2004
A contrario
Articles
Les ingénieurs de la démocratie. Changement politique et assistance électorale en Indonésie
Romain Bertrand
Romain Bertrand est chargé de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CERI-FNSP), spécialiste de l’Asie du Sud-Est, auteur d’Indonésie, la démocratie invisible. Violence, magie et politique à Java (Paris: Karthala, 2002).
Cet article examine les transformations du système politique de l’Indonésie depuis la démission forcée du président Suharto en mai 1998. Il analyse en particulier le rôle joué par les « ingénieurs de la démocratie » envoyés par les agences internationales de facilitation et de supervision du « passage à la démocratie », comme le Centre Carter. En explicitant les visions du « politiquement légitime » colportées par ces agences d’expertise, il met en lumière ce qu’elles ne peuvent ou ne veulent pas prendre en considération, en particulier le manque de représentativité sociale du personnel parlementaire ou les phénomènes de criminalisation du champ partisan.
This article explores the transformations of the Indonesian political system since the fall of President Suharto in May 1998. It argues that the process of institutional change that followed the end of the New Order regime was influenced by a peculiar view of what a « democratisation » process should be. This view was articulated most vocally by the « engineers of democracy » sent by international agencies such as the Carter Centre. The analysis sheds light on issues that they were not able (or not willing) to seriously take into account, such as the lack of social representativeness of elected assemblies or the criminalization of political parties.
L’Indonésie, plus grand pays musulman du monde
[1], entre dans une année électorale de prime importance. De fait, les citoyens indonésiens renouvelleront bientôt par leurs votes l’ensemble du personnel des assemblées élues et désigneront un nouveau président. Il s’agit de la seconde élection libre depuis la fin du régime autoritaire de l’Ordre Nouveau en 1998 et la restauration du multipartisme concurrentiel en 1999. Ce scrutin, comme celui de juin 1999, sera placé sous très haute surveillance par la « communauté internationale ». Celle-ci, au sortir de la crise irakienne et quelques mois après l’attentat sanglant contre l’Hôtel Marriott de Djakarta, craint une percée des mouvances islamistes et s’inquiète d’une campagne électorale dont les mots d’ordre pourraient être résolument antiaméricains. Il peut n’être donc pas tout à fait inutile, pour éclairer tant les enjeux politiques réels de ces scrutins que la façon dont les institutions internationales les pensent, de revenir sur l’élection de juin 1999.
Dès la démission forcée du président Suharto en mai 1998, certains observateurs, comme le chroniqueur Goenawan Mohamad, s’interrogeaient sur ce que recouvrait, en termes d’attentes, le mot passe-partout de reformasi, brandi par les mouvements étudiants radicaux comme par les thuriféraires défroqués d’ancien régime. L’adjonction de qualificatifs antithétiques à ce terme permettait déjà d’en déceler les usages contradictoires. Le Parti du mandat national d’Amien Raïs (PAN) appelait à une « réforme dans le calme » (reformasi damai) tandis que les militants du Parti démocratique du peuple (PRD) voulaient une « réforme totale » (reformasi total). La reformasi désignait un processus de libéralisation politique qui devait se clore pour les uns par la tenue d’élections libres, et pour les autres par l’élimination des tares du système politique (KKN : corruption, collusion et népotisme). Pour les simples électeurs, il s’agissait le plus souvent, avant tout, de « moraliser » la vie publique, c’est-à-dire de faire prévaloir, dans les luttes de pouvoir comme dans l’administration au jour le jour du pays, des valeurs patriotiques de probité et de désintéressement.
La
reformasi a été un succès au plan technique de la transformation des règles du jeu politique. Le retour au pluripartisme et à la liberté de la presse, le démantèlement des structures de répression instituées jadis par le régime de l’Ordre Nouveau, le poids moindre des militaires dans les assemblées nationales consacrent indubitablement un virage libéral. Mais pour ce qui concerne les sentiments d’appartenance citoyenne et de nationalité, c’est-à-dire la façon dont les gens se sentent individuellement liés à l’État et collectivement à une même nation, le bilan de la
reformasi est rien moins qu’ambigu. La confiance des citoyens dans les institutions publiques et dans les assemblées élues s’est rapidement érodée, et le nombre de conflits dits « inter-communautaires » et de lynchages a grimpé en flèche. Pour comprendre comment le processus de réforme démocratique et les phénomènes de violence politique, loin de s’exclure, se sont enchevêtrés toujours plus avant, il convient de revenir sur le moment fondateur de la
reformasi : les élections « en trompe-l’œil » du 7 juin 1999. Plus précisément, il s’agit ici de mettre en évidence le décalage qui existait alors entre les attentes et les présupposés des acteurs politiques indonésiens et ceux des « ingénieurs de la démocratie » (autrement dit les analystes, temporaires ou permanents, des grandes agences internationales de surveillance du passage à la démocratie, comme l’International Republican Institute ou IDEA). L’objet de cette contribution n’est bien sûr pas de surestimer l’influence des acteurs non indonésiens sur un processus de changement politique dont les causes profondes sont éminemment endogènes (montée en puissance d’un mouvement pro-
demokrasi à partir de 1996, tarissement de la capacité redistributive d’un régime népotiste du fait de la crise financière de 1997, manifestations étudiantes du printemps 1998). Il est plutôt question de s’intéresser aux effets « à la marge » des discours d’expertise internationaux sur la formulation des nouvelles règles du jeu institutionnelles, en particulier lors de la rédaction des nouvelles lois électorales. Et, ce faisant, de pointer les questions qu’un attachement fétichiste à l’élection et à ses rituels a laissées en suspens, comme le renouvellement sociologique du personnel parlementaire, les rapports entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ou encore la multiplication des milices partisanes violentes
[2].
Du rôle des experts ès démocratie : les élections « en trompe-l’œil » de juin 1999
Le pluripartisme a été rétabli en Indonésie par les Lois N
os 1, 2, 3, 4 et 5 de 1999, votées à l’initiative de B. J. Habibie, qui a assumé la présidence par intérim du pays du 22 mai 1998 au 20 octobre 1999
[3]. Habibie avait nommé, pour élaborer le texte de ces lois, une équipe d’experts baptisée « Équipe des Sept » et placée sous la présidence du directeur général de l’Administration et de l’autonomie régionale du Ministère de l’Intérieur, le professeur de droit Ryaas Rasyid
[4]. Ces lois abrogeaient le système tripartite créé par Suharto en 1973 au moyen de la « simplification » forcée du paysage partisan. Seuls le Parti démocratique indonésien (PDI), le Parti du développement unitaire (PPP) et le Golkar (organe gouvernemental) avaient alors le droit de prendre part tous les cinq ans aux « fêtes de la démocratie »
(pesta-pesta demokrasi), et seul le Golkar les remportait avec des scores qui dépassaient usuellement les 60 %
[5]. Toute activité politique était interdite dans les villages entre les élections, et les fonctionnaires étaient d’office membres du Golkar (lequel régentait une pyramide d’associations corporatistes)
[6]. Les « lois Habibie » de février 1999 rétablirent pleinement la liberté de réunion et d’association politique rognée par les lois antisubversion de 1966
[7]. Cinquante citoyens majeurs (
id est âgés de plus de 21 ans et non déchus de leurs droits civiques) pouvaient désormais créer un parti politique sans risque aucun d’être inquiétés par la police ou par les services de renseignement.
Au cours du second semestre 1998, après que le nouveau président eut confirmé son intention d’organiser des élections libres, plus de 200 nouveaux partis virent le jour. La plupart n’étaient certes que des coteries de notables d’ancien régime cherchant à surseoir à leur éviction du système de pouvoir, ou encore les émanations d’organisations religieuses et de grands groupes d’intérêt en quête d’un surcroît de visibilité médiatique et d’un accès privilégié aux ressources publiques
[8]. Le vice-président du bien nommé PAY (
Partai Abul Yatama, Parti père des orphelins) expliquait ainsi candidement qu’il était certain de ne pas remporter un seul siège au Parlement mais qu’il souhaitait profiter du temps d’antenne offert à tous les partis sur les chaînes publiques afin de promouvoir sa « fondation caritative »
[9]. Il n’empêche que ce moment d’efflorescence partisane a accéléré l’enracinement du nouvel ordre politique parmi les élites sociales. Pour gérer l’organisation pratique du scrutin et en surveiller le déroulement, la Loi N° 3/1999 (complétée par la Décision présidentielle N° 16/1999)
[10] créa une Commission nationale des élections (
Komisi Pemilihan Umum, KPU). Afin de restreindre le nombre des partis autorisés à concourir, la KPU édicta des règles strictes. Les nouveaux partis devaient disposer de branches dans au moins la moitié des vingt-sept provinces de l’archipel, ne pas contrevenir dans leurs professions de foi aux principes fondamentaux de l’État (les
Pancasila)
[11] et « ne pas mettre en péril l’unité et l’intégrité nationales » (donc ne pas relayer de discours séparatistes ou islamistes radicaux). Ils devaient en outre rendre publics leurs comptes de campagne. Les donations de personnes physiques et morales étaient limitées à 15 millions de roupies, soit environ 1500 euros. Quarante-huit partis furent accrédités par la KPU au terme d’un processus d’auditions. Ils reflétaient un assez large éventail d’options idéologiques, depuis les partis soekarnoistes (nationalistes républicains) jusqu’aux partis musulmans (traditionalistes et réformistes) en passant par des partis ouvriéristes (tel le Parti démocratique du peuple).
