Actes de la recherche en sciences sociales
Le Seuil

I.S.B.N.2020573466
96 pages

p. 68 à 73
doi: en cours

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no 148 2003/3

2003 Actes de la recherche en sciences sociales

La reconfiguration des universités selon l’OCDE

Économie du savoir et politique de l’innovation

Pierre Milot
Depuis la parution, en 1996, d’un rapport de l’OCDE intitulé L’Économie fondée sur le savoir, le cadre analytique de « l’économie du savoir » a été standardisé dans l’ensemble du discours des organisations internationales et des pouvoirs publics. Associée très étroitement à la notion de « nouvelle économie », cette théorie est progressivement devenue le paradigme des politiques publiques des pays de l’OCDE, et plus particulièrement de leurs « politiques de l’innovation ». Le caractère performatif de ce cadre conceptuel s’inscrit dans une stratégie internationale de reconfiguration majeure de la place des universités dans le contexte de la mondialisation de la production, de la diffusion et de l’utilisation des connaissances. La « nouvelle production du savoir » proclame (malgré les multiples désaccords dont cette théorie fait l’objet) que la standardisation des « systèmes nationaux d’innovation » (reliant entreprises, universités et gouvernements) serait nécessaire : elle permettrait la stabilisation du marché de l’emploi par l’éducation et la formation adéquate du « personnel hautement qualifié » de plus en plus indispensable à la croissance économique des pays industrialisés. Plutôt que de chercher à mesurer les conséquences induites par les nouveaux arrangements institutionnels, et tenir compte des conflits de légitimité pouvant en résulter, les rapports de l’OCDE se limitent trop souvent à rendre compte d’un nombre restreint de « pratiques exemplaires » servant de vitrine à « la politique de l’innovation » des pouvoirs publics. Since the publication in 1996 of an OECD report entitled “The Knowledge-Based Economy”, the analytical framework set forth in this report has generally been standardized in the discourse of international organizations and public authorities. Closely associated with the notion of the “new economy”, this theory has gradually become the paradigm for OECD countries’ public policy and more particularly for their “innovation policies”. The performative character of this conceptual framework is part of an international strategy to reconfigure the place of universities in the context of the globalization of the production, diffusion and utilization of knowledge. The “new knowledge-production theory” proclaims (despite the ample disagreements it has sparked) that the standardization of “national systems of innovation” (linking firms, universities and governments) is a necessity: it would enable stabilization of the job market through education and adequate training of the “highly qualified personnel” evermore indispensable to the economic growth of industrialized countries. The analysis of universities proposed by the OECD is all too often limited to accounting for a small number of “exemplary practices” serving to showcase public authorities’ “innovation policies”. But this is done without the consequences of these “institutional arrangements” (lifelong learning, university–business partnerships, university entrepreneurship, etc.) having been examined with the attention required by such a redefinition of the role of higher education. Der Bericht der OECD aus dem Jahr 1996 mit dem Titel Wirtschaft auf der Grundlage des Wissens hat zu einer Standardisierung des Diskurses der internationalen Organisationen und der einzelnen Regierungen im Bereich der Ökonomie des Wissens geführt. Eng verbunden mit dem Konzept der “New Economy” wurde diese Theorie zunehmend zum Paradigma der Regierungen der Mitgliedsstaaten der OECD und besonders ihrer “Innovationspolitik”. Der performative Charakter dieses konzeptuellen Rahmens versteht sich in einer internationalen Strategie der grundlegenden Neusituierung der Universitäten im Kontext der Globalisierung von Herstellung, Verbreitung und Nutzbarmachung von Wissen. Die “neue Herstellung von Wissen” behauptet (trotz zahlreicher Widersprüche gegen diese Theorie), dass die Standardisierung der “nationalen Innovationssysteme” (in der Zusammenarbeit von Unternehmen, Universitäten und Regierungen) nötig sei, und dass sie eine Stabilisierung des Arbeitsmarktes mit den Mitteln einer adäquaten Ausbildung des “hoch qualifizierten Personals” herbeiführen, die in zunehmendem Maße als unabdingbar für das wirtschaftliche Wachstum der Industrienationen angesehen wird. Die von der OECD vorgeschlagene Rekonfiguration der Universitäten bezieht sich auf eine beschränkte Zahl von Beispielen “exemplaren Handelns”, die der Zurschaustellung der “Innovationspolitik” der Regierungen dienen. Und dies, ohne die Konsequenzen der “institutionellen Dispositive” (lebenslanges Lernen, Partnerschaften zwischen Unternehmen und Universitäten, unternehmerisches Handeln von Universitäten) mit der Sorgfalt zu untersuchen, die einer solchen Neudefinition der Rolle der höheren Bildung vorausgehen müsste. Desde 1996, cuando se publicó un informe de la OCDE titulado La economiá del saber, se estandarizó el marco analítico de la “economía del saber” en todo el discurso de las organizaciones internacionales y de los poderes públicos. Esta teoría, muy íntimamente asociada al concepto de “nueva economía”, se ha ido convirtiendo en el paradigma de las políticas públicas de los países de la OCDE y, más en particular, de sus “políticas de innovación”. El carácter performativo de ese marco conceptual se inscribe en una estrategia internacional: en virtud de su envergadura, la nueva configuración de las universidades adquiere una importancia primordial en el contexto de la globalización de la producción, la difusión y la utilización de los conocimientos. A pesar de los numerosos desacuerdos que suscita esta teoría, la “nueva producción del saber” proclama que es necesario tipificar los “sistemas nacionales de innovación” (que relacionan empresas, universidades y gobiernos), lo que permitiría estabilizar el mercado laboral brindando educación y capacitación adecuada al “personal altamente calificado”, cada vez más imprescindible para el crecimiento económico de los países industrializados. La nueva configuración de las universidades propuesta por la OCDE se limita demasiado a menudo a dar cuenta de un reducido número de “prácticas ejemplares” que sirven para exhibir la “política de innovación” de los poderes públicos. Esto sucede sin que se hayan estudiado –con toda la precisión que se requiere para redefinir la función de la enseñanza superior– las consecuencias de tales “arreglos institucionales” (aprendizaje a lo largo de toda la vida, estrategias de cooperación universidadempresa, entrepreneurship universitario, etc.).
Pour être en mesure de comprendre le mouvement international de redéfinition du rôle de l’enseignement supérieur auquel on assiste depuis les années 1990, et que l’on situe généralement dans le contexte de la mondialisation, il faut prendre en compte la place prise par l’OCDE, d’une part, parmi les organisations internationales et, d’autre part, au sein des gouvernements qui en sont membres. L’économie du savoir et la politique de l’innovation qui lui est associée sont étroitement liées, dans tous les rapports de l’OCDE, à une reconfiguration majeure de la place des universités dans la mondialisation de la production, de la diffusion et de l’utilisation des connaissances.
Depuis la parution, en 1996, d’un rapport de l’OCDE intitulé L’Économie fondée sur le savoir, le concept d’«économie du savoir » a été standardisé dans l’ensemble des discours ministériels des pays membres de l’OCDE. Associé très étroitement à la notion de «nouvelle économie » (au point où certains documents de l’OCDE parlent de la « nouvelle économie du savoir »), ce concept normatif et performatif est progressivement devenu le paradigme des politiques publiques des pays de l’OCDE, et plus particulièrement de leurs «politiques de l’innovation ». Ce rapport de l’OCDE fait partie d’une série dont la problématique récurrente mènera à la tenue de la première Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur, organisée par l’UNESCO en 1998, à l’origine du mouvement international de redéfinition du rôle de l’enseignement dans «l’économie du savoir ». En analysant ici ces documents, nous voulons rendre compte des différentes modalités de production et de diffusion internationale du concept d’économie du savoir que l’on peut retracer aussi bien dans les multiples rapports et forums des organisations internationales (dont l’OCDE, l’UNESCO, la Banque mondiale et l’Union européenne) que dans les discours ministériels des pays membres de l’OCDE [1].
 
