Actuel Marx 2002/2
Actuel Marx
2002/2 (n° 32)
224 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782130528036
DOI 10.3917/amx.032.0083
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Vous consultezRépublicanisme, libéralisme et Révolution française

AuteurRaymonde Monnier du même auteur


Dans un Etat libre, tout homme qui est censé avoir une âme libre doit être gouverné par lui-même

Montesquieu

Pour qui s’intéresse à l’histoire du changement conceptuel, à la sémantique et à l’analyse du discours, les études sur le concept de république en France peuvent laisser perplexe. L’idée républicaine telle qu’ont pu l’analyser Claude Nicolet ou Maurice Agulhon prend racine dans la Révolution [1] [1] M. Agulhon, Marianne au combat. L’imagerie et la symbolique...
suite
 ; ce qui fait problème est que le « modèle français » n’est pas réductible au libéralisme, mais se pense sans relation historique concrète avec la tradition républicaine classique et son héritage, le républicanisme. Il semble qu’en France, les idéologies du XIXe siècle aient fait écran à la compréhension des catégories politiques à l’œuvre sous la Révolution. Les usages de concepts de base tels que Etat, gouvernement, société civile, république ont été pris dans des processus de variation de sens dans le temps long en relation avec des concepts voisins et entre eux ; sous la Révolution ils participent d’un réseau conceptuel historiquement significatif d’une perspective de changement, et où leur sens majeur se trouve contesté [2] [2] R. Koselleck, Le Futur passé. Contribution à la sémantique...
suite
.

2 Les interprétations qui ont opposé au XXe siècle les historiens pro et anti jacobins depuis la controverse Furet/ Soboul se sont construites sur l’idée du caractère universaliste et radical de la Révolution pour finalement se rencontrer involontairement sur l’idée de l’« exception française » [3] [3] C. Larrère, « Libéralisme et républicanisme :...
suite
. Il n’est pas question de minimiser ce que l’affirmation d’une identité culturelle marquée peut avoir de positif en termes de respect de la diversité et de reconnaissance de la spécificité de l’histoire nationale. Mais on peut se demander pourquoi l’idée de république, toute enracinée qu’elle soit dans l’histoire des rois, est restée depuis le XIXe siècle l’héritage quasi exclusif de l’histoire de France et de la Révolution : pour François Furet, elle aurait reçu de son baptême, le 21 septembre 1792, « une valeur quasi religieuse, inséparable de la rupture qu’elle opère dans la chaîne du temps » [4] [4] F. Furet, « L’idée de république et l’histoire de...
suite
. Le problème ne renverrait-il finalement en France qu’à la date de la fondation et à la recherche des Pères fondateurs ?

3 L’idée républicaine ou démocratique vue de l’étranger dans une perspective comparatiste se réfère généralement à la Révolution française ; c’est ce qui ressort du moins des grands colloques internationaux du bicentenaire sur la culture politique de la Révolution et sur son image, organisés respectivement en Amérique par Keith M. Baker et Colin Lucas et en France par Michel Vovelle [5] [5] The French Revolution and the Creation of Modern Political...
suite
. Quand au républicanisme il est pratiquement assimilé au jacobinisme, ainsi chez Patrice Higonnet, dans l’analyse de ses effets politiques contrastés de part et d’autre de l’Atlantique [6] [6] P. Higonnet, Sister republics : the origins of French...
suite
. L’interprétation d’Eric Gojosso, au terme d’une étude très documentée sur le concept de république en France sur trois siècles, aboutit à la conclusion que la république de 1792 serait négatrice de toute tradition y compris étrangère. Même l’indépendance américaine n’aurait pas entamé la « spécificité de la pensée républicaine nationale presque toute entière dominée par l’influence de Rousseau » [7] [7] E. Gojosso, suite. La réponse du juriste n’hésite pas à faire table rase des multiples transferts culturels, politiques, philosophiques et religieux qui ont traversé l’Europe des Lumières.

4 Si la révolution marque bien une rupture profonde avec l’ancien régime monarchique, elle est aussi passage vers l’Etat démocratique moderne [8] [8] Du point de vue de l’espace national, voir M. Vovelle,...
suite
 ; en quelque sorte un laboratoire où se croisent toutes les incertitudes et les ambiguïtés du siècle des Lumières et pour lequel les historiens du droit ont inventé le concept de droit intermédiaire [9] [9] La Révolution et l’ordre juridique privé. Rationalité...
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. C’est un laboratoire d’idées où le droit et la culture politique ont une forte dimension temporelle : le rapport « passé-présent » s’inscrit au cœur de l’innovation en termes de projet et d’expériences qui prolongent les théories réformatrices du siècle et renvoient à la genèse de la science politique moderne. Les travaux d’histoire et de philosophie politique en langue anglaise autour de l’école de Cambridge (Pocock, Skinner, Pettit [10] [10] P. Pettit, Republicanism. A Theory of Freedom and Government,...
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 ) et les débats qu’ils suscitent montrent qu’on ne peut ignorer la tradition du républicanisme classique, jusqu’ici peu prise en compte par les historiens français.