Une amorce de judiciarisation des pratiques politiques
Contrairement aux pronostics pessimistes de la plupart des chancelleries occidentales, les élections du 7 juin 1999 se déroulèrent dans le calme et sans incident technique majeur en dépit de leur prodigieuse échelle territoriale et démographique (250 000 stations de vote pour plus de 130 millions d’électeurs, avec un taux d’inscription de 87,4 %)
[12]. Leur enjeu politique était également de taille. Aux termes de la Loi N° 4/1999, 462 sièges de députés
(wakil rakyat) devaient être pourvus au suffrage universel direct à la chambre basse de l’Assemblée nationale (DPR) et 135 à la chambre haute (DPRD 1 et DPRD 2 : représentants des conseils de province et des conseils régionaux formant la MPR) ; 38 sièges de la DPR restaient réservés par décret aux représentants des forces armées et de la police, et au sein de la MPR, une commission parlementaire mixte créée par la KPU devait nommer 65 « représentants des groupes fonctionnels » (ouvriers, paysans, étudiants, minorités ethniques, handicapés, etc.).
Les très nombreuses agences de surveillance du scrutin firent état, dans leurs « rapports d’étapes », de tentatives de subornation d’électeurs au moyen de dons de nourriture, d’argent, de tee-shirts ou de cassettes de karaoké, ainsi que de quelques cas d’intimidation musclée. Plusieurs constats s’imposent à la lecture de ces rapports. En premier lieu, tous les partis sont incriminés : le PDI-P de Megawati Sukarnoputri et le PPP d’Hamzah Haz pas moins que le Golkar d’Akbar Tandjung. Si ce dernier disposait de ressources plus étendues de patronage financier et administratif, du fait de son ancienne position dominante, les nouveaux entrants dans le champ partisan eurent recours aux mêmes techniques d’achat de voix. Si l’on prend le cas de la province de Sulawesi Sud, on remarque ainsi que si les dirigeants locaux du Golkar « ont donné de l’argent aux chefs de village réunis à Janeponto », les délégués du PAN ont promis de « donner une chèvre à ceux qui voteraient pour leur parti » dans le district de Banggai et que le PDI-P et le PKB de
Gus Dur ont « offert des vêtements (surtout des uniformes partisans) aux gens, principalement des conducteurs de cyclopousses » dans le district de Biringkanaya
[13]. En second lieu, il faut noter que la plupart des méfaits préélectoraux répertoriés ressortent moins à la criminalité politique qu’à des manifestations d’ethos clientélaire. La distribution de produits de première nécessité contre promesse de vote n’induit par elle-même aucune distorsion du résultat électoral, puisque le secret de l’isoloir garantit l’anonymat lors de l’expression des préférences réelles. On note ici l’influence prépondérante de grilles d’analyse de la fraude électorale élaborées par la recherche universitaire occidentale – la criminalisation (ou plus exactement la judiciarisation) des faits de clientélisme politique ressortissant à l’évolution récente du débat public dans les démocraties occidentales
[14].
Il convient de souligner que la présence massive d’observateurs électoraux en amont et en aval du scrutin constituait en elle-même une dimension nouvelle du processus électoral. Il faut notamment s’arrêter sur le nombre particulièrement élevé (près de 600) de représentants d’agences de surveillance électorale non indonésiennes. La Chambre américaine de Commerce en avait déployé 26 ; le Réseau asiatique pour les élections libres (ANFREL) : 69 ; le Conseil australien pour l’aide outre-mer (ACFOA) : 17 ; l’Institut républicain international (IRI) : 15 ; le Centre Carter et le National Democratic Institute : 100
[15] ; le gouvernement japonais : 20 ; et l’Union européenne : 130
[16]. L’ancien président américain Jimmy Carter fit en personne une visite éclair à Djakarta (et à Bali) pour souligner tout l’intérêt que la classe politique américaine, toujours sous le charme de la théorie huntingtonienne des « démocraties de troisième vague », portait au passage à la démocratie de l’Indonésie
[17]. De fait, dans la perspective de l’administration Clinton, le basculement du plus grand pays musulman du monde dans le camp des régimes libéraux devait inéluctablement provoquer une démocratisation en chaîne des sociétés d’Asie du Sud, voire du Moyen-Orient. Le Programme des Nations Unies pour le développement (UNDP) créa une antenne d’assistance électorale à Djakarta
[18]. Grâce aux dons du Japon (plus de 35 millions de dollars), l’UNDP finança dans leur intégralité les frais d’impression des 400 millions de bulletins de vote et des 2,8 millions de manuels de consignes pour les agents électoraux, ainsi que l’achat de 600 000 bouteilles d’une encre indélébile destinée à éviter les votes multiples, et de 1000 postes de radio longue distance pour les stations de vote des zones reculées
[19]. L’intérêt stratégique des États-Unis, du Japon et de l’Australie pour la stabilité politique de l’Indonésie trouvèrent une traduction financière dans le soutien apporté à l’organisation matérielle du premier scrutin de sortie d’autoritarisme. Le moins que l’on puisse dire, au vu des vastes moyens mis à disposition par les agences multilatérales et les gouvernements étrangers, est que ces élections furent placées sous très haute surveillance par la communauté internationale.
L’influence des doctrines électorales nord-américaines et la présélection des personnalités politiques éminentes
Il est permis d’avancer l’hypothèse que la présence massive d’ingénieurs ès démocratisation à Djakarta au premier semestre 1999 a eu un effet sur la définition du processus politique légitime, c’est-à-dire sur la vision même du changement politique désirable. La réticence à l’égard du multipartisme non limitatif dont ont fait montre certains membres de la Commission des élections, qui ont milité pour l’adoption de dispositifs restreignant le nombre de formations partisanes dans l’espoir de parvenir à un système stable d’alliances gouvernementales, n’est vraisemblablement pas étrangère à leur intime familiarité avec les bastions nord-américains de l’expertise démocratique. Il n’est ainsi pas anecdotique que l’un des membres les plus écoutés de la KPU, Andy Mallarangeng, ait obtenu son
master de sociologie (1991) puis son doctorat de science politique à la Northern Illinois University (1997)
[20]. Sa thèse, très influencée par les travaux de Dwight King, avait pour objet « une analyse contextuelle du comportement électoral indonésien ». Dwight King, indonésianiste renommé, spécialiste des élections sous l’Ordre Nouveau, avait d’ailleurs été consultant de la Banque mondiale sur l’Indonésie (en mars 1989, février et mai 1990, janvier 1991, novembre 1992 et janvier 1997). Il fut en outre l’un des conseillers
(senior adviser) du Centre Carter de février à juin 1999, au moment des élections indonésiennes, puis devint
election monitor au Timor-Est en 2001 lors de l’élection de l’assemblée constituante
[21]. Décrivant son rôle de consultant politique à Djakarta, Dwight King écrit, dans un inimitable parler bureaucratico-académique :
« Duties : Provided weekly analysis and background papers on political developments and the transition process in Indonesia, wrote press releases, gave oral briefings to Carter Center personnel, including former President and Mrs. Carter, participated in high level interviews (as translator and/or co-questioner) between Jimmy Carter and high level Indonesian government officials, including President, Foreign Minister, and Commander in Chief of the Armed Forces, and leaders of major political parties. Recruited and helped screen/select members of the election monitoring delegation. » [22]
La préférence explicite d’Andy Mallarangeng pour un système de « grands partis » pourrait donc avoir été dictée par l’influence sur sa pensée du modèle américain du « deux partis et demi », présenté par la théorie anglo-saxonne comme un gage de stabilité politique à long terme. Cette théorie était alors accessible à un public lettré : dès la fin 1998, certains ouvrages majeurs de la « transitologie » avaient été traduits en indonésien et les analyses d’auteurs comme Philipp Schmitter et Juan Linz reprises dans des essais de science politique
[23]. Or, l’on sait, notamment depuis les analyses critiques de Guy Hermet sur cette école de pensée, que la « transitologie » affichait dans les années 70 et 80 une nette préférence pour les scrutins de type ou à effets majoritaires, au motif que les situations de sortie d’autoritarisme nécessitent la conclusion de « pactes » entre ennemis idéologiques et que les « partis attrape-tout » peuvent favoriser ces transactions
[24]. Au sein même de la Commission des élections, un profond clivage se fit cependant jour entre les représentants des partis (les « politiques », qui étaient presque tous favorables à un mode de scrutin augmentant la représentation proportionnelle) et les « technocrates » (professeurs de droit et experts, qui penchaient pour un mode de scrutin majoritaire)
[25].
