toutefois, les autorités annoncent périodiquement que la fixation des taux d’intérêt par le marché est un objectif, sans que pour autant un calendrier soit fixé. Les difficultés que le gouvernement peut rencontrer pour placer ses émissions, dont le volume est considérable et qui servent à financer sa politique keynésienne de soutien de la demande, incitent à penser qu’il faudra tôt ou tard les laisser fixer par le marché. Entre-temps, il lui faudra tenir compte des desiderata des éventuels acheteurs de ces titres et remonter les taux d’intérêt, ce qui se traduirait par une charge accrue pour les entreprises lourdement endettées.
Le problème des taux de change se pose dans des termes similaires. Les excédents commerciaux de la Chine ont atteint, en 2002, le montant de 30 milliards de dollars. Considérant que le taux de change est sous-évalué et que cela constitue un moyen artificiel de maintenir la compétitivité des exportations chinoises, les partenaires commerciaux de la Chine exercent une pression quotidienne pour que ce pays libère son taux de change, ce qui incite à penser que l’échéance approche de plus en plus. Tant que le marché des changes, même assoupli, reste administré, la spéculation sur ce marché – qui constitue l’un des principaux canaux par lesquels pourrait se matérialiser la fuite des capitaux – sera bien entendu limitée. Mais d’autres facteurs s’ajoutent qui pourraient aboutir à une détermination du change par le marché, en raison de la nécessité que les banques étrangères et les fonds de pension peuvent avoir de déplacer des fonds d’un marché à un autre. En tout état de cause, les canaux informels qui permettraient le cas échéant la fuite de capitaux existent et pourraient être utilisés si la confiance en l’économie chinoise était entamée.
De son côté, l’analyse des différents soldes de la balance des paiements chinoise met en évidence des caractéristiques qui la distinguent de la plupart des balances des pays en développement, notamment en termes d’excédents courants. Ceux-ci s’expliquent par des surplus commerciaux qui compensent largement le déficit des services et des revenus de facteurs.
La Chine connaît également un solde largement excédentaire d’investissements directs, les entrées de capitaux étant sans commune mesure avec les montants qu’elle investit à l’étranger [23]. S’y ajoutent des faux investissements étrangers. Il s’agit de fonds chinois, originaires des entreprises d’État qui, pour bénéficier des avantages offerts aux capitaux étrangers, sont envoyés à Hong Kong, à la faveur des liens bancaires étroits existant entre la Chine continentale et la Région administrative spéciale. L’importance du poste « erreurs et omissions » en rend compte [24]. Ces opérations viennent augmenter artificiellement l’investissement direct entrant, mais ce phénomène est difficile à évaluer. La balance des paiements chinoise connaît également des mouvements de portefeuille notables : leurs sorties atteignent un montant équivalent à 20 milliards de dollars en 2001, contre des entrées pour un montant de 1,2 milliard. Des prêts bancaires viennent évidemment compléter le tout. Au total, la balance des paiements a laissé un fort excédent qui se traduit par un accroissement considérable des réserves de change, dont le montant atteint 270 milliards de dollars en fin d’année 2002.
Chine : balance des paiements (en milliards de dollars)IMGIMGChine : balance des paiements (en milliards de dol...IMGIMF
Source : FMI
Malgré l’engouement que manifeste actuellement la communauté internationale pour la Chine, les vulnérabilités de ce pays pourraient fortement entamer cette confiance, comme cela a été le cas des pays asiatiques en 1997. C’est évidemment l’insolvabilité du système financier et des entreprises qui est à mettre au premier plan, situation qui pourrait prendre un caractère explosif étant donné l’ampleur des besoins financiers de l’État.
Le besoin de financement de l’État toujours en hausse
Malgré une croissance fluctuant entre 7 et 8 % l’an, le taux de chômage ne cesse d’augmenter. Toutes catégories confondues, il atteint près de 18 % dans les villes [25]. Le chômage est encore plus important à la campagne et se traduit par un exode rural considérable. Selon les estimations, 200 millions des paysans se déplacent dans le pays et convergent vers les grandes villes où ils sont privés de toute protection sociale, car celle-ci est réservée aux citadins disposant d’un permis de résidence officiel. Dans sa tentative d’éviter l’aggravation de ces problèmes, le gouvernement mène une politique de stimulation de la croissance sur la base de la dépense publique. Malgré l’importance des moyens employés, l’effet multiplicateur de cette politique, mise en œuvre depuis cinq ans, est faible. Pour soutenir l’activité, les autorités sont obligées d’engager des sommes croissantes au détriment de l’équilibre des finances publiques.