Une redéfinition internationale de l’enseignement supérieur
 
 
En 1989, la Table ronde des industriels européens, un think-tank chargé de conseiller la Commission européenne, publiait un rapport sur les politiques de l’éducation proclamant que le développement technologique des entreprises exigeait une rénovation accélérée des systèmes d’enseignement et de leurs programmes de formation. On y déplorait le fait que l’industrie n’a qu’une très faible influence sur les programmes d’étude, ce qui, selon le rapport, ne pouvait que nuire à la réussite future des entreprises. En 1993, un livre blanc de la Commission européenne, intitulé Croissance, compétitivité et emploi, faisait le constat statistique que le «changement radical» des modes de production, d’échanges et d’investissements des économies européennes avait bouleversé les marchés, provoquant du même coup un taux élevé de «chômage structurel» et une «déqualification croissante » des compétences. De sorte que, pour faire face à la situation, il fallait revoir «les modes d’offre et de participation» dans le champ de l’éducation et de la formation [2]. La question des «nouvelles compétences » (le « personnel hautement qualifié ») nécessaires à un marché du travail confronté au « changement radical » induit par les « nouvelles technologies » donnera régulièrement lieu à ce type d’enquêtes comparant la situation de l’emploi des pays de l’Union européenne avec celles des États-Unis et du Japon.
En 1994, dans un document qui fera date, la Banque mondiale déclare avoir constaté que l’enseignement supérieur était « en crise dans le monde entier [3] ». Cette « crise », expliquent les auteurs, aurait été causée par les facteurs suivants: un nombre toujours plus élevé de jeunes ayant terminé leurs études secondaires, associé à une forte croissance de la demande pour l’enseignement supérieur ; une nette tendance de l’ensemble des coûts de l’enseignement supérieur à augmenter beaucoup plus vite que les coûts de l’économie (dont ceux de la technologie) ; une pénurie croissante des ressources publiques induite par la diversité des besoins auxquels les gouvernements doivent faire face (de la santé à l’environnement en passant par la lutte contre la pauvreté et le maintien de l’ordre); enfin, un mécontentement général du public à l’égard de la rigidité et du manque d’efficacité des politiques publiques. Pour juguler cette crise mondiale, stabiliser le marché du travail et celui de l’enseignement supérieur, un des experts de la Banque mondiale, Jamil Salmi (membre du comité éditorial de la revue Higher Education Management publiée par l’OCDE), pose un diagnostic qui reviendra sans cesse dans les rapports et les colloques des organisations internationales: «La méthode la plus efficace réside dans une stratégie de diversification des établissements par laquelle la demande sociale d’enseignement supérieur est gérée par la mise en place de diverses institutions moins coûteuses qui se différencient sur le plan des tâches, des formations et des prestations [4]. »
C’est dans ce même esprit de rationalisation de la gestion de l’enseignement supérieur, afin d’en assurer « l’efficience et l’efficacité», que la Commission européenne fera paraître, en 1995, un Livre blanc, intitulé Enseigner et apprendre : vers une société cognitive, qui proclamait notamment que « l’éducation et la formation tout au long de la vie non seulement contribuaient à maintenir la compétitivité économique et la capacité d’insertion professionnelle, mais représentaient aussi le meilleur moyen pour combattre l’exclusion sociale [5] ». En parallèle, la même année, la Table ronde des industriels européens publiait son deuxième rapport sur les politiques éducatives intitulé Education for Europeans: Towards the Learning Society.
En 1995 encore, un document de travail sur les politiques éducatives publié par l’UNESCO, L’Enseignement supérieur dans le monde : statistiques 1980-1995, cherchera à consolider le raisonnement statistique voulant qu’au cours des dernières décennies le niveau international des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur ait connu une expansion encore jamais vue [6]. Et comme rien ne laissait entrevoir un quelconque ralentissement des nouvelles cohortes, il devenait impératif d’organiser une mobilisation publique autour d’une complète restructuration institutionnelle et financière des systèmes d’éducation et de formation à l’échelle nationale et internationale.
 
