Actes de la recherche en sciences sociales
Le Seuil

I.S.B.N.2020573466
96 pages

p. 20 à 33
doi: en cours

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no 148 2003/3

LA DYNAMIQUE D’UN DOUBLE HÉRITAGE

Les relations université-entreprise à Strasbourg

Françoise Olivier-Utard
L’histoire de l’université de Strasbourg montre que les relations entre la recherche universitaire et les entreprises ont une longue tradition. Elle part de l’installation de la très moderne Kaiser-Wilhelm-Universität par les Allemands en 1872, dans laquelle l’alliance avec l’industrie est organisée depuis Berlin. Elle se poursuit, après le retour de l’Alsace à la France en 1918. L’initiative vient alors des entreprises locales et des instances universitaires décidées à promouvoir un modèle d’université s’inspirant de l’efficacité allemande. Après la Seconde Guerre mondiale, qui avait contraint l’université de Strasbourg à se replier à Clermont-Ferrand, les liens avec les entreprises se distendent momentanément car les scientifiques strasbourgeois sont très impliqués dans la recherche nucléaire. Dans les années 1980, les contacts sont renoués à l’initiative des universitaires, dans le cadre des questions posées par les relations entre la science et l’innovation technologique. Des structures nouvelles sont mises en place pour valoriser les résultats de la recherche, faciliter les transferts de technologie et promouvoir la formation des cadres.
L’expérience de Strasbourg montre que, contrairement aux idées reçues, l’université s’est rarement réfugiée dans une tour d’ivoire. Elle rejoint en cela les pratiques d’autres universités de province. Son originalité est d’avoir été conçue comme une vitrine sur le Rhin, aussi bien par les Allemands que par les Français.
The history of Strasbourg University shows that the relationship between university research and business has a long tradition. It started with the installation of the very modern Kayser Wilhelm Universität by the Germans in 1872, in which the alliance with industry was organized from Berlin. It continued after Alsace was handed back to France in 1918. At that time the initiative came from local business and university authorities intent on promoting an university inspired by German efficiency. After the Second World War, which had forced Strasbourg University to retrench at Clermont-Ferrand, ties with business were momentarily relaxed because Strasbourg’s scientists were heavily involved in nuclear research. In the 1980s contacts were resumed at the instigation of the academic community in the context of the issues raised by the relationship between science and technological innovation. New structures were set in place to valorize research findings, facilitate technology-transfer and promote management training.
The Strasbourg experience shows that, contrary to conventional wisdom, the university has rarely taken refuge in an ivory tower. In that it shares in the practices of other provincial universities. Its originality is that it was conceived as a showcase on the Rhine by both the Germans and the French.
Die Geschichte der Universität Strasburg zeigt, dass die Beziehungen zwischen universitärer Forschung und Unternehmen auf eine lange Tradition zurückblicken. Sie beginnt mit der Einrichtung der hochmodernen Kaiser-Wilhelm-Universität durch die Deutschen im Jahr 1872, in der die Allianz mit der Industrie von Berlin aus organisiert wurde. Sie setzte sich auch nach der Rückkehr des Elsaß nach Frankreich im Jahr 1918 fort. Die Initiative ging damals von den lokalen Unternehmen aus sowie von den Universitätsgremien, die entschlossen waren, das Modell einer an deutscher Effizienz orientierten Universität voranzubringen. Nach dem Zweiten Weltkrieg, der die Universität Strasburg zu einer Standortverlegung nach Clermont-Ferrand gezwungen hatte, lockerten sich die Beziehungen zu den Unternehmen kurzfristig, da die Strasburger Wissenschaftler stark in die Atomforschung eingebunden waren. In den 80er Jahren wurden neue Kontakte geknüpft, um Forschungsergebnisse nutzbar zu machen, den Technologietransfer zu erleichtern und die Ausbildung höherer Angestellter zu befördern.
Die Strasburger Erfahrung macht entgegen allen Vorurteilen deutlich, dass sich die Universität selten in einem Elfenbeinturm abgekapselt hat. Dies gilt auch für andere Universitäten in der Provinz. Die Besonderheit Strasburgs liegt darin, dass die Universität sowohl von Deutschen wie Franzosen als Schaufenster am Rhein angesehen wird.
La historia de la Universidad de Estrasburgo muestra que existe una larga tradición de relaciones entre la investigación universitaria y las empresas. Comienza con la modernísima Kayser Wilhelm Universität, instalada por los alemanes en 1872, cuya alianza con la industria se organiza desde Berlín. Se reanuda cuando Alsacia vuelve a formar parte de Francia en 1918. En ese momento, la iniciativa proviene tanto de las empresas locales como de las instituciones universitarias, decididas a promover un modelo de universidad inspirado en la eficacia alemana. Después de la Segunda Guerra Mundial, que había obligado a la Universidad de Estrasburgo a replegarse a Clermont-Ferrand, los lazos con las empresas se distienden momentáneamente, pues los científicos de Estrasburgo están muy comprometidos en la investigación de energía nuclear. Durante el decenio de 1980 se restablecen los contactos por iniciativa de los docentes universitarios, en el marco de los problemas que plantean las relaciones entre la ciencia y la innovación tecnológica. Se organizan nuevas estructuras para valorizar los resultados de la investigación, facilitar la transferencia de tecnología y promover la capacitación de los directivos.
La experiencia de Estrasburgo muestra que, a la inversa de lo que suele pensarse, rara vez la universidad se ha refugiado en una torre de marfil. En este aspecto, dicha experiencia se acerca a la práctica de otras universidades de provincia. Su originalidad reside en el hecho de haber sido ideada –tanto por los alemanes como por los franceses– como una vitrina que mira al Rin.
IMGIMGIMGIMFDeux vues de l’université Louis-Pasteur, mars 2003.
Les relations entre l’université et les entreprises sont aujourd’hui présentées comme un objectif nouveau de l’université. Cette façon de poser le problème en termes de changement radical d’orientation académique relève, comme l’a fait remarquer Terry Shinn [1], d’une démarche partisane cherchant à promouvoir la loi du marché à l’université et témoigne aussi d’une méconnaissance des réalités passées, et du peu d’intérêt manifesté en France pour l’histoire des institutions académiques. Les relations avec les entreprises sont anciennes dans la plupart des universités françaises où elles se sont établies à la fin du XIXe siècle, au moment même où la recherche était introduite dans leur mission. Cette évolution ne s’est pas faite au même rythme partout, et les expériences ont été variées. Une vision sans doute trop parisienne du système d’enseignement supérieur français a conduit pendant longtemps à une erreur de perception de la carte réelle des réseaux de contacts entre les universités et les entreprises. Des travaux récents d’historiens et de sociologues, tant étrangers que français [2], ont montré l’existence de liens des universités de Lille, Nancy, Grenoble ou Lyon avec les industries locales. L’examen du cas de Strasbourg vient renforcer les conclusions de ces études, et confirmer l’existence d’un double clivage, géographique et scientifique, entre Paris et la province.
À Strasbourg, les relations entre l’université et l’industrie ont été mises en place par l’Allemagne au moment où s’installait la Kaiser-Wilhelm-Universität, en 1872. Elles ont ensuite régulièrement évolué, au gré des contraintes et des dynamiques historiques, de sorte que ce sont les événements politiques qui ont imprimé leur marque aux différentes périodes. Ces relations renvoient à trois niveaux, celui des politiques scientifiques, qui définissent les axes de recherche et l’ampleur de l’autonomie des chercheurs, celui des institutions, qui déterminent les structures de travail, les créations de postes, de laboratoires et d’écoles, et enfin celui du droit et de l’économie, qui définissent les conditions de la propriété intellectuelle et les modalités contractuelles entre les partenaires.
 
