Réglementation asymétrique et gouvernance multidimensionnelle dans l’Union européenne
Otto Holman
Cet article montre que la régulation économique et monétaire au niveau supranational et la déréglementation sociale au niveau national sont deux aspects du même problème. Contrairement à la littérature dominante sur la gouvernance multidimensionnelle, il cherche à expliquer pourquoi cette modalité de gouvernance asymétrique a émergé et quelle Union européenne elle promeut. Sous couvert de la compétitivité, le pouvoir de décision économique et monétaire échappe aux Etats-nation et au contrôle démocratique alors que les Etats-providence européens sont démantelés et le modèle capitaliste continental poussé vers celui anglo-saxon de la valeur actionnariale. En même temps, les illusions de la souveraineté nationale et d’une « Europe des peuples » sont maintenues. C’est ici qu’entre en jeu le nouveau populisme : avec l’introduction de concepts vagues, tels que la « subsidiarité » ou la « flexibilité » dans les traités européens, et l’utilisation de termes issus du management, comme « les bonnes pratiques » et le « benchmarking », l’illusion de l’autodétermination nationale est maintenue tout en renforçant progressivement une « main invisible » européenne.
This paper argues that economic and monetary regulation at the supranational level and social deregulation at the national level are two sides of the same coin. Contrary to mainstream multilevel governance literature, it tries to answer why this mode of asymmetrical governance has emerged and what kind of European Union it seeks to promote. Under the heading of competitiveness, economic and monetary decision-making power moves beyond nation-states and democratic accountability, in the process disembedding the European welfare systems and pushing the so-called European model of welfare capitalism towards the ‘shareholder practices’ of Anglo-Saxon capitalism. In the meantime, illusions of national sovereignty and a People’s Europe are upheld. Here enters the New Populism : by introducing vagaries such as « subsidiarity » and « flexibility » into the European Treaties, and by using terms from consultancy like « best practice » and « benchmarking », the illusion of national self-determination is maintained while creepingly empowering a European « invisible hand ».
• La gouvernance multidimensionnelle dans l’Union européenne
• Le nouveau constitutionnalisme et la Cour européenne de justice
• Les partenariats privés-publics : la Commission européenne et le patronat européen
• Le nouveau populisme
• La constitutionnalisation de la politique sociale : le nouveau populisme à l’œuvre
• Conclusions