Une économie fondée sur le savoir
 
 
Le rapport publié par l’OCDE, L’Économie fondée sur le savoir, situe la redéfinition du rôle de l’enseignement supérieur dans le contexte institutionnel des relations entre la recherche fondamentale et la recherche-développement industrielle. Le « système scientifique » (les réseaux intégrant les laboratoires gouvernementaux et les institutions d’enseignement supérieur) représente les fonctions clés d’une économie du savoir, «notamment la production, la transmission et le transfert de connaissances ». Et la question des partenariats université-entreprise est directement placée au cœur de « la nouvelle production du savoir ». D’une part, le système scientifique est « confronté à l’énorme difficulté d’avoir à concilier ses fonctions traditionnelles»: produire des connaissances nouvelles grâce à la recherche fondamentale et former de nouvelles générations de scientifiques et d’ingénieurs ; d’autre part, il doit « assumer son nouveau rôle qui doit être de coopérer avec l’industrie pour favoriser le transfert des connaissances et de la technologie ». De telle sorte que les laboratoires publics et les universités, qui collaborent de manière croissante avec des partenaires industriels, pour des raisons financières mais aussi pour capter l’innovation, « doivent conjuguer ces fonctions avec leur rôle de base dans la recherche générique et l’enseignement [7] ».
En novembre 1998, aux États-Unis, la Division of Science Resources Studies de la National Science Foundation a tenu un atelier réunissant des représentants de la NSF et d’autres organisations: un rapport regroupant les actes de cet atelier a été publié sous le titre Graduate Education Reform in Europe, Asia and the Americas and International Mobility of Scientists and Engineers. Le but de ces discussions était de rendre compte des récentes réformes concernant la formation doctorale dans une perspective internationale et dans le contexte général de la redéfinition du rôle des universités au sein des pays de l’OCDE. Des recommandations ont été données pour une meilleure collaboration entre les universités et les entreprises afin de faire un usage rentable et efficace des ressources et de l’expertise disponibles. Pour être en mesure d’offrir une formation internationale aux étudiants, on propose que la performance de l’enseignement supérieur soit évaluée en fonction des besoins des étudiants sur le marché du travail plutôt qu’en fonction des besoins du personnel de recherche des universités.
(Voir http:// www. nsf. gov/ sbe/ srs/ nsf00318/ summary. htm. )
Le modèle théorique proposé par l’OCDE pour stabiliser le financement du « système scientifique » de chacun des pays membres est fondé sur le concept de «systèmes nationaux d’innovation » élaboré au milieu des années 1980 et intégré au lexique des rapports de l’OCDE depuis le début des années 1990 par certains de ses consultants les plus influents. Les auteurs du rapport considèrent que «la configuration des systèmes nationaux d’innovation, à savoir les mouvements et les relations entre l’industrie, l’État et l’université dans le développement scientifique et technologique, est un facteur économique déterminant [8] ». Et c’est à partir des indicateurs économiques livrés par les « nouvelles théories de la croissance » (par opposition aux «théories traditionnelles ») que cette configuration a pu être quantifiée : contrairement aux «théories néoclassiques», les théories de la « croissance endogène » prennent en compte tout autant la recherche-développement, l’éducation et la formation que le management des entreprises. Aussi, afin de pouvoir améliorer le rendement de l’investissement dans la production scientifique et « capter le processus d’innovation », les entreprises devront s’appuyer sur les travaux de recherche universitaire qui sont aptes à cartographier les systèmes nationaux d’innovation «notamment la capacité de diffusion du savoir […] entre les différents acteurs et les institutions [9] ». Enfin, sans autres références savantes que des expertises en économie de la croissance endogène et en management de l’enseignement supérieur [10], le rapport n’en proclame pas moins un modèle universel malgré l’existence de nombreuses études historiques et sociologiques qui en relativisent ou en contredisent la corrélation statistique [11]. Le point culminant de ce mouvement international de reconfiguration de la place des universités dans l’économie du savoir des pays de l’OCDE sera, sans aucun doute, la tenue de la première Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur organisée par l’UNESCO en octobre 1998. Le thème principal de cette conférence, « L’universalisation de l’accès à l’enseignement supérieur », était très directement inspiré d’un document de l’OCDE paru la même année intitulé La Redéfinition de l’enseignement tertiaire. Dans ce rapport, comme dans ceux qui en reprendront la rhétorique, redéfinir l’enseignement tertiaire signifie qu’à l’avenir les pouvoirs publics devront prendre toutes les mesures qui s’imposent pour que ceux qui terminent leurs études secondaires puissent avoir accès à des études post-secondaires, à « l’entrée dans une forme quelconque d’enseignement tertiaire [12] ». Ainsi, dans son allocution d’ouverture à la conférence, le directeur général de l’UNESCO expliqua qu’il était devenu de plus en plus difficile de définir ce qu’était l’enseignement supérieur, mais que, d’un point de vue « pragmatique », cet ensemble flou pouvait englober «tous les types d’enseignement (universitaire, professionnel, technique, artistique, pédagogique, enseignement à distance, etc.) dispensés par des universités, instituts technologiques, écoles normales supérieures», permettant de la sorte à des élèves ayant terminé leurs études secondaires de poursuivre des études post-secondaires afin d’obtenir « un titre, grade, diplôme ou certificat d’études supérieures [13] ».
 
