Actes de la recherche en sciences sociales
Le Seuil

I.S.B.N.2020530899
112 pages

p. 70 à 79
doi: en cours

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no 144 2002/4

2002 Actes de la recherche en sciences sociales

Constituer un catalogue littéraire

La place des traductions dans l’histoire des Éditions du Seuil

Hervé Serry
Dans l’histoire des Éditions du Seuil, la littérature étrangère occupe une place particulière. Les collections du domaine étranger ont été un vecteur privilégié, pour cette maison fondée par des autodidactes de l’édition, dans l’accumulation de capital symbolique nécessaire à sa reconnaissance. Né en 1934 sous le double héritage du catholicisme et de la guerre, Le Seuil connaît un véritable développement dans les années 1950. À partir d’une analyse quantitative des parutions de littérature traduite et des collections qui les accueillent, on montre comment l’investissement dans les auteurs étrangers est une manière d’inscrire cette nouvelle maison parmi ses pairs. Les écrivains de la « nouvelle Allemagne » (le Groupe 47) furent parmi les premiers fleurons littéraires du Seuil et lui permirent aussi de manifester ses conceptions d’éditeur engagé. À partir du milieu des années 1970, les auteurs américains deviennent plus visibles dans le catalogue, signe de l’institutionnalisation du Seuil dans le champ éditorial français. Le secteur étranger, s’il possède une économie spécifique, participe de l’économie éditoriale générale de l’éditeur, sans qu’il soit possible d’en autonomiser complètement le rôle et le fonctionnement. Foreign literature occupies a special place in the history of the Éditions du Seuil. The foreign literature series were a privileged vector, for this publishing house founded by self-made publishers, in the accumulation of the symbolic capital needed to gain recognition. Created in 1934 with the twin legacy of catholicism and the war, Le Seuil expanded rapidly throughout the 1950s. Starting with a quantitative analysis of the titles published in translation and of the series in which they appeared, the author shows how investing in foreign authors was a way for this new publishing house to win a place among its peers. The writers from the « new Germany » (the « Group of 47 »), were among the jewels in Le Seuil’s literary crown and also enabled the house to manifest its conceptions as an « engaged publisher ». From the mid 1970s, American authors became more visible in the book list, a sign of Le Seuil’s institutionalization in the field of French publishers. While the foreign sector was governed by its own economic rules, it also participated in the general editorial economy of the house. En la historia de la editorial francesa Le Seuil, la literatura extranjera tiene particular importancia. Para esta editorial fundada por autodidactas de la edición, las colecciones del ámbito extranjero han sido un vector prioritario en la acumulación del capital simbólico necesario para lograr reconocimiento. Le Seuil, editorial creada en 1934 bajo el doble legado del catolicismo y de la guerra, alcanza su verdadero desarrollo durante el decenio de 1950. A partir de un análisis cuantitativo de las publicaciones de literatura traducida, así como de las colecciones de las que forman parte, se muestra de qué manera la confianza que esta nueva editorial deposita en los autores extranjeros le permite situarse entre sus pares. Los escritores de la « nueva Alemania » (el Grupo 47), que figuran entre las primeras glorias literarias de Le Seuil, también le hicieron posible manifestar sus ideas de editor comprometido. Desde mediados del decenio de 1970, los autores norteamericanos se tornan más visibles en el catálogo, signo de la institucionalización de Le Seuil en el campo editorial francés. Si bien el sector extranjero posee una economía específica, está integrado en la economía editorial general del editor y no logra funcionar con completa autonomía. In der Geschichte der « Éditions du Seuil » nehmen Übersetzungen einen besonderen Platz ein. Für das von Autodidakten gegründete Verlagshaus stellten die Reihen ausländischer Titel das für seine Anerkennung notwendige symbolische Kapital dar. Der 1934 unter dem Doppelgestirn von Katholizismus und Krieg gegründete Verlag « Seuil » gewann erst in den 1950er Jahren an Bedeutung. Anhand einer quantitativen Analyse der übersetzten Titel und der sie beherbergenden Reihen wird deutlich gemacht, wie die Investition in ausländische Autoren der Etablierung eines neuen Verlages in Abgrenzung zu den bestehenden Verlagen diente. Die Autoren der deutschen « Gruppe 47 » gehörten zur wichtigsten Zierde von « Seuil » und brachten seine Konzeption als engagierter Verlag zum Ausdruck. Ab Mitte der 70er Jahre gewannen die amerikanischen Autoren im Verlagskatalog an Bedeutung, was die Institutionalisierung des Verlags im französischen verlegerischen Feld anzeigt. Der Anteil ausländischer Titel folgt zwar eigenen ökonomischen Regeln, hat aber an der allgemeinen wirtschaftlichen Verlagsstrategie Anteil, von der sich seine Rolle und sein Funktionieren nicht gänzlich lösen lässt.
Cet article entend proposer des hypothèses sur la place de la littérature étrangère aux Éditions du Seuil, et plus spécialement sur son rôle dans l’accès à la reconnaissance de cette maison, née dans les années 1930. Dans le domaine strictement littéraire, Le Seuil est parvenu à constituer un catalogue d’auteurs étrangers dont la qualité et le prestige ont été rapidement avérés. Les raisons de cette réussite, évidente dès les années 1960, sont multiples. Il est significatif que Paul Flamand, l’un de ses fondateurs, ait été, en 1949, parmi les tout premiers éditeurs français à se rendre à la Foire du livre de Francfort [1]. Nous ne donnerons ici que quelques pistes [2]. Une analyse de la nature de cette production et de son évolution de 1946 à 1999, mise en rapport avec les acteurs et le contexte de ce développement, doit permettre de situer le rôle de la littérature étrangère dans l’accumulation du capital symbolique de cette entreprise intellectuelle. S’il apparaît que l’histoire du domaine étranger du Seuil concentre de façon remarquable ce qu’a été l’essor littéraire de cette maison, l’examen de cette part du catalogue permet de replacer les logiques propres à l’importation de littérature étrangère dans la politique éditoriale d’un éditeur.
 
