Seules quelques séquences de cette journée de manifestation ont été conservées ici dans l’intention de montrer en quoi la vidéo ou la photographie peuvent, sous condition, constituer de véritables instruments d’investigation sociologique portant au jour ce qui d’ordinaire va de soi et passe du même coup presque inaperçu : l’opposition entre les mots d’ordre politique et les slogans publicitaires qui révèle soudain l’omniprésence des seconds dans l’espace public et exerce par là un effet de critique et de libération ; la longueur inévitable des préparatifs et des moments d’attente au cours desquels les camps se forment et se comptent, s’observent et s’ordonnent, se jaugent puisque c’est aussi de cela que la presse rendra compte ; le face à face des cortèges militants dans lesquels chacun négocie sa place avec tous et des dispositifs policiers où la place des individus ne dépend que de la hiérarchie et des impératifs d’efficacité, comme si deux principes d’organisation du monde s’affrontaient. O.C.