2003
Actes de la recherche en sciences sociales
Du « cancre » au « sauvageon »
Les conditions institutionnelles de diffusion des politiques d’« insertion » et de « tolérance zéro »
Bertrand Geay
Depuis la fin des années 1980, la question scolaire est de plus en plus posée en termes d’intégration normative des élèves et de relations entre l’école et le « monde du travail ». Par le développement des politiques de lutte contre les « violences scolaires » et contre l’absentéisme, ainsi que par l’appropriation des pratiques qui s’étaient développées dans le secteur de « l’insertion », l’institution scolaire a opéré une sorte d’adaptation structurelle aux transformations des conditions sociales et scolaires en développant à ses marges de nouveaux modes de gestion des publics déviants. Une enquête, menée auprès d’un ensemble de professionnels de l’Éducation nationale, du travail social, du secteur de la police et de la justice, montre que l’un des aspects majeurs de ces transformations est d’avoir constitué un espace élargi de coopérations inter-institutionnelles. Dans ces interactions se jouent tout à la fois le traitement appliqué aux différentes espèces de déviants ou « sans affectation » et la redéfinition des attributions respectives des différentes catégories professionnelles impliquées. Les reconfigurations institutionnelles induites par ces nouvelles politiques publiques accompagnent le développement des mesures de type répressif et des pratiques issues de « l’insertion », tout en créant les conditions de leur propre perpétuation.
Since the late 1980s, the problem of education has increasingly been posed in terms of normative integration of students and the relationship between school and the « world of work ». By developing policies for dealing with « violence in the schools » and absenteeism, and by appropriating practices that had been developed in the « integration » sector, the educational institution effected a sort of structural adaptation to the changes in the schools by developing in the margins, new ways of managing deviant publics. A study, carried out on a group of professionals working in National Education, the social work sector, the police and the justice system, shows that one of the main aspects of these changes was the constitution of a broader space for inter-institutional cooperation. In these interactions, those concerned work out at the same time ways to deal with the different kinds of deviants or the « unassigned », and the re-definition of the respective competences of the different professional categories involved. The institutional reconfigurations induced by these new public policies go hand in hand with the development of repressive measures and practices borrowed from « integration », while creating the conditions for their own perpetuation.
Seit den 80er Jahren werden schulische Fragen zunehmend unter dem Gesichtspunkt der normativen Eingliederung der Schüler und der Beziehungen zwischen Schule und « Arbeitswelt » betrachtet. Unter dem Einfluss der Politik zur Bekämpfung der « Gewalt in den Schulen » und des Schuleschwänzens sowie unter der Anwendung von Praktiken, die im Bereich der Rückgliederung entwickelt wurden, passte sich die Institution strukturell den Transformationen in Schule und Sozialwelt an, indem sie an ihren Rändern neue Methoden für den Umgang mit abweichenden Verhalten entwickelte. Eine Untersuchung unter Mitarbeitern der Education nationale, Sozialarbeitern, Mitgliedern von Polizei und Justiz zeigt, dass einer der wichtigsten Transformationsprozesse darin besteht, dass ein erweiterter Raum für inter-institutionelle Zusammenarbeit geschaffen wurde. In diesen Interaktionen werden zugleich die Behandlung verschiedener Formen der Abweichung und der Auflehnung behandelt sowie die Aufgabenzuweisung der eingebundenen Berufsgruppen neu verhandelt. Die durch die neuen politischen Maßnahmen entstehenden institutionellen Rekonfigurationen begleiten die Entwicklung von repressiven Maßnahmen und Praktiken der Rückgliederung und schaffen zugleich die Bedingung ihrer eigenen Perpetuierung.
En Francia, desde fines del decenio de 1980, la cuestión escolar se plantea cada vez más en términos de integración normativa de los alumnos, así como de relaciones entre la escuela y el « mundo del trabajo ». Se han desarrollado políticas para combatir las distintas formas de « violencia escolar » y el ausentismo y se han incorporado prácticas cuya utilización ya se había generalizado en el sector de la « inserción ». La institución escolar ha implementado así una especie de adaptación estructural a las transformaciones de las condiciones sociales y escolares, desarrollando – al margen de su actividad habitual – nuevos modos de gestión de aquel alumnado que se aparta de las normas. Se ha realizado un estudio dirigido a un conjunto de los profesionales franceses de la educación pública, el trabajo social, la policía y la justicia. Éste muestra que uno de los principales aspectos de tales transformaciones consiste en que se ha constituido un amplio espacio de cooperación interinstitucional. En ese espacio de interacción se decide qué se hará con las diferentes clases de marginales o « sin aplicación » y, simultáneamente, se redefinen las atribuciones respectivas de las diferentes categorías de profesionales que toman cartas en el asunto. Las nuevas políticas públicas generan reconfiguraciones institucionales que acompañan la extensión de medidas de tipo represivo y de prácticas derivadas de la « inserción », al mismo tiempo que crean sus propias condiciones de perdurabilidad.
Aux frontières de l’institution scolaire s’est peu à peu mis en place, depuis une dizaine d’années, un ensemble d’actions et de dispositifs qui visent tous, sous des formes diverses, au repérage et à la prise en charge des jeunes absentéistes, déviants ou non scolarisés. Au nom de l’« insertion », de la lutte contre les « incivilités » ou de la prise en charge des publics « en difficulté », on assiste en fait à une redéfinition des modalités d’intervention institutionnelle auprès des élèves de l’enseignement secondaire ne répondant pas aux normes de la scolarisation. Qu’il s’agisse du signalement et de la répression de l’absentéisme, de la création de classes-relais ou de la mise en place de dispositifs d’insertion, le but visé est de constituer un ensemble diversifié de mesures permettant d’apporter des « réponses » adaptées aux singularités individuelles, en collaboration directe avec différentes institutions extérieures à l’Éducation nationale, telles que les services du procureur de la République, de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), les entreprises, les missions locales d’insertion, etc. De nouveaux modes de gestion et d’encadrement des publics en voie de « désaffiliation scolaire » se superposent ainsi aux formes plus traditionnelles de maintien de l’ordre scolaire (passages par le bureau du chef d’établissement, « colles », exclusions temporaires, etc.) ou de traitement des publics « en difficulté » par des dispositifs « pédagogique », « éducatif » et « social » (pris en charge par les enseignants, les conseillers principaux d’éducation et les assistantes sociales scolaires).
Au-delà de ces dispositifs, c’est plus largement l’appréhension de la question scolaire qui tend à s’infléchir, la succession des plans gouvernementaux et des rapports officiels autour de ces enjeux plaçant au premier plan du discours public l’intégration normative des élèves et les relations entre l’école et le « monde du travail ». Depuis les premiers programmes d’« insertion » pris en charge par l’Éducation nationale à la fin des années 1980 jusqu’au plan de « lutte contre les violences à l’école » de l’automne 2002, du programme de recherche sur les « processus de déscolarisation » aux mesures relatives aux « manquements à l’obligation scolaire » de mars 2003, tout un pan de la politique scolaire se ramifie peu à peu, sur un mode beaucoup moins conflictuel que dans le domaine des programmes d’enseignement ou de la gestion des personnels. Se stabilisent ainsi d’année en année de nouveaux schèmes de perception de ce qui fait question dans le système d’enseignement, tandis que se redéfinit la figure du « déviant » scolaire.