Une maison sans ressources
 
 
La fondation des Éditions du Seuil est marquée par un double héritage, issu de la guerre et du catholicisme. Aux origines, de jeunes catholiques, regroupés autour d’un abbé, Jean Plaquevent, cherchaient de nouvelles formes d’action pour s’engager, au nom de leur religion, dans la société. En 1934, Henri Söjberg, publicitaire de formation, fonde Les Éditions du Seuil. Il est rejoint, à l’initiative de Plaquevent, par deux provinciaux, Jean Bardet et Paul Flamand. Durant les premières années d’Occupation, Paul Flamand est actif dans la promotion de la culture populaire auprès de Pierre Schaeffer qui anime l’association Jeune France [3]. En 1943, il réactive Le Seuil et publie quelques ouvrages (pour le mouvement scout et les enfants essentiellement) en s’appuyant sur une formule de contrat communautaire.
Dépourvus des ressources que mobilisent à l’ordinaire les fondateurs de maisons d’édition – héritage économique ou intellectuel, capital social dans le champ intellectuel, parrainage d’un illustre aîné, revendication d’un paradigme intellectuel (à partir d’une revue notamment) –, les fondateurs des Éditions du Seuil mettent en œuvre une stratégie multiple destinée à combler cette absence de position identifiable [4]. Dans un premier temps, elle consiste à rassembler les réseaux catholiques progressistes issus de la Résistance.
Ils se rapprochent des éditions suisses de La Baconnière, dirigées par Albert Bégin, éditeur des poètes de la Résistance. En 1947, coédité par les deux maisons, Je vivrai l’amour des autres, de Jean Cayrol, reçoit le prix Renaudot. Proche d’Esprit également, Bégin entre au Seuil. Cayrol prend le même chemin peu après. À la Libération, Paul Flamand et Jean Bardet (ce dernier de retour de captivité) s’associent en outre à Emmanuel Mounier et à sa revue Esprit. Mais au-delà de cette proximité avec le personnalisme, il ne s’agit pas d’être seulement l’éditeur d’Esprit. De même, si le catholicisme est bien le ciment des premiers temps, l’ambition n’est pas de devenir une maison confessionnelle. La nécessité de diversifier l’image du Seuil auprès de la critique et du public s’exprime par la publication de Maurice Nadeau (Histoire du surréalisme, 1945), de Pierre Klossowski (Sade mon prochain, 1948) ou de Francis Jeanson (La Signification humaine du rire, 1951).
En 1951, l’énorme succès du Petit Monde de Don Camillo, de Giovanni Guareschi – 1,2 million d’exemplaires au total [5] – apporte une manne inespérée que les fondateurs du Seuil, animés d’une prudente clairvoyance, sauront investir dans l’appareil productif et dans des collections diverses pouvant générer des revenus à court, moyen ou long terme. Fin 1956, André Parinaud, qui publie dans la revue Arts une série sur la situation de l’édition, intitule son article sur Le Seuil : « Le plus jeune des “grands” » [6]. Bardet et Flamand sont en passe de réussir un pari qu’ils furent nombreux à tenter dans les années suivant la Libération : créer un éditeur de littérature générale. À partir de ces années, l’équipe du Seuil, ayant dépassé les incertitudes des premiers temps, s’emploie activement à bâtir le catalogue de la maison. Les fondateurs accordent une attention particulière au nécessaire équilibre entre « le fonds » et « les nouveautés », pour reprendre les termes employés par Jean Bardet dans une interview de 1960 [7]. D’emblée, il s’agit d’investir les domaines majeurs dont doit se doter une « grande maison » littéraire pour être reconnue comme telle : littérature française et étrangère, essais et sciences sociales (avec François Wahl). Comme l’a montré Niilo Kauppi, Le Seuil est bien placé pour séduire les nouveaux publics intellectuels nés de l’expansion de l’Université. Situé entre Laffont et Minuit, cet éditeur « combine […] deux modes de production » : « D’une part les productions destinées à la consommation rapide et, de l’autre, les ouvrages d’avant-garde » [8].
Avec son identité propre, patiemment forgée, Le Seuil est devenu, à la fin des années 1970, un acteur majeur de l’édition littéraire générale française. Au point d’être désigné comme la deuxième maison littéraire derrière Gallimard, l’illustre aînée, comme l’a exprimé un article du Monde publié en 1979, au moment où ces autodidactes de l’édition que furent Paul Flamand et Jean Bardet ont pris leur retraite [9].
En 1961, Jean Bardet, codirecteur du Seuil avec Paul Flamand, énumère les réussites de sa maison : le prix Renaudot 1947 décerné à Cayrol, les collections « Esprit », Le Petit Monde de Don Camillo en 1951, le Goncourt d’André Schwarz-Bart en 1959, puis, l’année suivante, le tirage considérable d’Au nom du fils, d’Hervé Bazin [10]. Cette montée en puissance doit être aussi rapportée à la percée dans le secteur étranger avec, tout particulièrement, la nouvelle littérature allemande de l’après-guerre.
 
La littérature étrangère : une économie spécifique
 
 
La littérature étrangère peut être un moyen d’accumuler du capital symbolique pour une maison dépourvue d’héritage. Constituer un catalogue d’auteurs étrangers est en effet plus aisé que de créer un domaine littéraire français. On peut transposer aux années d’après-guerre ce qui a été constaté pour les années 1990 : il s’avère « difficile pour une maison récente de s’attacher, puis de fidéliser un auteur national » [11]. Le déficit d’image d’une jeune maison – véritable frein pour attirer les auteurs – peut être moins lourd à porter auprès des éditeurs étrangers, ou tout au moins plus facile à combler. Certes le coût de la littérature étrangère, induit notamment par la traduction, porte la rentabilité à un niveau plus élevé. Il implique un risque financier d’autant plus important que les ventes des ouvrages traduits sont couramment plus faibles. Cependant, avant d’être soumis aux éditeurs français pour une éventuelle traduction par les différents intervenants du circuit de transfert (éditeurs étrangers détenteurs des droits, agents et agences littéraires, lecteurs…), ces ouvrages ont subi une première sélection dans le pays d’origine.
Pour choisir les ouvrages exportables de son catalogue, un éditeur se fonde sur des critères élaborés par l’expérience lui permettant d’estimer les livres susceptibles de connaître un accueil favorable. Pour l’éditeur cessionnaire de droits, les frais importants engagés dans ce type d’opération, qu’il faut rapporter à la faiblesse des bénéfices potentiels, conduisent à cette présélection. Sans doute, les modalités de cette sélection sont-elles largement intuitives. Elles relèvent, pour les collaborateurs des services de cessions, d’une connaissance pratique des marchés étrangers, c’est-à-dire des propriétés des maisons avec lesquelles ils sont en rapport. La concurrence entre éditeurs (vendeurs comme acheteurs de droits) ou encore les effets de circonstances politiques (qui pèsent sur l’intérêt, des éditeurs et du public, pour telle ou telle littérature étrangère) donnent à ces choix un caractère difficile à formaliser et impliquent, de la part des agents de ce marché, la mobilisation de ressources multiples. Il n’en reste pas moins qu’une première sélection s’opère au moment du passage de l’ouvrage dans le réseau de l’« intraduction ».
Cessions et traductions participent du même processus de valorisation de l’image d’un éditeur : une collection étrangère peut être un moyen de s’imposer comme maison littéraire et d’attirer en retour des auteurs français. L’aptitude à faire traduire ses auteurs est également un atout. Pour Mireille Reissoulet, qui a travaillé pendant plus de vingt ans à la promotion des auteurs des Éditions du Seuil à l’étranger, d’abord au côté de Jacqueline Lesschaeve puis comme responsable, cette activité relève d’une réalité difficile à définir, « entre honorifique et prestigieuse », selon ses termes. Pour les auteurs de la maison, la traduction dans une langue étrangère est une marque de l’attention qui leur est portée par l’éditeur. Une « reconnaissance de leur intérêt unique », dit Mireille Reissoulet. Autre profit potentiel, celui d’attirer des auteurs français, alertés par le renom d’une maison qui possède la faculté de faire traduire ses auteurs [12].
 
La littérature traduite au Seuil
 
 
Dès 1945, Paul Flamand, en charge de la direction littéraire du Seuil (Jean Bardet en étant l’administrateur), se tourne vers la traduction pour constituer son catalogue [13]. À Curtis Brown, agent de la romancière anglaise Ivy Compton-Burnett dont il envisage la publication, il annonce la préparation, au Seuil, « d’une collection de traductions et d’ouvrages étrangers, dans laquelle sont inscrites les œuvres de Strindberg, Capek, Unamuno, T. S. Eliot, etc. et qui seront présentées au public français par des préfaces originales d’écrivains de renom » [14]. Le programme est ambitieux, seul T. S. Eliot figurera au catalogue du Seuil. L’ambition persiste cependant, même si sa réalisation sera graduelle.