Le jeu des définitions

5 Encore faut-il s’entendre sur les mots : il n’y a pas d’analogie entre la République au sens où on l’entend au XIXe siècle, par exemple en 1848, et le gouvernement républicain (au sens de gouvernement civil). Par ailleurs le républicanisme n’est pas analogue au jacobinisme. Le républicanisme est un concept-clé du vocabulaire politique qui évolue sur des siècles et subit des transformations en relation avec des situations historiques spécifiques en Europe et en Amérique : il est confronté dans les circonstances à des conditions langagières et à des stratégies discursives qui déterminent l’usage des thèmes et des notions qui lui sont associées. Le jacobinisme est une catégorie politique de la Révolution française qui a pris dans l’historiographie la dimension d’un concept [11] [11] Voir la communication de J. Guilhaumou dans ce même numéro. ...
suite
. Son histoire est liée à la structuration de l’opinion à travers un réseau national de sociétés politiques, dont le développement et le déclin sont mêlés au processus complexe de transformation révolutionnaire de la société. Si ce mouvement d’opinion a une tendance indéniable à l’hégémonie, il n’est pas uniforme et est travaillé par de multiples composantes qui témoignent de la réalité vivante des clubs ; s’il lui est arrivé de se brouiller dans l’idéologie, ses acteurs ont eu le courage de ne pas se laisser entraîner dans une fuite en avant qui les détachait du réel ; son rôle historique est d’avoir contribué plus que tout autre à la diffusion de l’esprit de liberté et au développement de la culture démocratique [12] [12] Pour une synthèse nationale sur les clubs, et une approche...
suite
.

6 Le jeu subtil des définitions de la famille du mot « république » dans les dictionnaires de langue rend compte du changement dû à la Révolution sans l’enregistrer absolument comme une rupture de sens entre ancien et nouveau. Alors que le mot républicanisme est attesté en français dans son sens classique depuis le milieu du XVIIIe siècle [13] [13] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines...
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, il apparaît seulement en 1835 dans le Dictionnaire de l’Académie, qui situe le sens du côté des opinions : Républicanisme, « Affectation d’opinions républicaines ». Le substantif est toujours pris dans son sens classique et renvoie au Gouvernement : « Etat gouverné par plusieurs ». « Il se prend quelques fois pour, Toute sorte d’Etat, de Gouvernement ». L’adjectif est orienté du côté des affects, de l’esprit politique : « Qui affectionne, qui favorise le gouvernement républicain ». On notera cette citation du dictionnaire de Boiste en 1823, qui assimile la république à l’amour de la patrie : Il y a république partout où se trouve un amour de la patrie vif et non abstrait, métaphysique.

7 Dans son livre sur la démocratie en France de 1789 à nos jours, Pierre Rosanvallon remarque avec raison qu’au XIXe siècle, les deux catégories anciennes grecque (démocratie) et romaine (république) se trouvent alternativement au sommet des valeurs constitutionnelles, au prix de l’ambiguïté de leur signification [14] [14] La démocratie inachevée. Histoire de la souveraineté...
suite
. Or il apparaît que sous la Révolution, les deux mots sont devenus synonymes. Les définitions et les théories qui s’expriment dans la crise constitutionnelle de Varennes (juin-juillet 1791), qui est le premier moment républicain de la Révolution, montrent que le sens du mot république reste ambigu et ne s’oppose pas absolument à monarchie. S’il fallait s’en convaincre, ne voit-on pas dans ce concours d’opinions sur la république, les révolutionnaires s’inquiéter de l’éducation du prince ? leur grand souci semble être de choisir un gouverneur au dauphin !