Comme l’a montré Durkheim, chaque époque du système d’enseignement se caractérise en effet par un idéal pédagogique de l’homme ; mais elle produit aussi nécessairement un contre-modèle de l’élève résistant à la norme scolaire. Dans sa représentation classique, constituée en véritable stéréotype par la littérature, cette figure fut longtemps associée à l’image du « cancre », de l’élève relégué au fond de la classe, traditionnel chahuteur aux allures sympathiques mais promis à une espérance de vie scolaire des plus réduites. Le jeune « perdu pour l’école » fut aussi, dès la fin du xixe siècle, l’un des publics privilégiés de l’enseignement spécial. Dans l’école de « masse » en revanche, où les plus marginalisés sont conservés beaucoup plus longtemps au sein de l’institution, et dans bien des cas dans les filières « normales » de scolarisation, le déviant est d’abord perçu comme celui qui introduit un désordre exogène dans le fonctionnement des classes et des établissements, celui qui faute d’avoir été correctement « socialisé » par l’institution familiale transporte avec lui toute la précarité et l’instabilité du monde social environnant. Il est, selon le mot d’un ministre de l’Intérieur néo-républicain en 1998, un « sauvageon », qu’il convient de confronter au plus vite aux exigences de la civilité républicaine et nationale.
Ce travail de construction ne peut être dissocié des conditions sociales et institutionnelles dans lesquelles il a vu le jour : la nouvelle étape de massification et d’homogénéisation formelle de l’enseignement secondaire depuis les années 1980 a redoublé les effets du développement du chômage et de la précarité des conditions d’existence, notamment au sein des classes populaires. En un sens, la mise au point de ces politiques, qu’on la déplore ou qu’on l’approuve, relève d’une sorte d’adaptation structurelle du système d’enseignement aux nouvelles conditions sociales et scolaires qui sont apparues dans les années 1980.
Mais on pourrait également souligner, en se fondant sur une approche constructiviste, la part d’invention ou de réinvention proprement « idéologique » de ces politiques, et mettre à jour l’arbitraire de catégories d’interprétation érigées en nouvelle pensée d’État sur l’école, et les liens manifestes entretenus avec le développement, dans les champs médiatique, scientifique et administratif, des problématiques relatives aux « banlieues », à « l’employabilité » et à « l’insécurité ». Les transformations des dispositifs de gestion des jeunes en situation de marginalisation scolaire peuvent alors être abordées comme des modalités d’application d’un nouveau sens commun sur l’école, voire comme des leviers stratégiques permettant de subvertir le fonctionnement de l’ensemble de l’institution.
Pour comprendre comment prend forme et se diffuse une telle définition de la question scolaire au sein même des différentes catégories de personnels concernés, et comment elle parvient à se consolider par la dynamique proprement institutionnelle qu’elle a elle-même contribué à produire, ces deux types d’approches doivent être articulés afin d’en restituer les origines et les effets, en analysant les modalités d’élaboration des dispositifs visés, les justifications qui leur sont apportées et leurs conséquences en retour sur le fonctionnement ordinaire de l’institution scolaire. La prise en compte de ces interactions entre catégories politiques et espace professionnel permet de mieux analyser le processus de constitution d’une politique scolaire, entendue dans un sens plus large que d’ordinaire : il s’agit de saisir comment se transforment les modes de régulation de l’institution, et pas seulement les projets et intentions explicites des gouvernants.
Cette analyse prend notamment appui sur l’exploitation secondaire du corpus d’entretiens réalisés auprès de jeunes désignés comme « absentéistes » ou « déscolarisés », et de professionnels de l’Éducation nationale, de la Justice, de l’insertion ou du travail social, au cours d’une enquête collective menée en Poitou-Charentes, en région parisienne et en Picardie
[1]. Les entretiens avec les professionnels (105 au total), menés sur les lieux de travail, visaient non seulement à recueillir des informations sur les jeunes pris en charge, sur les pratiques professionnelles et sur les relations entre institutions, mais aussi à prélever des échantillons de discours professionnels, représentatifs de différentes conceptions de la « déscolarisation ». Les entretiens avec les jeunes (65 sur l’ensemble des sites de l’enquête) n’ont été utilisés ici que marginalement
[2].
Les nouvelles catégories des politiques scolaires
Les transformations observées ces dernières années résultent des mesures adoptées depuis la fin des années 1980, dans deux domaines apparemment séparés des politiques scolaires : d’une part, l’appropriation par l’Éducation nationale des pratiques qui se sont construites dans le secteur de « l’insertion » ; d’autre part, la répression des violences puis, plus largement, des déviances scolaires. Ces deux mouvements ont toutefois une source commune, la redéfinition de la question de la jeunesse au cours des années 1980, avec l’émergence du « problème des banlieues » et du « chômage des jeunes ». La question de l’emploi et du suivi des jeunes sans qualification devient alors une priorité de l’action publique, placée sous le signe de la « reconversion » de l’appareil économique, de la justice sociale et de la prévention de la délinquance. Les préoccupations afférentes au maintien de l’ordre scolaire vont devenir plus prégnantes quelques années plus tard et faire l’objet de dispositions réglementaires spécifiques, dans un contexte de remise en cause de l’école « massifiée » et de sa capacité à jouer son rôle de « socialisation ». Le second mouvement double en quelque sorte le premier, en ce qu’il contribue lui aussi au déplacement de la « question scolaire », même si c’est en un sens plus strictement répressif. Les politiques menées dans les deux domaines vont finalement converger, avec les dispositifs adoptés au début des années 2000.
L’impératif de l’« insertion »
À partir du milieu des années 1980, la question de « l’insertion professionnelle » prend une place de plus en plus importante dans les politiques scolaires. Il ne s’agit plus seulement de veiller aux articulations entre formations professionnelles et emploi, en quelque sorte en aval du processus de scolarisation, mais de constituer la question de l’« insertion » comme l’un des enjeux majeurs des transformations du système d’enseignement. Selon l’esprit du temps, la « réalisation du collège unique » exige que l’institution s’adapte à ses « nouveaux publics » ; le sous-emploi massif qui frappe les nouvelles générations impose que tous les secteurs de l’État soient mobilisés pour l’« accompagnement » des jeunes « en difficulté », en particulier sur le modèle des « formations par l’alternance » et des dispositifs d’« insertion » préconisés par le rapport Schwartz
[3].
Liste des sigles
AIS Adaptation et intégration scolaires.
ASE Aide sociale à l’enfance.
CAP Certificat d’aptitude professionnelle.
CASNAV Centres pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage ; voir CEFISEM.
CEFISEM Centres de formation et d’information pour la scolarisation des enfants de migrants, transformés par la circulaire ministérielle de travail en 2002 en CASNAV.
CIO Centre d’information et d’orientation.
CIPPA Cycle d’insertion professionnelle par alternance.
ITHAQUE Itinéraires personnalisés d’accès à la qualification et au diplôme.
CPE Conseiller principal d’éducation.
DIJEN Dispositif d’insertion des jeunes de l’Éducation nationale, créé en 1986 et transformé en 1992 en MGI.
FASILD Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations.
FCIL Formation complémentaire d’initiative locale.
GAIN Groupes d’aide à l’insertion.
GRETA Groupement d’établissements pour l’éducation des travailleurs adultes.
MGI Mission générale d’insertion, créée en 1992 en remplacement du DIJEN.
MOREA Module de re-préparation à l’examen par alternance.
PAE Projet d’action éducation.
PAIO Permanences d’accueil, d’information et d’orientation.
PJJ Protection judiciaire de la jeunesse.
SEGPA Section d’enseignement général et professionnel adapté.
ZEP Zone d’éducation prioritaire.