Tableau 1
Nombre de traductions littéraires parues dans les collections du seuil, par langue (1946-1999)
IMGIMGCollections	Nombre 	de l’américain	d...IMGIMF
Collections Nombre de l’américain de l’allemand de l’espagnol de l’italien de l’anglais d’ouvrages traduits « Cadre vert » (depuis 1946) 600 100 107 88 89 82 « Le Don des langues » (depuis 1946) 67 2 30 – 10 10 « Méditerranée » (depuis 1951) 20 – – 10 2 – « Fiction & Cie » (depuis 1974) 52 41 3 2 1 1 Romans étrangers hors coll. (depuis 1994) 18 3 – 8 2 3 Total 757 146 140 108 104 106

Le développement des traductions au Seuil commence véritablement au début des années 1950, date d’une première (et courte) phase de croissance, qui suit le succès du Petit Monde de Don Camillo (1951). Avant cette période, seuls sont traduits des livres de langue anglaise, dont deux ouvrages américains, sur un total de neuf traductions. Ceci s’explique d’un côté par le contexte politique de l’après-guerre et la demande en littérature anglo-saxonne, de l’autre, par les capacités d’investissement du Seuil, qui se sont largement accrues.
Entre 1946 et 1999, Le Seuil fait paraître 757 traductions dans ses collections littéraires [15]. Nous avons retenu les cinq collections principales qui les accueillent [16]. Sans surprise, les traductions anglo-saxonnes dominent, en particulier la langue américaine. Cependant, jusqu’au milieu des années 1970, date à laquelle les Éditions du Seuil acquièrent le statut de « grande maison » littéraire, la langue allemande est prédominante en volume de parutions (nous y reviendrons). Il est révélateur que l’accumulation initiale ne soit pas passée par les traductions d’une langue dominante, comme l’anglais, mais par des langues plus dominées, principalement l’allemand.
Outre ces cinq langues les plus représentées, le catalogue est composé de vingt autres idiomes dont, pour ceux atteignant au moins dix ouvrages parus, le russe (27 titres, depuis 1947), le hongrois (18, depuis 1957), le grec (15, depuis 1957), le néerlandais (11, depuis 1964) et le japonais (11, depuis 1990) [17]. L’ensemble de ces langues représente 90 % de la littérature étrangère importée par Le Seuil. L’examen des langues les moins traduites révèle également beaucoup de la politique globale de l’éditeur. Le cheminement de tel ouvrage chinois ou du premier auteur bengali traduit en français – Si Yeou Ki. Le Voyage en Occident, de Wou Tch’eng Ngen (1957), et L’Arbre sans racines, de Sied Walulliah (1963), moment rare, voire unique, du catalogue – permet de constater la complexité de la sélection et, donc, la difficulté de systématiser l’analyse de ce type de transfert culturel.
L’engagement de l’éditeur vis-à-vis des diverses littératures est encore plus visible si l’on considère à présent le nombre d’auteurs par langue et la dispersion des titres par rapport au nombre d’auteurs.

Tableau 2
Nombre de traductions littéraires parues au seuil par auteur et par langue (1946-1999)
IMGIMGNombre	de livres 	Américain	Allemand...IMGIMF
Nombre de livres Américain Allemand Espagnol Italien Anglais par auteur 1 39 27 24 22 36 2 8 6 9 8 15 3 5 2 5 2 5 4 2 1 3 2 3 5 à 7 5 1 4 2 2 8 à 10 3 3 2 1 0 + de 10 1 4 0 2 0 Updike (11) Rinser (11), Guareschi (13), Grass (13), Calvino (15) Musil (16), Böll (17)

Si, en valeur absolue, les traductions du domaine américain sont les plus nombreuses, et le domaine anglo-saxon dominant, la langue allemande, deuxième langue traduite, très proche de l’américain en terme du nombre de titres, se différencie par une moindre dispersion du rapport auteurs-titres parus. En ce qui concerne l’italien, la présence de l’auteur des Don Camillo, Giovanni Guareschi, parmi les écrivains ayant donné plus de dix livres au Seuil ne doit pas masquer le fait d’un investissement fort de l’éditeur dans une littérature italienne de recherche, malgré la difficulté, commune à toutes les maisons d’édition françaises, d’imposer les écrivains de la péninsule auprès du public. François Wahl eut, dans ce domaine, une action déterminante.
L’investissement dans les littératures des pays vaincus, l’Allemagne et l’Italie, illustre le poids de l’héritage de la guerre sur la politique éditoriale et la mise en avant de la dimension morale que l’on retrouve à travers l’engagement du Seuil dans la décolonisation, puis son intérêt pour les pays de l’Est.
Le fonctionnement du Seuil repose sur une autonomie réelle des responsables des différents secteurs, produit autant de la conception personnaliste que d’un recrutement large, indispensable à cette nouvelle maison pour s’imposer. Le découpage des collections découle aussi de cette réalité. Considérer les collections, c’est d’abord s’intéresser à leurs logiques propres et à leur rôle dans l’économie interne d’un catalogue d’éditeur. Avec « Méditerranée » d’Emmanuel Roblès, « Le Don des langues » de Pierre Leyris, réunissant des ouvrages classiques et/ou à marché réservé comme la poésie, le « Cadre vert », qui accueille les œuvres contemporaines, et enfin la modernité proclamée de « Fiction & Cie », s’étagent et s’entrecroisent les différentes logiques de l’histoire du développement éditorial des Éditions du Seuil.
 
La collection « Méditerranée »
 
 
En 1953, Emmanuel Roblès crée la collection « Méditerranée ». Né en 1914 à Oran, hispanisant de formation et ami d’Albert Camus, Roblès disait se sentir « fils de l’Algérie aussi bien que de l’Italie, de la Grèce ou de l’Espagne » [18]. Les premiers contacts avec Flamand datent de 1950 et concernent la publication au Seuil de l’œuvre de Roblès, paraissant jusqu’alors chez Edmond Charlot à Alger, le premier éditeur de Camus, celui de Gide pendant la guerre et aussi des ouvrages de la France libre. Après les massacres de Sétif, Roblès écrit Les Hauteurs de la ville (1947), primé par le Fémina. L’année suivante, il connaît aussi le succès avec Montserrat, une pièce dont le thème est la dictature. Une première ébauche de collection d’auteurs d’Afrique du Nord est discutée avec Flamand pour regrouper les manuscrits que l’écrivain reçoit de Mouloud Feraoun ou de Mohammed Dib. Au printemps 1952, l’éditeur manifeste son grand intérêt à Roblès : « J’y serais d’autant plus attaché que ce serait pour nous une humble manière de racheter un peu tout ce qui se fait là-bas sous le nom de la France et que nous n’aimons pas [19]. » Le projet s’étend à l’ensemble des écrivains méditerranéens. La littérature de colonisés, que Le Seuil accueille alors largement, paraît également dans le « Cadre rouge » (Kateb Yacine, Nedjma, 1956). La circulation des auteurs de ce domaine est d’autant plus facile que, en 1959, Roblès limite le choix des ouvrages qu’il souhaite inclure dans sa collection, autour des thèmes de « tragique », de « gaieté » et de « passion » méditerranéenne. De plus, sauf exception, il ne veut publier qu’un livre d’un même auteur. Enfin, le label « Méditerranée », très lié à la personnalité de Roblès et à ses réseaux, ne possède pas de couverture spécifique, mais est ajouté sur la couverture au « Cadre rouge » ou au « Cadre vert » [20]. L’écrivain grec Aris Fakinos est édité, de 1969 à 1972, sous la direction de Roblès, puis, à partir de 1974, dans le « Cadre vert ». Ces choix sont renforcés par les liens qui unissent des écrivains d’Afrique du Nord avec des éditeurs du Seuil autres que Roblès – par exemple Kateb Yacine avec Cayrol et Jeanson. Sur 63 titres parus dans « Méditerranée » – qui ne résume donc pas l’ensemble de la littérature méditerranéenne du Seuil –, 20 sont des traductions. Au total, les traductions de l’espagnol dominent (10) suivies du grec (8), pour un auteur turc et un italien.
 
