Du suffrage censitaire au suffrage universel
Évolution ou révolution des pratiques électorales ?
Laurent Quéro
Christophe Voilliot
L’étude des pratiques électorales à l’occasion des élections à l’Assemblée constituante des 23 et 24 avril 1848 fait apparaître des continuités avec les élections et les pratiques antérieures. Loin d’être une « révolution » dans les pratiques, qui n’auraient ainsi plus grand-chose à voir avec celles inscrites dans les trois modèles de configuration électorale observables lors des élections censitaires de la Monarchie de Juillet (domination notabiliaire, concurrence arbitrée et candidature ministérielle), le suffrage universel apparaît à cette occasion comme un processus complexe par lequel se prolongent, au prix d’adaptations multiples, les formes antérieures de domination et de nomination.
The study of the voting practices reported in the Constituent Assembly elections of 23 and 24 April 1848 reveals continuities with previous elections and practices. Far from being a « revolution » in voting practices, which would therefore have little to do with those involved in the three models of eligibility observable in the elections restricted to the landholding class under the July Monarchy (domination of the nobility), universal suffrage appeared on this occasion as a complex process by which, at the cost of numerous adaptations, the previous forms of domination and appointment were continued.
Die Untersuchung der Wahlverfahren anlässlich der Wahlen zur verfassungsgebenden Versammlung des 23. und 24. April 1848 bringt Kontinuitäten mit den vorhergehenden Wahlen und Verfahrensweisen ans Licht. Weit davon entfernt, eine « Revolution » der Verfahren gewesen zu sein, die angeblich nichts mehr mit jener Beschaffenheit (Vorherrschaft der Notablen, gemässigte Konkurrenz und Ministerialkandidaturen) des Zensuswahlrechtes der Julimonarchie zu tun hatte, erscheint der Übergang zum allgemeinen Wahlrecht vielmehr ein komplexer Prozess gewesen zu sein, der durch vielfältige Anpassungen vorhergehende Formen der Einflusssicherung und Nominierung beibehielt.
Cuando se estudian las prácticas electorales de la Asamblea Constituyente francesa del 23 y el 24 de abril de 1848, se pone de manifiesto su continuidad respecto de las elecciones y las prácticas anteriores. La institución del sufragio universal está lejos de constituir una « revolución » en las prácticas; de ser así, éstas no tendrían ya mucho que ver con las de los tres modelos de configuración electoral observables en las elecciones censuales de la Monarquía de Julio (dominación de notables, competencia arbitrada y candidatura ministerial). El sufragio universal, sin embargo, aparece aquí como un complejo proceso mediante el cual perduran las formas anteriores de dominación y nombramiento, a costa de múltiples adaptaciones.
• Pratiques électorales et suffrage censitaire
• 1848 ou le suffrage universel en pratiques
• Les pratiques électorales à l’épreuve du suffrage universel