L’alliance, 1872-1918
 
 
Le contexte politique de 1870 permet de comprendre pourquoi le drapeau de la science a été planté à Strasbourg. L’Allemagne victorieuse annexe les trois départements de Haute-Alsace, Basse-Alsace et Moselle. Le projet de construction d’une grande université est conçu comme le moyen de réintégrer l’Alsace dans l’empire et les Alsaciens dans la culture germanique [3]. La victoire en effet n’est pas seulement militaire aux yeux des Allemands, elle est aussi culturelle.
Toutefois, l’organisation de l’université de Strasbourg n’est pas la reconduction exacte de l’organisation allemande habituelle. L’Alsace-Lorraine n’ayant pas le statut d’un Land, l’université Kaiser Wilhelm dépend directement de Berlin. La construction de la nouvelle université dure dix ans. L’architecte prend en compte les besoins des utilisateurs pour concevoir des locaux fonctionnels pour la recherche. Les directeurs d’instituts ont voix au chapitre et s’impliquent personnellement dans le suivi des travaux. Chaque institut comprend des salles de cours, des laboratoires, une bibliothèque, des salles de collections (musées zoologique, minéralogique, collections botaniques, moulages, photographies et cartes).
IMGIMGIMGIMFLa Kaiser-Wilhelm-Universität vers la fin des années 1880. Archives BNUS.
Le recrutement des enseignants est très soigné : Roggenbach, curateur de l’université, se fait conseiller par des savants de premier plan, comme Helmholtz. Le système du Ruf (sollicitation, à l’initiative de l’université) permet de négocier directement avec les enseignants leur venue à Strasbourg, leurs conditions de travail, leur salaire. Les étudiants ne sont pas très nombreux. Ce sont majoritairement des Allemands de souche, car les Alsaciens, refusant l’assimilation, boudent l’université pendant de nombreuses années. Le faible nombre d’étudiants en sciences (170 étudiants en 1882 et 300 en 1914) et le grand nombre de professeurs (33 postes de professeurs titulaires ou vacataires) favorisent la recherche de laboratoire.
En sciences comme en lettres, l’université allemande fonctionne selon deux principes fondamentaux : Lernfreiheit (liberté de choix de l’étudiant) et Lehrfreiheit (liberté de programme pour le professeur). Les étudiants passent d’une université à une autre, au gré des cours qui les intéressent. Les professeurs orientent leurs cours en fonction de leurs recherches. Le laboratoire a donc plus d’importance que la salle de cours, ce qui favorise le développement des sujets de recherche originaux et l’intégration précoce des étudiants doués aux travaux de laboratoire. L’originalité des études allemandes est là. Mais elle est aussi dans les liens entretenus avec le monde économique. On se préoccupe en effet de mettre la science à la disposition de l’industrie. Pour cela les universités jouent un rôle éminent. Des cadres institutionnels se mettent en place. Comme l’a souligné René Voltz [4], ils sont l’œuvre de F. Althoff, artisan du renouveau universitaire allemand et professeur à Strasbourg de 1872 à 1882. Imprégné de la pensée de Wilhelm von Humboldt et inspiré par le souci de soutenir les exigences industrielles allemandes, il dirige, entre 1882 et 1907, l’organisation scientifique et le système universitaire de la Prusse. Il crée des centres d’excellence disciplinaire associés si possible à l’industrie. Pour les mathématiques pures et appliquées, il fait ouvrir l’Institut de Göttingen, avec l’aide de la firme Krupp et de l’industrie des colorants. Dans la tradition de la physique expérimentale, il fonde à Berlin, en 1887, la Physikalisch-technische Reichsanstalt, avec le soutien financier de W. von Siemens. Ces structures sont destinées à servir d’interface entre les universités et les industriels. Tous les résultats des travaux scientifiques des chercheurs allemands y sont disponibles. Il existe aussi une commission et un laboratoire consacrés aux transferts technologiques souhaités par les industries. C’est là le moyen, pour Althoff, de « développer l’entreprise Science avec une véritable politique scientifique ». Une grande mobilité est possible entre les professeurs d’université et ces structures d’interface. Plusieurs professeurs de Strasbourg seront nommés directeurs du prestigieux institut de métrologie de Berlin ou feront partie de son encadrement.
Les liens université-entreprise vont se développer à Strasbourg, quoique de façon moins spectaculaire qu’ailleurs en Allemagne, compte tenu du climat politique local. Si les travaux systématiques sur l’histoire des relations entre les universitaires de la Kaiser-Wilhelm-Universität (KWU) et les industriels allemands de cette période manquent encore, on connaît bien la carrière strasbourgeoise de Ferdinand Braun [5], physicien emblématique de l’époque wilhelminienne. Braun fait deux séjours à Strasbourg (1880-1883 et 1895-1914). Il succède d’abord à Röntgen comme professeur non titulaire, puis, après un passage à Karlsruhe et Tübingen, revient à Strasbourg comme professeur titulaire. Il prône et pratique une grande interdisciplinarité : physique et mathématiques dans ses travaux sur la radio, physique et mécanique dans ses recherches sur les oscillations des courants variables. L’invention technique et le perfectionnement des instruments sont, pour lui comme pour ses collègues, une préoccupation constante. En témoignent l’oscillographe cathodique qu’il invente à Strasbourg en 1897, le pyromètre et l’électromètre qui portent son nom. Il avance aussi, mais en vain, l’idée d’une université technologique à créer à Strasbourg, pour éviter que ne se creuse un fossé entre la recherche universitaire et ses applications techniques dispensées dans les écoles d’ingénieurs. Enfin, il entretient des liens avec l’industrie. Ceux-ci se manifestent à plusieurs reprises, sous des formes diverses. Par des réalisations publiques d’abord : grâce à lui, la ville de Strasbourg est l’une des premières cités à être dotée du courant alternatif. Par des expertises privées ensuite : Braun sert en 1889 de consultant aux hommes d’affaires Zobel (de Strasbourg) et Stollwerck (de Cologne) au sujet de licences d’inventions qu’ils ont achetées en Suisse dans l’intention de développer la télégraphie sans fil. Cette expérience éveille d’ailleurs l’intérêt de Braun, qui entreprend de fonder une entreprise avec le soutien financier du groupe formé autour de Zoll et Stollwerck. En 1900, il crée la firme Prof. Brauns Telegraphie GmbH à Hambourg, ville dans laquelle l’ont progressivement conduit ses expériences de télégraphie sans fil à longue portée, qui nécessitaient de grands espaces que Strasbourg n’offrait pas. Des démêlés juridiques font traîner en longueur la signature des brevets, et l’obligent à s’associer, dès l’année suivante, avec Siemens (Braun-Siemens Gesellschaft Berlin), puis, en 1903, avec AEG, pour former une filiale commune, Telefunken. Lassé des affaires, il retourne à la recherche et obtient le prix Nobel de physique en 1909, avec Marconi. En 1914, il est envoyé à New York comme expert, car, le câble transatlantique allemand ayant été détruit par les Alliés, l’Allemagne cherche à établir une liaison sans fil avec les États-Unis qui ne sont pas encore entrés en guerre. Mais Marconi contestant à Telefunken le droit d’émettre depuis Long Island, la négociation est serrée. Ne trouvant plus de bateau pour rentrer en Europe, il est obligé de rester à New York où il meurt en avril 1918.
Cet itinéraire illustre bien les interactions entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée : la recherche scientifique est insérée dans une activité économique, mais elle ne s’y réduit pas. Il montre aussi combien l’implication personnelle des chercheurs dans l’industrie est facile en Allemagne puisque le professeur est propriétaire de son invention et peut l’exploiter pour son profit personnel. La législation allemande sur le brevet industriel, qui ne date que de 1877, offre des garanties à l’inventeur supérieures à ce qui existe en France.
On observe aussi que les relations de l’université avec les entreprises n’ont pas une dimension locale. Elles se situent à l’échelle de l’Empire. Il y a plusieurs explications à cela. La première est d’ordre politique. La plupart des chefs d’entreprise alsaciens sont francophiles et mal disposés à l’égard des Allemands. Ils ne sont pas prêts à soutenir l’université allemande. Leurs fils vont, pour la plupart, se former dans les grandes écoles françaises et ne fréquentent pas la KWU de Strasbourg. L’École de chimie de Mulhouse et la Société industrielle de Mulhouse répondent de fait aux besoins des industriels du textile alsaciens, qui les avaient fondées et qui continuent de les animer. De leur côté, les Allemands ne cherchent pas non plus à développer sur place une industrie concurrente de la leur. Cela apparaît clairement dans le cas des mines de potasse de la région de Mulhouse, qui auraient pu servir de socle à un essor de la chimie, mais qui n’ont pas été exploitées à la mesure du potentiel qu’elles représentaient.
Une autre raison, économique celle-ci, explique le manque d’intérêt d’une collaboration avec les entreprises locales. La plupart des entreprises alsaciennes sont trop petites pour permettre d’asseoir une dynamique en matière de recherche. Les firmes allemandes Siemens et AEG disposent, quant à elles, à Berlin ou Hambourg, de crédits importants pour la recherche. Elles attirent les collaborations venant de toutes les régions allemandes.
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La Première Guerre mondiale met fin à l’existence de la KWU. Dès 1914, la mobilisation vide l’université de plus de la moitié de ses étudiants et enseignants. Il ne reste qu’une centaine d’inscrits en sciences au semestre d’hiver de l’année 1918-1919, et encore, diront perfidement les Français, une majorité de filles. L’armistice est signé le 11 novembre 1918. Dès le 19 novembre, les Français prennent possession des locaux du Palais universitaire, révoquent le recteur allemand de l’université le 30 novembre, suspendent les cours et accordent aux enseignants allemands jusqu’au 8 décembre pour faire passer les examens et quitter les lieux. Encore doivent-ils laisser sur place le matériel que la guerre a épargné. Comme tous les ressortissants allemands, les professeurs de l’université sont priés de repasser le pont du Rhin, parfois sous les huées, avec, en tout et pour tout, 40 kg de bagages. Il ne reste sur place aucun professeur de la KWU, puisque tous étaient allemands et qu’aucun Alsacien n’avait obtenu de nomination à l’université de Strasbourg. Une commission de dix universitaires français venue de Paris arrive le 15 décembre, les cours de la faculté des sciences de l’université française commencent le 20 janvier 1919. Les rares privat-dozenten alsaciens présents (enseignants chargés de cours, non-titulaires) seront autorisés à être candidats au recrutement que la France va organiser. Parmi eux, il n’y a aucun scientifique.
La Kaiser-Wilhelm-Universität connaît donc une fin brutale et radicale. Mais elle reste la référence tacite pour la nouvelle entité française.
 