« Le Don des langues »
 
 
« Le Don des langues » – dont la dénomination est sans doute un hommage à Jean Paulhan [21] – est une collection bilingue de poésie étrangère, d’auteurs pour la plupart reconnus, mais dont les textes sont peu ou pas traduits. Cette présentation bilingue semble rencontrer alors un certain succès [22]. Pierre Leyris, qui prend la direction de cette collection, est traducteur. Il collabore à La Nouvelle Revue française dans les années 1930.
Leyris donne une aura particulière à sa collection par la qualité qu’il exige des traductions. Lui-même se charge d’un recueil de Poèmes (1910-1930) de Thomas S. Eliot. La critique, d’une seule voix, signale la « gageure » qui consistait à traduire Eliot en français et salue une « grande traduction ». Pour certains critiques, au-delà du travail de la langue, Leyris, également connu pour son activité au sein de la revue œcuménique Dieu vivant (publiée au Seuil depuis 1945 sous la direction de Marcel Moré), était tout destiné à parfaitement comprendre le « poète spirituel » ou « chrétien » qu’est T. S. Eliot [23]. Cet ouvrage est distingué par le prestigieux jury du prix Denyse Clairouin, qui, à l’unanimité, couronne Leyris pour sa traduction [24]. En 1948, le prix Nobel consacre Eliot, confirmant la diffusion de son œuvre.
« Le Don des langues » explore d’autres pistes, avec la même exigence. Ainsi en 1949 paraissent deux volumes traduits par Armand Robin, dont un est consacré au poète hongrois Endre Ady et l’autre à plusieurs auteurs russes. Auteur Gallimard, Robin poursuit une carrière singulière, marquée par un engagement antistalinien et sa proximité avec le milieu anarchiste. Ses traductions suscitent l’admiration de quelques critiques, parmi lesquels Philippe Jaccottet dont nous reparlerons pour ses traductions au Seuil [25]. D’autres ouvrages paraîtront : un Alexandre Pouchkine, un essai sur la littérature américaine de David H. Lawrence et un Rainer Maria Rilke (Lettres françaises à Merline, 1950), ce dernier proposé à Leyris par Pierre Klossowski. Pourtant, on compte moins de 10 titres publiés entre 1946 et 1951. Plusieurs années s’écoulent avant que le catalogue du Seuil ne mentionne une autre publication sous le label « Don des langues ». Pierre Leyris réalise d’autres traductions pour Le Seuil, dont, en 1957, des poèmes du jésuite anglais Gerard M. Hopkins (Reliquiae). Mais le rythme moins soutenu des parutions de poésies traduites, au format bilingue, marque un essoufflement de cette collaboration. D’autres activités occupent Leyris qui s’éloigne progressivement du Seuil. À partir de 1964, il se consacre au « Domaine anglais » du Mercure de France. Une deuxième période s’ouvre pour « Le Don des langues », qui sort de l’étroit secteur de la poésie.
De 1952 au début des années 1980, date à laquelle Anne Freyer donne une nouvelle dimension à cette collection, « Le Don des langues » fonctionne, semble-t-il, sans directeur attitré. Elle est un soutien à la collection étrangère du Seuil consacrée directement à la production contemporaine, le « Cadre vert ». En effet, au sein du « Don des langues », on trouve réunies les œuvres de Robert Musil (14 volumes de 1961 à 1991) et de Rainer Maria Rilke (10 volumes de 1950 à 1991) [26]. Ces deux écrivains totalisent plus d’un tiers des titres du « Don des langues », soit 24 sur 66 parus. La langue allemande est la plus présente (29 titres recensés) – nous reviendrons sur ce point plus loin –, suivie de l’anglais (18), de l’italien (10), du russe (7) et de l’américain (2).
La ligne de la collection, bien représentée par les œuvres de Musil et Rilke, consiste donc à publier des auteurs difficiles, parfois des classiques, ou tout au moins dont les ouvrages ont été remarqués dans leur pays. Les genres y cohabitent : essais littéraires, journaux, correspondances représentent presque un quart du catalogue. Dans la continuité de Pierre Leyris, un soin particulier est apporté aux traductions. Le rôle du poète Philippe Jaccottet, traducteur pour Gallimard de Thomas Mann en 1947 et qui travaille de longues années sur l’œuvre de Musil, est de ce point de vue décisif et contribuera largement à la réception de l’écrivain autrichien en langue française. La publication de Musil cumulait plusieurs difficultés : la partie romanesque ne comporte que trois titres, dont un monument de plus de deux mille pages en quatre tomes et un recueil de nouvelles. En 1957, dans L’Express, François Erval écrit qu’il « convient d’être reconnaissant aux Éditions du Seuil qui osent entreprendre enfin la publication en France [du] chef-d’œuvre [de Musil], L’Homme sans qualités » [27]. Par ailleurs, Musil, mort en 1942, a laissé un volumineux journal, des essais et des correspondances. La traduction fut difficile : avant la réussite de Jaccottet, d’autres traducteurs pressentis ont renoncé ou échoué. Enfin l’œuvre est exigeante pour le lecteur. Cette publication fut un pari – réussi – qui contribua à accréditer l’image littéraire de la maison. Lorsque le Prix du meilleur livre étranger fut attribué à L’Homme sans qualités, à l’unanimité du jury, malgré la concurrence du Métier de vivre, de Cesare Pavese (Gallimard), un juré expliqua que Musil, c’est « un grand livre, une traduction exceptionnelle, une édition intrépide, cela vaut une victoire sans combat […] » [28]. Célébrée par la critique, la première partie du roman parvint aussi à toucher un public large : en quelques semaines un tirage de 9 000 exemplaires était atteint [29].
À partir de 1985, cette collection est reprise par Anne Freyer qui maintient cette exigence. On y trouve alors notamment les œuvres de Joseph Roth et des essais comme ceux, très remarqués, de Christine Jordis sur le roman anglais, et de Marc Chénetier sur la nouvelle fiction américaine.
 
