Actes de la recherche en sciences sociales
Le Seuil

I.S.B.N.9782020966269
128 pages

p. 88 à 101
doi: en cours

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Dossier : Les nouvelles (?) frontières du tourisme

n° 170 2007/5

« Nous n’avons rien à Katmandou »

Production militante et usages populaires du tourisme

Sylvain Pattieu
Les voyages à l’étranger organisés par Tourisme & Travail pendant les années 1970 sont révélateurs du décalage entre la production par une élite militante d’un projet touristique et sa réception par le public visé. Cette association de tourisme social, liée aux comités d’entreprise de la CGT, a de hautes ambitions d’éducation populaire et de prise de conscience politique à travers les loisirs, et entend se démarquer des vacances du secteur marchand. Le tourisme social s’inscrit ainsi dans un projet politique et syndical d’ensemble, lié aux représentations du mouvement ouvrier. Les dirigeants de Tourisme & Travail basent leur projet sur une « bonne volonté culturelle » liée à leur expérience de promotion sociale par le biais du militantisme, et sur une vision d’un peuple idéal, disposé à se cultiver. Les pratiques des personnels et vacanciers des centres à l’étranger restent cependant tournées vers la distraction bien plus que vers la réflexion. Dans les années 1980, la lucidité des dirigeants sur ce relatif échec culturel et la prise en compte pragmatique des règles du secteur commercial ont facilité la transformation de l’association de tourisme social en entreprise sociale de tourisme. The trips abroad organized during the 1970s by the association “Tourisme et Travail” reveal the discrepancy between a touristic project developed by an activist elite, and its reception by the targeted public. This association for social tourism, linked with the corporate committees of the CGT union, had strong ambitions in terms of popular education and political awareness through leisure, which led it to distantiate itself from the type of holidays offered in the commercial sector. Social tourism was thus embedd-ed in a political project linked to the trade unions and to the political imagination of the workers movement. The leaders of “Tourisme et Travail” premised their project on a “cultural goodwill” developed through their own experience of upward social mobility achieved through union activism, and on a idealized vision of the popular thirst for culture. Yet, the practices of both the staff and the tourists in the holiday centers abroad remained oriented toward entertainment rather than political reflection. In the 1980s, the diagnosis of relative cultur-al failure established by the leaders of the association and the pragmatic acceptance of the rules of the commercial sector have facilitated the transformation of “Tourisme et Travail” into a touristic social enterprise. Die Auslandsreisen, die von Tourisme & Travail in den 1970er Jahren organisiert wurden, decken den Widerspruch auf, der zwischen der Entwicklung eines touristischen Projekts von Seiten einer engagierten Elite und seinem Zielpublikum besteht. Diese Vereinigung für sozialen Tourismus, die an die Betriebsgruppen der CGT angebunden war, hatte den hohen Anspruch, Volksbildung und politische Bewusstseinsbildung über Freizeitaktivitäten zu entwickeln und sich von kommerziellen Freienveranstaltern abzusetzen. Der soziale Tourismus ist in einem politischen und gewerkschaft-lichen Gesamtprojekt eingeschrieben, das mit den Vorstellungen der Arbeiterbewegung verbunden ist. Die Leiter von Tourisme & Travail gründeten ihr Projekt auf einen „Willen zur Kultur“, der auf ihrer Erfahrung vom sozialen Aufstieg durch politisches Engagement basierte sowie auf ihrer Idealvorstellung vom Bildungswunsch einfacher Arbeiter. Die Praktiken des Personals und der Urlauber in den Ferienzentren im Ausland waren allerdings weitaus mehr der Zerstreuung als der Reflektion zugewandt. In den 1980er Jahren wurde der relative kulturelle Misserfolg von den Betreibern erkannt, und da sie die Spielregeln des kommerziellen Sektors pragmatisch zur Kenntnis nahmen, konnte die Vereinigung für sozialen Tourismus in ein soziales Tourismusunternehmen umgewandelt werden. Los viajes al extranjero organizados durante el decenio de 1970 por Tourisme & Travail, asociación francesa de turismo social, actúan como hechos reveladores de un desfase: una élite militante elabora el proyecto turístico pero éste repercute en el público al que está dirigido. Esa asociación, relacionada con los comités de empresa de la central sindical francesa CGT (Confédération générale des travailleurs), tiene grandes ambiciones en materia de educación popular y toma de conciencia política a través del tiempo libre. A la vez, pretende diferenciarse del sector turístico mercantil. De esta manera, el turismo social se inscribe en un proyecto político y sindical global vinculado a las representaciones del movimiento obrero. Los dirigentes de Tourisme & Travail fundan su proyecto en la «buena voluntad cultural» relacionada con su experiencia de promoción social a través de la militancia, así como en la visión de un pueblo ideal, dispuesto a cultivarse. Con todo, en la práctica, tanto el personal como los turistas de los centros en el extranjero siguen mucho más tentados por la distracción que por la reflexión. Durante la década de 1980, la lucidez de los dirigentes en cuanto al relativo fracaso cultural y la pragmática aceptación de las reglas del sector comercial facilitaron la transformación de la asociación de turismo social en empresa social de turismo.
• Les ambitions d’éducation populaire d’une association liée à la CGT
• La promotion associative d’une élite militante
• Le « succès » des vacances à l’étranger
• Inertie des structures d’animation et accord feint sur les usages
• La faillite de Tourisme & Travail, fin d’un leurre ?


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