Le mécénat industriel, 1919-1939
 
 
Dès avant la Première Guerre mondiale, les Français regardaient de très près ce qui se passait en Allemagne. L’avancée spectaculaire de la science et de l’industrie allemandes impressionnait les universitaires qui avaient fait avant guerre « le voyage en Allemagne » pour se mettre au courant des travaux menés de l’autre côté du Rhin. À partir de 1915, on constate une attention quasi obsessionnelle portée à l’Allemagne par les Alsaciens « optants » de 1870, installés à Paris et qui ont conquis des positions de pouvoir dans les sphères académiques : Paul Appell, Lucien Herr, Henri Berr, Charles Andler. Ce sont eux qui, connaissant mieux que d’autres le système allemand, vont œuvrer à la réouverture de l’université française de Strasbourg sur un modèle largement inspiré de la KWU.
Ils conçoivent pour Strasbourg une université d’enseignement et de recherche non coupée du monde économique, destinée à servir de vitrine face à l’Allemagne et de modèle aux universités françaises. Ces efforts sont soutenus par des Parisiens (Paul Appell devient recteur de l’académie de Paris), des Alsaciens « revenants » (c’est-à-dire retournés au pays à la fin de l’annexion), des industriels locaux et des membres des professions libérales, qui fournissent le personnel politique des trois départements recouvrés. Les budgets et la gestion de l’université sont placés entre les mains du commissaire général d’Alsace et de Lorraine. Les crédits proviennent directement du cabinet du Président du conseil. Ils sont, pendant plusieurs années, largement supérieurs à ceux des autres universités françaises.
Le recrutement des enseignants français se fait sur la base de la qualification académique et du patriotisme : il faut faire au moins aussi bien que les Allemands et promouvoir la science française. On crée d’un seul coup 146 postes pour Strasbourg, dont 36 pour la faculté de sciences (chaires de professeurs et maîtrises de conférences confondues). L’excellence est recherchée, quitte à passer outre les critères académiques habituels : Georges Friedel, un polytechnicien précédemment directeur de l’École des mines de SaintÉtienne, et Charles Staehling, un chimiste alsacien qui vient de l’industrie, réussissent à obtenir une nomination malgré l’absence de titres académiques. D’une manière générale, on met en place des équipes scientifiques constituées de longue date, déjà rodées. En physique, Pierre Weiss arrive de Zurich avec Edmond Bauer et apporte même le matériel de son laboratoire du Polytechnicum dans ses bagages ; en chimie, Paul-Thiébaud Muller arrive de Nancy avec ses collaborateurs, de même qu’Edmond Rothé en physique du globe. Chaque titulaire de chaire se voit attribuer la responsabilité d’un laboratoire, dans des locaux vastes et réaménagés. Le nombre d’étudiants en sciences est de 546 dès la première rentrée effective, et atteint rapidement les 700 inscrits. Le pourcentage des étrangers augmente régulièrement jusqu’à atteindre 30 % des effectifs dans les années 1930.
IMGIMGIMGIMFUniversité Louis-Pasteur, mars 2003.
Le retour à la France modifie les relations entre les entreprises alsaciennes et l’université. Cette dernière est très activement soutenue, sous forme d’aide morale et financière, par les acteurs économiques locaux. Ils ont le souci de faire de l’université nouvellement française le symbole du rattachement de l’Alsace et de la Lorraine à la France. Un véritable mécénat se met en place. La Société des amis de l’université, fondée par des industriels et banquiers alsaciens qui sont tous, sans exception, protestants et francophiles, organise des manifestations officielles, des réceptions, abondamment relayées par la presse locale, pour mettre en valeur la grandeur de l’université. Elle collecte des fonds auprès de personnes privées mais aussi d’entreprises et de fondations, parmi lesquels Albert Kahn, les sociétés de potasse et de pétrole (mines Amélie, Max, Joseph, Else, à Wittelsheim, Mines de Péchelbronn), les filatures et tissages (Filature de laine peignée de Malmerspach, Gros-Roman à Wesserling, Hartmann à Munster), les aciéries (Forges et aciéries de Commercy, Union des consommateurs des produits métallurgiques et industriels, De Dietrich de Niederbronn), des brasseries (Gruber, Pêcheur, Espérance), des banques (Société générale alsacienne de banque, Banque d’Alsace et de Lorraine, Banque Staehling-Valentin), la Fondation Rockefeller, la Fondation Edmond de Rothschild, etc. Les recettes de la société atteignent un million de francs en 1920, alors que le budget de la faculté, hors salaires, est de 650000 F et qu’un professeur gagne 10 000 F par an. La Société joue un rôle de banquier. L’université décide, quant à elle, de l’allocation des fonds. Les « sciences conquérantes », comme la physique, la mécanique, la chimie et la physiologie, en tirent le plus grand bénéfice. L’argent sert à l’achat des appareils et des instruments, à payer l’aménagement de locaux et à financer des cours et des bourses pour les étudiants.
Une autre forme de coopération s’installe entre les entreprises et l’université : l’aide technique, apportée sous forme de dons de matériel ou d’invitation à pratiquer à l’intérieur des entreprises certaines expérimentations scientifiques. La Maison Lumière offre un appareil de cinématographe, les mines envoient des collections de fossiles ou de sels, l’armée propose un poste microphonique TM de très haute précision, la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM) de Belfort donne des carcasses d’électroaimants. Une forme d’interaction s’installe entre chercheurs universitaires et industriels, discrète mais réelle. L’exemple du physicien Gustave Ribaud est parlant. Ce dernier travaille sur la pyrolyse et les fours à induction. Il est autorisé à faire ses expériences aux mines sarroises de La Houve. Il obtient aussi 228000 F de la Fondation Edmond de Rothschild. Il conçoit à l’usage des industriels un pyromètre pratique et maniable pour mesurer la température des fours. Pierre Weiss écrit à son propos : « Les appareils qu’il a réalisés ont rendu de grands services dans la préparation d’alliages purs en longues séries et dans la production, devenue industrielle, de la silice fondue transparente. Il a créé à Strasbourg l’institut de pyrométrie de la Fondation Edmond de Rothschild. Il a déterminé avec une haute précision le point de fusion du palladium et du platine. Grâce à ses travaux, la France tient une place des plus honorables dans la compétition internationale qui se fait autour de la réalisation de l’échelle absolue des températures [6]. »
Ce commentaire est intéressant pour les pratiques qu’il suggère : les travaux des scientifiques de l’université conduisent à des applications techniques pour les entreprises, mais les objectifs de fond sont théoriques. Les financements ne sont pas négociés en vue d’intérêts industriels immédiats. La recherche scientifique menée est considérée comme « libre », car aucun contrat ne lie les chercheurs aux entreprises mécènes. Aucun brevet mentionnant un universitaire strasbourgeois n’est déposé : dans le cas de Ribaud, la question est claire, les travaux sur l’échelle des températures ne sont pas brevetables. Les relations avec les entreprises sont donc bonnes, mais toutefois trop informelles pour satisfaire complètement Ribaud. Alfred Kastler, dans la notice biographique qu’il lui consacrera [7], rappellera que ce dernier déplorait que la France n’eût pas à cette époque l’équivalent de la Physikalischtechnische Reichsanstalt allemande ni du National Bureau of Standards américain.
Parallèlement à la Société des amis de l’université, et composé des mêmes personnalités, se met en place un Comité alsacien d’études et d’information. Il réunit des entrepreneurs et des universitaires dans l’objectif d’établir des contacts entre l’Alsace et l’étranger, en particulier l’Europe centrale. Les universitaires sont invités à participer à des missions de propagande, des campagnes de recrutement d’étudiants, pendant que les industriels recherchent des débouchés ou des matières premières. Plusieurs séjours et plusieurs itinéraires sont organisés. Ils remplissent leurs objectifs. Les universitaires se retireront lorsque le comité se transformera ouvertement en instrument de propagande politique au service du gouvernement, dans les années 1930.
 