Le « Cadre vert »
 
 
La collection « Le Don des langues » fonctionne parfaitement au côté du « Cadre vert » qui réunit les ouvrages d’auteurs étrangers contemporains publiés par Le Seuil. Cette appellation provient de la nouvelle maquette réalisée par Pierre Faucheux. Les premières couvertures portant le « Cadre vert » – et le « Cadre rouge » pour le secteur français – apparaissent en septembre 1958. Cette dénomination, qui ne s’impose que progressivement, participe du travail effectué par Le Seuil pour personnaliser son image. Bien entendu, les ouvrages publiés avant cette date sont intégrés sous les nouveaux labels de collections.
De 1960 au milieu des années 1970, on constate un important développement des traductions au Seuil (une moyenne de 14 traductions littéraires par an, pour moins de 7 depuis 1946). Cette période correspond pleinement à l’âge d’or de la nouvelle littérature allemande en France, dont Le Seuil, avec le « Cadre vert », est un acteur majeur. Le volume de traductions d’ouvrages provenant d’outre-Rhin faiblit au milieu des années 1970 – c’est un mouvement d’ensemble qui affecte toute la collection et qui tient sans doute, en partie, à la crise économique naissante en 1974 et au ralentissement de la croissance qu’elle provoque. La fin des années 1960 – et Mai 1968 – marque une forte augmentation de la production d’ouvrages d’actualité (avec les collections « Histoire immédiate » de Jean et Simonne Lacouture et « Combats » de Claude Durand) au détriment, on le suppose, de la littérature. On repère aussi à cette époque que le centre de gravité des traductions du « Cadre vert » passe de l’allemand à l’américain. Signe, parmi d’autres, de l’installation du Seuil parmi les « grandes maisons » et, donc, de la fin de la phase d’accumulation de capital symbolique et de la reconnaissance nécessaire à ce statut. L’évolution du domaine anglais est égale, ce qui, étant donné le poids croissant, à partir du milieu des années 1980, des langues les moins représentées indique une hausse relative. Augmentation qui confirme la place nouvelle des traductions anglo-saxonnes (également visible dans « Fiction & Cie » de Denis Roche).
La richesse des publications du « Cadre vert » ne peut se résumer à la littérature allemande, mais celle-ci illustre parfaitement la complexité des mobilisations nécessaires au recrutement d’auteurs étrangers tout autant que l’imbrication des différentes facettes des activités d’un éditeur. Par affinité, les fondateurs du Seuil et les membres de la première équipe, où les proches d’Esprit occupent une place importante, parviennent à prendre solidement pied dans le domaine allemand. Sans entrer dans le détail, qui obligerait à évoquer les œuvres, très diverses, publiées par Le Seuil, comme celles d’Alfred Andersch, de Stefan Andres, de Manfred Gregor, de Peter Härtling, de Paul Schalluck, de Gertrud von Le Fort ou de Peter Weiss, Le Seuil parvient, en partie grâce à cette affinité initiale qui dépasse les enjeux proprement éditoriaux, à unir différentes générations d’écrivains allemands – le catholicisme étant un des éléments qui consolident ce lien. Élément décisif, la publication des aînés, par exemple Böll [30] et Andersch, facilite les liens avec les plus jeunes, Grass, Härtling et Weiss. Lorsque Ingeborg Bachmann, auteure distinguée en 1953 par le Groupe 47, est contactée par Flamand qui souhaite devenir son éditeur français, elle mentionne, dans sa réponse, « l’atmosphère personnelle » entretenue par les Éditions du Seuil autour de ses auteurs, qui lui a été favorablement vantée par Böll et Andersch [31]. Monique Nathan, une des premières collaboratrices du Seuil, où elle eut un rôle décisif, était une spécialiste incontestée de la littérature anglo-saxonne. Cependant elle s’occupait aussi d’auteurs allemands. En 1959, lors des discussions engagées avec l’éditeur allemand du roman Die Blechtrommel (Le Tambour), de Günter Grass – dont le lecteur du Seuil considère qu’« en tout état de cause, nous sommes face au premier phénomène littéraire allemand de l’après-guerre » –, elle fait valoir la présence au catalogue de Böll et Schalluck, et le travail en cours sur Musil, inscrivant l’intérêt pour Grass dans un effort plus vaste engagé pour publier cette littérature [32].
La lecture de la presse de l’époque montre que les publications allemandes du Seuil – particulièrement des auteurs liés au Groupe 47 – offrent une grille de lecture de la Seconde Guerre mondiale et de ses origines [33]. Ainsi, André Wurmser, dans l’hebdomadaire culturel communiste Les Lettres françaises, traite de Robert Musil et de Manfred Gregor sous l’intitulé suivant : « Germania, avant, pendant, après » [34]. Si, en 1959, René-Marie Albérès peut déceler à l’occasion d’une recension consacrée à Luise Rinser, auteur Seuil, Ernst Jünger et Heinz Reisse un « timide renouvellement du roman allemand », deux années plus tard, Maurice Nadeau écrit, au sujet de Günter Grass, que « dans le désert de la littérature allemande depuis dix ans […], un jeune écrivain vient de lever » [35].
L’intérêt pour un écrivain étranger mobilise des ressources multiples. L’homologie de position du Seuil avec certains éditeurs étrangers dans les champs éditoriaux nationaux respectifs, qui cimente les affinités et rend possible une pré-connaissance mutuelle des attentes, et surtout des possibilités, constitue un élément central des échanges.
Le rôle des médiateurs, au sein et hors des maisons d’édition, à analyser en fonction des enjeux de la ligne éditoriale générale et des contraintes politiques et intellectuelles du moment constitue également une piste essentielle pour la compréhension des transferts culturels [36]. Le débat politique qui s’initie progressivement autour des fondements d’une « nouvelle Allemagne » engage Le Seuil, par l’intermédiaire de proches comme le germaniste Joseph Rovan, à se tourner vers cette littérature.
Joseph Rovan, qui fut en contact avec des membres du groupe Jeune France auquel appartenait Flamand pendant l’Occupation, a été secrétaire de rédaction d’Esprit en 1945 et 1946. De 1949 à 1952, il travaille pour le Haut Commissariat français en Allemagne. À cette époque, Flamand compte sur lui pour fournir au Seuil des rapports de lecture sur la production intellectuelle allemande, ainsi que des traductions. En 1957 paraissent deux livres de lui au Seuil : Catholicisme politique en Allemagne (1957) et le volume de la collection « Petite Planète » consacré à ce pays, que lui a commandé son ami Chris Marker. Cette proximité passe aussi par Peuple et culture, mouvement d’éducation populaire, édité par Le Seuil, que Rovan codirige avec Joffre Dumazedier et Begnino Cacérés (eux aussi édités par Flamand). Multipliant les engagements, Rovan ne s’impliquera pas dans la recherche d’auteurs autant qu’on l’aurait souhaité au Seuil. Mais cette présence est remarquable car elle cumule plusieurs dimensions au cœur de l’activité intellectuelle et politique de cette maison [37].