Le déficit public a pratiquement doublé depuis 1998 et atteint les 3 % du PIB en 2002. Le déficit nourrit la dette de l’État dont la croissance est d’autant plus inquiétante que la part des ressources publiques dans le PIB (15 % en 2000), même si elle a augmenté significativement en 2000, reste de 10 points inférieure à celle observée dans d’autres pays en développement [26].
Depuis 1995, l’émission obligataire s’est substituée aux avances de la Banque populaire de Chine au Trésor public qui préalablement finançait le déficit. La charge de la dette publique représente les 10 % des dépenses (intérêts et principal compris, nationale et étrangère). Mais les émissions d’obligations ont été multipliées par dix dans les années 1990. Ces statistiques n’incluent pas toutes les émissions publiques ; en particulier, les bons émis pour la recapitalisation bancaire, d’un montant de 270 milliards de RMB, n’y sont pas comptabilisés, alors qu’ils font partie de la dette publique. Si l’encours d’obligations, pour un montant de 900 milliards de RMB, représentait en 1998 les 12,5 % du PIB, il a dû doubler en 2001. Les obligations accordées aux banques spécialisées sont placées et ne sont pas négociables. Les taux d’intérêt qu’elles servent ont été fixés par le gouvernement et ne comportent pas de prime de risque. Pour cette raison, on peut affirmer qu’ils bénéficient d’une garantie implicite des autorités, ce qui rend légitime leur addition aux autres émissions publiques. Les émissions obligataires effectuées par les banques en 1998 équivalent à 6,4 % du PIB et peuvent s’ajouter aux émissions d’État ; en conséquence l’encours des bons publics se serait monté, en 1998 à 18,9 % du PIB, soit trois fois plus qu’en 1993 [27].
Les estimations publiques de la dette excluent les bons émis par les entreprises d’État et les garanties accordées par celui-ci. Ces dettes comprennent les créances douteuses des banques auprès de ces entreprises, les arriérés des pensions dus par le gouvernement et par les entreprises d’État, les dettes au titre de la provision des caisses de retraites pour leurs employés. Elles excluent également les garanties implicites accordées aux et par les gouvernements locaux, telles les garanties pour la réalisation de certains projets et les prêts locaux accordés par les TIC [28], etc. Pourtant, dans plusieurs provinces, la dette des gouvernements provinciaux constitue un véritable risque. Loin d’être théoriques, des problèmes de cet ordre se sont déjà produits à la fin des années 90. En témoigne le défaut de paiement des ITIC [29]. Assurant le financement des autorités locales, souvent auprès des banques étrangères, leur défaut de paiement a entraîné la suspension du crédit de ces dernières à la Chine. Ils n’ont été rétablis que lorsque le gouvernement central accepta de rembourser une partie de la dette, ce qu’il avait refusé de faire dans un premier temps, arguant du fait que ces crédits n’avaient pas l’aval du gouvernement central.
La dette sociale (les pensions) était estimée à 50 % du PIB en 1994 ; elle n’a fait que croître depuis, en raison de la rapide croissance du nombre de retraités. Les estimations récentes l’évaluent à près de 70 % du PIB [30].
Le gouvernement tablait sur la vente de terrains des entreprises d’État qui fermaient et sur la vente des logements qui avaient servi à héberger leurs salariés pour colmater les déficits des comptes sociaux. Mais c’était là un mauvais calcul car les prix auxquels ces logements ont trouvé preneur représentent un quart du prix de marché. Enfin, les sommes obtenues par ces ventes, qui ne pouvaient en aucun cas suffire, n’ont pas été entièrement allouées aux caisses de retraite.