Pragmatisme institutionnel et nouvelle production du savoir
 
 
L’un des principaux documents déposés lors de cette conférence de l’UNESCO fut le rapport L’Enseignement supérieur au XXIe siècle, préparé, « avec le concours » de la Banque mondiale, par Michael Gibbons, alors secrétaire général de l’Association des universités du Commonwealth. L’auteur y expose de nouveau la distinction entre le « Mode 1 » et le « Mode 2 », qui a fait le succès de The New Production of Knowledge [14] : un succès à la fois épistémologique (en sciences sociales) et politique (dans les orientations ministérielles des pays de l’OCDE). Cette distinction repose sur divers attributs qui caractériseraient « la nouvelle production du savoir » face aux impératifs de la concurrence internationale : le savoir produit dans un contexte d’application, la transdisciplinarité, l’hétérogénéité des compétences, la diversité organisationnelle, l’expansion de la responsabilité sociale, le système élargi du contrôle de la qualité. Gibbons inscrit son rapport dans les enjeux spécifiques de la conférence : la massification de l’enseignement supérieur a induit une expansion du nombre de producteurs du savoir qui menacent le modus operandi traditionnel des universités. Ces dernières ne sont plus les seules à occuper le marché de la production des connaissances. De plus, l’émergence récente de savoirs spécialisés oblige les entreprises à rechercher des travailleurs compétents qui ont la capacité de configurer des connaissances transitoires sans cesse adaptées à des marchés compétitifs : « Les universités ont été beaucoup plus portées à produire des connaissances qu’à puiser de façon créative (c’est-à-dire à reconfigurer) un savoir produit dans le système de production répartie de savoir. On peut se demander si elles peuvent opérer les ajustements institutionnels nécessaires pour devenir plus compétentes dans cette deuxième fonction qu’elles l’ont été pour la première. » Dans la mesure où, pour être plus efficaces, elles doivent devenir plus perméables, « les universités devront être ramenées à des dimensions beaucoup plus réduites […] : ce n’est que de cette façon qu’elles pourront interagir efficacement avec le système de production répartie du savoir et s’adapter à la différenciation graduelle de l’offre et de la demande de connaissances spécialisées [15] ». Il affirme qu’il n’est plus simplement question de provoquer de simples « changements théoriques » visant à réformer le modèle de l’université classique conçu par Wilhelm von Humboldt au début du XIXe siècle, mais qu’il faut envisager les choses du point de vue beaucoup plus radical d’une « nouvelle culture de la responsabilisation» induite par un «nouveau paradigme»: un pragmatisme institutionnel à vocation universelle capable de soutenir l’économie de chaque nation, de produire des connaissances pour les industries du savoir et de leur fournir le personnel hautement qualifié à la base de « l’avantage comparatif d’une entreprise ». De sorte que le rôle des gouvernements est de faire « la synthèse des politiques de l’enseignement, de la science, de la technologie et de la concurrence en une politique intégrée de l’innovation». En outre, « le talent effectif de courtier des gouvernements conditionne désormais la compétitivité de leurs systèmes nationaux d’innovation » dont la rentabilité des systèmes d’enseignement supérieur est l’une des composantes essentielles [16]. En somme, les universités doivent pouvoir mesurer leur propre compétitivité à l’échelle des performances économiques internationales et les systèmes d’enseignement supérieur s’intégrer à la politique nationale de l’innovation. Et Gibbons (citant Hague) précise que les impératifs économiques constituent la référence contextuelle absolue : « Si les universités ne s’adaptent pas, on se passera d’elles [17]. » En reprenant cette formule radicale, à son propre compte et à titre de secrétaire général de l’Association des universités du Commonwealth, Gibbons la dote d’une légitimité institutionnelle qui s’ajoute à l’argumentation qui avait été la sienne, comme scholar, dans l’ouvrage collectif The New Production of Knowledge. Tout se passe comme si Gibbons, prenant acte de la rhétorique performative du « Mode 2 » induite par les politiques de l’innovation des pays de l’OCDE, considérait que « le déclin du Mode 1 » amorcé par les policy makers devait être désormais poursuivi par les managers.
 