L’Éducation nationale y contribue dans un premier temps par l’intermédiaire des groupements d’établissements pour l’éducation des travailleurs adultes (GRETA), qui prennent en charge une partie des stages proposés aux jeunes sans emploi ; elle met des personnels à disposition des missions locales et des permanences d’accueil d’information et d’orientation (PAIO). Mais, à partir de 1984, l’Éducation nationale est elle-même de plus en plus sollicitée pour conserver et traiter en son sein les jeunes voués à une sortie précoce
[4], et l’« insertion » devient une catégorie de l’action publique appelée à redéfinir de l’intérieur le mode d’intervention de l’école. Le problème posé par les « jeunes sans qualification » acquiert désormais le statut de question sociale et politique
[5]. En 1986 est ainsi créé un outil spécifique, le Dispositif d’insertion des jeunes de l’Éducation nationale (DIJEN) destiné, à travers un ensemble d’actions diversifiées et localisées, à prendre en charge les jeunes sortis de collège ou de lycée professionnel sans diplôme en les aidant dans la recherche d’emploi ou dans une préparation de diplômes. L’optique demeure toutefois essentiellement expérimentale, la métaphore du « laboratoire » étant largement utilisée, avec le soutien des courants pédagogiques auparavant engagés dans la « lutte contre l’échec scolaire
[6] », pour signifier qu’il s’agit de mettre au point des connaissances et des méthodes qui pourraient par la suite être appliquées à l’ensemble du système scolaire
[7].
En fixant comme objectif la disparition des sorties sans qualification à l’horizon 2000, la loi d’orientation sur l’éducation de 1989 marque un tournant dans la prise en compte de cette nouvelle exigence. La Mission générale d’insertion de l’Éducation nationale (MGI) remplace ainsi le DIJEN en 1992. L’« insertion » ne concerne plus seulement les jeunes « en difficulté », principalement au terme de la scolarité obligatoire, mais est érigée en mission transversale et permanente, qui engage l’ensemble des « acteurs » du système d’enseignement. Outre la coordination des dispositifs localisés, où se joue l’organisation des relations entre l’Éducation nationale et les autres structures d’encadrement (missions locales d’insertion, PAIO, dispositifs de l’ASE et de la PJJ), la MGI travaille à la constitution d’outils de mesure et de signalement des sorties d’établissement non suivies d’inscription dans un nouvel établissement. Il s’agit d’intervenir directement auprès des familles et des jeunes concernés, tout en incitant les établissements à adopter une politique de « prévention » des sorties. En 1999, les dispositifs expérimentés au sein de la MGI se formalisent et s’élargissent avec l’adoption du programme « NouvelleS ChanceS
[8] », qui offre toute une palette d’interventions en préparation de l’« insertion » : groupes d’aide à l’insertion (GAIN), entretiens de situation, sessions d’information et d’orientation, modules d’accueil en lycée. Ce programme propose aussi des alternatives à la scolarisation traditionnelle, notamment sous forme de modules de re-préparation à l’examen par alternance (MOREA), de formations complémentaires d’initiative locale (FCIL), de cycles d’insertion professionnelle par alternance (CIPPA) ou d’itinéraires personnalisés d’accès à la qualification et au diplôme (ITHAQUE).
« Tolérance zéro » et redéfinition de l’action sociale
Le second type de changement concerne la systématisation des dispositifs adoptés contre les « incivilités » et l’absentéisme, mais surtout contre l’accroissement des violences à l’école, question qui émerge dans le débat politique au début des années 1990, dans le prolongement des discours politiques et médiatiques relatifs aux « jeunes de banlieues », nouvelle catégorie « dangereuse » et, par là, enjeu politique majeur. Le « mouvement lycéen » d’octobre 1990, qui porte notamment sur des revendications en matière de sécurité, puis toute une série d’événements plus ou moins graves observés dans l’enceinte des établissements scolaires, amplifiés par le traitement spectaculaire que leur accordent les médias
[9], la multiplication de mobilisations d’élèves et d’enseignants, le lancement d’un programme de recherche interministériel sur les « violences à l’école » en 1994
[10] vont contribuer au déplacement du « problème des banlieues » vers celui des « violences scolaires » et des « incivilités », dont la prolifération des discours sur le racket constitue une manifestation exemplaire.
Les premiers plans de lutte contre les violences mettent l’accent sur l’importance de la présence d’adultes dans les établissements et sur les enjeux de « citoyenneté », c’est-à-dire sur la nécessité que soit respecté dans l’enceinte scolaire l’ensemble des règles de droit. En 1996, l’intrusion dans une école redevient une contravention de cinquième classe – disposition supprimée en 1981 en même temps que la loi « anticasseurs » – et une circulaire visant la prévention de l’absentéisme est publiée afin de renforcer la loi sur l’obligation scolaire
[11], selon laquelle un signalement doit être effectué au-delà de quatre demi-journées d’absence non justifiées. Elle se traduit dans les années qui suivent par des conventions départementales signées entre les procureurs de la République et les inspecteurs d’académie. Des relations régulières entre la Justice et l’Éducation nationale sont ainsi instaurées, par le biais d’une formalisation de la procédure de signalement. En octobre 1998 est publiée une circulaire relative à la « lutte contre la violence en milieu scolaire » accompagnée d’un « guide pratique » qui détaille les réponses graduées à apporter à l’ensemble des infractions constatées, dans le cadre d’un « renforcement des partenariats
[12] ». Il convient de « réaffirmer la loi » et de faire appel « dès qu’une situation de danger ou une infraction l’impose » aux services de police ou de gendarmerie. Les comités d’environnement social, qui reposaient sur un « partenariat » éducatif de prévention avec les professionnels du secteur social et culturel, sont remplacés par des comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté, qui privilégient la prévention des conduites « à risques » et des dépendances. Comme à chaque étape du développement de ces nouvelles politiques, les organisations syndicales majoritaires restent modérées dans les critiques qu’elles apportent aux différents plans et dispositifs adoptés, insistant pour l’essentiel sur la nécessité du renforcement de la présence d’adultes dans les établissements secondaires. En janvier 2000, un nouveau « plan » voit le jour. En écho au discours « républicain », le ministre stigmatise la « perte de repères ». La principale innovation réside dans le fait que désormais la police est autorisée à intervenir directement dans une série d’établissements classés « difficiles », sans la demande préalable de l’institution scolaire.
La création des classes-relais s’inscrit dans cette évolution. Structure mixte de l’Éducation nationale et de la Protection judiciaire de la jeunesse, expérimentée à la fin des années 1980 et développée à l’occasion des plans « anti-violences » de 1996, 1997 et 2000, elle est destinée à un public d’élèves de collège « faisant parfois l’objet d’une mesure judiciaire d’assistance éducative, qui sont entrés dans un processus évident de rejet de l’institution scolaire
[13] ». Ce rejet est défini par des « manquements graves et répétés au règlement intérieur », un « comportement marqué par une forte agressivité vis-à-vis des autres élèves ou des adultes de la communauté scolaire », un « absentéisme chronique non justifié, aboutissant à des exclusions temporaires ou définitives d’établissements successifs
[14] ». La scolarisation en classe-relais est présentée comme un mode de scolarisation alternatif préparant à une re-scolarisation. Hors des structures classiques, il s’agit de placer des « décrocheurs », le plus souvent définis comme des « perturbateurs », dans une phase intermédiaire de « raccrochage ». Mais les objectifs des classes-relais marquent aussi une ouverture aux pratiques de l’« insertion », signe d’une convergence des nouvelles politiques de traitement de la marginalisation scolaire, dans un souci commun de gestion des jeunes « sans affectation ». Le but est en effet de « favoriser, par un accueil spécifique temporaire, une réinsertion effective des élèves concernés dans une classe ordinaire de formation, sous statut scolaire, ou, le cas échéant, sous contrat de travail
[15] ».
À l’automne 1999, un programme interministériel
[16] de recherche sur les « processus de déscolarisation » est lancé en accompagnement de ces nouveaux dispositifs, et, à l’interface du champ bureaucratique et du champ de la recherche, un numéro de la revue
VEI Enjeux, intitulé « Le décrochage scolaire : une fatalité ?