La présélection diplomatico-médiatique des personnalités politiques éminentes a constitué une autre modalité d’interférence exogène, en amont du processus électoral. Prenons l’exemple d’un événement orchestré trois semaines avant le scrutin, à Djakarta, par la Fondation Asie-Europe (ASEF). La Fondation Asie-Europe est une organisation intergouvernementale financée par des États européens et asiatiques pour mettre en œuvre le « volet culturel » du processus de dialogue politique baptisé
Asia-Europe Meeting (ASEM)
[26]. En partenariat avec le British Council de Djakarta et sous la présidence de Tommy Koh, diplomate singapourien de premier plan, l’ASEF a organisé du 12 au 14 mai, dans les salons de l’Hôtel Gran Melia, un « colloque pour les journalistes » intitulé
A Preview of the Indonesian Elections. Ce « colloque » se donnait pour objectif « d’aider les journalistes asiatiques et européens à mieux saisir les dynamiques et la complexité des élections indonésiennes du 7 juin » et, pour ce faire, d’offrir aux participants « un aperçu du paysage politique de l’Indonésie contemporaine »
[27]. La deuxième session du « colloque », baptisée
« Meeting the Major Parties », donnait tour à tour la parole à cinq cadres de partis : Mochtar Pakpahan, membre du comité consultatif du Parti national du travail (PBN), Marzuki Darusman, vice-président du Golkar, Abdillah Toha, membre du comité exécutif du Parti du mandat national (PAN), Fadjrul Fallah, membre du comité exécutif du Parti du réveil national (PKB), et Mochtar Buchori, secrétaire général adjoint du Parti démocratique indonésien-combat (PDI-P). Chacun des orateurs, s’aidant à l’occasion d’un rétroprojecteur, présenta son parti en insistant sur ses orientations idéologiques minimales : respect de la démocratie et de l’État de droit, promotion de la
corporate (ou de la
good)
governance par la lutte contre la corruption, etc. L’auditoire était composé de membres de représentations diplomatiques occidentales et d’une soixantaine de journalistes de la presse écrite et audiovisuelle nationale (l’agence de presse Antara, les magazines
Gamma,
Panji,
Tajuk et
Warta Ekonomi, le journal
Compas, etc.) et internationale (
Asiaweek,
The Asian Wall Street Journal,
Xinhua News Agency, AFP, Reuters,
Deutsche Welle,
Asahi Shimbun,
The Star,
The Nation, etc.). La plupart des correspondants de presse étrangers étaient arrivés quelques jours auparavant dans la capitale : ils ne disposaient donc que d’informations de seconde main sur le jeu politique national et n’avaient pas encore rempli leurs carnets d’adresses et de rendez-vous.
La finalité de l’événement en termes de « réseautage » (networking) était d’ailleurs, dès l’abord, on ne peut plus évidente. Dans le hall d’entrée, une corbeille en osier accueillait les cartes de visite des participants, qui étaient ensuite photocopiées et communiquées sur demande. La sélection et la mise en avant médiatique de 5 seulement des 48 partis politiques en lice n’obéissaient probablement pas à un plan machiavélique visant à discréditer les formations adverses. Il n’empêche que ce « colloque » de l’ASEF et du British Council a pesé sur la couverture médiatique de la campagne, en donnant à ces cinq formations une prime de notoriété et en accréditant, parmi les observateurs étrangers, l’idée que les enjeux du scrutin se réduisaient à la bataille entre une poignée de personnalités. Le fait qu’aucun parti taxé d’islamisme (comme le Parti du Croissant et de l’Étoile ou le Parti de la Justice) n’ait été invité ne laisse pas d’étonner, quand on sait l’importance que la presse politique indonésienne leur accordait alors. Il est également à noter que le parti de Pakpahan n’obtint aucun député à la DPR, et que la seule raison de sa présence aux côtés des ténors du PDI-P et du Golkar était, selon toute vraisemblance, l’immense crédit moral international que lui avait acquis son emprisonnement sous l’Ordre Nouveau.
Le fétichisme de l’isoloir : l’imposition d’une vision restrictive des processus politiques
[28]
L’objet de ces quelques notations sur le rôle des agences externes d’expertise démocratique et des fondations étrangères à Djakarta à la veille du scrutin de juin 1999 n’est aucunement de minimiser le caractère endogène des processus de changement politique indonésiens
[29]. Il n’est non plus à proprement parler pas question de critiquer les aléas d’une « interférence » ou d’une « ingérence » qui relève du
vade mecum de l’aide technique multilatérale, ni d’accorder plus d’importance qu’il ne faut aux bizarreries du
business en matière de passage à la démocratie et de son étrange « novlangue ». Il s’agit bien plutôt d’attirer l’attention sur la lecture réductrice du politique que ces agences promeuvent, prisonnières qu’elles sont d’un langage et de modalités d’interprétation rétives à la prise en compte des dynamiques sociales. Car toutes ces agences ont en commun d’avoir érigé le moment électoral en alpha et oméga de la transition politique, sur le refrain du « quand les élections vont, tout va ».
Autrement dit, l’absence de violences majeures le jour du scrutin signifie l’entrée en démocratie, point à la ligne. Les bailleurs de fonds de la KPU portaient ainsi une attention maniaque à tous les indices potentiels d’une violence exercée contre l’électeur par des « éléments perturbateurs ». Ceux-ci étaient toujours représentés sous les traits de
preman, les voyous de quartier (souvent acoquinés aux forces de l’ordre). Dans le « formulaire de surveillance » remis par le réseau de surveillance électorale du Rectors’ Forum à tous ses personnels, l’essentiel des questions portant sur « les conditions prévalant durant le processus de dépôt de bulletin » avaient trait aux actes d’« intimidation »
(violent physical threat, non-physical threat, intimidation from the security personnel, intimidation from unknown individuals)
[30]. Dans un opuscule en forme de bande dessinée, financé par l’International Republican Institute (IRI) et distribué aux délégués des partis sur les lieux de vote, cette crainte obsessionnelle de l’action d’« éléments perturbateurs » trouvait sa traduction graphique dans une série de vignettes croquant des « gueules cassées » qui menacent du poing une brave ménagère en passe de rentrer dans l’isoloir ou qui dérobent discrètement une urne
[31]. Le dessinateur, Harnaeni Hamdan, s’est visiblement inspiré des personnages de truands des
komiks populaires pour doter d’une iconographie humoristique la hantise du désastre électoral qui taraudait les analystes du Centre Carter et de l’IRI.
La question de l’équilibre des institutions, du rôle des forces politiques extraparlementaires ou de la lisibilité du processus politique par les citoyens n’avaient plus aucune pertinence au regard de ce fétichisme des élections. Pour preuve : au lendemain du scrutin du 7 juin, la quasi-totalité des agences de surveillance électorale ont décerné un brevet de démocratie à l’Indonésie et se sont empressées de quitter le pays. Or, la suite des événements a montré que le choix électoral n’était qu’une dimension parmi d’autres de la vie politique nationale, et que la légitimité des pouvoirs parlementaire et présidentiel n’obéissait pas qu’au verdict des urnes, quand bien même les dimensions exactes de celles-ci avaient été fixées par décret dans l’espoir d’empêcher les tricheries. Toute une section du manuel de consignes publié par la Commission nationale des élections à l’intention de ses agents de surveillance électorale (KPPS) était de fait consacrée au
design des urnes (avec couvercle ouvrant), aux dimensions de l’isoloir (1,5 m de largeur sur 2 m de hauteur et 1,5 m de profondeur) et au plan des stations de vote (emplacement des portes d’entrée et de sortie, des isoloirs, de la table d’observation)
[32]. La minutie de ces prescriptions technologiques plongea d’ailleurs dans l’embarras nombre de petits fonctionnaires la veille et le jour du scrutin. Dans un quartier du sud-est de Djakarta, une violente polémique opposa par exemple les partisans d’un isoloir en carton à ceux d’un isoloir en contreplaqué. Les textes étaient muets sur le choix du matériau, et le Chef de Voisinage
(kepala RW) dut en appeler
in fine à l’arbitrage de l’Officier de District
(camat)
[33]. Ailleurs, c’est la question du lieu d’implantation de la station de vote qui mena au litige. Pour des raisons pratiques, les isoloirs furent généralement installés dans les lieux publics : écoles, dispensaires, etc. Mais c’est parfois dans la cour même de la maison du Chef de Voisinage (sa résidence lui servant aussi de permanence) que furent dressés les isoloirs. Certains habitants se plaignirent aussitôt des risques de pression de la part de fonctionnaires depuis toujours acquis au Golkar, et souhaitèrent dissocier clairement le lieu de l’expression du vote des lieux manifestant la présence administrative
[34]. Compte tenu du soutien sans faille apporté pendant trois décennies par les services administratifs locaux au Golkar, la méfiance des citoyens à l’égard d’un État partisan était compréhensible.
En revenant sur le scrutin de juin 1999, on s’aperçoit que la quête de la perfection technique en a paradoxalement grevé la lisibilité par les citoyens. La complexité du mode de scrutin et l’autorisation des apparentements jusqu’au dernier jour de la campagne (au motif de la transparence totale des candidatures) ont généré un sentiment profond d’incompréhension, voire de duperie chez les électeurs, qui ont dès lors relativisé grandement la portée de la
reformasi. En second lieu, le parlement issu de ce scrutin ne reflète absolument pas, au plan de sa composition sociologique, le corps électoral réel. Une écrasante majorité des députés sont issus du milieu entrepreneurial et de la petite et moyenne bourgeoisie citadines. Aucun représentant originaire du monde des usines, issu du « petit peuple » des cahutes et des faubourgs, ne siège à la DPR. La très grande majorité des élus du PDI-P, le parti de la Mère du Peuple Megawati Sukarnoputri, sont des petits patrons d’entreprises du textile ou du transport, des professeurs d’université, des avocats, des fonctionnaires et des ingénieurs
[35]. Il n’est dès lors pas étonnant de constater que ce « parlement des éduqués », en près de quatre années de législature, n’a voté aucune des grandes lois sociales (sur les indemnités de licenciement, sur les congés maladie) qui auraient amélioré le quotidien des classes populaires alors que le pays était plongé dans une situation de grave crise économique
[36].
