Les ingénieurs de la démocratie. Changement politique et assistance électorale en Indonésie
Romain Bertrand
Cet article examine les transformations du système politique de l’Indonésie depuis la démission forcée du président Suharto en mai 1998. Il analyse en particulier le rôle joué par les « ingénieurs de la démocratie » envoyés par les agences internationales de facilitation et de supervision du « passage à la démocratie », comme le Centre Carter. En explicitant les visions du « politiquement légitime » colportées par ces agences d’expertise, il met en lumière ce qu’elles ne peuvent ou ne veulent pas prendre en considération, en particulier le manque de représentativité sociale du personnel parlementaire ou les phénomènes de criminalisation du champ partisan.
This article explores the transformations of the Indonesian political system since the fall of President Suharto in May 1998. It argues that the process of institutional change that followed the end of the New Order regime was influenced by a peculiar view of what a « democratisation » process should be. This view was articulated most vocally by the « engineers of democracy » sent by international agencies such as the Carter Centre. The analysis sheds light on issues that they were not able (or not willing) to seriously take into account, such as the lack of social representativeness of elected assemblies or the criminalization of political parties.
• Du rôle des experts ès démocratie : les élections « en trompe-l’œil » de juin 1999
— Une amorce de judiciarisation des pratiques politiques
— L’influence des doctrines électorales nord-américaines et la présélection des personnalités politiques éminentes
— Le fétichisme de l’isoloir : l’imposition d’une vision restrictive des processus politiques
• La crise du système de partis et la montée en puissance des milices politiques
— Les nouvelles dispositions électorales et la question de la Cour constitutionnelle
— Un pouvoir parlementaire toujours fragile
— L’inquiétant essor des milices politiques
• Conclusion