Les services à la société et aux entreprises locales
 
 
Si les entreprises regardent l’université d’un œil favorable, en retour l’université fait des efforts en direction du monde économique. Elle propose des services : l’horloge parlante, les prévisions météorologiques, si importantes pour les agriculteurs et l’aviation civile ou militaire en plein développement. Elle offre aussi des expertises géologiques aux collectivités locales, pour les prises d’eau, la construction de routes, l’implantation de nouvelles usines en fonction des vents dominants, etc. Enfin, elle crée plusieurs filières qui associent étroitement recherche et formation professionnelle. L’institut de chimie crée dès 1920 un laboratoire du pétrole, qui devient, en 1924, l’Institut supérieur du pétrole et des combustibles liquides. C’est le premier et le seul du genre en France. La proximité du gisement de pétrole de Péchelbronn sert de point de départ à l’opération. Cette école, qui reste intégrée à l’université, associe des universitaires et des industriels. Elle forme des ingénieurs liés à la recherche. Plusieurs thèses d’État seront soutenues. Son modèle institutionnel n’est donc pas celui des écoles d’ingénieurs françaises traditionnelles. On y observe aussi le premier cas de mobilité vers l’industrie : le professeur H. Gault choisit en effet de rejoindre l’entreprise Usines du Rhône (devenue par la suite Rhône-Poulenc) pour y diriger de 1925 à 1930 le service de la recherche. Il revient ensuite à l’université.
L’institut de physique met sur pied un institut de mécanique des fluides en 1930 : « La faculté des sciences considère comme un devoir impérieux de collaborer avec la France tout entière au développement de notre trafic aérien. Elle a su intéresser à ce projet les Chambres de commerce, et, grâce aux appuis déjà obtenus ou escomptés, la création d’un enseignement de la mécanique des fluides et l’installation d’un laboratoire technique d’application seront, selon toutes probabilités, réalisées au cours de l’année actuelle [8]. » Cet institut est inauguré en 1931 grâce à l’aide de plusieurs ministères, dont celui du Commerce.
L’institut de physique du globe crée une filière de formation d’ingénieurs (offrant trois options : météorologie, sismologie, aérologie), de même que l’institut de géologie forme des ingénieurs géologues dès 1921. Les programmes sont conçus pour offrir des débouchés originaux, qui n’entrent pas en concurrence avec les formations d’ingénieurs d’autres villes de France, en particulier de Nancy.
Ces écoles recrutent des étudiants après un ou deux ans d’études scientifiques universitaires (certificat d’études supérieures de mathématiques, de physique et de chimie de la faculté des sciences de Strasbourg ou l’équivalent). Les études durent deux ans. Seront ainsi formés, en moyenne annuelle, 30 ingénieurs chimistes, 15 ingénieurs en chimie du pétrole, 7 ingénieurs en géologie et physique du globe. L’enthousiasme des universitaires à défendre ce type de formation ne se dément pas au cours du temps. Voici le discours d’Edmond Rothé [9], doyen de la faculté des sciences et directeur de l’institut de physique du globe, en 1932 : « Les chimistes se plaignent de ne pas trouver en nombre suffisant de bons ingénieurs de nationalité française. Je dis bien de « bons ingénieurs », car il s’agit ici non pas de contremaîtres que l’on trouve à profusion, mais de techniciens qui soient à la fois des savants et des chefs. J’ai entendu exprimer le même regret par des industriels du pétrole, dont l’extraction intéresse notre région. Peut-être cette pénurie tient-elle à ce que nos grandes écoles ne forment pas directement de chimistes. Ce sont donc les instituts des universités qui sont propres à satisfaire ce besoin particulier de l’industrie, et c’est pourquoi je crois utile de rappeler l’attention des chefs d’établissements, de MM. les proviseurs et principaux, sur la nécessité de nous envoyer leurs têtes de classes qui deviendront aux instituts les têtes de promotion. »
Il faudrait aussi citer l’institut de physiologie générale, dirigé par Émile Terroine, parce qu’il est pris dans un mouvement contradictoire révélateur des tendances de l’époque. Sa création à la faculté des sciences française est la poursuite de l’expérience allemande. Elle participe à l’émergence d’une discipline nouvelle, dans laquelle, comme le souligne Pierre Weiss [10], « aucune frontière n’a jamais été tracée entre la science pure et ses applications ». Ses travaux débouchent directement sur des applications pratiques dès 1920. Par exemple, ses recherches sur le métabolisme de base permettent de faire des propositions pour l’agronomie en matière d’engraissement du bétail et de la volaille. La communication des résultats des travaux de physiologie a donc des effets immédiats pour les professionnels de l’agroalimentaire et pourrait connaître une extension importante. Mais les limites institutionnelles apparaissent vite. La recherche agronomique en France échappe en effet à l’université, elle est confiée à l’Institut de recherche agronomique (IRA devenu par la suite INRA), qui fonctionne à part, sans contact avec les instituts de sciences, de botanique, de physiologie, etc. L’obstacle institutionnel freine la dynamique d’échanges entre l’université, les agriculteurs et les industriels de l’agronomie. De la même façon, les efforts de l’Institut de zoologie, qui ouvre en 1922 un office de consultation de la station entomologique du musée, restent d’effet limité, alors même que son expérience en matière d’insectes ravageurs des cultures intéresse les agriculteurs.
Ainsi, de 1919 à 1939, l’ambition alsacienne d’établir des liens entre l’université et le monde économique se réalise dans plusieurs domaines. Le paternalisme patriotique des industriels alsaciens est transformé en dynamique scientifique par l’université, qui concentre ses efforts sur la recherche et la formation d’ingénieurs. Si l’on compare cette expérience avec celles des autres universités de province, telles que les ont décrites Harry Paul et Michel Grossetti, on observe que l’originalité de Strasbourg est bien d’avoir intégré les écoles d’ingénieurs au sein de l’université, ce qui offrait une garantie de haut niveau de recrutement des intervenants et des étudiants. Les écoles de Strasbourg n’ont pas connu par conséquent la désaffection qui semble avoir pesé dans l’entre-deux-guerres sur les écoles des autres académies.
Mais si les contacts existent bien entre l’université et les entreprises dans l’entre-deux-guerres, la diffusion des résultats, que nous appellerions aujourd’hui « valorisation de la recherche », repose encore essentiellement sur les publications et la participation aux colloques internationaux. Les Strasbourgeois sont très actifs, voyagent beaucoup et partout dans le monde (sauf en Allemagne, dont la mise au ban est maintenue à Strasbourg jusqu’en 1939). Ils occupent donc une place un peu à part parmi l’ensemble des universitaires français, qui ont tendance, comme l’a souligné Christophe Charle [11], à fréquenter de préférence les pays francophones. L’activité éditrice des instituts scientifiques est aussi importante.
Le modèle alsacien n’est donc pas parvenu à s’imposer en France. Cela tient d’une part au fait que le bassin de recrutement des étudiants était géographiquement étroit, puisqu’il ne portait que sur trois départements, ce qui ne pouvait procurer un vivier comparable à celui de Paris. Cela tient d’autre part au manque de perspectives de carrière pour les universitaires. Des physiciens tels que Edmond Bauer ou Gustave Ribaud, recrutés comme maîtres de conférences en 1919, n’avaient aucun espoir d’obtenir une chaire à Strasbourg du vivant de leur « patron ». Ils ne pouvaient ni diriger des thèses, ni former des étudiants, ni créer leur propre équipe. La seule voie de salut était d’obtenir une position à Paris, où les postes étaient plus nombreux, le matériel plus important, les crédits plus accessibles, et le prestige académique plus élevé. Le fait de résider à Paris était en outre une condition statutaire nécessaire pour devenir membre à part entière de l’Académie des sciences. Les provinciaux ne pouvaient obtenir que le titre de membre correspondant.
La crise économique des années 1930 a accentué les difficultés de financement extérieur. Deux témoignages sont révélateurs des obstacles que rencontrèrent les universitaires dans la recherche de subsides auprès de l’industrie privée. Ce sont deux discours officiels de rentrée de l’université, en 1929 et 1931. Le premier est celui du doyen Strohl [12], de la faculté de théologie protestante, qui s’exclame, après avoir présenté l’ensemble des projets de l’université, et en particulier le projet d’ouverture de l’institut de mécanique des fluides : «Tous ces projets ne pourront se réaliser à brève échéance uniquement avec l’aide des pouvoirs publics. Mais certains littérateurs affirment que l’Europe s’américanise rapidement. Si l’usage américain s’implantait chez nous, que tous ceux qui ont réussi dans les affaires réservent une partie de leur fortune pour favoriser toutes les entreprises d’utilité publique et notamment aussi pour doter les universités, tout serait possible. À voir la liste des subventions déjà obtenues cette année par la seule faculté des sciences, tous les espoirs sont permis. »
Le second est celui d’Edmond Rothé [13], doyen de la faculté des sciences, prononcé deux ans plus tard. « La crise que traverse l’industrie n’a pas été favorable à notre plan d’extension de la faculté. Nous n’avons pas cru pouvoir poursuivre actuellement nos efforts pour augmenter la souscription si bien entreprise l’année dernière par la Chambre de commerce de Strasbourg. »
Alors que Strohl, partisan du modèle universitaire américain, compte sur l’initiative des entreprises, Rothé souligne à l’inverse que seul l’État est en mesure de financer la recherche à long terme. Entre les deux discours, la crise internationale a touché la France. Les entreprises ne financent plus l’université. Cette situation n’est pas particulière à Strasbourg, et il va falloir concevoir une nouvelle structure au niveau national pour permettre la poursuite de l’activité de recherche scientifique en France. Le CNRS est ainsi en gestation dès le début des années 1930. Le Front populaire accélère le processus. La nouvelle institution voit le jour en 1937, et subventionne les laboratoires qui ont besoin de matériel coûteux. C’est dans ce cadre que Pierre Weiss à Strasbourg obtient 500 000 F pour ses recherches sur le magnétisme. Il est le premier laboratoire de province à bénéficier des crédits du CNRS. Ce retour en force de l’État dans les objectifs de la recherche, dans le choix de ses orientations, ainsi que dans son financement déterminera profondément la mémoire sociale dans la construction de l’image du savant français.
La guerre fait une fois encore voler en éclats l’université de Strasbourg. Celle-ci est évacuée à Clermont-Ferrand, corps et biens. Certains chercheurs se dispersent dans divers laboratoires français. Louis Néel [14] part à Grenoble. L’institut du pétrole se fixe définitivement à Paris. Les professeurs juifs sont radiés de la fonction publique. Parmi les résistants, plusieurs trouvent une mort prématurée. Les nazis rouvrent en 1942 une modeste université à Strasbourg, avec une partie du matériel rapporté autoritairement de Clermont-Ferrand.
 