[17] », consacre le « décrochage » et la « déscolarisation » comme nouveau problème scolaire. Deux ans plus tard, dans le cadre de la politique de la Ville, le gouvernement annonce la création de « cellules de veille éducative », dont l’objectif est d’assurer la coordination de l’ensemble des dispositifs antérieurs. Après la campagne pour les élections présidentielles du printemps 2002, dominée par le thème de « l’insécurité », le nouveau ministre de l’Intérieur inscrit la pénalisation de l’absentéisme scolaire dans ses projets de réforme, avant de confier cette question à une commission
ad hoc
[18]. En septembre 2002, le ministre délégué à l’Enseignement scolaire propose de créer 50 ateliers-relais avant juin 2003. Le mois suivant, l’objectif est porté à une centaine. Dans un contexte où le « collège unique » est par ailleurs vivement remis en cause par le ministre de l’Éducation nationale, le nombre total des classes-relais doit en quelques années passer de 250 à 500. Dans le même temps, l’annonce de la création de « classes d’alternance
[19] » prolonge le mouvement général d’introduction des « politiques d’insertion » au sein de l’institution scolaire. De fait, de nouveaux modes de segmentation de la population scolarisée semblent se dessiner.
La gestion des « inclassables »
L’un des aspects majeurs de ces transformations est d’avoir contribué au développement de relations suivies entre certaines catégories professionnelles de l’Éducation nationale (chefs d’établissement, conseillers principaux d’éducation, assistantes sociales scolaires, conseillers d’orientation-psychologues, personnels de la MGI) et des personnels d’autres institutions. Ces relations ne concernent plus seulement le travail social et l’animation socioculturelle, comme lors des politiques engagées au tournant des années 1980 avec le développement des projets d’action éducative (PAE) et la création des Zones d’éducation prioritaire (ZEP), mais les secteurs de la Police, de la Justice, et de l’« insertion ». Sous l’égide du « partenariat » s’est ainsi constitué un espace élargi de coopérations professionnelles plus ou moins conflictuelles où se joue, à travers l’interprétation des injonctions officielles et des mesures successivement adoptées, le traitement qui doit être appliqué aux différentes espèces de jeunes déviants ou « sans affectation ». La gestion de la jeunesse scolairement déviante est ainsi constituée en enjeu de luttes interprofessionnelles et interinstitutionnelles, avec deux types de conséquences : d’une part l’appropriation par les personnels concernés des nouveaux enjeux définis par la réorientation des politiques scolaires, et d’autre part la reconfiguration des prérogatives et des capacités d’intervention des différentes catégories concernées.
Restituer les principes de division qui structurent cet espace, les modes de classement qui unissent et opposent entre elles les différentes catégories professionnelles concernées, c’est se donner les moyens de comprendre de quelle façon se sont opérées la réception et la mise en œuvre de ces nouvelles politiques. Parmi les questions posées aux professionnels interviewés au cours de l’enquête, on prendra en particulier comme indicateur celles qui portent sur le phénomène de « déscolarisation », ses origines, son évolution et son traitement. Les affiliations institutionnelles constituent, comme on pouvait s’y attendre, un élément déterminant de la différenciation des points de vue. Elles ne peuvent cependant être réduites à quelques grandes oppositions entre Éducation nationale et secteur de « l’insertion », ou entre police et travail social, dans la mesure où certaines des catégories jouant un rôle majeur dans la gestion des publics déviants sont situées aux frontières de l’institution scolaire et apparaissent encore plus distantes des modes de pensée qui y sont dominants. La fonction exercée, plus que l’appartenance à une institution, s’avère ici le principal opérateur des différentes prises de position. De façon schématique
[20], l’espace des points de vue peut être décrit selon deux axes. Le premier se rapporte aux intérêts professionnels, pris dans le double sens d’intérêt
pour et d’intérêt
à la question de la « déscolarisation », et détermine les appréciations portées sur la croissance ou non du phénomène. Le second renvoie à ce que l’on peut définir comme un rapport à l’ordre scolaire, aux méthodes et à l’organisation qui caractérisent l’institution ; ce rapport détermine le type d’imputation de responsabilités qui est mobilisé pour rendre compte du phénomène.
Défense de l’institution et « déficiences familiales »
La relativisation du phénomène et l’imputation de la responsabilité principale aux familles sont surtout le fait des personnels de l’Éducation nationale occupant les positions hiérarchiques les plus élevées dans l’espace considéré : inspecteurs, chefs de division à l’inspection académique et, dans une certaine mesure, chefs d’établissement scolaire. Ayant en charge la pérennité de l’institution, ils se montrent attentifs à la question tout en restant prudents face à ce qui peut être perçu comme une évaluation portée depuis l’extérieur de l’institution. La « déscolarisation » est ici définie comme la phase ultime de l’absentéisme, et ne concerne que des cas marginaux échappant à la procédure de signalement des absences répétées. Un inspecteur du secteur de l’adaptation et de l’intégration scolaires (AIS) insiste sur le caractère non massif du phénomène, tandis qu’un inspecteur de l’information et de l’orientation indique qu’il n’est pas en augmentation, même s’il existe de véritables « poches de déscolarisation ». Tous soulignent la difficulté à retrouver la trace de familles caractérisées par leur fragilité ou leur mobilité : enfants du divorce, familles sans « repères », couples en difficulté contraints à un déménagement ou à une fantasmatique installation à la campagne, départs en sectes et familles du voyage, ces « Indiens insaisissables qui fuient les embêtements d’un département vers l’autre », comme le dit un inspecteur de l’information et de l’orientation. Les responsables d’établissements évoquent plus précisément les caractéristiques des « déscolarisés », mais dans un registre souvent plus ethnico-culturel que scolaire ou social. Pour l’essentiel, il importerait donc d’être rigoureux dans l’application des procédures de signalement, et de faire en sorte que « chaque acteur joue le jeu », comme le souligne un inspecteur AIS, lorsqu’il évoque les certificats médicaux de complaisance, ou l’attitude de certains personnels de l’enseignement face à des « gamins emmerdants dont on n’a pas envie qu’ils fréquentent trop l’établissement ».
Des cas « plus durs » et « plus précoces »
À un pôle opposé, on trouve les personnels de la MGI ou des CIO, dont les prises de position sont très proches de celles de leurs homologues du secteur de l’« insertion ». Le phénomène de déscolarisation est perçu comme étant en augmentation ou de plus en plus précoce : « J’ai l’impression que le décrochage se fait de plus en plus tôt, c’est la première année qu’on a des jeunes de 15 ans […] avec plus de difficultés, des cas plus durs », affirme ainsi une coordinatrice départementale MGI. Chez les personnels de missions locales ou de PAIO, la notion de « déscolarisation » est souvent utilisée dans un sens large pour désigner les jeunes sortis sans qualification du système scolaire, décrits comme de plus en plus marginalisés. Les labellisations institutionnelles, auxquelles leurs autorités de tutelle ont eu très souvent recours, au travers de multiples enquêtes et programmes d’action ciblés, font chez eux l’objet d’une certaine réserve. Il en va autrement chez les personnels de la MGI qui, d’une certaine façon, doivent leur fonction à la constitution de cette question en « problème scolaire » : la notion de « déscolarisation » fait sens plus immédiatement, autour des enjeux de l’obligation scolaire, des carences du système d’orientation et des affiliations de substitution qu’il convient de mettre en place.