8 Les journalistes patriotes donnent plusieurs définitions dans la presse pour traduire ce qu’ils entendent par république [15] [15] R. Monnier, « Démocratie représentative ou république...
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. Celle de Brissot dans Le Patriote français est celle du gouvernement représentatif : « J’entends, par république, un gouvernement où tous les pouvoirs sont, 1) délégués ou représentatifs ; 2) électifs dans et par le peuple, ou ses représentants ; 3) temporaires ou amovibles » (Ma profession de foi sur la monarchie et le républicanisme, 5 juillet). Tous renvoient au gouvernement libre, et certains à la théorie de l’Etat libre ou au commonwealth (Paine, Rutlidge, Bonneville). Desmoulins déclare dans les Révolutions de France et de Brabant : « par république j’entends un état libre, avec un roi ou un stathouder ou un gouverneur général, ou un empereur, le nom n’y fait rien » [16] [16] N° 78,23 mai 1791. ...
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. De gouvernement à gouverneur, le sens est un entre deux subtil entre la gouvernance de l’Etat et celle de la cité, où le genre masculin/ féminin garde la trace d’un partage symbolique tout en nuances entre public et privé, entre le gouvernement de l’Etat et celui de la maison. L’ambiguïté est d’autant mieux entretenue que les définitions se veulent rassurantes, dans un contexte où le mot république est devenu tabou : il est censuré à l’Assemblée et au club des Jacobins. La définition de Robespierre dans son discours aux Jacobins le 13 juillet renvoie à l’engagement du patriote : « Le mot république ne signifie aucune forme particulière de gouvernement, il appartient à tout gouvernement d’hommes libres qui ont une patrie » [17] [17] Œuvres de Maximilien Robespierre, VII, Paris, PUF,...
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.

9 Paine précise sa conception de la république l’année suivante dans les Droits de l’homme. Sa définition condense l’idée du bon gouvernement, qui allie les connaissances à la sagesse dans la recherche de l’intérêt public.

10

« Ce qu’on appelle république n’est pas une forme particulière de gouvernement, c’est seulement le caractère du but ou de l’objet pour lequel le gouvernement doit être établi, et auquel il doit être employé. […].
« Tout gouvernement qui n’agit pas selon le principe d’une république, ou, pour parler en d’autres termes, qui ne fait pas de la chose publique son seul et unique objet, n’est pas un bon gouvernement. Un gouvernement républicain n’est rien autre chose qu’un gouvernement établi et dirigé pour l’intérêt public, individuellement et collectivement » [18] [18] T. Paine, Les droits de l’homme, éd. C. Mouchard, Paris,...
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.

11 L’exemple américain éclaire le moment de la fondation par la constitution exemplaire de l’Etat fédéral – un état conforme au but de son institution, le bien général dans l’intérêt du tout et de chacune des parties – à travers le processus démocratique des conventions et des discussions soumises à la règle de la majorité des Etats.

12 La force du texte de Paine est d’énoncer clairement le sens de la révolution accomplie en France de manière irréversible dans le moment de la Déclaration des droits de 1789 : les principes du droit exprimés dans les trois premiers articles et l’inauguration d’un nouvel ordre de choses dans le préambule, qui dévoile littéralement les droits. Une fois le voile déchiré, « il n’est plus possible de le raccommoder » : « quoiqu’on puisse tenir l’homme dans l’ignorance, on ne saurait le faire redevenir ignorant » [19] [19] T. Paine, op. cit. , pp.  147-148. La réception très...
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. Paine construit sa théorie politique dans l’histoire des révolutions, avec la conscience de l’écart irréductible entre bien public et bien général, dans une philosophie de la vie bonne. Son discours met dans le jeu des notions concepts et dans l’analogie du mot à l’idée et aux choses tout ce que Rousseau avait voulu dire sur la liberté de l’homme et du citoyen avec le concept de volonté générale [20] [20] Sur la contribution de Paine à la philosophie morale et...
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. Entre ancien et nouveau, entre principes du droit public et du droit privé, leur philosophie de la liberté lie le principe de la vie bonne aux institutions de la république, avec l’idée que l’ordre d’une société bien réglée renvoie à un ordre pratique des choses qui lie la liberté à la loi, et le principe de la vie bonne à la liberté politique et à la conscience morale de l’individu [21] [21] Sur Rousseau, voir R. D. Masters, La philosophie politique...
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.