Le monopole du service public, 1945-1981
 
 
Après la guerre s’ouvre une troisième période, marquée par le souci de l’indépendance nationale, et par un modèle d’économie dans lequel les services publics sont très développés. C’est le moment où la France fait le choix du nucléaire, au nom de l’indépendance énergétique. Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) est créé. Désormais les contacts directs sont coupés entre l’université et les entreprises.
L’université de Strasbourg devient un centre important de la recherche nucléaire, grâce aux personnalités nommées à la tête des laboratoires strasbourgeois : Charles Sadron, Serge Gorodetzky et François Gault. Dans les douze laboratoires nouvellement créés, les définitions disciplinaires traditionnelles évoluent et de nouveaux champs se constituent. Le Centre de recherches sur les macromolécules (CRM) est fondé par un physicien, Charles Sadron, en 1947, qui associe les chimistes spécialistes de chimie macromoléculaire. À cette structure s’ajoutera un peu plus tard, en 1968, l’École d’application des hauts polymères. Parallèlement à ces dispositions, une chaire de chimie nucléaire est créée à l’institut de chimie, laquelle débouche bientôt sur un laboratoire de chimie nucléaire. Il se forme alors dans l’université de Strasbourg des « complexes » scientifiques de haut niveau. Les équipements lourds, comme ceux de RMN, sont mis en commun.
On ne peut, à partir de ce moment-là, étudier le rôle et la structure de l’université séparément de ceux du CNRS. Strasbourg est, jusqu’en 1962, la seule université de France dans laquelle les effectifs CNRS représentent la moitié des effectifs de la recherche. Il y a non seulement interpénétration des équipes mais encore accords officiels conclus entre les deux institutions : le premier contrat entre une université et un laboratoire CNRS qui est signé à Strasbourg en 1956 porte sur la création du Centre de recherches nucléaires (CRN). La mise en commun des moyens permet de poursuivre la recherche scientifique, en dehors des entreprises. Il y a double financement public de la recherche publique.
De leur côté, les plus grandes entreprises françaises ont mis sur pied des départements de recherche appliquée et semblent moins demandeuses de contacts avec l’université. Les physiciens de Strasbourg n’entrent en contact direct avec des entreprises telles qu’Intertechnique et la CSF (aujourd’hui Thomson) que très tardivement, dans les années 1970, pour des questions d’instrumentation. Les relations sont commerciales. Il s’agit de se procurer du matériel moins cher que celui que les Américains proposent, dans une période où le contrôle des changes impose des restrictions pour les commandes à l’étranger. Les entreprises locales sont, de façon très marginale et seulement à partir des années 1970, sollicitées pour le financement de thèses, lorsque les effectifs de l’université dite de masse imposent de trouver des solutions au coût des études. Lorsque leur sujet de thèse intéresse une entreprise, les étudiants obtiennent parfois d’elle, outre l’accès à des informations, un chèque, bienvenu mais symbolique.
C’est donc pendant les Trente Glorieuses que s’est imposée l’image du chercheur universitaire désintéressé et coupé du monde économique. On est encore très loin des contrats de la période suivante.
 