Compte tenu de ces éléments, la dette publique chinoise pourrait dépasser le montant du PIB actuel. Selon Stanley Fischer [31], cette dette est gérable, pour autant, faudrait-il ajouter, que la croissance se maintienne au rythme de 7 % [32]. Ce n’est pas l’avis de Nicholas Lardy, pour qui la dette publique chinoise n’est pas soutenable. D’après les calculs variantiels de cet auteur que nous avons déjà évoqués, un taux d’intérêt réel de l’ordre de 3 %, alors qu’il est aujourd’hui de 5 %, ne suffirait pas à arrêter la croissance de la dette d’ici à dix ans. Il faudrait, pour la maîtriser, non seulement une augmentation régulière des revenus mais également un changement radical du comportement des banques. C’est dire la difficulté du pari à tenir.
À terme, la croissance pourrait buter sur la contrainte financière
Plusieurs signes incitent à penser que la Chine risque de rencontrer à brève échéance des problèmes de financement de son économie, surtout si l’on tient compte du fait qu’à l’heure actuelle elle doit, pour des raisons socio-économiques, poursuivre une politique active de soutien de la demande ; que la partie la plus importante de l’épargne chinoise, quoique considérable, est acheminée vers les entreprises publiques déficitaires, avec une déperdition importante de capital. Pour récolter de nouveaux fonds, les autorités se sont adressées aux marchés internationaux. Mais cette source pourrait se tarir, pour peu que la confiance dans la capacité de la Chine à maintenir à flot son système financier vienne à manquer ; une situation plus que délicate tant les problèmes de celui-ci ne semblent pas pouvoir être résolus à court terme. C’est pourtant une nécessité vitale car, sinon, la Chine risque de se retrouver dans le même cas de figure que les pays asiatiques dans les années qui ont précédé la crise de 1997. Pour cette raison, et compte tenu de la lenteur de l’assainissement en cours, on peut douter que le gouvernement chinois soit en mesure de respecter l’échéance de 2005 pour l’ouverture de son système bancaire à la concurrence étrangère. De façon informelle, certains officiels commencent du reste à l’annoncer. â– 
 
NOTES
 
[1]Il existe en outre trois petites banques privées (Minsheng, Everbright et Shenzen) et de nombreuses compagnies financières non bancaires.
[2]Nicholas Lardy, China’s Unfinished Economic Revolution, Washington D.C : Brookings Institution Press, 1998, pp. 115-122.
[3]AMC : Asset Management Companies.
[4]Il s’agit de la Loi sur les faillites en vigueur aux États-Unis, dont le chapitre XI contient des modalités de restructuration des firmes et qui a guidé le plan de sauvetage des caisses d’épargne au milieu des années 1980.
[5]Renminbi, la monnaie chinoise.
[6]Guonan Ma et Ben S. C. Fung, « China’s asset management corporations », BIS Working Papers, N° 115, août 2002.
[7]L’année 1995 marque en effet un tournant dans la politique du crédit, débouchant sur une diminution des prêts, conforme au « Plan de crédit ». Ce dernier était la contrepartie financière du « Plan d’investissement » dans le cadre de la planification quinquennale toujours existante. Elle n’a plus aujourd’hui d’influence réelle sur l’économie.
[8]Voir Guonan Ma et Ben S. C. Fung, op. cit., pp. 3 et 6.
[9]On peut appeler ainsi les crédits ayant pour objectif de financer la politique économique du gouvernement.
[10]Les banques recapitalisées appartiennent au secteur public. Ce faisant, le gouvernement voudrait les transformer en sociétés par actions et, à terme, les introduire en bourse, de manière à constituer des partenariats avec des capitaux privés.
[11]Nicholas Lardy, « When Will China’s Financial System Meet China’s Needs ? », Conference on Policy Reform in China, Centre for Research on Economic Development and Policy Reform, Stanford CA : Stanford University, 18-20 novembre 1999, pp. 9 et 23-24.
[12]Il n’existe pas de documents officiels fournissant des détails sur ces opérations. Il s’agit donc d’hypothèses élaborées d’après l’analyse des documents publiés par Fung et Ma ainsi que Lardy, déjà cités, voir notes 8 et 11.