Le 10 novembre 1955, à l’occasion de la rencontre sur « Le roman et son public », à Bad-Griesbach, en Allemagne, Jean Cayrol, Roland Barthes, Paul-André Lesort, Alfred Andersch et Heinrich Böll adressent cette carte postale à Paul Flamand. (Archives des Éditions du Seuil).IMGIMGLe 10 novembre 1955, à l’occasion de la rencontre ...IMGIMF
Plusieurs autres médiateurs proches des milieux catholiques progressistes, d’Esprit, du gaullisme ou de la réflexion politique sur l’Europe de l’après-guerre, serviront de relais aux Éditions du Seuil. Le rôle de René Wintzen, essayiste, journaliste et traducteur, est déterminant dans les relations que Le Seuil noue avec Heinrich Böll. De 1946 à 1957, au sein de Documents, pendant français de la revue allemande Dokumente dont le rédacteur en chef est Paul Schalluck, il participe à la relance des échanges culturels entre les deux pays. Il collabore à Témoignage chrétien et travaille pour l’éditeur des jésuites, Spés. Une mémoire allemande, entretiens accordés par Böll à Wintzen, paraît en 1978 au Seuil. De même, pour le recrutement de Luc de Goustine, collaborateur du Seuil de 1964 à 1971, en charge de la littérature allemande, de celles de certains pays de l’Est et des collections de théâtre, dont la culture de germaniste et une expérience professionnelle réussie en Allemagne furent essentielles.
Ces liens avec l’étranger peuvent aussi contribuer à la réception des ouvrages en France. De ce point de vue, la présence accrue du Seuil dans la conquête des prix littéraires à cette époque permet non seulement d’étendre le lectorat de ses auteurs, mais également de façonner son image pour attirer les auteurs potentiels. Dans le foisonnement des prix littéraires, qui caractérise les années 1950 puis 1960, l’obtention à plusieurs reprises du Prix du meilleur livre étranger, distinction attribuée annuellement depuis 1950, est décisive. Un communiqué de presse de juin 1958, date à laquelle L’Homme sans qualités, de Musil, recueille l’unanimité des voix des membres du jury, précise : « alors que de très nombreux Prix signalent les ouvrages français, la littérature étrangère fait figure de parente pauvre, aussi bien pour la part qui lui est réservée dans les journaux que pour les prix destinés à la soutenir, les seuls prix existants visant à récompenser le travail du traducteur » [38]. Un autre prix existait, lié à la Tribune de Paris et à la Radiodiffusion française, qui retransmettait les débats des jurés. En juillet 1954, Böll l’obtient pour Rentrez chez vous, Bogner ! Il est distingué l’année suivante par le Prix du meilleur livre étranger dont le jury rassemble plusieurs éminents représentants de diverses maisons d’édition, dont Paul Flamand. À ses côtés, on remarque notamment, car la composition évoluera, Maurice Nadeau (Corréa, Julliard et Denoël de 1953 à 1964 et La Quinzaine littéraire, 1966), Jean Blanzat (Grasset, puis en 1953, Gallimard), André Bay (Stock), Armand Pierhal (Denoël), Albert Blanchard (Sélection du livre), Robert Carlier (Club du meilleur livre), Max-Pol Fouchet et Raymond Queneau (Gallimard). Lieu de sélection des ouvrages, pour couronner annuellement un roman et un essai, les déjeuners mensuels de ce Prix sont également un lieu d’échanges. Tous les grands noms de la littérature étrangère figurent au palmarès. Entre 1950 et 1976, les auteurs du Seuil reçoivent le prix à dix reprises. À Böll (1955) et Musil (1958), déjà évoqués, succéderont Günter Grass (1962), Robert-Marie Grant, pour un essai sur la gnose chrétienne en 1964, l’année suivante John Updike puis Peter Härtling. En 1969, c’est Gabriel García Márquez, en 1971, le Grec Stratis Tsirkas publié dans la collection « Méditerranée », puis Abram Tertz (1974) et Ernesto Sabato en 1976.
Ces prix, dont il est difficile de définir l’impact sur le public, sont essentiels dans le processus d’accumulation de prestige qui caractérise Le Seuil à cette période. L’attribution du prix de 1955 correspond à l’accroissement significatif, durant les trois années précédentes, de la présence du Seuil dans le domaine des traductions littéraires (24 livres traduits paraissent de 1952 à 1954). Les distinctions suivantes accompagnent la première longue période d’efforts soutenus du Seuil dans le domaine étranger : entre 1960 et 1973, en moyenne 15 titres paraissent chaque année dans le « Cadre vert ». Pour l’ensemble de la collection, cette moyenne tombe à 11,3 titres ; sachant aussi que les trois moments de production les plus élevés cumulent cinq sixièmes de la production de la collection (pour les deux tiers de la période). La moyenne globale pour toutes les collections considérées dans cet article se situe annuellement à 14,2, ce qui montre l’interdépendance des choix éditoriaux [39].
Page publicitaire de l’éditeur Luchterhand dans Börsenblatt für den deutschen Buchhandel, n° 54, 6 juillet 1962 (édition de Francfort), annonçant le prix du Meilleur Livre étranger décerné à Günter Grass pour Le Tambour paru aux Éditions du Seuil (Archives des Éditions du Seuil).IMGIMGPage publicitaire de l’éditeur Luchterhand dans Bö...IMGIMF
La liste des lauréats du Prix du meilleur livre étranger du Seuil pourrait se lire en fonction de ceux attribués aux autres éditeurs [40], mais aussi des autres prix. Au regard, plus particulièrement, du prix Médicis étranger dont le prestige croît depuis sa création en 1970 et qui est plus résolument orienté vers l’avant-garde consacrée. Severo Sarduy, longtemps responsable du secteur espagnol du Seuil, l’obtient avec son roman Cobra (Le Seuil, 1973). Néanmoins, on constate que la littérature allemande est surreprésentée à l’occasion des premières distinctions décernées aux Éditions du Seuil pour le Prix du meilleur livre étranger, et que l’origine géographique se diversifie par la suite. Elle se déplace notamment vers la fiction américaine, dont John Updike est un des premiers représentants phares de l’éditeur de la rue Jacob. Le Prix accompagne aussi l’énorme retentissement de la publication de Cent Ans de solitude, de Gabriel García Márquez (1969), qui symbolise les recherches du Seuil dans le secteur hispanique.
Les distinctions marquent aussi la diversification des investissements du Seuil. Ainsi pour la littérature des pays de l’Europe de l’Est, dont il faudrait mener une analyse spécifique, le roman Une voix dans le chœur, du Russe Abram Tertz est distingué en 1974. L’intérêt pour les écrivains de l’Est croît résolument au début des années 1960. Le Seuil s’oriente vers les auteurs diffusés par la voie des samizdat, avec notamment le travail de Luc de Goustine (jusqu’en 1974) puis de Claude Durand, qui deviendra l’éditeur d’Alexandre Soljenitsyne. Si l’on retient les langues russe, roumaine, tchèque et polonaise, 75 ouvrages figurent aux catalogues du Seuil, dont 47 pour le « Cadre vert ». Une première augmentation, irrégulière, est perceptible des années 1960 aux années 1980. Puis une seconde, plus nette, mais tout aussi discontinue marque le début des années 1990, après la chute du mur de Berlin.
 