La formation doctorale orientée vers l’industrie
 
 
Dans la suite logique des thèses de Gibbons présentées à la Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur, un groupe d’experts de l’OCDE faisait paraître, en cette même année 1998, un document de travail dans la série «Science, technologie et industrie » intitulé La Recherche universitaire en transition. D’entrée de jeu, le rapport affirme que «les universités et les établissements d’enseignement supérieur sont la clef de voûte du système scientifique dans tous les pays de l’OCDE, tant pour la réalisation de la recherche que pour la formation des chercheurs ». Les auteurs reviennent à leur tour sur « les changements profonds qui affectent les missions des universités ». On y retrouve les thèmes majeurs de la conférence de l’UNESCO, notamment ceux qui sont exposés par son président : « Les universités se diversifient dans leurs structures et sont davantage orientées vers les besoins de l’industrie et de l’économie ; de plus, elles sont surchargées par des effectifs croissants, notamment dans les pays européens. Cette situation remet en cause l’équilibre entre la recherche, la formation et les autres rôles de l’université, et sa contribution à long terme à l’effort de recherche fondamentale [18]. » En se fondant sur des données statistiques relatives au financement de la recherche-développement universitaire, les auteurs estiment que dans les « grandes puissances scientifiques » les universités réalisent 80 % de la recherche fondamentale, mais que la part de la recherche fondamentale des universités tend à diminuer. En fait, cette diminution pourrait résulter d’un paradoxe : avec le développement des nouvelles technologies (et en particulier les biotechnologies), la frontière entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée devient de plus en plus « floue », comme cela est perceptible dans les travaux effectués par les universités en partenariat avec les entreprises. C’est ainsi que, pour légitimer empiriquement cette évaluation des « changements profonds » qui affectent les « missions » des universités, et plus particulièrement la mission de recherche, les auteurs décrivent des « pratiques exemplaires » de partenariats vivement encouragées par les gouvernements des pays de l’OCDE et à propos desquels Gibbons avait proposé qu’ils soient considérés comme les « valeurs fondamentales » du Mode 2.
Dans tous ces cas de « pratiques exemplaires [19] », le rapport souligne que « la coopération et la participation active de l’industrie conduisent à une meilleure recherche, à des idées nouvelles, à un financement par l’emprunt, à une valorisation du personnel du secteur industriel et à une meilleure préparation des étudiants à leur entrée dans la vie active ». Dans ce contexte, les pouvoirs publics doivent tenir compte des conséquences de l’augmentation du nombre des étudiants des premier, deuxième et troisième cycles et de la nécessité de les insérer correctement dans des perspectives d’emploi profitables à l’économie : c’est là que se pose la question de la pertinence de l’enseignement et de la formation à la recherche. Les experts concluent leur rapport sur l’opposition (toujours dans la logique du « contexte d’application » de Gibbons) entre la « tradition universitaire » et le « nouveau paradigme»: «si, traditionnellement, la qualité a été liée à l’importance et à l’originalité des travaux présentés dans le cadre d’une thèse, une nouvelle focalisation sur l’importance du processus de formation à la recherche est apparue avec l’élargissement du marché du doctorat [20] ».
Ce qui, concèdent les auteurs du rapport, ne va pas sans conséquences : ainsi, on constate une tendance à la diminution de la production de thèses de doctorat orientées par la seule curiosité intellectuelle des étudiants (cette baisse tendancielle n’est cependant prouvée par aucune mesure statistique) et le retrait progressif de certaines entreprises de la recherche fondamentale (évalué cette fois à partir des statistiques du financement de la recherche universitaire par le secteur privé entre 1980 et 1995). Ceci laisserait à l’université la responsabilité de la production des connaissances répondant «à long terme » aux besoins de l’industrie, dont les PME qui font très peu de recherche liée à l’économie du savoir. Il faudra donc, dans un «contexte d’application » où les pouvoirs publics exigent une liaison plus étroite entre l’université et l’entreprise, que les administrateurs fassent des choix rationnels de planification stratégique concernant « les disciplines pour lesquelles les capacités de recherche doivent être maintenues et financées, celles pour lesquelles des investissements en équipements scientifiques doivent être effectués et celles pour lesquelles les efforts spécifiques visant à lier plus étroitement la recherche à l’enseignement seront fructueux », autorisant ainsi un juste équilibre entre la mission de recherche et les autres missions de l’enseignement supérieur. L’intérêt porté au processus de formation à la recherche et à « l’élargissement du marché du doctorat» est déterminé par la nécessité de fournir à la « nouvelle économie » les « travailleurs du savoir» dont les compétences requises vont de la science à l’ingénierie en passant par le management.