L’indifférence manifeste des diverses agences d’aide au « passage à la démocratie » à l’égard des dynamiques sociales du politique ne s’explique pas uniquement par des raisons d’ordre théorique ou idéologique : elle est aussi la conséquence d’un mode de structuration. La plupart de ces agences ont en effet vocation à travailler simultanément sur plusieurs pays. L’International Institute for Democracy and Electoral Assistance (IDEA), qui possède un représentant permanent à Djakarta, se donne ainsi pour objectif d’« aider à développer les institutions et la culture de la démocratie » et publie à cet effet des
handbooks comparatifs sur « le financement des partis politiques », « les femmes au Parlement » ou « la création des systèmes électoraux »
(electoral systems design). L’IDEA est financé par une vingtaine d’États et travaille en étroit partenariat avec d’autres organismes internationaux (comme la Banque mondiale, l’Union interparlementaire, l’International Press Institute et Transparency International). Il dispose de bureaux et finance des projets au Nigeria, au Burkina Faso, en Afrique du Sud, au Mozambique, au Pérou, au Guatemala, en Birmanie et en Géorgie
[37]. Tout comme les
senior advisers de l’IRI ou les chargés de mission de la Commission européenne qui dirigent les équipes de surveillance électorale, les
programme officers de l’IDEA ont vocation à changer fréquemment de site d’intervention. L’IDEA agit donc tel un opérateur de standardisation internationale du langage du « passage à la démocratie ». Sa définition procédurale du système démocratique est propice à des comparaisons-éclair entre des sociétés politiques aux trajectoires historiques pourtant très différentes. Elle impose une vision technique (pour ne pas dire techniciste) du changement politique. La démocratie est ici affaire de spécialistes : son institution et sa consolidation sont censées découler du strict respect d’un ensemble de recettes universelles.
La crise du système de partis et la montée en puissance des milices politiques
S’arrêter sur les particularités du scrutin du 7 juin 1999 permet d’avancer une explication simple à la crise politique qui a plongé l’Indonésie dans la paralysie législative sous la présidence d’Abdurrahman Wahid (octobre 1999-juillet 2001). Dirigeant d’un parti qui n’était arrivé qu’en quatrième position aux élections et ne disposait en conséquence que de 51 députés sur 462 à la DPR, Abdurrahman Wahid (dit
Gus Dur) n’avait pas les moyens politiques nécessaires à la mise en œuvre de son programme. D’autant plus qu’il agissait au sein d’un système où la position de chef de gouvernement n’est pas clairement établie par le texte constitutionnel mais incombe
de facto à un vice-président doté d’attributions honorifiques. Désigné par le Parlement non pour ses qualités propres mais pour faire barrage à la candidature de Megawati Sukarnoputri après que le ticket du Golkar eut perdu toute valeur politique du fait de la censure du bilan du gouvernement de B. J. Habibie,
Gus Dur ne pouvait se constituer de majorité parlementaire solidaire
[38].
Sa pratique solipsiste du pouvoir a par surcroît envenimé rapidement une relation institutionnelle équivoque. En s’appuyant sur l’avis de ses conseillers de l’ombre
(pembisik) plus que sur les sondages d’opinion, en traitant le Parlement de « jardin d’enfants », en s’attirant les foudres de l’armée et de la police en cherchant à influer directement sur leurs logiques de promotion interne, et surtout en cantonnant avec mépris dans un rôle subalterne Megawati dont le parti était pourtant arrivé largement en tête du scrutin avec 33 % des suffrages exprimés,
Gus Dur a créé les conditions irréversibles de son échec politique
[39]. Se saisissant de rumeurs de détournement de fonds publics (le
Bulogate), les commissions d’enquête parlementaires se sont attribué un pouvoir d’
impeachment que la Constitution ne leur reconnaissait pas vraiment. Par le vote de la démission du Président à une écrasante majorité, les députés ont certes mis fin à un règne erratique, qui consacrait une vision mystique et ultra-présidentialiste de l’exercice du pouvoir d’État
[40]. Mais ils ont surtout faussé la pyramide des normes et l’équilibre des institutions en créant, au moyen d’un décret MPR, une procédure de mise en accusation du Président. Dans la pratique constitutionnelle indonésienne, la Constitution de 1945
(UUD 45) est de fait supérieure aux Décrets du Parlement réuni en assemblée générale
(Tetapkan MPR : TAP MPR), qui sont supérieurs aux Lois de la DPR
(UU DPR), qui sont elles-mêmes de valeur équivalente aux Instructions et aux Décisions présidentielles
(Keputusan Presiden : Kepres)
[41]. Ce chevauchement des actes exécutifs et législatifs est éminemment problématique, dans la mesure où le problème de la hiérarchie des normes et des prérogatives perdure en l’absence d’un véritable conseil constitutionnel, constitué d’une magistrature indépendante tant des Parquets que du Parlement. La démission forcée de
Gus Dur a provoqué une crise profonde chez les juristes de droit public indonésiens, mais elle n’a pas encore mené à la mise en place des dispositifs permettant d’éliminer toute incertitude sur les règles du jeu institutionnel.
Les nouvelles dispositions électorales et la question de la Cour constitutionnelle
En vue des élections de 2004, de nouvelles provisions législatives ont affiné encore les mécanismes de sélection des formations partisanes. La Loi N° 31/2002 pose en son article 3 que pour être autorisés à concourir, les partis doivent disposer de branches permanentes dans 50 % au moins des provinces de l’archipel, dans 50 % au moins des régences
(kabupaten) et/ou des municipalités de ces provinces, et dans 50 % au moins des districts
(kecamatan) de ces régences et municipalités
[42]. À ces impératifs techniques qui visent à parachever la nationalisation du champ politique et à débouter les formations fantoches, s’ajoutent une série de prescriptions dont le déni est passible d’amendes et de peines de prison ferme, comme l’interdiction de contrevenir à la Constitution de 1945 et aux
Pancasila (article 5.2) et l’obligation afférente de « protéger et défendre l’intégrité [territoriale] de l’État unitaire de la République d’Indonésie » (article 9). La loi encadre également de façon très stricte le financement des partis. Ceux-ci ne peuvent accepter de fonds d’origine étrangère (article 19.3) et les contributions à leur budget de campagne ne doivent pas excéder 200 millions de roupies pour les personnes physiques (environ 2200 euros) et 800 millions de roupies pour les entreprises (environ 9000 euros) par année fiscale (article 18). L’État leur verse cependant une aide calculée en fonction du nombre de leurs députés à la DPR. Ils sont en outre requis de présenter leurs comptes de campagne à la KPU dans un délai d’un an à compter de la fin du scrutin (article 9). La sélection de leurs dirigeants aux niveaux national et local doit obéir aux règles de la délibération démocratique (article 13.2). Par ailleurs, la Loi N° 12/2003 encadre juridiquement le déroulement de la campagne électorale. Au cours de celle-ci, qui dure trois mois et s’achève trois jours avant la tenue du scrutin, l’incitation à la violence et la diffamation d’un adversaire par le recours aux catégories « de race, d’ethnie ou de religion » sont pénalement réprimées (article 74). Les médias sont tenus d’accorder un temps d’antenne égal aux différentes formations et de relayer tous les messages de la KPU. À noter également que pour éviter la surpolitisation de la Commission nationale des élections, qui avait conduit en 1999 à l’impossibilité d’un accord sur la promulgation des résultats, la Loi N° 4/2000 en modifie radicalement la structure. La KPU est désormais composée de 11 membres « non partisans ». Elle est pour l’heure dirigée par l’universitaire acehnais Nazaruddin Sjamsuddin, professeur de science politique à l’Université d’Indonésie, et compte surtout des juristes. La KPU a annoncé en avril 2003 que la prochaine campagne débuterait le 5 avril 2004
[43]. Le nombre de nouveaux partis, qui avait fléchi juste après le scrutin de 1999, est remonté en flèche en 2002 (5 en 2000, 15 en 2001 et 69 en 2002).
Cette opération de juridicisation du jeu électoral tire clairement les leçons de la campagne de mai-juin 1999, marquée par quelques rixes entre militants et surtout par le recours systématique des candidats à l’insinuation calomnieuse. Les partis islamistes avaient tenté de disqualifier Megawati Sukarnoputri en la dépeignant, dans des pamphlets largement distribués à l’issue des prônes, sous les traits d’une athée ennemie de l’islam. Malheureusement ces nouvelles provisions législatives, si elles permettent à l’État de mieux contrôler pénalement l’activité politique, n’ont en rien fait décroître l’incertitude née du flou des textes régissant la hiérarchie des normes et les rapports entre institutions. Certes, au terme d’un laborieux processus, une Cour constitutionnelle a finalement été créée, composée de 9 juges dont 3 sont nommés par le Président, 3 par le Parlement et 3 par l’institution elle-même
[44]. Mais la mise en place tardive de cette juridiction (huit mois seulement avant le début du scrutin) et la définition encore ambiguë de ses attributions (est-elle un simple organe consultatif ? a-t-elle un pouvoir d’autosaisine en matière de procédure d’
impeachment ?) en font un outil faible de régulation du jeu institutionnel
[45]. Et ce d’autant plus que les affiliations partisanes des magistrats ont terni leur aura d’impartialité avant même qu’ils ne siègent. Haryono et Palguna sont en effet des députés du PDI-P, Rustandi aurait été imposé par le PPP et Jimly Asshiddique, le professeur de droit désigné comme président, est dit « étroitement associé » au Golkar qui a soutenu sa candidature
[46].