Tous se rejoignent sur une analyse qui insiste sur l’importance des prises en charge individualisées, en réponse à des situations hautement problématiques liées à « l’échec scolaire » ou à « l’illettrisme », au manque de qualification et, de plus en plus, à la question de la délinquance : « On le voyait arriver depuis quelques années dans le discours des jeunes : « attention aux petits frères ». Il faut le dire, il y a aujourd’hui des jeunes de moins de 14 ans hors de l’école, de plus en plus déstructurés […]. Ils n’ont plus de représentations sociales ; plus personne n’a prise sur eux, ils répondent mal à nos propositions […]. Il y a des jeunes qui n’arrivent pas dans les missions locales, ils sont pris dans des phénomènes d’insécurité, d’incivilités, de rupture, de petite délinquance… », selon un responsable de mission locale, pour qui l’école est « à des années-lumière » de ce qu’il convient de faire, sans pour autant porter la responsabilité de cette situation. Surtout, les personnels de l’« insertion » insistent sur la distance qui sépare les jeunes de l’institution scolaire : « Des jeunes en rupture de ban, très loin de l’école, ils ne veulent pas en entendre parler […]. On a peur pour eux alors on essaye de les aider comme on peut : discuter, les accueillir, leur offrir un café » (conseillère d’insertion). La séparation entre institutions qui réside dans l’âge de fin de scolarité obligatoire leur paraît de ce point de vue relativement arbitraire : « On voit des jeunes qui ont moins de 16 ans et sont encore plus ou moins à l’école ; on leur dit d’attendre mais on les renseigne un peu ; le jour de leur anniversaire, ils arrivent » (chargé d’insertion, mission locale).
« Des profs qui ne se rendent pas compte »
Les enseignants qui exercent dans des établissements d’éducation spécialisée s’opposent à la fois aux personnels hiérarchiques de l’Éducation nationale et aux personnels de l’« insertion » par un discours sur la « déscolarisation » qui se rapproche de celui des éducateurs et des animateurs. Les uns et les autres se placent le plus souvent dans la perspective d’une relative aggravation du phénomène de « déscolarisation » et mettent vivement en cause les conditions d’accueil, les méthodes et les modes d’orientation qui caractérisent l’Éducation nationale. Ainsi, un éducateur spécialisé d’un service d’investigation et d’orientation éducative fait un constat global sur l’évolution actuelle de l’enseignement secondaire : « On a l’impression que le collège ne peut plus jouer son rôle d’intégration et de socialisation de tous les jeunes. » Un éducateur de prévention souligne de son côté que les jeunes déscolarisés sont « depuis longtemps en échec, en décalage dès le cours préparatoire. Ils apprennent déjà la passivité ». Autant que ce décrochage progressif et que l’absence de réponse éducative, c’est le « cadre » qui est incriminé, comme chez cet éducateur de foyer éducatif mixte : « Il y a des difficultés sur la représentation qu’ils ont de l’école, et sur l’impossibilité à supporter le cadre scolaire. » L’un de ses collègues corrige l’appréciation : « Le conflit avec le cadre scolaire n’est que le symptôme », c’est un « appel à venir voir ce qui se passe dans leur famille ».
Mais, que l’école soit source du problème constaté ou simple réceptacle, tous s’accordent sur son incapacité à traiter les difficultés. De la même façon, un enseignant en poste dans un établissement habilité par la PJJ s’en prend au manque de réalisme social des enseignants, d’une façon générale : « Les jeunes sont exclus du système scolaire, ils ont été généralement baladés dans quatre ou cinq établissements avant de venir ici, ils ont été en situation d’échec sans arrêt… Leur capacité d’intelligence aurait pu leur permettre de faire mieux, mais ils ne peuvent pas rester dans le système classique car ils perturbent la classe, et ils n’ont pas le niveau pour un CAP ou un apprentissage, même si ce sont parfois des caïds, ils arrivent avec beaucoup de souffrances […]. Quand on regarde les dossiers, en général, c’est la pelote de laine : on remonte au primaire, à la maternelle, et on finit par renvoyer sur les parents. Il y a des profs qui ne se rendent pas compte des décalages culturels. » La famille fait, à l’inverse, fréquemment l’objet d’une véritable réhabilitation symbolique. « Il y a un faux discours sur l’autorité parentale, affirme un animateur de MJC chargé de l’aide aux devoirs, il y a une difficulté de la part des parents à gérer leurs conflits, et les conflits avec leurs enfants, plus qu’une démission réelle. Et ce sont ces tensions non évacuées qui peuvent éclater ailleurs que dans le foyer, par exemple à l’école. »
De la raison « ethnique » au décalage « culturel »
Les prises de position des personnels de la police et de la justice intervenant auprès des mineurs d’une part, des conseillers principaux d’éducation et des assistantes sociales scolaires d’autre part, prennent place le plus souvent entre les discours professionnels hiérarchiques sur la « déscolarisation » des trois pôles précédemment identifiés (personnels hiérarchiques de l’Éducation nationale, de l’« insertion » et de l’éducation spécialisée). Sans affirmer que le phénomène s’accroît, et sous des formes par ailleurs hétérogènes, les policiers et les éducateurs de la PJJ interviewés se rapprochent majoritairement des positions des personnels « d’insertion », soulignant l’importance d’une « déscolarisation cachée ». Un substitut de procureur affirme par exemple : « La déscolarisation est un phénomène beaucoup plus grand que les statistiques ; il y a un gros chiffre noir parce qu’il y a un problème d’image des établissements et de positionnement des signalements. » Un juge pour enfants insiste sur l’évolution observée au cours des dernières années : « Les difficultés scolaires touchent les jeunes de plus en plus tôt et les jeunes sont de plus en plus démotivés. En six ans, on a vu les difficultés descendre avec l’âge. »
À l’origine du phénomène, ils évoquent tout autant les aspects scolaires que la composition ou les responsabilités des familles. Ainsi, une éducatrice de la PJJ explique plus qu’elle ne dénonce l’impuissance de l’institution scolaire : « La situation de la déscolarisation n’est parfois rien par rapport au reste. Derrière des raisons multiples et personnelles de déscolarisation il y a toujours autre chose et l’Éducation nationale ne peut pas répondre. » Un policier remet plus nettement en cause les parents, souvent décrits comme complices des déficiences de leurs enfants. Mais ces personnels spécialisés soulignent surtout que le phénomène de « déscolarisation » ne peut être envisagé de manière indépendante des situations familiales et culturelles. Un directeur départemental de la PJJ fait jouer un rôle central à l’hérédité : « D’abord, il y a un fond pathologique. C’est le système de la reproduction : biologiquement ou psychologiquement, il y a des traces. Et très tôt on observe de la déscolarisation, pour des raisons ethniques, culturelles. Des règles imposées qu’ils ne comprennent pas. La démission parentale ; la destruction de la famille. » Un inspecteur de police insiste au contraire sur l’absence de corrélation entre absentéisme et origine nationale. Une éducatrice de la PJJ analyse, de son côté, les rapports entre familles populaires et institution scolaire : « L’école ne correspond pas forcément au mode de vie des parents ; il n’y a pas d’appropriation pour pouvoir la transmettre aux enfants, pas d’appropriation des pratiques, et les incantations sur l’école ne suffisent pas à faire adhérer les enfants. » Mais, sous des formes variées, ils sont néanmoins parmi ceux qui insistent le plus sur la dimension sociale des conditions d’existence.
Des cas limites
Les assistantes sociales scolaires, les CPE et les instituteurs exerçant en classes-relais, au CEFISEM ou en SEGPA, développent pour la plupart une analyse qui se partage entre aspects familiaux et aspects scolaires, mais se montrent plus réservés sur la question de l’extension du phénomène de « déscolarisation ». Tout en retenant le critère des quatre demi-journées d’absence non justifiées, ils abordent la question en prenant en compte la diversité des cas : absentéisme chronique, rupture prolongée, scolarisation chaotique, de sorte que le phénomène est présenté de façon moins marginale. Les « déscolarisés » ne sont finalement que des jeunes particulièrement « en difficulté », cas limites de situations rencontrées ordinairement au sein de l’institution.