Les contrats, 1981-2000
 
 
Vers le milieu des années 1970 en effet commence une phase qui prend vraiment tournure au début des années 1980, celle de l’établissement de rapports contractuels entre l’université et les entreprises. L’avènement de la technoscience modifie le contexte des contacts, à Strasbourg comme ailleurs. La demande socio-économique évolue. L’applicabilité industrielle est désormais beaucoup plus désirée. L’innovation apparaît à la croisée du techniquement possible et de l’économiquement souhaitable, et incite une partie des universitaires à poser autrement les relations entre recherche et valorisation des travaux.
IMGIMGIMGIMFC’est sans faire de bruit que les universités, avec l’aide de l’État, se sont rapprochées du marché en se transformant en « incubateurs » d’entreprises (Le Monde, 12 mars 2001).
Les structures internes de l’université sont modifiées. Depuis 1972, l’université de Strasbourg s’est scindée en trois universités distinctes, à orientation scientifique, socio-littéraire et juridique. L’université Louis-Pasteur regroupe désormais les disciplines scientifiques, ainsi que la médecine, la géographie, les sciences économiques et la psychologie. Les effectifs augmentent régulièrement, jusqu’à atteindre, en 2000, 16 500 étudiants encadrés par 1 315 enseignants-chercheurs.
Les assises régionales qui ont lieu en octobre 1981 pour préparer le colloque national sur la science et la technologie mobilisent quasiment toutes les équipes scientifiques de l’université Louis-Pasteur (ULP), des sociologues et des juristes, des représentants d’entreprises de la région. L’université fait le point sur le rôle qu’elle pourrait être amenée à jouer dans les transferts de technologie. Les conclusions des commissions font apparaître que si, désormais, des collaborations nouvelles doivent et peuvent être mises en route, de nombreux obstacles, réels ou imaginaires, restent à surmonter, à commencer par la suspicion réciproque dans laquelle se tiennent les chercheurs et les ingénieurs, du fait de leur parcours de formation. Mais il y a aussi les hésitations des industriels à investir dans des secteurs que les banques jugent à haut risque, et leur impatience devant le temps long de la recherche quand ils souhaitent des réponses rapides à leurs problèmes concrets. Enfin, il faut tenir compte des décalages nés de l’absence de langage commun entre les partenaires. Les problèmes technologiques n’étant pas transposables d’emblée en termes de recherches, leur « traduction » en questions scientifiques devient nécessaire. C’est la condition d’une collaboration fructueuse, qui se met effectivement en place, dans le temps même où le CNRS opère lui aussi de profondes mutations en créant les CRITT.
IMGIMGIMGIMFRecherche et industrie sur le campus de l’ULP.
D’un autre côté, l’influence néo-libérale conduit progressivement à une stagnation, voire une réduction, des crédits de l’État. L’université est poussée à rechercher des financements extérieurs complémentaires. Plusieurs directions se dessinent alors à l’ULP : les contrats, la prestation de services, et une réorientation de certains programmes de formation, initiale ou continue, mieux adaptés aux besoins des entreprises. La quasi-totalité des laboratoires de recherche de l’ULP se lancent dans ces expériences, à des degrés divers selon les disciplines et les programmes.
Toutefois, ces nouvelles pratiques n’effacent pas complètement le mode de relation « privée » entre chercheurs et entreprises que constitue la consultation. Les services fournis aux entreprises par ce biais sont difficiles à évaluer parce qu’ils relèvent d’initiatives individuelles que l’université n’a guère les moyens de cerner malgré la loi et les enquêtes administratives auprès des intéressés [15].
En matière de contrats, les choses sont plus faciles à cerner. Les chimistes semblent avoir été les premiers à en signer, rejoints puis largement dépassés par les biologistes. Ces contrats financent plusieurs types de recherches, y compris, parfois, des recherches fondamentales. Le nombre global de contrats s’élève régulièrement passant de 163 en 1987 à 317 en 2000. Les contrats de recherche sont classés sous trois rubriques. Il y a les contrats avec les entreprises privées, les contrats avec les entreprises ou institutions relevant du secteur public (ministères, région, CEA, etc.) et, depuis les années 1990, les contrats européens (CEE), plus difficiles à cerner car plus opaques dans leur présentation administrative (ils regroupent sans les distinguer des universités et des entreprises privées et publiques). La courbe des contrats « publics » est à peu près équivalente à celle des contrats « privés », tant en nombre qu’en termes de sommes en jeu. Il semble qu’il y ait une sorte d’équilibre : quand l’université signe plus de contrats d’une sorte, elle en signe moins de l’autre (voir figure page suivante). Cette situation traduit deux tendances. D’une part, le secteur public lui-même est demandeur de prestations de services, comme les entreprises privées ; d’autre part, le ministère qui gère la recherche pratique de plus en plus souvent par appel d’offres, ce qui équivaut à une réorientation de la politique de la recherche en France. Les projets financés viennent d’en haut, la définition de ces programmes n’étant pas laissée aux laboratoires. On peut s’interroger sur ces orientations de politique scientifique, y voir une volonté du pouvoir en place d’avoir la mainmise sur la recherche ou, dans un autre ordre d’idées, un désir de fédérer et dynamiser des compétences géographiquement et institutionnellement dispersées. De la même façon, la Commission européenne, qui procède aussi par appels d’offres, les assortit de conditions d’interdisciplinarité, d’internationalisme, etc., qui rendent les démarches compliquées et hasardeuses, si bien que la recherche est là encore orientée ou captée en partie.