Or les enjeux sont immenses. Car l’introduction de l’élection au suffrage universel direct du président de la République, que ses partisans présentent comme la seule voie véritable vers la constitution de majorités de gouvernement stables, soulève d’épineuses questions sur les prérogatives du Parlement. La tentation ne sera-t-elle pas grande pour le ou la futur(e) président(e) de se prévaloir
ad nauseam de l’onction du suffrage populaire pour rogner le pouvoir d’
impeachment parlementaire ? Le politologue Rizal Mallarangeng remarque avec une ironie triste que « personne ne comprend les implications réelles de ces nouvelles dispositions, pas même les élites qui les ont édictées »
[47]. De nombreux opposants au texte de loi sur l’élection présidentielle, entériné par le Parlement en octobre 2003, font valoir que le législateur fait la part belle aux grands partis. Seules les formations ayant conquis plus de 10 % des sièges à la DPR auront en effet le droit de proposer leur candidat (qui ne pourra cependant pas être un ancien membre du Parti communiste)
[48]. Le risque d’aboutir
in fine à un exécutif monocéphale est d’autant plus grand que, par son alliance idéologique avec les militaires et sa pratique quasi monarchique du pouvoir, Megawati Sukarnoputri a fortement représidentialisé le jeu institutionnel depuis son accession à la tête de l’État en juillet 2001. Le palais présidentiel de l’Istana Merdeka est redevenu le centre de gravité du système de décision.
À preuve, la proclamation de la loi martiale à Aceh s’est décidée en conseil présidentiel restreint avant d’être financièrement avalisée par un vote des députés. Le Secrétariat général de la Présidence, confié à Bambang Kesowo, s’est rapidement transformé en antichambre (certains disent en sas d’isolement) du pouvoir exécutif.
Un pouvoir parlementaire toujours fragile
Il faut aussi noter que le travail parlementaire s’effectue dans des conditions qui rendent éminemment fragile le pouvoir des chambres. En premier lieu, les textes régissant les rapports entre la DPR et la MPR ne définissent pas de manière précise le mécanisme de « navette » des projets de loi. Rien n’est dit, par exemple, des délais de réponse de la chambre haute après qu’elle s’est saisie d’un avant-projet, ce qui induit une lenteur extrême du processus législatif qui décrédibilise les parlementaires aux yeux de leur électorat. En second lieu, le nouveau personnel parlementaire de la
reformasi dispose de peu de ressources autonomes d’expertise juridique. Rares en effet sont les délégués du peuple qui ont suivi des études de droit public et connaissent les rouages administratifs internes de l’Assemblée
[49]. D’où la tentation de voter « à l’aveugle » les projets de loi, et de s’en dédouaner par l’affirmation du respect de la consigne de vote partisane
[50]. Il existe de vives tensions induites par l’inexpérience des nouveaux élus et le statut juridiquement problématique de certaines procédures (comme les Commissions spéciales d’enquête, les
Pansus, utilisées à des fins politiques). Ade Komaruddin Mochammad, étoile montante du Golkar qui dit appartenir à la « jeune génération » des députés « rationnels », les exprime ainsi :
« Aujourd’hui on cherche à juger tous les scandales devant les Commissions de la DPR : les affaires de Triskati, de la Pertamina, du Bulog II [qui mettait en cause Akbar Tanjung, dirigeant du Golkar], etc. [51] Commission d’enquête par-ci, Commission d’enquête par-là ! Mais toutes ces affaires ont déjà été jugées au plan politique, puisqu’elles remontent toutes à la présidence de B. J. Habibie, dont le bilan de gouvernement a été censuré par le Parlement en août 1999 et qui a déjà payé pour ça (sudah divonis). Suharto aussi a déjà été jugé au niveau politique, puisque la Présidente lui a pardonné et qu’il est hors circuit ! Ce qui reste de ces affaires, ce sont des questions de droit criminel (hukum pidana) qui, elles, doivent être jugées par des tribunaux civils, pas par le Parlement. Même le cas de Trisakti appartient au passé, ça n’a plus rien à voir avec la DPR. Mais le problème, c’est que la plupart des députés ne comprennent rien à ça : il y en a beaucoup qui sortent tout juste de leur forêt. Aujourd’hui, le plus important, c’est la stabilité politique. La politique doit être rationnelle, pas émotionnelle. Les députés vivent encore à l’époque féodale, ils courent après les marques de déférence alors qu’ils devraient vivre comme tout le monde, être proches du peuple. Prenez le cas de Gus Dur : ce type vient d’une grande famille de kyai [lettrés coraniques]. Il est de Purwakerta ; il est issu d’un endroit où dans les pesantren [pensionnats coraniques], les murid [étudiants] croient qu’en buvant l’eau de la bassine dans laquelle leur guru [maître] s’est lavé les pieds, ils deviendront encore plus intelligents ! Avec des hommes politiques comme ça, on est encore loin de faire de la politique rationnellement. » [52]
Cette instabilité institutionnelle persistante du système politique est autant la cause que la conséquence de la violente crise que traversent les grands partis. Tous ont été profondément affaiblis par des luttes intestines. Le Golkar s’est clivé après l’inculpation judiciaire d’Akbar Tandjung pour détournement de fonds : la « jeune garde » du parti, qui aimerait se débarrasser au plus vite d’un vieux chef encombrant, s’affronte ouvertement avec les barons d’ancien régime. Le PDI-P a failli imploser du fait de la guerre sans merci que se sont livrés en 2002 Arifin Panigoro, chef du groupe parlementaire du parti, et Taufik Kiemas, le mari de la présidente, que d’aucuns présentent comme un affairiste sans scrupules
[53].
Le PDI-P a par ailleurs beaucoup souffert du soutien inopinément apporté par Megawati à la candidature de Sutiyoso à sa réélection comme gouverneur de Djakarta
[54]. Car Sutiyoso, ancien commandant en chef adjoint des Forces spéciales de l’armée de terre
(Kopassus), est l’un des personnages les plus haïs par le « petit peuple » de la rue
[55]. Partisan d’une politique municipale autoritaire, il n’a en effet eu de cesse, au nom d’une vision eugéniste de l’espace urbain et pour complaire aux classes moyennes effrayées par l’essor supposé de la petite délinquance, de harceler les vendeurs à la sauvette, les conducteurs de cyclopousse et les habitants des bidonvilles de la Ciliwung, n’hésitant pas à faire raser au bulldozer les grappes de taudis qui déparent les abords de la
jalan tol (l’autoroute à péage qui mène de l’aéroport Sukarno-Hatta au centre-ville et qu’empruntent touristes et diplomates). Mis en cause par des ONG dans des scandales fonciers (tel le rachat à vil prix des terrains du quartier rouge de Kramat Tunggak après la fermeture sur son ordre des centaines de maisons de prostitution qui s’y égrenaient), Sutiyoso est ainsi considéré par beaucoup comme l’ennemi N° 1 des communautés pauvres de la capitale. Or, celles-ci ont été l’un des principaux bassins de voix du PDI-P aux élections de juin 1999. Le soutien public accordé par la présidente à Sutiyoso, à la grande indignation des conseillers municipaux de son propre parti, lui a aliéné une fraction conséquente de son électorat populaire.
L’inquiétant essor des milices politiques
Il faut également prendre toute la mesure de la menace que font peser sur la vie publique des formes d’action politique extraparlementaires. Si les manifestations violentes de masse ne sont plus de mise à Jakarta depuis la reprise en main de la ville par les Unités anti-émeute de la police, un phénomène des plus inquiétants marque les limites de la puissance étatique, signalant par contrecoup le peu de crédit que les citoyens ordinaires accordent aux institutions sécuritaires et judiciaires : il s’agit des lynchages de délinquants présumés par les « foules prises de folie »
(massa diamuk)
[56].
Le nom donné à ce type d’action par la presse nationale est révélateur de leur signification politique latente : « rendre la justice soi-même » (main hakim sendiri), autrement dit s’emparer de prérogatives régaliennes et mettre ainsi à mal le monopole des moyens de violence constitutif de l’autorité de l’État. Bien qu’aucune source statistique fiable ne permette de documenter avec précision leur essor, ces cas de lynchage paraissent désormais assez répandus dans les villages et les kampung (quartiers), au point que la police se refuse à en faire un objet d’enquête criminelle. Les victimes de ces agressions collectives sont le plus souvent des preman, de petits délinquants qui « tiennent » les terminaux de bus et les marchés couverts, où ils prélèvent une « taxe de protection » sur les conducteurs et les commerçants. Mais pris à partie par une patrouille nocturne de résidents (ronda malam), tout « étranger » à un village peut être rossé et lacéré à coups de parang (sabre) s’il ne parvient pas à expliciter, en quelques mots, son identité sociale et les raisons de sa venue.
Ces comportements violents ne relèvent pas d’une pulsion pathologique qui serait propre au monde malais (ce que les romanciers coloniaux appelaient l’
amok). On peut en effet à chaque fois en rendre compte par la perte de confiance dans l’État et par la volonté de réaffirmer sur le mode tragique une identité communautaire locale
[57]. Les lynchages, à Java tout du moins, ne sont pas des actes infra-politiques. Ils témoignent au contraire de l’existence, dans une situation de crise de légitimité du pouvoir central, d’aspirations profondes à l’autogouvernement. L’augmentation drastique du prix de l’eau et de l’électricité, la désastreuse maintenance des infrastructures énergétiques et de transport, la dégradation des prestations administratives et la corruption endémique du système judiciaire militent contre les prétentions de l’État à rester le seul point de ralliement des allégeances des citoyens. Le nombre alarmant d’actes de désobéissance et de fraude fiscales, qui grèvent considérablement le recouvrement de l’impôt, est un autre symptôme clair de la rupture de la relation contractuelle des citoyens à l’État
[58]. Le risque, dès lors, est que « trop de politique ne tue le politique », c’est-à-dire que la volonté de changement populaire ne puisse être canalisée par les structures légales du système politique mais finisse par s’exprimer dans son rejet violent.