Si les aspects sociaux ne sont pas oubliés dans les descriptions proposées, ils demeurent toutefois le plus souvent en arrière-plan. Ainsi, un instituteur spécialisé intervenant en dispositif-relais met l’accent sur les carences de l’autorité paternelle : « Ce sont des difficultés scolaires, pas liées à des problèmes d’intelligence, mais qui surviennent plutôt parce qu’il y a un nœud dans la famille. Une crise institutionnelle se met en place en parallèle avec une crise dans la famille. À la louche, il y a la moitié des jeunes, en fait sept jeunes sur dix, qui vivent avec l’un des deux parents, qui sont ballottés de l’un à l’autre, et qui sont dans l’appel aux parents, où le rôle du père apparaît problématique. […] Pour les autres, l’image du père n’est pas non plus bien repérée. Il y a beaucoup de conflits avec l’un des deux parents, généralement le père. » Mais il n’y a pas toujours eu échec en amont. Le « décrochage » peut survenir beaucoup plus rapidement. Sont alors mis en cause les événements familiaux et les difficultés liées à l’adolescence, ainsi que les spécificités du collège dont le mode de fonctionnement, tant du point de vue de l’enseignement que de celui des méthodes utilisées, génère « l’absence d’intérêt pour les cas singuliers de la part des professeurs » (enseignant en SEGPA).
Les luttes pour le « partenariat »
À chacun des pôles de cet espace de prise en charge des jeunes absentéistes, déviants ou non scolarisés, se dessinent ainsi des définitions du phénomène, ainsi que des interprétations de sa genèse et de son traitement. La position hiérarchique, l’ancrage institutionnel et les caractéristiques du poste occupé (compétences associées, degré de légitimité octroyé, etc.) conditionnent les schèmes de perception et d’appropriation de cette nouvelle question scolaire. Le système de relations entre ces différents points de vue permet de mettre à jour une forte proximité identitaire entre certaines catégories de personnels, occupant une position marginale au sein de l’Éducation nationale, et les groupes professionnels qui en constituent les référents extérieurs
[21]. L’institution scolaire apparaît de ce point de vue comme une sorte de sous-espace institutionnel traversé, selon des modalités spécifiques, par des luttes entre groupes professionnels pour l’intervention légitime auprès des « jeunes en difficulté », luttes qui structurent, à un niveau plus large, l’espace des institutions d’encadrement de la jeunesse. Et, d’une certaine façon, c’est à la fois de l’intérieur et de l’extérieur que se redéfinissent les principes organisateurs des politiques scolaires.
Conflits de positions et intégration normative
Les interactions quotidiennes entre différentes catégories professionnelles occasionnent des tensions entre catégories d’agents qui prennent des formes particulièrement visibles au moment où se mettent en place les dispositifs, mais plus souterraines dans la gestion ordinaire des dossiers individuels. Ainsi, dans l’un des sites d’enquête, les oppositions entre le pôle des travailleurs sociaux et celui de la hiérarchie de l’Éducation nationale sont apparues de façon particulièrement marquées à l’occasion de la mise en place d’une classe-relais. La question de la prise en compte de « l’expérience » acquise par une Maison des jeunes et de la culture en matière d’aide aux devoirs et d’intervention auprès des publics les plus démunis fut au centre des négociations qui occupèrent pendant près de deux ans les représentants de la Ville, de l’institution scolaire, de la PJJ, et les animateurs de quartier. Fallait-il intégrer des modes d’intervention sociale et pédagogique qui avaient « fait leurs preuves » dans l’histoire du quartier ? Le lieu d’implantation de la classe devait-il être en rupture totale avec les lieux scolaires ? Quels « partenaires » devaient intégrer le groupe de suivi ? Dans des configurations plus classiques de négociations en vue de la mise en place de classes-relais, les divergences d’appréciation entre la PJJ et l’Éducation nationale sont les plus visibles au premier abord. Ce fut le cas dans deux autres villes de l’enquête, où des dossiers de ce type restaient totalement bloqués en raison des différences existant entre le point de vue de l’inspection académique et celui du directeur départemental de la PJJ, notamment au regard des profils des jeunes à « recruter ». Dans le suivi quotidien des dossiers des jeunes, des tensions s’observent sous un autre rapport entre, d’une part, les coordinateurs départementaux des MGI, qui souhaitent disposer de toutes les informations nécessaires à une bonne orientation des « déscolarisés » sans faire subir à ceux-ci de nouvelles interrogations sur leur passé ou sur leur famille, et, d’autre part, les éducateurs, en particulier de la PJJ, qui défendent une conception de leur action fondée sur le secret professionnel. La MGI se trouve également dans des rapports de coopération conflictuelle avec certains chefs d’établissement, qui semblent moins soucieux que d’autres du suivi des élèves après leur départ du collège.
Pourtant, la plupart des personnels qui prennent place dans cet espace interinstitutionnel reprennent à leur compte l’exigence officielle du travail « en partenariat », au point même de se présenter le plus souvent comme de véritables spécialistes du « partenariat ». Parmi les professions les plus anciennes, c’est notamment le cas des assistantes sociales, en particulier lorsqu’elles exercent en milieu scolaire. Chez les éducateurs, et dans bien des cas parmi les enseignants de classes-relais, l’encadrement et l’accompagnement des « projets » supposent l’établissement de nombreuses relations avec d’autres « acteurs » du secteur judiciaire, du secteur éducatif ou de l’« insertion ». Par le « travail en réseau », il s’agit en fait de proposer et de négocier des solutions « sur mesure », et d’en vérifier le bon déroulement. Il s’agit aussi, plus prosaïquement, de coordonner l’action des professionnels parfois très divers qui interviennent auprès d’une même famille. Mais ce type d’activité semble encore plus central dans le secteur de l’insertion ; ainsi une coordinatrice départementale de la MGI dresse la liste de son carnet d’adresses professionnel : « On travaille régulièrement avec les établissements scolaires : collèges, lycées, lycées professionnels, pour nous signaler les jeunes qui décrochent. Avec aussi les cinq animateurs MGI du département qui sont vraiment sur le terrain. On travaille aussi avec les CIO sur l’accueil des jeunes sans solution ou pour un conseil technique. Parmi les partenaires externes, il y a les MLI et les PAIO qui sont les plus gros. Également la chambre des métiers pour des contrats en alternance, la PJJ, la DASS pour l’aide à l’enfance, certains groupements d’entreprises pour aider à placer des jeunes. »
Parmi ces spécialistes du « partenariat », les discours manifestent une forme de solidarité interprofessionnelle, fondée sur la proximité des pratiques mises en œuvre. Accueil individualisé, bilans réalisés à l’entrée dans le dispositif, négociation d’un contrat avec le jeune pris en charge, composition d’un parcours adapté mobilisant toute la gamme des « solutions » disponibles, caractère temporaire et finalisé de l’action : une technologie de l’intervention auprès du « désaffilié scolaire » s’est ainsi diffusée aux marges du système d’enseignement et forme le langage commun d’une partie des agents de cet espace. Au-delà de l’impératif technique, lié à la distribution des compétences et des prérogatives entre les différentes institutions concernées, le travail « partenarial » se trouve investi d’une signification symbolique qui déborde le strict ordonnancement pragmatique des pratiques : vécu et revendiqué en opposition aux pratiques dominantes des professeurs, il est présenté sous le signe d’une meilleure « réactivité » aux besoins des élèves et aux nouvelles exigences de l’action scolaire. Constitutif de ces nouvelles identités professionnelles en voie de consolidation, il donne sens aux spécificités des catégories de personnels qui en sont partie prenante.