« Fiction & Cie »
 
 
En ce qui concerne la littérature traduite, « Fiction & Cie » est résolument orientée vers les écrivains d’outre-Atlantique (42 livres sur 52 traductions) et marque un tournant dans l’agencement des collections littéraires du Seuil.
Avant d’en devenir un des éditeurs, Denis Roche fut un auteur du Seuil. Ses premiers textes poétiques, remarqués par Cayrol (et Marcelin Pleynet) paraissent dans Écrire en 1962, une revue destinée à recruter de jeunes écrivains. En 1970, Paul Flamand propose à Denis Roche, qui travaillait avec Claude Tchou, un poste au Seuil pour s’occuper de la série « Écrivains de toujours » et de la littérature anglaise. Il succède à Monique Nathan, décédée peu avant. En 1973, Denis Roche démissionne du comité de la revue Tel Quel à la suite d’un désaccord concernant la publication des actes du colloque Artaud-Bataille [41].
Se plaçant sous le signe de « l’imagination », « Fiction & Cie » se veut une « structure nouvelle d’accueil » au sein des collections du Seuil. En effet, Denis Roche entend se donner « toutes les libertés » et publier des romans français ou étrangers, des débutants comme des auteurs confirmés, des poèmes, des essais, des ouvrages théoriques et des documents [42]. Pour la période retenue, le catalogue de « Fiction & Cie » compte 228 titres, dont 52 sont traduits. Parmi eux, on relève quelques essais – comme dans « Le Don des langues » –, que nous avons, bien entendu, conservés avec le roman et la poésie.
Pour Denis Roche, cette collection doit permettre au Seuil de mieux couvrir l’ensemble du spectre littéraire et attirer les auteurs les plus divers. La présence des ensembles « Le Chemin » chez Gallimard et des « Lettres nouvelles » chez Denoël alimente cette réflexion. L’idée est également qu’une nouvelle complémentarité naîtrait de la création de « Fiction & Cie », qui renforcerait la dynamique des collections de la maison sur le terrain littéraire [43]. Pour la littérature étrangère, le raisonnement emprunte des voies semblables et correspond à des orientations anciennes de Denis Roche, traducteur d’Ezra Pound, de Dylan Thomas et de John Ashbery.
Sans aborder la question des intersections possibles entre le « Cadre vert » et « Fiction & Cie » (l’Américain Kurt Vonnegut, le premier auteur étranger édité par Roche dans sa collection est publié par la maison depuis 1971), il reste à constater qu’au milieu des années 1970, en pleine phase d’institutionnalisation du Seuil, le nombre de titres traduits de l’américain devient, en moyenne, plus important que celui de la littérature allemande. Si, pour la période des origines à 1974, la croissance du secteur allemand, en terme de volume de publication, est toujours supérieure à celle du secteur américain, la tendance s’inverse à cette date. La traduction d’œuvres venues d’Allemagne décline, quand, à l’inverse, celle des livres en provenance des États-Unis augmente. Le « Cadre vert » participe à cette croissance en volume, mais aussi en terme de notoriété, avec William Boyd ou John Irving. Les auteurs américains publiés au Seuil dans les années 1970 (Vonnegut et Updike) sont rejoints par Robert Coover (en 1980) ou encore Thomas Pynchon (depuis 1985) parus dans « Fiction & Cie ». Pour ce qui concerne l’image littéraire du Seuil, la contribution des auteurs américains pourrait être comparée à celle des auteurs allemands des années 1960 et 1970.
Dans le processus d’accumulation de capital symbolique qui fut celui des Éditions du Seuil, la littérature traduite a eu, comme on l’a vu, un rôle important. Les prix littéraires décernés aux ouvrages traduits témoignent de cette reconnaissance croissante. Il est significatif que Le Seuil ait à son catalogue plusieurs auteurs étrangers – comme Böll et Grass –, couronnés par le jury du Nobel (en 1972 et 1999), mais aucun auteur français. Si l’investissement dans la littérature allemande caractérise la période d’accumulation marquée par l’héritage de la guerre, la croissance de la part de la littérature américaine, qui prend le pas sur les autres, atteste la position dominante acquise par cette maison.
 