Knowledge management et «entrepreneurship universitaire»
En 1999, le groupe d’experts de l’OCDE sur le « système scientifique » fait paraître un nouveau rapport portant spécifiquement sur La Gestion des systèmes scientifiques où la question des relations entre science et innovation est reconfigurée dans le contexte du financement de la recherche universitaire et des systèmes scientifiques des pays les plus innovateurs en matière d’« aménagement des structures » et des « cadres réglementaires ». Les pratiques institutionnelles du partenariat et de l’entrepreneurship universitaire y sont présentées comme des pratiques d’autant plus exemplaires qu’elles pourront permettre au personnel scientifique de s’ajuster aux changements: tout comme l’évaluation quantitative de la performance des institutions et l’analyse bibliométrique de la production des chercheurs permettront aux pouvoirs publics de mesurer avec plus de précision statistique l’ampleur des problèmes induits par l’expansion des biotechnologies et des technologies de l’information et de la communication «dont les effets bouleversent indirectement le travail scientifique au niveau mondial [21] ».
Les gouvernements seront dès lors mieux à même de prendre des décisions rigoureuses quant à la gestion de l’allocation des ressources financières : ils pourront ainsi se doter, au plus haut niveau de la fonction publique, d’une stratégie nationale d’innovation. Le rapport insiste sur la nécessité pour les universités d’agir avec plus de flexibilité afin de pouvoir «prospecter les marchés de la recherche» et «monnayer leurs compétences » de manière à ce que l’entrepreneurship universitaire, avec ses équipes de chercheurs-entrepreneurs, soit en mesure d’assurer sa compétitivité avec les firmes mondiales « faisant leur marché en matière de recherche là où les compétences se trouvent au meilleur rapport qualité/prix ». La problématique des procédures d’excellence devant mener la recherche universitaire à des «standards internationaux» est la clé du concept opératoire de management of scientific systems qu’il faut comprendre dans un sens qui dépasse la notion académique de « gestion » : les équipes interdisciplinaires de chercheurs-entrepreneurs à la recherche incessante de financements divers sont à la base même de la redéfinition du rôle de l’enseignement supérieur et de son «marché du doctorat [22] ».
En 2000, l’OCDE publie Knowledge Management and the Learning Society [23], rapport présenté comme une étude « où les processus de production, de diffusion et d’utilisation du savoir sont analysés et comparés dans un certain nombre de domaines : ingénierie, technologies de l’information et des communications, santé et éducation ». On y proclame d’entrée de jeu que « les gouvernements doivent disposer de meilleures bases de connaissances pour mettre au point des politiques et pratiques éducatives adéquates dans un monde de plus en plus interdépendant. Par rapport à d’autres secteurs, celui de l’éducation affiche des résultats assez faibles du point de vue de la rapidité, de la qualité et de l’efficacité de la création de connaissances, de leur transfert et de leur mise en pratique », de sorte que l’on peut constater que, « contrairement à la médecine ou à l’ingénierie, l’éducation n’a pas connu de progrès techniques et organisationnels sensibles ». Ce document se présente donc, selon les éditeurs, comme « un plaidoyer vigoureux en faveur d’un renforcement de la gestion du savoir à tous les niveaux du système éducatif ». Et comme « la production des connaissances, leur médiation et leur utilisation posent de redoutables problèmes à la fois sur le plan micro et macro-économique », dans la mesure où « on sait encore peu de choses sur la façon dont les connaissances sont produites et utilisées », ce rapport se veut une véritable « tentative de réponse à ces questions ».
Il faut ici rappeler que cette question d’une gestion plus efficace des rapports entre économie et éducation avait été qualifiée par Michael Gibbons de «modèle de gestion emprunté aux entreprises », c’est-à-dire un modèle qui rapprochait l’université du «schéma industriel d’organisation » par le fait de s’appuyer sur des équipes de direction et des plans stratégiques plutôt que sur une direction collégiale à la recherche du consensus au sein des hiérarchies départementales. Un article paru dans la revue Higher Education Management expose la stratégie institutionnelle adoptée par les pouvoirs publics autrichiens pour restructurer et rendre plus compétitives les filières de l’enseignement supérieur universitaire axé sur « la tradition humboldtienne » en autorisant la croissance d’un secteur de l’enseignement supérieur professionnel fondé sur « la culture d’entreprise [24] ». C’est bien là la vision managériale axée sur la planification stratégique de la formation universitaire exposée par Gibbons à l’UNESCO: «Des institutions parallèles comme les instituts polytechniques (polytechnics) en Angleterre, naguère considérées comme des établissements de second ordre, rivalisent aujourd’hui avec les universités.» Ce qui tendrait à prouver que «la formation en entreprise a assumé une importance accrue à mesure qu’augmentaient les besoins de formation poussée des entreprises fondées sur le savoir [25] ». Dans ce « contexte d’application », on ne compte plus le nombre de corporate universities qui naissent aux États-Unis (ou qui se consolident, notamment au sein de l’Education Management Corporation) et dont témoignent régulièrement les pages du Chronicle of Higher Education [26]. Et c’est sans compter, tant en Europe qu’aux États-Unis et en Asie, le nombre toujours croissant d’universités qui offrent une formation doctorale en réseaux et disposent de directeurs de recherche pouvant encadrer les doctorants au titre de scholars et de managers [27]. Entre 2000 et 2002, l’OCDE n’a cessé de multiplier les forums internationaux mettant à contribution ses propres experts et ceux de ses centres de recherche affiliés pour discuter d’entrepreneurship universitaire. Plus concrètement, l’OCDE, l’UNESCO, la Banque mondiale et l’Union européenne ont affiné leurs réseaux au sein des associations universitaires internationales.
L’internationalisation de l’expertise
Un colloque international Knowledge Management: The New Challenge for Firms and Organizations organisé par l’OCDE s’est tenu à Ottawa en septembre 2000. Michael Gibbons y a présenté une communication dont le titre était fort évocateur: «How can firms and organizations use Mode 1/Mode 2 knowledge production in knowledge management?» Cette réunion coïncidait d’ailleurs avec la parution de Re-Thinking Science. Knowledge and the Public in the Age of Uncertainty, de Helga Nowotny, Peter Scott et Michael Gibbons (Polity Press, 2000), où l’on pouvait lire que «a radically transgressive Mode-2 society is emerging». Un autre séminaire de l’OCDE, Knowledge Management: « Learning-by comparing ». Experiences from private firms and public organizations, a été organisé au Danemark en février 2001: dans un des ateliers thématiques («Knowledge Management and Education »), Hans Siggaard Jensen y a repris à son compte la théorie des «deux modes de production du savoir ». En parallèle, un colloque international, The External Organization of the Firm était organisé par le Danish Research Unit for Industrial Dynamics en janvier 2001.
En février 2002, s’est tenue à l’université d’Alberta une conférence internationale intitulée Innovation and Commercialization of University Research. Organisée conjointement avec l’International Association of University Presidents (IAUP), cette conférence avait pour objectif d’examiner les stratégies les plus efficaces et de cibler les «pratiques exemplaires» (best practices) à propos des transferts de technologie, des produits et des procédés innovateurs et de la commercialisation de la recherche universitaire (voir http:// www. icur. ualberta. ca/ ). Une autre initiative du même genre a été planifiée en février-mars 2002 à l’échelle européenne, et en juin 2002 c’est la même IAUP qui a organisé son propre forum à Sydney en Australie (voir http:// www. iauptriennial. org/ ). En septembre 2002, c’était le tour de l’université Laval d’organiser un colloque du même type à Québec («Globalisation: quels enjeux pour les universités »), sous le patronage de l’Association internationale des universités, l’OCDE, l’UNESCO et la Banque mondiale.
Cette brève reconstruction historique de l’internationalisation du discours politique sur l’économie du savoir, des premières recommandations de la Table ronde des industriels européens pour une rénovation et une diversification des systèmes d’enseignement et de leurs programmes de formation [28], jusqu’aux plus récents colloques de l’OCDE faisant la promotion de l’entrepreneurship universitaire, voulait mettre en évidence le fait que le concept de « nouvelle production du savoir », élaboré à l’origine par des chercheurs universitaires, a connu une vitesse de propagation et une visibilité peu fréquentes au sein des pouvoirs publics et, en outre, que la force de persuasion de ce concept relève en très grande partie de ses conditions institutionnelles de production et de ses modalités internationales de diffusion.
Le caractère performatif de ce cadre conceptuel, amplement repris dans les documents de l’OCDE et dans les politiques de l’innovation des pays membres, doit être analysé dans le contexte de la mondialisation et des impératifs économiques nationaux qu’on lui impute de toutes parts. L’économie du savoir pose comme principe que la standardisation des « systèmes nationaux d’innovation» (reliant entreprises, universités et gouvernements) serait devenue nécessaire et qu’elle permettrait la stabilisation du marché de l’emploi par l’éducation et la formation adéquate du «personnel hautement qualifié » indispensable à « la croissance économique endogène » de chaque nation.
Pour comprendre la reconfiguration des universités proposée par l’OCDE, il faut prendre en considération la spécificité des nouveaux mécanismes de knowledge management et d’évaluation du financement qui visent à redéfinir la formation doctorale [29]. Plutôt que mesurer avec précision les conséquences induites par ces «arrangements institutionnels », et tenir compte des «conflits de légitimité» pouvant en résulter [30], les rapports des organisations internationales et des pouvoirs publics se limitent, la plupart du temps, à rendre compte d’un nombre restreint de « pratiques exemplaires » servant de vitrine à la « politique de l’innovation » des pays de l’OCDE.
 