Il faut enfin s’arrêter sur le rôle des organisations miliciennes. L’importance des milices et des groupes de type paramilitaire dans la vie politique indonésienne est un phénomène ancien
[59]. Dans les années 1870-1920, l’État colonial néerlandais associait des groupes violents à sa gestion sécuritaire des populations indigènes
[60]. Les fiers-à-bras, les
jago qui avaient pour spécialité le vol de bétail, servaient d’indicateurs de police, et l’administration déléguait aux planteurs des pouvoirs de basse (et parfois de haute) justice
[61]. Ce processus de ramification criminelle de l’État s’accentua durant la période de lutte pour l’indépendance (la période dite de « Révolution physique » de 1945-1949). Certains maquis républicains de Java, d’où devait émerger dans les années 50 l’armée nationale, furent en effet la matrice des collusions à répétition entre l’appareil d’État et les cartels de la contrebande, du jeu et de la prostitution. L’Ordre Nouveau devait institutionnaliser ces relations entre pègre et services de sécurité en créant, au milieu des années 80, l’étrange « Système de sécurité de l’environnement » (désigné par l’acronyme
Siskamling). Les stratèges du régime tenaient à s’assurer que les bandes criminelles des quartiers rouges, sollicitées pour faire le coup de poing au moment des élections, ne prendraient pas avantage de la bienveillance intéressée des autorités pour s’autonomiser et, le cas échéant, passer à la concurrence idéologique.
Il fut donc décidé de doter d’un statut légal les membres des gangs urbains : les
preman (voyous) des Prems ou de Massa 33 devinrent des auxiliaires civils de sécurité (les
Satpam et les
Hansip), formés par la police et l’armée mais rémunérés par leurs employeurs privés
[62]. Non seulement le
Siskamling fonctionne encore, mais il n’est que de regarder les chiffres pour se convaincre de sa brûlante actualité : le nombre total de
satpam en Indonésie avoisine aujourd’hui les 200 000 (dont 90 000 à Jakarta) et celui de
hansip les cinq millions
[63]. Rapporté aux effectifs de l’armée (350 000 hommes en uniforme) et de la police (250 000 hommes), le poids des milices civiles apparaît démesuré. L’inventeur du
Siskamling, l’ancien chef de la Police Awaloedin Djamin, est certes le premier à reconnaître que la délégation de prérogatives de maintien de l’ordre aux
hansip et aux
satpam constitue un dangereux pis-aller. Mais d’après lui, il est désormais trop tard pour les licencier, car ils ne trouveraient pas d’autre emploi et iraient inéluctablement grossir les rangs des sans travail fixe
[64].
Le
Siskamling avait pour objectif de rationaliser la concurrence entre services sécuritaires de l’État et barons du crime sur les marchés de ressources illicites (prostitution, commerce de drogues, extorsion et jeux clandestins). Il visait à créer une véritable structure de cogestion des villes basses en délimitant les territoires de prédation impartis à l’armée, à la police et au milieu criminel. Mais en légalisant le partenariat entre ces gangs et l’armée et la police, le système eut pour effet paradoxal, non de réduire leur rivalité, mais de l’exacerber en proclamant l’identité de nature entre leurs activités. Ce modèle d’organisation milicienne des services sécuritaires de l’État eut ainsi deux conséquences dramatiques. En premier lieu, il accéléra la criminalisation de l’État, c’est-à-dire favorisa l’importation au cœur des institutions publiques d’un type de comportement criminel. Pour prendre la mesure de ce phénomène, il n’est qu’à se tourner vers les cas de plus en plus fréquents de rixes létales entre soldats et policiers. Unités régulières de l’armée et unités de police tendent de plus en plus à agir exactement comme des gangs. Elles transforment leurs juridictions en territoires de chasse, cherchent à contrôler directement ou indirectement les marchés de ressources illicites, et pour finir s’affrontent à l’arme blanche ou au fusil-mitrailleur. Les 29 et 30 septembre 2002, à Binjai (près de Medan, à Sumatra), les soldats d’une unité de l’armée de l’air dépendant des Forces de réserve stratégiques (la Linud 100), armés de fusils et de lance-grenades, ont pris d’assaut un poste de police, tuant sept policiers et trois civils. D’après les enquêtes journalistiques menées sur place, l’attaque aurait été décidée après que la police eut refusé de libérer un revendeur de drogue qu’elle venait d’incarcérer (or les militaires le protégeaient moyennant le prélèvement d’un pourcentage sur ses ventes)
[65]. Le 4 mars 2003, les membres d’une garnison de l’armée de l’air stationnée dans l’est de Jakarta ont incendié un poste de police et tué l’agent de faction pour venger l’humiliation subie par l’un des leurs : la moto-taxi d’un membre de sa famille avait été confisquée (
id est volée) par les policiers
[66]. Le fait que les services sécuritaires de l’État adoptent des comportements violents propres aux groupes criminels est bien l’un des effets pervers de la logique de transactions avec le monde du crime institutionnalisée par le
Siskamling.
La seconde conséquence dramatique de l’importation et de l’institutionnalisation d’un modèle milicien au sein de l’appareil d’État réside dans la criminalisation du champ politique. Dans l’une des rares études de cas régionales de la campagne électorale de mai-juin 1999, consacrée à la province de Java-Est où la lutte fit rage entre le PKB et le PAN, Arief Djati insistait de façon prémonitoire sur le danger de la montée en puissance des milices politiques
[67]. Il n’est aujourd’hui pas un parti politique qui ne dispose de son propre service de sécurité, conçu comme un véritable corps paramilitaire. Ces agents de sécurité, appelés uniment
satgas, portent des tenues inspirées de l’uniforme militaire (vestes treillis, bérets, rangers, écussons, barrettes de grades) et s’entraînent à la pratique des arts martiaux. Malgré ou à cause de leur sulfureuse réputation, les membres du service d’ordre du mouvement de jeunesse de la
Nahdlatul Ulama (principale organisation musulmane d’Indonésie), les Banser, ont ainsi été versés par centaines dans les rangs du Parti du réveil national
[68]. Les Banser revendiquent 425 000 membres, mais leur nombre réel est sûrement plus proche de la centaine de milliers
[69]. La littérature officielle du mouvement présente toujours les Banser sous l’angle de leurs activités au profit de la collectivité publique, comme l’aide à la population en cas de sinistre et la participation aux travaux de réfection de bâtiments collectifs dans les quartiers défavorisés. Ils sont ainsi dépeints sous les traits laudatifs de « combattants de l’humanité », entièrement dévoués au service de la nation et des petites gens
[70]. Interrogés individuellement, les Banser avouent toutefois aisément leur passion pour les arts martiaux offensifs
[71], qu’ils cultivent sous la houlette de chefs religieux réputés comme
Gus Munif et
Kiai Maksum Jauhari. S’ils n’ont jamais été impliqués dans des activités criminelles, les Banser ont été à l’origine de plusieurs campagnes d’agitation violente, notamment lorsque le président Wahid a été mis à mal par les médias pour des affaires d’adultère et de corruption (ils ont ainsi saccagé les locaux du journal
Jawa Pos à Surabaya). Quant aux 30 000 « agents de sécurité » du PDI-P, leur réputation de brutalité est bien établie depuis leur participation musclée à la campagne électorale de 1999, au cours de laquelle ils « sécurisaient » les lieux de meeting matraque en main
[72]. La violence politique, contrairement aux pronostics des experts ès démocratie du NDI ou du Centre Carter, vient donc moins de l’armée et des
preman (voyous) que des partis eux-mêmes.
À trop vouloir s’attacher aux seuls faits et gestes des grands ténors de la vie publique au mépris des contraintes qui structurent leurs prises de position, ou encore à privilégier les scènes de violence sans tenir compte des avancées juridiques du processus de libéralisation politique, l’analyste court le risque de ne livrer de la reformasi qu’une image de chaos. Or ce qui frappe le plus, lorsque l’on jette un regard d’ensemble sur ces cinq années de péripéties politiques, c’est la lente mais sûre genèse d’un système de règles du jeu.
Ces règles sont parfois transgressées et souvent méconnues, mais elles contribuent néanmoins à modeler (et modérer) les conduites des acteurs. Les relations entre le Parlement et la Présidence, entre les députés et leurs électeurs, entre les villageois et les représentants de l’État restent assurément empreintes de méfiance. Le danger de l’implosion politique (non de l’éclatement territorial) du pays n’est pas encore complètement écarté. Mais des compromis ont été passés, des obligations et des sanctions édictées, qui pourraient former le terreau d’un nouveau contrat général de citoyenneté. À condition, toutefois, que les formes extra-légales d’action politique, qu’elles soient le fait de la foule ou des milices, soient rapidement jugulées. Le rôle des « ingénieurs ès démocratie » dans ces processus a été marginal. Ils n’ont ni impulsé ni freiné le processus de reformasi. Mais ils ont très certainement contribué à imposer une grille de lecture extrêmement restrictive des faits politiques, en confinant l’immense question du changement institutionnel dans la sphère étroite du fétichisme des élections. Ils ont de ce fait, à leur corps défendant, promu une vision élitiste du passage à la démocratie et occulté (ou relégué à l’arrière-plan des préoccupations diplomatiques) des questions essentielles – comme la représentativité du personnel parlementaire, partant l’existence de formes extra-légales d’action politique. â–
[1]
Les 88 % de ses 210 millions d’habitants sont de confession musulmane. L’Indonésie n’est pas un État islamique car la seule obligation constitutionnelle en la matière concerne le monothéisme : toutes les grandes religions y sont donc reconnues et protégées par la loi.