Glissements de fonctions et réification des déviances
Au travers de ce que l’on peut appeler les luttes pour le partenariat s’opère également toute une série de redéfinitions de postes et de glissements de fonctions, que l’on ne peut saisir si l’on s’en tient à l’ensemble de discours centrés sur la nécessité, toujours inaccomplie, de la mise en relation des compétences et des informations. Ainsi, l’application des nouvelles mesures de lutte contre l’absentéisme scolaire a induit une transformation sensible des relations entre différentes catégories de professionnels. L’obligation pour les chefs d’établissement de transmettre tout cas d’absentéisme à l’Inspection académique peut notamment être comprise comme une nouvelle forme de contrôle des politiques d’établissement. En effet, plus encore que dans le cas des élèves quittant l’établissement, c’est leur « marge de manœuvre » dans le domaine de la régulation de l’autorité qui se trouve ici atteinte. Les stratégies des chefs d’établissement se trouvent en réalité prises dans une véritable double contrainte : d’un côté, la publicité donnée aux « incivilités » ou aux dysfonctionnements dont leur établissement serait le théâtre peut nuire gravement à l’image de celui-ci ; de l’autre, une collaboration active aux nouvelles politiques de signalement et d’« insertion » peut valoriser leur activité auprès des autorités académiques. Et, de fait, les pratiques demeurent très variables d’un lieu à l’autre : dans le département de la Vienne par exemple, plus de la moitié des signalements proviennent de cinq établissements seulement, sans relations avec leurs propriétés sociales et scolaires.
Ces nouvelles pratiques provoquent des glissements de compétences à l’intérieur même des établissements. Ainsi, les assistantes sociales scolaires rencontrées au cours de l’enquête s’en prennent à une gestion de l’information qui tend à les déposséder de leurs prérogatives et à remettre en cause leur fonction même – dans un contexte où elles restent par ailleurs en très petit effectif. En transmettant les dossiers directement à l’inspection académique, certains chefs d’établissement les mettent en difficulté face aux familles, qui se « retournent contre elles » dès lors qu’elles font face aux autorités judiciaires. En définitive, souligne l’une d’entre elles, « on en arrive à faire moins de social ». Et si la valorisation du « partenariat » est pour elles aussi un élément constitutif de leur identité professionnelle, elles l’abordent désormais avec une exigence critique beaucoup plus forte. À l’autre bout de la chaîne, un capitaine de police dénonce « l’avalanche de dossiers » à traiter en matière d’« incivilités » ou d’absentéisme, alors même qu’il s’agit d’affaires mineures : « C’est aux parents, c’est aux enseignants d’assumer leur autorité, de prendre leurs responsabilités. »
De façon pratique tout aussi bien que symbolique, la réorganisation à l’œuvre à travers le dispositif de signalement et le nouveau partenariat école-justice se présente en fait comme une sorte de redéfinition des fonctions ordinaires de l’école, prenant appui sur une modification des attributions des différentes catégories de personnels. La fonction normalisatrice de l’institution est à la fois réaffirmée et partiellement externalisée, en même temps que sa fonction d’assistance sociale trouve plus difficilement à s’exercer. Les assistantes sociales scolaires n’ont dès lors d’autre recours que de valoriser la dimension psycho-clinique de leur intervention, faisant du même coup passer au second plan la dimension sociale et scolaire des comportements observés. Le développement de l’activité de mesure statistique de l’absentéisme, qui contribue à donner au phénomène une visibilité plus grande, ne s’en trouve pas pour autant remis en cause
[22]. La concurrence pour la définition et la gestion légitimes de l’absentéisme, en dépit du regard critique parfois porté sur les nouvelles mesures, tend ainsi à constituer la prise en charge des « absentéistes » et « déscolarisés » en véritable enjeu professionnel et institutionnel.
Encadrement de la « déscolarisation » et mise au travail
L’application des politiques « d’insertion » agit en un autre sens. Au-delà de la constitution d’un sous-secteur fonctionnant selon des logiques proches de celles du secteur de l’« insertion », un nouveau mode d’évaluation de l’action proprement scolaire se trouve ainsi promu par une nouvelle catégorie d’« acteurs » dont les intérêts s’associent à la reconnaissance de ce nouveau « problème scolaire ». La montée en puissance de la MGI s’est en effet accompagnée de l’élaboration progressive d’outils de mesure et de repérage des jeunes « sans affectation ». Que le signalement de ces jeunes soit le fait des établissements scolaires ou des services sociaux extérieurs à l’Éducation nationale, qu’il soit une réponse aux sollicitations des intéressés ou de leurs familles, ou qu’il émane directement des structures concernées, il est la condition de l’intervention des coordonnateurs départementaux et des intervenants locaux.
La première mission de la MGI est précisément le repérage des jeunes de moins de 16 ans « sans solution », et en particulier de ceux qui échappent de façon non contrôlée à l’obligation de scolarisation, par l’effet d’une exclusion d’établissement ou d’une décision d’orientation non suivies de la fréquentation effective d’un autre établissement ou d’un dispositif alternatif. Loin d’aller de soi, la centralisation des informations relatives aux « sorties », et la collaboration active des responsables d’établissement qu’elle suppose, constitue l’un des principaux enjeux de l’action de la MGI. Et d’année en année le travail de repérage et de « mobilisation des acteurs » s’affine peu à peu par l’usage d’enquêtes spécifiques menées dans les établissements et de recensions statistiques annuelles à l’échelle des départements et des académies.
La forte adhésion des professionnels concernés aux objectifs de leur action trouve sans doute l’une de ses origines dans les modalités de leur recrutement. Nouveaux venus dans l’institution scolaire, ils exercent pour la plupart sous statut contractuel. Ainsi, les intervenants en CIPPA sont recrutés d’une façon analogue aux maîtres d’internat-surveillants d’externat (MI-SE). Les coordonnateurs départementaux de la MGI sont sélectionnés sur la base de leur expérience antérieure dans le secteur de l’« insertion », mais eux aussi embauchés sur contrat. On peut trouver dans ce type de parcours et de statut, dans la position marginale qu’ils conservent au sein du système d’enseignement, l’une des raisons de la distance critique que ces professionnels manifestent à l’égard de l’institution scolaire, stigmatisée au cours des entretiens pour ses carences et son inertie bureaucratique. Pour ceux qui exercent des fonctions de coordination, on peut parler de « vocation ». L’importation des conceptions professionnelles du secteur de l’« insertion » et l’adéquation des dispositions aux postes de travail jouent alors un rôle majeur dans un investissement positif de la fonction, et forment le support d’une identité professionnelle constituée hors des circuits de consécration des savoirs scolaires.
Si de telles dispositions sont loin d’être partagées par l’ensemble des agents impliqués dans les dispositifs de « l’insertion scolaire », il n’en reste pas moins que l’affinement progressif des outils de repérage et de gestion des jeunes « sans affiliation » place les établissements scolaires et leurs responsables « face à leurs responsabilités », comme le dit une coordinatrice de la MGI. Le travail des chefs d’établissement et, dans une certaine mesure, des conseillers d’orientation-psychologues se trouve là aussi évalué selon des critères objectivables
[23], de telle sorte que sont découragées les pratiques d’établissements qui privilégient un départ rapide des élèves indésirables. Se trouvent à l’inverse encouragés le développement des stages en entreprise en cours de scolarité et l’anticipation sur les meilleures « solutions » possibles à la sortie de l’établissement, en termes d’accès aux formations professionnelles ou au préapprentissage. En fait, le nouvel outil de régulation du système finit par transporter avec lui les conceptions qui en ont permis la constitution.