IMGIMGIMGIMFNombre de contrats signés
En termes financiers, les contrats évoluent aussi, les sommes en jeu passant de 29 millions de francs en 1987 à 90 millions en 2000. Il est cependant difficile d’évaluer la proportion réelle que représentent ces revenus supplémentaires dans le budget des laboratoires, parce que les crédits d’État ne comprennent jamais les salaires, qui sont versés à part, alors que l’argent des contrats finance en grande partie des vacations, auxquelles il faut ajouter les charges salariales. On ne peut donc opposer les subventions du ministère aux sommes obtenues par les contrats. Si l’on compare la part du financement de la recherche par les entreprises et la part du financement public global, on peut dire que, dans l’ensemble, la recherche reste encore largement financée par les crédits publics.
La question récurrente, dans l’établissement des contrats, est celle de la propriété des résultats. Plusieurs cas de figure se rencontrent. Tantôt l’entreprise entend déposer un brevet à son nom, en mentionnant l’université comme inventeur, et s’engage à verser ensuite des royalties au laboratoire. Des délais de publication sont alors négociés avec les chercheurs pour permettre à l’entreprise d’exploiter des licences. La négociation est adaptée à chaque cas, car la part exacte de l’activité de recherche dans le processus qui aboutit au brevet peut être très variable. Il y a parfois beaucoup de chemin à parcourir et de frais à engager entre le moment de l’invention, qui n’est pas du domaine du brevetable, et celui de son application industrielle ou commerciale, qui l’est. Mais la situation là aussi change vite, en particulier dans le cadre des biotechnologies : la molécule nouvelle est une invention adaptée à une cible. Elle est exploitable directement, et pose donc des problèmes juridiques nouveaux. Lors des premières expériences, les chercheurs ne se sont pas toujours montrés habiles négociateurs et ont souvent sous-évalué le coût de leur travail. En revanche, conseiller aux universités de négocier systématiquement 50 % des parts, comme le fait le ministère actuellement, semble irréaliste aux yeux de certains chercheurs, qui craignent de perdre, dans ces conditions, des contrats que des universités étrangères moins exigeantes pourront obtenir.
Tantôt le laboratoire décide de déposer un brevet à son nom. Là aussi, les premières expériences ne sont pas très concluantes. Les chercheurs manquant de compétences juridiques, voire d’intérêt pour ces questions, et n’étant pas en mesure, au fil du temps, de gérer un portefeuille de brevets, ont laissé échapper une partie des avantages financiers qui devaient leur revenir. La création de l’Agence nationale pour la valorisation de la recherche (ANVAR) n’a pas résolu tous les problèmes et peine souvent, au dire des équipes strasbourgeoises, à défendre les brevets des attaques étrangères. Pour faire face à ces difficultés, l’ULP a créé en 1987 un département de valorisation de la recherche : ULP-industrie, qui conseille les laboratoires dans leurs démarches de contrats, et qui recherche et favorise des partenariats. Il n’en reste pas moins que le dépôt de brevets pèse lourd dans les budgets des laboratoires qui ambitionnent d’y réussir [16].
L’exemple de l’UMR de chimie des matériaux de catalyse illustre bien les tribulations des chercheurs dans l’établissement et la gestion de contrats avec les entreprises. Ce laboratoire figure parmi ceux qui ont signé le plus grand nombre de contrats depuis le début de l’expérience, dans des conditions qui illustrent bien tous les problèmes rencontrés. Le premier contrat avec une entreprise de taille internationale a été signé à l’initiative de Dupont de Nemours. Puis sont venus ceux de Rhône-Poulenc, Total-Fina-Elf, Vivendi, Conoco, BASF, etc. Pour l’année 2001, les contrats représentaient 500 000 €, ce qui peut paraître important au regard des 42 000 € de crédits CNRS et des 50 000 € de crédits du ministère, mais, comme cela a été souligné plus haut, il faut tenir compte de la disparité de ces chiffres. La manne des contrats extérieurs profite à l’ensemble du laboratoire. Tous les chercheurs ne sont pas impliqués dans les contrats, mais tous en profitent. Les contrats permettent de financer des thèses et des vacations, question qui ne se posait guère autrefois. Ces contrats constituent une source de revenus considérable pour le laboratoire, utilisable pour des financements que l’université n’assume plus. Mais leur inconvénient majeur est que la pérennité des financements n’est pas assurée. Il suffit qu’un conseil d’actionnaires décide de changer de politique, de fermer un département ou de vendre une de ses branches, et tout est à recommencer. Le cas s’est présenté avec Dupont de Nemours, qui avait signé en 1992 un contrat pluriannuel pour une recherche sur de nouveaux matériaux et procédés de catalyse destinés à produire une substance chimique très demandée sur le marché, l’anhydride maléique. Les recherches, financées pendant une dizaine d’années, ont abouti, mais la firme a décidé de fermer le département chimie pour se concentrer sur la biotechnologie aujourd’hui plus prometteuse. Le laboratoire de Strasbourg a dû faire face à la situation et a choisi de créer une entreprise afin de poursuivre ses recherches. Mais cela a pris du temps. Si de telles expériences se reproduisaient souvent, la recherche, ainsi soumise aux intérêts privés, serait menacée dans sa continuité.
L’autre danger est que ce soient les entreprises qui définissent désormais la notoriété des laboratoires selon des critères trop étroits, et ne laissent pas de place à des développements novateurs lancés par de jeunes « inconnus ». Les projets originaux qui dérouteraient les entreprises ne trouveraient plus de financement. D’où l’idée qui germe aujourd’hui de constituer dans l’université des « pépinières » de jeunes équipes prometteuses, des incubateurs.
 