La liberté politique et l’histoire

13 Il n’est pas indifférent de remarquer que le républicanisme revient en force sous l’influence des travaux de l’école de Cambridge quand le mot citoyen devient un adjectif dans la langue française. En 1995, le livre de Jean-Fabien Spitz La Liberté politique faisait le lien, à travers Rousseau, entre le domaine français et le républicanisme anglophone [22] [22] La Liberté politique. Essai de généalogie conceptuelle,...
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. L’auteur analyse les conceptions concurrentes de la liberté politique depuis l’Antiquité pour conclure, après une critique très serrée du paradigme libéral, de la thèse de Skinner et de la liberté républicaine chez Rousseau, que la problématique républicaine de la liberté qui lie la liberté à la soumission à la loi illustre la voie médiane, avec la notion de bien commun et de valeurs partagées. La satisfaction des désirs individuels est garantie seulement quand la forme politique défend l’appétit de domination. Elle n’est pas celle du bien vivre, par la participation, chacun selon son rang, à la recherche et à la mise en œuvre de la vie bonne, qui renvoie à la philosophie et à la cité grecques. Les limites du débat philosophique suscité par Isaiah Berlin en 1958 sur le dilemme de la liberté positive et de la liberté négative renverraient de l’analyse à l’histoire. Revenons donc à l’histoire de la Révolution.

14 Ce qui m’intéresse est le problème du transfert révolutionnaire des théories du républicanisme, notamment à travers les textes de la révolution anglaise [23] [23] Pour l’écho des textes anglais, voir O. Lutaud, « Emprunts...
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et la reprise des thèmes de l’humanisme civique dans le processus révolutionnaire qui mène à la chute de la royauté pour voir comment les patriotes se réapproprient ce langage pour défendre leur option républicaine. Cette histoire s’intègre dans la généalogie de la souveraineté démocratique et des théories sociales. Elle témoigne aussi de la résonance particulière du républicanisme en période de crise du pouvoir. Le concept, auquel la révolution donne une forte valeur d’orientation et d’attente, en même temps qu’il est publiquement contesté dans la crise de Varennes, acquiert une charge sémantique nouvelle, qui lui donne une fonction rhétorique créatrice et une place stratégique dans le discours public radical.

15 Contrairement à ce qu’affirment certains auteurs, la république n’a pas été proclamée le 21 septembre 1792, comme ce fut le cas en 1848. L’abolition en France de la royauté, « ce talisman magique dont la force serait propre à stupéfier encore bien des hommes », était alors un acte beaucoup plus significatif : après s’être levée toute entière pour décréter par acclamation la proposition de l’abbé Grégoire, l’Assemblée dut aller aux voix. La scansion du récit du Moniteur qui note un « profond silence » après la fermeture de la discussion et décrit l’explosion de joie qui suit l’adoption du décret, dit assez l’importance attachée à cette « loi solennelle » [24] [24] Moniteur, XIV, 8. ...
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. La république n’est encore qu’un projet chargé d’un tel espoir de changement qu’il donne à la séance inaugurale de la Convention une tonalité surréaliste ; l’enchaînement des énoncés suggère que les représentants du peuple se sentaient engagés par la force des choses et comme entraînés dans la voie incertaine d’un horizon difficile à définir [25] [25] H. Dupuy, « L’épiphanie républicaine dans les actes...
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.

16 Dans un article récent, Keith Baker analyse le langage du républicanisme au XVIIIe siècle en termes de discours de la volonté et arrive à la conclusion qu’il aurait subi dans la crise révolutionnaire une transformation pathologique qu’incarnent trois figures emblématiques de la terreur, Marat, Robespierre et Saint-Just [26] [26] K. M. Baker, « Transformations of Classical Republicanism...
suite
. La distinction rapide établie en début d’article à propos de la crise de Varennes sauve, face au « républicanisme des anciens » (des Cordeliers), le « républicanisme des modernes », celui du Républicain (Paine et Condorcet), qui parle « le langage des droits, de la raison et de la représentation […] le discours individualiste de la société civile ». Peut-on appliquer aux théories qui émergent dans le moment républicain de 1791, la distinction des deux libertés formulée par Constant en 1819 dans le contexte de la Restauration ? Bien des événements se sont passés entre temps et, comme bien d’autres républicains de son temps, Constant a dû changer d’opinion ; cela ne diminue en rien l’écrivain, mais lui vaut de figurer en bonne place dans un malicieux dictionnaire [27] [27] A. B. Spitzer, « Malicious Memories : Restoration...
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. Cela nous permet-il de comprendre l’évolution de la rhétorique républicaine dans le processus accéléré de transformation de la société ?