[2]
Cet article est le produit d’une série de missions de recherche menées à Java depuis 1998, et tout particulièrement d’un séjour d’études à Djakarta en avril-juin 1999.
[3]
Il s’agit plus précisément de la Loi N° 1/1999 sur les partis politiques, de la Loi N° 2/1999 sur les élections générales, de la Loi N° 3/1999 sur la composition et le statut des chambres (MPR, DPR, DPRD) et des Lois N
os 4 et 5/1999 sur la participation des fonctionnaires aux activités des partis politiques. Ces lois sont traduites en anglais dans : National Election Commission,
Collection of Election Laws, Djakarta : février 1999.
[4]
David Bourchier, « Habibie’s Interregnum :
Reformasi, Elections, Regionalism and the Struggle for Power », in Chris Manning et Peter Van Diermen (éds),
Indonesia in Transition. Social Aspects of Reformasi and Crisis, Singapour : Institute of Southeast Asian Studies, 2000, pp. 15-37.
[5]
Il n’est de meilleure introduction à l’historiographie récente de l’Ordre Nouveau que la lecture de la biographie de Suharto par Robert Elson,
Suharto, A Political Biography, Cambridge : Cambridge University Press, 2002. Pour un aperçu ethnographique des
pesta-pesta demokrasi, consulter John Pemberton, « Notes on the 1982 General Election in Solo »,
Indonesia, N° 41, 1986, pp. 1-22.
[6]
Pour la genèse idéologique du système corporatiste de l’Ordre Nouveau, consulter la magistrale synthèse de David Reeve,
Golkar of Indonesia, An Alternative to the Party System, Oxford : Oxford University Press, 1985.
[7]
Ces lois avaient été votées durant les massacres anticommunistes de 1965-1966, afin de doter d’une base pseudo-juridique les arrestations, déportations et assassinats de militants supposés du PKI.
[8]
Romain Bertrand, « La démocratie à l’indonésienne. Bilan critique d’une transition qui n’en finit pas de commencer »,
Revue internationale de Politique comparée, Vol. 8, N° 3, 2001, pp. 435-459.
[9]
Entretien, Djakarta : mai 1999.
[10]
Aux termes de l’article 8 alinéa 2 de la Loi N° 3/1999, la KPU est un organisme « libre et indépendant, composé de [représentants des] partis politiques participant aux élections, ainsi que de représentants du gouvernement responsables devant le Président ». L’article 9 précise que les membres de la KPU sont au nombre de 53, choisis pour 5 ans : 48 représentants des partis (1 par parti légalisé) et 5 « personnes du Gouvernement », avec un système de « vote équilibré » entre les deux groupes. La KPU élit en son sein son bureau exécutif (1 président et 2 vice-présidents).
[11]
Les
Pancasila (Cinq Principes) furent énoncés en 1945 par Sukarno en guise de compromis entre les nationalistes républicains et les milieux religieux, et inclus dans le préambule de la Constitution. Il s’agit de :
- La croyance en un dieu unique ;
- Une humanité juste et civilisée ;
- L’unité de l’Indonésie ;
- La démocratie par recherche de l’unanimité au terme d’un processus de délibération collective ; et
- La justice sociale.
[12]
Informations recueillies auprès du Ministère de l’Intérieur et de la KPU, Djakarta : septembre 1999.
[13]
Solidarity Center (ACILS) Summary of Election Monitoring Reports. Ujung Pandang Monitoring Team (March-first week of May 1999).
[14]
Voir sur ce point Jean-Louis Briquet et Philippe Garraud (dir.),
Juger la politique. Entreprises et entrepreneurs critiques de la politique, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2002.
[15]
Le National Democratic Institute for International Affairs se donne pour mission de « renforcer la démocratie et contribuer à son expansion dans le monde » en promouvant une
party-based approach (faisant de la consolidation du système de partis la condition préalable de tout processus de passage à la démocratie). Il est aujourd’hui présidé par Madeleine Albright et Rachelle Horowitz (consulter le site
www. ndi. org).
[16]
Election Facilitation Center,
International Observers to the June 7, 1999 Elections, United Nations Development Programme, Jakarta : 2 juin 1999. Le document précise aussi que ce décompte n’inclut pas « les observateurs non officiels du corps diplomatique » (
id est les missionnaires des différentes administrations centrales).
[17]
Samuel Huntington avait publié, en 1993,
The Third Wave : Democratization in the Late Twentieth Century – un ouvrage dans lequel il prophétisait qu’après l’Europe au XIX
e siècle et l’Amérique latine dans les années 1970, l’Asie connaîtrait dans les années 1990 une vague de passages à la démocratie.
[18]
Cette antenne de l’UNDP publia, à destination de la communauté diplomatique et des journalistes internationaux, un bulletin intitulé
Election Update.
[19]
Election Update. Official Newsletter of UNDP Indonesia’s Electoral Assistance Programme, Vol. 1, N° 9, 7 juin 1999, p. 2, section
« Donor News ».
[20]
Informations issues de son curriculum vitae (
www3. niu. edu/ acad/ polisci/ faculty/ king).
[21]
Le Centre Carter a été inauguré en 1984. Son mot d’ordre est
Waging Peace, Fighting Disease, Building Hope.Voir le site de cette organisation :
www. cartercenter. org
[22]
Données issues du curriculum vitae d’Andy Mallarangeng, 1999.
[23]
Voir par exemple Coll.,
Demokratisasi Pengelolaan Sumber Daya Alam, ICEL, Djakarta : 1999.
[24]
Guy Hermet,
Le passage à la démocratie, Paris : Presses de la FNSP, 1996.
[25]
Entretiens avec des membres de la KPU, Djakarta : avril 1999.
[26]
Pour une présentation de l’ASEF, consulter
www. asef. org
[27]
Citations extraites du dossier remis aux participants à l’occasion de cet événement.
[28]
Ces réflexions sur le « fétichisme » électoral des ingénieurs de la démocratie s’inspirent des travaux d’Alain Garrigou sur l’invention du vote universel à bulletin secret et de la figure du citoyen en France aux XIX
e et XX
e siècles (voir Alain Garrigou,
Le vote et la vertu. Comment les Français sont devenus électeurs, Paris : Presses de la FNSP, 1992).
[29]
Nous avons souligné l’importance de ces processus de mobilisation politique endogènes dans Romain Bertrand, « Les
pemuda en politique. Les répertoires d’action des marches protestataires des étudiants en Indonésie (1998) »,
Le Mouvement social, N° 202, janvier-mars 2003, pp. 43-51.
[30]
Monitoring Form. Vote Casting and Counting Process, 1999 General Election. Election Monitor. HONEST, Rectors’ Forum Indonesia, mai 1999, sections E et F.
[31]
International Republican Institute,
Buku Panduan Saksi Partai Pemilu 1999 (« Livret de directives pour les observateurs des partis lors des élections de 1999 »), Djakarta, mai 1999, pp. 23-24. À noter que le terme indonésien
saksi désigne usuellement un témoin (lors d’un mariage ou d’un procès).
[32]
National Election Commission,
Election Day Instructions for KPPS Members, Djakarta, mai 1999, pp. 20-25.
[33]
Scène vécue par l’auteur de ces lignes la veille du scrutin.
[34]
C’est de façon paradoxale à Menteng, quartier chic du centre-ville de Djakarta peuplé de
pejabat (fonctionnaires), que prit place cette querelle, vraisemblablement du fait de la personnalité autoritaire du Chef de Voisinage local.
[35]
Pour le profil social des députés de la DPR, consulter
Wajah Dewan Perwakilan Rakyat Republik Indonesia. Pemilihan Umum 1999 (« Profil de la DPR. Élections de 1999 »), Djakarta, Penerbit Harian Kompas, juillet 2000. Il faut d’ailleurs noter l’absence quasi totale d’études consacrées au personnel et aux pratiques parlementaires dans la littérature scientifique consacrée à la
reformasi.
[36]
Pour une utile mise au point sur les conséquences sociales dramatiques de la crise économique de 1997-1998, pour partie minimisées par les agences multilatérales, consulter Jan Breman et Gunawan Wiradi,
Good Times and Bad Times in Rural Java. Case-Study of Socio-Economic Dynamics in Two Villages towards the End of the Twentieth Century, Singapour : Institute of Southeast Asian Studies, 2002.
[37]
Informations extraites du site d’IDEA,
www. idea. int Sur le modèle des fondations nord-américaines, l’IDEA est présidé par un
board de directeurs composé de « personnalités internationales » issues pour la plupart du monde de la politique et de la haute diplomatie. L’IDEA a été créé en 1995 et son quartier général est installé à Stockholm.
[38]
Sur la présidence Wahid, on peut consulter les mémoires du porte-parole de
Gus Dur, le journaliste Wimar Witoelar,
No Regrets. Reflections of a Presidential Spokesman, Djakarta-Singapour : Equinox Publishing, 2002, et l’ouvrage de Greg Barton,
Abdurrahman Wahid. Muslim Democrat, Indonesian President. A View from the Inside, Honolulu : University of Hawai’i Press, 2002. Le récit de Wimar Witoelar est clairement d’inspiration hagiographique, tandis que celui de Barton se veut plus distancié, quoi qu’il soit aussi d’un caractère apologétique.
[39]
On trouve une remarquable étude des débats internes à la
Nahdlatul Ulama au sujet de l’exercice du pouvoir par
Gus Dur dans Andrée Feillard, « Indonesian Traditionalist Islam’s Troubled Experience with Democracy »,
Archipel, N° 64, pp. 117-144.