NOTES
 
[1]Paul Flamand, cité par Jacques Busnel, « Les Éditions du Seuil tiennent l’époque à jour », Réalités, mars 1977.
[2]Cet article s’inscrit dans une recherche, en cours de réalisation, sur l’histoire des Éditions du Seuil. Je remercie Isabelle Kalinowski et Anne Simonin pour leurs remarques et leurs critiques concernant cet article.
[3]Voir Sylvie Chabrol, « L’ambition de Jeune France », Jean-Pierre Rioux (sous la dir. de), La Vie culturelle sous Vichy, Bruxelles, Complexe, p. 161-178.
[4]Voir Anna Boschetti, « Légitimité littéraire et stratégies éditoriales », Roger Chartier et Henri-Jean Martin (sous la dir. de), Histoire de l’édition française. Le livre concurrencé, 1900-1950, Paris, Fayard, Cercle de la Librairie, 1986, p. 510-551.
[5](Paul Flamand), Sur Le Seuil, Paris, Le Seuil, 1979, p. 16. Il s’agit du plus fort tirage de l’édition française des dix dernières années selon France dimanche, 24 avril 1955.
[6]André Parinaud, « “Le Seuil” le plus jeune des “grands” nous explique comment on devient éditeur », Arts, n° 594, 21-27 novembre 1956.
[7]Cité par Jean-Noël Gurgand, « Un éditeur, qu’est-ce que c’est ? », France Observateur, 7 septembre 1960.
[8]Niilo Kauppi, Tel Quel. La constitution sociale d’une avant-garde, Helsinki, Societas Scientarum Fennica, 1990, p. 16-17.
[9]Jacqueline Piatier, « Paul Flamand et Jean Bardet sur Le Seuil… », Le Monde, 23 février 1979. Sur le trio « GalliGraSeuil », voir Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Intellocrates. Expédition en haute intelligentsia, Paris, Ramsay, 1981, p. 149-170.
[10]Réponse de Jean Bardet dans « Panorama de l’édition française », Les Nouvelles littéraires, 19 octobre 1961.
[11]Valérie Ganne et Marc Minon, « Géographies de la traduction », Françoise Barret-Ducrocq (sous la dir. de), Traduire l’Europe, Paris, Payot, 1992, p. 70-71.
[12]Entretien avec Mireille Reissoulet. Je suis aussi reconnaissant à Michel Chodkiewicz, Luc de Goustine, Martine Heissat, Joseph Rovan et François Wahl pour les entretiens qu’ils m’ont accordés portant, notamment, sur les questions dont je traite dans cet article. Ces entretiens ont été effectués entre 2001 et 2002. Je remercie également Sophie Choisnel, du service de presse du Seuil, pour son aide.
[13]Une première traduction, de l’allemand, est publiée en 1937 : Le Nouveau Paradis, d’Elsa Steinmann.
[14]Lettre de Paul Flamand à Curtis Brown, 2 février 1945, dossier Compton-Burnett, archives des Éditions du Seuil (désormais ÉdS). Il faut remarquer que les auteurs cités par Flamand sont les grands noms de la littérature traduite en France durant l’entre-deux-guerres, principalement publiés par La NRF. Jean Paulhan a été essentiel, avec La NRF, mais aussi Commerce, puis Mesures pour la promotion de ces auteurs. Voir Isabelle Kalinowski, «Une histoire de la reception de Hölderlin en France», thèse de doctorat, université de Paris XII, 1999.
[15]Nous ne nous arrêterons pas, dans le cadre de cet article, sur l’ensemble « Hors collection » que nous ne faisons que mentionner. Parmi ces romans, l’espagnol est le mieux représenté avec neuf titres, dont les œuvres d’Arturo Pérez Reverte et de Miguel de Cervantès.
[16]Ces données sont tirées d’un travail statistique en cours sur le catalogue des Éditions du Seuil. Ces résultats sont provisoires, pour au moins deux raisons : outre certains ajustements effectués par l’éditeur, des oublis ou des erreurs peuvent modifier cet état des parutions. Par ailleurs, j’ai choisi de ne pas intégrer certains titres comme le théâtre traduit et les quelques traductions de la collection « Tel Quel ». En outre, il serait indispensable de considérer simultanément l’ensemble de la production d’œuvres traduites (essais compris) et de rapporter les flux de traductions à l’ensemble de la production, ce qui sera fait ailleurs. Sur cette question centrale du catalogue, je suis redevable aux recherches d’Anne Simonin, notamment « Le catalogue de l’éditeur : un outil pour une histoire littéraire. L’exemple des Éditions de Minuit », à paraître.
[17]Les autres langues sont l’arabe, le polonais, le roumain (8 titres chacune), le brésilien, le portugais, le serbo-croate (7), le tchèque (6), l’hébreu (5), le danois (4), le chinois et le turc (3), le catalan (2) et un ouvrage pour l’arménien, le bengali et le finnois.
[18]Serge Groussard, « Entretien avec Emmanuel Roblès », Livres de France, février 1965, n° 2, p. 9.
[19]Lettre de Paul Flamand à Emmanuel Roblès, 14 mai 1952, dossier Roblès, archives des ÉdS.
[20]« Note sur la collection « Méditerranée » », 21 janvier 1959, dossier Roblès, archives des ÉdS.
[21]Les Fleurs de Tarbes ou la Terreur des lettres, de Jean Paulhan, paru en 1941, devait être suivi d’un second tome intitulé Le Don des langues. Leyris, proche de la NRF depuis les années 1930, s’inspire probablement de ce qui restera un projet.
[22]Selon Marcel Brion, « Problèmes de la traduction », Le Monde, 4 août 1948.
[23]Voir Max-Pol Fouchet, « Sur une grande traduction. Poèmes (1910-1930) par T. S. Eliot », Carrefour, 1er août 1947 ; « T. S. Eliot. Poète spirituel », Critique, n° 23, 1947 ; Pierre Debray, « T. S. Eliot », France catholique, 12 novembre 1948.
[24]« Aux quatre vents », Le Figaro littéraire, 13 décembre 1947. Fondé l’année précédente, ce prix était notamment attribué par André Gide, André Malraux, François Mauriac, Jean Schlumberger, Gabriel Marcel, Graham Greene et Somerset Maugham.
[25]Philippe Jaccottet, « Éternels vagabonds… », La Revue, 19 mars 1952.
[26]On a vu que le premier volume de Rilke paru au Seuil l’est à l’initiative de Leyris. Les Œuvres commencent à paraître en 1972. Ces ouvrages anthologiques sont mis en chantier en 1962 par Monique Nathan et Paul de Man, professeur à la Cornell University. Ils sont élaborés à partir de nouvelles traductions et des versions françaises existantes.
[27]François Erval, « L’écrivain le plus inconnu du xxe siècle », L’Express, 21 novembre 1957. Les premières traductions en français de Musil sont effectuées par Bernard Groetuysen, un proche de la maison Gallimard. En 1935, il traduit pour Mesures des extraits de L’Homme sans qualités, puis, deux ans plus tard, des morceaux choisis des Écrits pré-posthumes.
[28]Cité dans « À l’Homme sans qualités de Musil, le “Prix du meilleur livre étranger”», Le Figaro littéraire, 14 juin 1958.
[29]Marcel Brion, « Pourquoi le lecteur français connaît-il si mal les écrivains allemands ? », Nouvelles littéraires, 27 février 1958.
[30]Le premier roman de Böll paru en France, Le Train était à l’heure (1954), est publié chez Denoël.
[31]Lettre à Paul Flamand, 10 décembre 1953, dossier Bachmann, archives des ÉdS.
[32]Dossier Grass, archives des ÉdS.
[33]Ingrid Gilcher-Holtey, « « Askese schreiben, schreib Askese ». Zur Rolle der Gruppe 47 in der politischen Kultur der Nachkriegszeit », Internationales Archiv für Sozialgeschichte der deutschen Literatur (IASL), 25, 2000, p. 134-167.
[34]Livraison du 11 avril 1960.
[35]R.-M. Albérès, « Timide renouvellement du roman allemand », Arts, 23 septembre 1959. Maurice Nadeau, « Le Tambour de Günter Grass », L’Express, 21 septembre 1961.
[36]Sur les médiateurs, Marie-France Cachin et Claire Bruyère, « La traduction au carrefour des cultures », Jacques Michon et Jean-Yves Mollier (sous la dir. de), Les Mutations du livre et de l’édition dans le monde du xviiie siècle à l’an 2000, Paris-Laval, L’Harmattan-Presses de l’université de Laval, 2001, p. 506-525.
[37]Joseph Rovan, Mémoires d’un Français qui se souvient d’avoir été Allemand, Paris, Le Seuil, 1999, 554 p. Voir aussi Emmanuelle Picard, « Des usages de l’Allemagne. Politique culturelle française en Allemagne et rapprochement franco-allemand, 1945-1963. Politique publique, trajectoires, discours », doctorat d’histoire, Paris, IEP, 1998.
[38]« Le Prix du meilleur livre étranger », communiqué dactylographié, dossier Musil, archives des ÉdS.
[39]Le rythme propre au circuit des œuvres à traduire introduit des variations qu’il faudrait prendre en compte.
[40]Voir, au sujet du prix qui distingue Alexandre Soljenitsyne en 1968, Maurice Nadeau, Grâces leur soient rendues. Mémoires littéraires, Paris, Albin Michel, 1990, p. 395-396.
[41]Philippe Forrest, Histoire de Tel Quel, 1960-1982, Paris, Le Seuil, 1995, p. 465-466.
[42]Présentation par Denis Roche de « Fiction & Cie » dans 27, rue Jacob, n° 178, juin 1974.
[43]Denis Roche, Notes « Série “Fictions” », 19 janvier 1972 et 20 janvier 1972, archives des Éditions du Seuil.
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« Aux quatre vents », Le Figaro littéraire, 13 décembre 194...
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[25]
Philippe Jaccottet, « Éternels vagabonds… », La Revue, 19 m...
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[26]
On a vu que le premier volume de Rilke paru au Seuil l’est ...
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[27]
François Erval, « L’écrivain le plus inconnu du xxe siècle ...
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[28]
Cité dans « À l’Homme sans qualités de Musil, le “Prix du m...
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[29]
Marcel Brion, « Pourquoi le lecteur français connaît-il si ...
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[30]
Le premier roman de Böll paru en France, Le Train était à l...
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[31]
Lettre à Paul Flamand, 10 décembre 1953, dossier Bachmann, ...
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[32]
Dossier Grass, archives des ÉdS. Suite de la note...
[33]
Ingrid Gilcher-Holtey, « « Askese schreiben, schreib Askese...
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[34]
Livraison du 11 avril 1960. Suite de la note...
[35]
R.-M. Albérès, « Timide renouvellement du roman allemand »,...
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[36]
Sur les médiateurs, Marie-France Cachin et Claire Bruyère, ...
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[37]
Joseph Rovan, Mémoires d’un Français qui se souvient d’avoi...
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[38]
« Le Prix du meilleur livre étranger », communiqué dactylog...
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[39]
Le rythme propre au circuit des œuvres à traduire introduit...
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[40]
Voir, au sujet du prix qui distingue Alexandre Soljenitsyne...
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[41]
Philippe Forrest, Histoire de Tel Quel, 1960-1982, Paris, L...
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[42]
Présentation par Denis Roche de « Fiction & Cie » dans 27, ...
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[43]
Denis Roche, Notes « Série “Fictions” », 19 janvier 1972 et...
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Le 10 novembre 1955, à l’occasion de la rencontre sur « Le roman et son public », à Bad-Griesbach, ...
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Page publicitaire de l’éditeur Luchterhand dans Börsenblatt für den deutschen Buchhandel, n° 54, 6 ...
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