NOTES
 
[1]Dans le cas de la France, voir le document publié par le Commissariat général du Plan: La France dans l’économie du savoir : pour une dynamique collective, La Documentation française, novembre 2002. Pour une analyse d’ensemble, voir Christian Laval et Louis Weber (éds), Le Nouvel Ordre éducatif mondial, OMC, Banque mondiale, OCDE, Commission européenne, Nouveaux regards, Syllepse, 2002.
[2]Mémorandum sur l’éducation et la formation tout au long de la vie, Document de travail des services de la Commission, Commission des communautés européennes, Bruxelles, 2000, p. 6-7.
[3]Voir D. Bruce Johnston (en collaboration avec Alka Arora et William Experton), «L’enseignement supérieur: les leçons de l’expérience », cité dans Le Financement et la Gestion de l’enseignement supérieur : l’état des réformes dans le monde, Banque mondiale, 1998, p. 4.
[4]Cf. J. Samil, Higher Education and Economic Development: Strategies for Reform. A Policy Brief, Banque mondiale, 1992.
[5]Cf. Mémorandum sur l’éducation et la formation tout au long de la vie, op. cit., p. 7.
[6]Cité in Marco Antonio Rodrigues Diaz, La Conférence mondiale: le long parcours d’une utopie qui devient réalité, UNESCO, 1998, p. 3.
[7]Voir L’ Économie fondée sur le savoir, OCDE, 1996, p. 7-8. Pour une lecture plus nuancée du thème de la « nouvelle production du savoir », voir Peter Weingart, «From Finalization to Mode 2: Old Wine in New Bottles? », in Social Science Information, 36 (4), 1997, p. 591-613 ; Benoît Godin, « Writing Performative History: The New New Atlantis ? », in Social Studies of Science, vol. 28, 3, p. 465-483.
[8]Ibid., p. 7. Le concept de « système d’innovation » a été introduit par Bengt-Ake Lundvall, en 1985, dans Product, Innovation and User-Producer Interaction (Aalborg, Aalborg University Press, Danemark), afin de capter les interactions entre les laboratoires publics de recherche-développement et la production industrielle. Le concept de « système national d’innovation » a été stabilisé et complété par des données empiriques dans de nombreuses études publiées par Freeman, Lundvall et Nelson au début des années 1990. Le document théorique et méthodologique le plus complet de l’OCDE sur cette problématique spécifique est paru en 1997 sous le titre générique : National Innovation Systems.
[9]OCDE, L’Économie fondée sur le savoir, op. cit., p. 40.
[10]L’OCDE a son propre programme de recherche en management de l’enseignement supérieur: l’Institutional Management in Higher Education.
[11]Cf. Terry Shinn, « The Impact of Research and Education on Industry. A Comparative Analysis of the Relationship of Education and Research Systems to Industrial Progress in Six Countries », in Industry and Higher Education, vol. 12, 5, octobre 1998.
[12]Cf. La Redéfinition de l’enseignement tertiaire, OCDE, Paris, 1998. Cité in M. A. Rodrigues Diaz, La Conférence mondiale…, op. cit., p. 3.
[13]Ibid., p. 2.
[14]Cf. M. Gibbons et al., The New Production of Knowledge. The Dynamics of Science and Research in Contemporary Societies, Londres, Sage, 1994. Sur la réception des thèses mises en avant dans ce volume, voir T. Shinn, «Nouvelle production du savoir et triple hélice. Tendances du prêt-àpenser les sciences », in Actes de la recherche en sciences sociales, 141-142, mars 2002, p. 21-30.
[15]M. Gibbons, L’Enseignement supérieur au XXIe, siècle, Banque mondiale, 1998, p. 1-3.
[16]Ibid., p. 40-43.
[17]Ibid., p. 2. Gibbons tire cette référence de D. Hague, Beyond Universities : A New Republic of the Intellect, Hobart Paper 115, Londres, Institute of Economic Affairs 1991.
[18]Cf. La Recherche universitaire en transition, Groupe sur le système scientifique, OCDE, 1998, p. 7.
[19]L’un des principaux documents de l’OCDE sur les best practices s’intitule précisément Technologie, productivité et création d’emplois. Politiques exemplaires, OCDE, Paris, 1998.
[20]La Recherche universitaire en transition, op. cit., p. 72.
[21]La Gestion des systèmes scientifiques, Groupe sur le système scientifique, Paris, OCDE, 1999, p. 16-17.
[22]Ibid., p. 79. Voir, à la même époque, le rapport de A. J. Salter et B. R. Martin, The Economic Benefits of Publicy Funded Basic Research: A Critical Review, Electronic Working Papers Series, 34, SPRU, University of Sussex, 1999. Voir également David A. Wolfe et Matthew Lucas, «Investing Knowledge Management in Universities : Rethinking the Firm’s Role in Knowledge Transfer », in Knowledge Management in the Innovation Process, John de la Mothe et Dominique Foray (éds), Kluwer Academic Publishers, Boston, Hardbound, 2001.
[23]«Abstract», Knowledge Management and the Learning Society, Jean-Michel Saussois et Kurt Larsen (éds), Paris, OCDE, 2000. Il est à noter que les documents de l’OCDE utilisent les notions de knowledge-based economy, learning society et learning economy sans distinction conceptuelle. Certains chercheurs fournissent des définitions différentes de ces mêmes concepts. Voir David A. Wolfe et Meric S. Gertler, The New Economy: An Overview and Bibliography, Social Sciences and Humanities Research Council of Canada, 22, février 2001.
[24]Cf. Hans Pechar, Thomas Pfeffer et John Pratt, «Promouvoir l’innovation et l’esprit d’entreprise dans les Fachhochschulen d’Autriche», in Higher Education Management, OCDE, vol. 13, 1, 2001, p. 62-63. Voir aussi Burton Clark, «The Entrepreneurial University : New Foundations for Collegiality, Autonomy and Achievement», et John L. Davies, «The Emergence of Entrepreneurial Cultures in European Universities », in Higher Education Management, vol. 13, 2, 2001, p. 19-24.
[25]M. Gibbons, L’Enseignement supérieur au XXIe siècle, op. cit., p. 22.
[26]Voir en particulier Jeanne C. Meister, «The Brave New World of Corporate Education », in The Chronicle of Higher Education, 9, février 2001.
[27]Cf. P. Milot et al., Les Programmes de formation du personnel hautement qualifié dans les systèmes d’enseignement supérieur des pays de l’OCDE, rapport de recherche, CIRST, avril 2002.
[28]On pourra aussi constater comment cette conception de l’enseignement supérieur s’est standardisée, depuis l’époque des premières recommandations de la European Round Table of Industrialists à la fin des années 1980, en consultant l’un de ses plus récents rapports intitulé Actions for Competitiveness through the Knowledge Economy in Europe (et plus particulièrement la section «Ten recommendations for fast track progress to improved competitiveness through the Knowledge Economy»), in ERT Message to the Stockholm European Council, 23-24 mars 2001.
[29]Voir, notamment, Aldo Geuna et Ben R. Martin, «University Research Evaluation and Funding: an International Comparison», in Electronic Working Paper Series, 71, SPRU, 2001.
[30]Sur les différentes façons de traiter des «conflits de légitimité » issus des relations université-entreprise, voir Henry Etzkowitz, «Research Groups as «quasi-firms»: the Invention of the Entrepreneurial University », in Research Policy, 32, 2003, p. 109-121.
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Voir L’ Économie fondée sur le savoir, OCDE, 1996, p. 7-8. ...
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Ibid., p. 7. Le concept de « système d’innovation » a été i...
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OCDE, L’Économie fondée sur le savoir, op. cit., p. 40. Suite de la note...
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L’OCDE a son propre programme de recherche en management de...
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Cf. Terry Shinn, « The Impact of Research and Education on ...
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