[13]Le taux d’intérêt payé par les banques était de 2,25 % (soit le taux que celles-ci payaient sur les dépôts à un an), contre près de 6 % autrement.
[14]Le ratio dettes/actifs ne doit normalement pas dépasser 100 %. En Corée, les chaebols ayant des ratios de l’ordre de 2000 % ont été liquidés. Le chiffre des AMC chinoises dépasse de loin les ratios coréens, déjà extravagants.
[15]Outre le manque d’attractivité de ces actifs, leurs titres de propriété ne sont pas clairement établis, ce qui les rend difficilement négociables.
[16]Ce qu’on nomme en Chine « prêts pour la stabilité ».
[17]Sur la question des réformes qui comprend plusieurs phases et qui débouche sur un régime de propriété complexe, sur la rupture du modèle de croissance égalitariste, sur la montée des tensions sociales et du chômage, voir Antoine Kernen, Le processus de privatisation en Chine dans un bastion de l’économie d’État : Shenyang, Paris : Karthala (à paraître).
[18]Selon la « théorie de l’agence » (agency theory), les coûts d’agence sont ceux qui relèvent de l’organisation de la firme. Ces coûts sont ignorés par la théorie néoclassique, qui fait intervenir les coûts liés à la fonction de production seulement. Les coûts d’agence dépendent du type de relation qui s’instaure entre les différents agents à l’intérieur de la firme (administrateurs, ouvriers, actionnaires). Ils ont trait au mode de rémunération et à tout autre type de contrat existant dans la firme. Ils s’appellent également « coûts de transaction ».
[19]Voir Stoyan Tenev et Chunlin Zhang, Corporate Governance and Enterprise Reform in China, Washington DC : World Bank and International Finance Corporation, 2002, p. 93.
[20]Pour une présentation générale sur les enjeux de l’adhésion de la Chine à l’OMC, voir Diana Hochraich, Mondialisation contre développement. Le cas des pays asiatiques, Paris : Syllepse, 2002, pp. 99-128.
[21]Compagnie d’investissement non bancaire du Guangdong.
[22]Ce processus est déjà à l’œuvre. Certains fonds, en joint-venture, ont été introduits en bourse dans le marché A (en principe réservé aux Chinois) depuis le début de cette année.
[23]Ces investissements correspondent à la recherche de sources d’approvisionnement en matières premières, essentiellement le pétrole.
[24]Très importants sur la fin de la décennie 1990, leur montant a toutefois beaucoup diminué en 2001.
[25]François Gipouloux, Emploi et chômage dans la Chine urbaine, présenté à la conférence « La Chine en transition », Paris, INED, 2001.
[26]Notons que les évaluations de la dette varient du simple au double en fonction des hypothèses concernant l’étendue des responsabilités du gouvernement central.
[27]Nicholas Lardy, « When Will China’s Financial System Meet China’s Needs ? », op. cit.
[28]TIC : Trade and Investment Company. Il s’agit des compagnies financières non bancaires qui étaient des filiales des banques publiques mais qui échappaient à la réglementation bancaire. Elles étaient presque toutes en faillite à la fin des années 1990, puis ont été progressivement fermées.
[29]ITIC : International Trade and Investment Company. Ce sont des organismes de même filiation que les TICs, mais ils étaient habilités à contracter des crédits auprès des banques étrangères.
[30]Kong Jing Yuan, Implicit Pension Debt and its Repayment, Beijing : System Reform Office of the State Council, miméo, 2000, p. 134.
[31]Stanley Fischer a été directeur adjoint du FMI jusqu’en 2001.
[32]Cette affirmation se base sur le calcul selon lequel si le PIB progresse plus vite que le taux d’intérêt réel, la dette n’augmente pas. Étant donné la déflation en Chine, le taux d’intérêt réel est plus élevé que le taux nominal. Rappelons que tous les pays asiatiques satisfaisaient cette condition jusqu’au moment où, suite à une perte de confiance, la dette n’a plus été « soutenable » et a donné lieu à la crise financière. En tout état de cause, la relation entre le taux d’intérêt réel et la croissance du PIB en volume ne saurait tenir lieu de ratio de solvabilité ou de règle prudentielle.
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