Les prestations de services
 
 
La prestation de services, qui est une autre source de financement extérieur en liaison avec les entreprises, peut prendre deux formes différentes. La première est celle de contrats signés avec des entreprises locales, sur des objectifs déterminés, en général à très court terme, passés en fonction des compétences déjà acquises par les chercheurs universitaires. Les avantages de cette formule sont la souplesse et la variété des financements. Les risques encourus sont une dispersion grandissante dans le travail des chercheurs et une perte de temps liée aux questions administratives. La seconde forme de prestation de services est la formation professionnelle continue adaptée aux besoins des entreprises. L’ULP a ouvert en 1972 un département spécialement consacré à cet objectif (Département d’éducation permanente de l’ULP). C’est un moyen de « valoriser » les compétences de l’université, car ces formations ciblées sont des sources de revenus importantes. Ces modifications institutionnelles s’accompagnent de la mise en place de filières professionnalisées à l’intérieur même de l’université, dans tous les cycles de formation initiale, dans lesquels les professionnels sont largement intégrés. De la même façon, la multiplication des stages en entreprise renforce les contacts et facilite les débouchés professionnels pour les étudiants.
Les rapports de l’université avec les entreprises ont trouvé une forme institutionnelle nationale dans la loi de 1999, dite loi Allègre, qui comporte deux volets. Elle incite d’une part les universitaires à la mobilité vers les entreprises, et autorise d’autre part les universités à prendre des brevets et à créer des services commerciaux. La nouvelle loi a reçu un accueil mitigé dans les milieux de la recherche strasbourgeoise. Elle favorise la création d’une expérience conçue sur le modèle de la célèbre Silicon Valley : « Biovalley » est un essai de lancement de start-up issues de l’université, qui bénéficient de la mutualisation de certaines installations, telle la plate-forme de tests chimiques. Mais, chez les chercheurs, trois positions critiques sont perceptibles vis-à-vis de cette nouvelle loi. Il y a ceux pour qui la recherche de profit ne saurait être un objectif de la recherche scientifique, dans la mesure où la recherche fondamentale, menée dans la durée et le long terme, ne peut déboucher sur des applications prévisibles et négociables à l’avance. Ces chercheurs préfèrent travailler dans leurs laboratoires universitaires, sans lien avec les entreprises. Il y a ceux qui estiment que si l’université entend rester propriétaire des résultats brevetés à son nom, les entreprises se détourneront des équipes françaises jugées trop avides. À leurs yeux, il faut accepter que l’entreprise puisse faire des bénéfices, d’autant qu’elle a financé la recherche, payé ses impôts, et qu’elle produit des richesses et des emplois. Ces chercheurs réclament une plus grande latitude dans la négociation des contrats, affirmant que, selon les cas, le travail de mise au point du brevet sur le marché peut se révéler très coûteux. Cette réaction manifeste une transformation profonde de la conception de la propriété intellectuelle [17]. Le brevet n’est plus un bien dont on tire une rente comparable à celle de la propriété foncière aux siècles précédents, c’est plutôt un capital qu’on investit pour qu’il rapporte – autrement dit, un élément de la transaction du marché. L’inventeur n’est plus un génie isolé, c’est une sorte de salarié de l’innovation. Enfin, il y a ceux qui, analysant la façon dont la science progresse aujourd’hui, soulignent que, dorénavant, ce qui comptera dans le développement des sciences, c’est l’accès à l’information à l’intérieur d’un réseau. Dans cette perspective, les chercheurs devraient pouvoir céder gratuitement (ou moyennant le coût du brevet) les informations à ceux avec qui ils désirent travailler. Là encore, la question de la propriété intellectuelle est à revoir. Les brevets ne sont dans ce cas ni une fin en soi, ni même une source de revenus, mais un outil de négociation dans la recherche de partenaires et l’élimination des concurrents.
L’université de Strasbourg a ainsi vécu des situations originales, à la croisée des chemins entre l’Allemagne et la France. Sur le plan des politiques scientifiques, elle doit aussi bien à l’une qu’à l’autre. Du modèle allemand elle a conservé la volonté de lier plus efficacement recherche et industrie, par le biais d’un mécénat laissant toute liberté aux chercheurs. Du modèle français, finalement plus prégnant, elle a gardé le rôle moteur de l’État, en particulier dans la définition de l’intérêt général. Les relations directes avec les entreprises ont donc évolué en fonction du contexte local d’abord, puis en fonction des mouvements économiques nationaux et de l’imbrication croissante de la technologie dans la science. Elles sont passées du mécénat à l’autonomie puis aux contrats et s’orienteront peut-être, dans les années à venir, vers les réseaux.
Du point de vue institutionnel, la faculté des sciences de Strasbourg a tenté, depuis son retour dans la nation française, de dépasser le système compartimenté français, en concevant des structures où seraient liées recherche et formation professionnelle. Mais le système français actuel de formation des élites a pour effet d’écarter de la recherche les écoles d’ingénieurs qui, en se multipliant, draînent très tôt une bonne partie des meilleurs élèves de l’enseignement secondaire.
 
NOTES
 
[1]– Terry Shinn, «Changes or Mutation? Reflections on the Foundations of Contemporary Science», in Social Science Information, vol. 38, n° 1, 1999, p. 149-176.
[2]– Harry W. Paul, From Knowledge to Power, The Rise of the Science Empire in France (1860-1939), Cambridge, Cambridge University Press, 1985; «Villes et institutions scientifiques», rapport pour le PIR-Villes, CNRS, juin 1996.
[3]– John E. Craig, Scholarship and Nation Building, the Universities of Strasbourg and the Alsatian Society ,1870-1939, Chicago, Chicago University Press, 1984.
[4]– René Voltz, La Physique à Strasbourg. Regards sur le passé, Plaquette ULP, à l’occasion d’une exposition, Strasbourg, 2001.
[5]– Florian Hars, Ferdinand Braun (1850-1918), Ein wilhelminischer Physiker, Berlin, Diepholz, GNT Verlag, 1999.
[6]– Pierre Weiss, «La vie scientifique», in L’Alsace depuis son retour à la France, Strasbourg, 1932, p. 492
[7]– A. Kastler, Notice sur la vie et les travaux de Gustave Ribaud, Académie des sciences, 1965.
[8]Rapports présentés par le conseil de l’université, discours de rentrée 1930, prononcé par le doyen Henri Strohl, p. 9.
[9]Rapports présentés par le conseil de l’université et par MM. les doyens des facultés, Strasbourg, discours de rentrée de 1932, prononcé par le doyen Edmond Rothé, p. 13.
[10]– P. Weiss, «La vie scientifique», art. cit., p. 497.
[11]– C. Charle, La République des universitaires, 1870-1940, Paris, Seuil, 1994, p. 343-396.
[12]Rapports présentés par le conseil de l’université et par MM. les doyens des facultés, discours de rentrée de 1929 prononcé par le doyen Strohl, p. 9.
[13]Ibid., discours de rentrée de 1931 prononcé par le doyen Edmond Rothé, p. 15.
[14]– Dominique Pestre, «Louis Néel, le magnétisme et Grenoble, récit de la création d’un empire physicien dans la province française », in Cahiers pour l’histoire du CNRS, n° 8, Paris, 1989.
[15]– La loi de 1936 autorise les consultations privées jusqu’à concurrence de 20 % du temps de travail, et interdit que le salaire soit doublé.
[16]– S’il ne fallait en effet compter que 400 € environ en 2002 pour un brevet national, il en fallait déjà plus de 3 000 pour un brevet européen, et nettement plus pour un brevet international, auxquels s’ajouteront, pour son maintien, des annuités de plus en plus élevées au fil du temps.
[17]– Voir les travaux de Marie-Angèle Hermitte, «Deux siècles d’évolution des droits intellectuels: du modèle de la propriété foncière au modèle du marché», in Les brevets, leur utilisation en histoire des techniques, Table ronde CNRS, 6-7 décembre 1984, Éditions du CNRS.
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– Florian Hars, Ferdinand Braun (1850-1918), Ein wilhelmini...
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– A. Kastler, Notice sur la vie et les travaux de Gustave R...
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– Rapports présentés par le conseil de l’université, discou...
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[9]
– Rapports présentés par le conseil de l’université et par ...
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[10]
– P. Weiss, «La vie scientifique», art. cit., p. 497. Suite de la note...
[11]
– C. Charle, La République des universitaires, 1870-1940, P...
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[12]
– Rapports présentés par le conseil de l’université et par ...
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[13]
– Ibid., discours de rentrée de 1931 prononcé par le doyen ...
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[14]
– Dominique Pestre, «Louis Néel, le magnétisme et Grenoble,...
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[15]
– La loi de 1936 autorise les consultations privées jusqu’à...
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[16]
– S’il ne fallait en effet compter que 400 € environ en 200...
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[17]
– Voir les travaux de Marie-Angèle Hermitte, «Deux siècles ...
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