Un mode de résolution des échecs de scolarisation qui parvient à se consolider par sa dynamique propre s’est ainsi imposé par le jeu des impulsions des politiques publiques et des reconfigurations qu’elles ont induites, par l’imposition de nouvelles catégories de perception de la « difficulté scolaire » et par la formalisation des enjeux et des modes de légitimation que cet espace a contribué à produire. Le développement des mesures de type répressif et des pratiques issues de l’« insertion » opère une redistribution du travail politique entre main droite et main gauche de l’État. L’articulation de plus en plus affirmée entre ces deux types de politiques rend alors possible une restructuration des relations professionnelles qui constitue un terrain favorable à leur propre extension. Et si certaines catégories d’agents engagées dans le jeu continuent pour leur part à mettre en avant les facteurs sociaux et cognitifs de la différenciation scolaire, les difficultés qu’ils éprouvent à faire valoir un point de vue qui interroge plus en amont le fonctionnement du système d’enseignement et le traitement social des inégalités scolaires ne sont probablement pas sans lien avec le « succès » rencontré par cette dynamique institutionnelle.
Les outils de mesure et d’évaluation qu’enferment les nouveaux dispositifs, les intérêts professionnels qui se sont redéfinis ou imposés au fil de cette évolution, ou même les limites que rencontrent les actions engagées, en ce qu’elles appellent sans cesse de nouvelles avancées en termes de « maillage » institutionnel, contribuent tout à la fois à constituer les « désordres scolaires » en enjeu prioritaire des politiques publiques et à promouvoir l’émergence d’une action interinstitutionnelle intégrée. À la façon dont Durkheim analysait les liens entre la division du travail et les conceptions du social qui s’imposent à une époque donnée, on pourrait trouver dans la recomposition du système d’interdépendances entre « acteurs » de la gestion des « déviances scolaires » l’une des sources du climat particulièrement favorable dans lequel se sont progressivementmises en place ces nouvelles politiques. Mais c’est peut-être ici davantage l’espèce de subversion institutionnelle que ces changements opérés aux marges du système d’enseignement ont contribué à produire, qui doit retenir l’attention.
[1]
Enquête menée sous la direction de Françoise Ropé, dans le cadre du programme interministériel de recherche sur les processus de déscolarisation (2000-2002).
Cf. Savoirs, Cognition et rapports sociaux (SACO, université de Poitiers), Savoirs et socialisation (SASO, université de Picardie), Association pour la recherche sur l’éducation et les savoirs (ARES),
L’Espace social de la déscolarisation. Trajectoires invisibles et méconnaissances institutionnelles, rapport multigraphié, septembre 2002. Le choix des sites d’enquêtes a été effectué en croisant des variables sociales et géographiques : plusieurs villes de Seine-Saint-Denis, Trappes, Montataire, Amiens, Boulogne, Poitiers, Châtellerault, Parthenay et Cognac.
[2]
Pour une présentation des trajectoires des jeunes « déscolarisés » interviewés,
cf. SACO, SASO, ARES,
op. cit., 2
e partie, et B. Geay, « Catégorisation des trajectoires et méconnaissance institutionnelle. La construction du regard sur le “déscolarisé” »,
Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, 2, 2003.
[3]
Bertrand Schwartz,
L’Insertion professionnelle et sociale des jeunes, rapport au Premier ministre, Paris, La Documentation française, 1981.
[4]
Chantal Guérin-Plantin, Genèses de l’insertion. L’action publique indéfinie, Paris, Dunod, 1999.
[5]
Gérard Mauger, « Les politiques d’insertion. Une contribution paradoxale à la déstabilisation du marché du travail »,
Actes de la recherche en sciences sociales, 136-137, 2001, p. 5-14. Sur une approche objective de la question des sorties sans qualification, voir Sylvain Broccolichi et Brigitte Larguèze (avec Olivier Masclet),
Les Sorties sans qualification, rapport multicopié, Recherches et sociétés, 1997.
[6]
Viviane Isambert-Jamati, « Quelques rappels de l’émergence de l’échec scolaire comme “problème social” dans les milieux pédagogiques français »,
in Éric Plaisance (coord.),
L’Échec scolaire. Nouveaux débats, nouvelles approches méthodologiques, Actes du colloque franco-suisse, Paris, CNRS, 1985.
[7]
C. Guérin-Plantin, « Nul ne doit quitter l’école sans qualification »,
VEI Enjeux, 122, 2000.
[8]
BO n° 21 du 27 mai 2000 ; circulaire n° 99-071 du 17 mai 1999.
[9]
Patrick Champagne, « La vision médiatique »,
in Pierre Bourdieu (éd.),
La Misère du monde, Paris, Seuil, 1993, p. 61-79 ; Laurent Muchielli,
Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français, Paris, La Découverte, 2002.
[10]
Ce rapport débouchera sur la publication du travail d’Éric Debarbieux sur
La Violence en milieu scolaire : état des lieux, t. 1, Paris, ZSF, 1996.
[11]
Loi du 21 mars 1882 modifiée par la loi du 22 mai 1946.
[12]
BO n° 11, 15 octobre 1998, hors-série.
[13]
Circulaire du n° 98-120 du 12 juin 1998.
[15]
Daniel Thin, avec Sylvia Faure et Luc Bourgade,
« Désordre » scolaire dans les collèges des quartiers populaires, rapport de recherche pour la Fondation de France et le Centre Michel-Delay, septembre 1999.
[16]
Ce programme est cofinancé par le ministère de l’Éducation nationale, le ministère de la Justice, la Délégation interministérielle à la Ville et le Fonds d’action sociale pour l’intégration et la lutte contre les discriminations.
[17]
VEI Enjeux, 122, septembre 2000. Cette revue (ex-
Migrants formation) est une publication du Centre de ressources Ville-École-Intégration publiée par le Centre national de documentation pédagogique, établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale. Dans le comité d’orientation de la revue figurent une quinzaine de chercheurs, issus en particulier des sciences de l’éducation.
[18]
Ministère délégué à la Ville,
Les Manquements à l’obligation scolaire, rapport multicopié, janvier 2003.
[19]
Les « classes d’alternance », en cours d’installation, auraient pour spécificité d’associer à des parcours scolaires « normaux » une succession d’expériences en milieu professionnel, sur le modèle des stages déjà mis en place en fin de premier cycle de l’enseignement secondaire.
[20]
L’objet et la méthode de l’enquête ont conduit à présenter sur un mode générique des catégories professionnelles qu’il y aurait lieu, par ailleurs, de décrire de façon plus différenciée et approfondie, en prenant en compte à la fois l’espace interne à chacune des institutions avec lesquelles l’école est en relation, et les trajectoires sociales et professionnelles des personnels concernés. La présentation adoptée ici se propose seulement de livrer quelques principes explicatifs des positionnements interinstitutionnels à l’œuvre dans les politiques étudiées.
[21]
Ainsi les personnels de la mission générale d’insertion, les enseignants affectés à des institutions de l’éducation spécialisée et les assistantes sociales scolaires se rapprochent-ils respectivement des personnels des missions locales d’insertion, des éducateurs spécialisés et des assistantes sociales de secteur.
[22]
Arlette Meunier, « Catégorisation spontanée et illusion comptable »,
in SACO, SASO, ARES,
L’Espace social de la déscolarisation…,
op. cit., p. 24-60.
[23]
Un processus analogue a été observé pour le signalement de la maltraitance. Voir Delphine Serre, « La “judiciarisation” en actes. Le signalement d’“enfant en danger” »,
Actes de la recherche en sciences sociales, 136-137, 2001, p. 70-82.