[40]
(De la p. 18) Sur cette vision « mystique » du pouvoir qui sous-tend nombre de comportements politiques contemporains et leur commentaire populaire, consulter Marcel Bonneff, « Semar révélé. La crise indonésienne et l’imaginaire politique javanais »,
Archipel, N° 64, 2002, pp. 3-37, et Romain Bertrand,
Indonésie, la démocratie invisible. Violence, magie et politique à Java, Paris : Karthala, 2002, part. pp. 120-126 sur les conseillers occultes de
Gus Dur et sur l’importance des « réunions secrètes »
(rapat gelap) dans sa pratique du pouvoir.
[41]
Pour une présentation du système juridique indonésien, consulter Daniel Lev, « Judicial Institutions and Legal Culture in Indonesia », in C. Holt (ed.),
Culture and Politics in Indonesia, Ithaca : Cornell University Press, 1972, pp. 246-318.
[42]
Ces textes de lois sont disponibles sur le site de la KPU,
www. kpu. or. id, et sur celui du Secrétariat de la Présidence,
www. ri. go. id
[43]
Pidato Ketua KPU menjelang Pendaftaran Pemilihan dan Pendataan Penduduk Berkelanjutan (P4B) (« Discours du président de la KPU concernant l’enregistrement des électeurs et la poursuite du processus de décompte du corps électoral »), 7 avril 2003.
[44]
Au terme du processus de sélection, la Cour constitutionnelle sera présidée par Jimly Asshiddique, professeur de droit à l’Université d’Indonésie, et aura pour vice-président Laica Marzuki, juge de la Cour suprême. Les 7 juges restants, en majorité des juges ayant servi à la Cour suprême, sont Achmad Syarifuddin, Mukti Fadjar, Haryono, Achmad Rustandi, I Dewa Palguna, Sudarsono and Muarar Siahaan. Le mandat des juges est de cinq ans, non renouvelable. Pour une étude historique détaillée de la Cour suprême, consulter Sebastiaan Pompe,
The Indonesian Supreme Court : Fifty Years of Judicial Development, Leiden : Leiden University : Faculty of Law, 1996.
[45]
Voir les critiques formulées par les membres du Consortium national pour la Réforme du Droit (KHRN) dans « Legal Activist Slams Constitutional Bill »,
The Jakarta Post, 12 juillet 2003.
[46]
Consulter « Law professor to Chair Constitutional Court »,
The Jakarta Post, 20 août 2003, et « RI Establishes Constitutional Court »,
The Jakarta Post, 17 août 2003.
[47]
Propos de Rizal Mallarangeng cités dans US-INDO,
Political Succession and the 2004 Elections. Report of a Conference at the United States-Indonesia Society, Washington DC, 20 mars 2003.
[48]
Pour un aperçu de ces critiques, consulter « Presidential Elections Bill may Produce Poor Candidates, Experts Say »,
The Jakarta Post, 18 février 2003. Les élections présidentielles devront être convoquées avant le 20 octobre 2004, date fixée par avance de l’investiture du président et du vice-président par le Parlement réuni en assemblée extraordinaire.
[49]
Ces notations sur le travail parlementaire sont issues d’un travail en cours sur les nouvelles élites politiques de la
Reformasi, amorcé par une série d’entretiens menés en mars-avril 2002 avec des députés de différents partis et des présidents de commissions parlementaires.
[50]
Voir la cinglante critique de la « no-voting method » par Soedjati Djiwandono, « Tyranny by the Majority : Current Decision-Making »,
The Jakarta Post, 26 juin 2003.
[51]
L’affaire de la Pertamina renvoie à des détournements de fonds publics aux dépens de la Compagnie nationale des hydrocarbures, et celle de Trisakti à l’enquête sur la responsabilité des autorités policières et militaires dans la mort par balles de trois étudiants sur le campus de l’Université Trisakti de Djakarta en 1998.
[52]
Entretien, Djakarta, avril 2002.
[53]
Pour des éléments de biographie concernant Taufik Kiemas, consulter l’article d’Angus Mac Intyre, « Megawati Sukarnoputri : from President’s Daughter to Vice-President »,
Bulletin of Concerned Asian Scholars, Vol. 32, N° 1-2, janvier-juin 2000, et à
Times Asia, Vol. 160, N° 1, 15 juillet 2002.
[54]
Sur cette affaire, lire l’article synthétique de Fridus Steijlen, « Sutiyoso’s Reelection as Governor of Jakarta »,
Bijdragen tot de Taal-, Land- en Volkenkunde, Vol. 158, N° 3, 2002, pp. 513-527.
[55]
Ces notations sur la politique municipale autoritaire de Sutiyoso sont issues d’une communication non encore publiée, présentée au colloque « Globalization and the Urban Community » organisé à l’Université Rikkyo de Tokyo par l’International Network on Globalization en 2001.
[56]
Sur les phénomènes de lynchage, consulter Freek Colombijn, « Maling, Maling ! The Lynching of Petty Criminals », in Freek Colombijn et Thomas Lindblad (eds),
Roots of Violence in Indonesia. Contemporary Violence in Historical Perspective, Singapour : Institute of Southeast Asian Studies, 2002, pp. 299-329, et Elisabeth Fuller Collins, « Indonesia : A Violent Culture ? »,
Asian Survey, Vol. XLII, N° 4, juillet-août 2002, pp. 582-604.
[57]
Pour une critique des approches culturalistes et économicistes de la violence sociale en Indonésie, consulter John Sidel, « Riots, Church Burning, Conspiracies. The Moral Economy of the Indonesian Crowd in the Late Twentieth Century », dans Ingrid Wessel et G. Wimhöfer (eds),
Violence in Indonesia, Hambourg : Abera Verlag Markus Voss, 2001, pp. 47-63.
[58]
On peut se faire une idée de l’ampleur de cette crise fiscale en se reportant aux données sur le recouvrement de l’impôt sur les sociétés et des taxes indirectes réunies dans Romain Bertrand, « Crise politique et société incivile en Indonésie »,
Critique internationale, N° 13, octobre 2001, pp. 42-51.
[59]
Cette section reprend des conclusions avancées dans une publication antérieure, « Les virtuoses de la violence. Remarques sur la privatisation du maintien de l’ordre en Indonésie contemporaine »,
Tiers-Monde, N° 174, juin 2003, pp. 83-104. On n’abordera pas ici le cas des « milices islamistes » comme les
Laskar Jihad ou le
Front Pembela Islam.
[60]
Henk Schulte-Nordholt, « A Genealogy of Violence », in Freek Colombijn et Thomas Lindblad (eds),
Roots of Violence in Indonesia,
op. cit., pp. 33-61.
[61]
Henk Schulte-Nordholt et Margreet van Till, « Colonial Criminals in Java, 1870-1910 », dans Vicente Rafael (ed.),
Figures of Criminality in Indonesia, the Philippines and Colonial Vietnam, Ithaca : Cornell University Press, 1999, pp. 47-69, et Henk Schulte-Nordholt, « The Jago in the Shadow. Crime and Order in the Colonial State in Java »,
Review of Indonesian and Malaysian Affairs, Vol. 25, Hiver 1991, pp. 74-91.
[62]
Sur le
Siskamling, consulter la remarquable étude de Joshua Barker, « Surveillance and Territoriality in Bandung », in Vicente Rafael (ed.),
Figures of Criminality in Indonesia,
op. cit., pp. 95-127.
[63]
International Crisis Group,
Indonesia : National Police Reform, Jakarta, 20 février 2001, p. 8.
[64]
Awaloedin Djamin,
Menuju POLRI Mandiri yang Profesional (« Vers une Police nationale indépendante qui soit professionnelle »), Jakarta : Yayasan Tenaga Kerja Indonesia, 1999, p. 235.
[65]
Sur cette affaire, lire John Roosa, « Brawling, Bombing and Backing »,
Inside Indonesia, N° 73, janvier-mars 2003, pp. 10-11.
[66]
« Airforce to Discharge Members Involved in an Attack »,
The Jakarta Post, 6 mars 2003.
[67]
Arief Djati,
Mapping East Java’s Transition. The Reformasi and the 1999 General Election, Djakarta : IDEA, 1999.
[68]
Entretien avec M. H. Rofiq, dirigeant de l’ANSOR pour Java-Est, février 2003. On trouve une présentation des Banser dans la plaquette
Gerakan Pemuda Ansor. Persaudaraan untuk Indonesia (« Le mouvement de jeunesse de l’ANSOR. Fraternité pour l’Indonésie »), Djakarta : ANSOR, avril 2001.
[69]
Acronyme de
Badan ANSOR serba guna, le « service à tout faire » de l’ANSOR.
[70]
Voir l’opuscule
Riyanto, Pahlawan Kemanusiaan. Profil pengabdian Banser (« Riyanto, un héros de l’humanité. Portrait d’un serviteur des Banser »), PW GP Ansor Jawa Timur, 2002. Il s’agit d’une plaquette dédiée à la mémoire d’un membre des Banser mort dans l’explosion d’une bombe dans une église de Mojokerto (Java-Est) alors qu’il « accomplissait son travail de protection de la veille du nouvel an ». Riyanto y est érigé en martyr et en modèle de « combattant de l’humanité ».
[71]
Entretiens avec des membres des Banser de Surabaya, septembre 2000.
[72]
Pour plus de détails sur cette affaire, consulter Phil King, « Putting the (Para)military Back into Politics »,
Inside Indonesia, N° 73, janvier-mars 2003, pp. 19-20.