17 Je n’ai rien contre l’usage des métaphores ; la révolution est sans doute une crise du corps politique et la terreur un phénomène complexe où le discours est lié à des représentations collectives dont l’émergence tient à de multiples facteurs. La violence est un effet des contradictions qui traversent la société en révolution, à commencer par les effets du conflit religieux [28] [28] B. Cousin, M. Cubells, R. Moulinas, La pique et la croix. ...
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et de l’opposition dialectique entre contre révolution et révolution. Bronislaw Baczko a montré comment l’imaginaire de la terreur se construit sur un discours et un contre-imaginaire intense dans la période trouble du moment thermidorien, pour liquider les séquelles culturelles et psychologiques de la tension dramatique de l’an II [29] [29] Comment sortir de la terreur. Thermidor et la révolution,...
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. Chacun peut appliquer à l’histoire des concepts les méthodes qui lui conviennent, l’histoire langagière, l’histoire culturelle et l’histoire des représentations inspirent des travaux qui étendent notre connaissance de l’histoire. Ayant pratiqué avec des historiens et des linguistes la méthode d’analyse des textes qui s’est développée au laboratoire de Saint-Cloud [30] [30] Laboratoire qui a été décentralisé à Lyon avec l’ENS...
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, j’applique à l’histoire des notions concepts au XVIIIe siècle une analyse en contexte au plus près du vocabulaire, pour comprendre comment certains événements déterminent de nouvelles stratégies discursives, et repérer les signes du changement conceptuel au fil de l’usage des mots et… de l’abus des mots, pour en approcher plus sûrement le sens et tenter de rendre l’histoire intelligible. Ce n’est qu’une méthode parmi d’autres qui garde la part de subjectivité de toute analyse sémantique.

18 La grande scène de l’éloquence publique est-elle la plus sûre tribune pour reconnaître la qualité du langage et la vérité d’un discours chez des républicains qui s’entendent assurément mieux sur le plan des principes que sur le choix des stratégies politiques ? Le journalisme d’auteur me semble un objet intéressant dans la mesure où au lieu d’asséner des arguments dans de grandes joutes oratoires, il développe un art élaboré et des stratégies de discours qui fonctionnent à plusieurs niveaux, comme celles des écrivains des Lumières. Bonneville est moins ésotérique qu’il n’y paraît si on admet que son style et son art d’utiliser les signes peut être aussi un masque pour s’adresser à qui sait l’entendre [31] [31] Son activité de traducteur et de passeur des Lumières...
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. Quand il met en tête de la Bouche de Fer, le jour de l’Apothéose de Voltaire, un vers d’un poème de Diderot qui a mobilisé depuis de savantes recherches, en le présentant comme « paroles familières » du philosophe, ce serait faire injure à l’éclectisme de l’écrivain des Lumières de penser qu’il ne connaissait pas les Eleuthéromanes et le trajet de la citation [32] [32] Voir l’édition critique des Eleuthéromanes par J. Varloot...
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. L’auteur de l’Esprit des religions attribue au mot parole un sens quasi divin, mais l’intention ne regarde que lui ; reste que l’énoncé tyrannicide du célèbre dithyrambe, dut faire un certain effet dans le contexte de Varennes et était de nature à réveiller chez les initiés l’enthousiasme de la liberté. Le lendemain le Moniteur avance une autre manière, héritée des compilateurs humanistes, avec la publication anonyme d’un long extrait des Discorsi de Machiavel intitulé « Un peuple est plus sage et plus constant qu’un prince ». Il accompagne ce fragment, tiré d’une traduction courante, d’une glose qui s’adresse à des lecteurs critiques – « ce morceau pourra tirer des circonstances un nouveau degré d’intérêt » – et de la citation de Rousseau dans le Contrat Social (édition de 1782) : « ce profond politique [Machiavel] n’a eu jusqu’ici que des lecteurs superficiels ou corrompus » [33] [33] Moniteur, IX, p.  94-95. Il s’agit du chap. 58 du...
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. L’extrait des Discorsi pouvait être une manière détournée de participer au débat de circonstance, ouvert le 6 juillet par Sieyès dans les colonnes du journal.

19 En 1793, l’art jubilatoire du Desmoulins de 1789 est devenu plus austère à mesure que son républicanisme s’est épuré, par la conscience du drame qui fige la révolution. Le Vieux Cordelier récuse le « visage de caméléon de l’antichambre » et dénonce de front la corruption en chargeant Hébert de barbariser la langue ; il veut briser le cercle de la perversion des signes dans le langage révolutionnaire : « La politique de la république, c’est la vérité », la politique concrète de la cité dans l’écart du réel à l’idéal athénien. Son texte polyphonique résonne comme un avertissement dans une écriture de l’urgence à qui peut encore l’entendre [34] [34] G. Benrekassa, Camille Desmoulins écrivain révolutionnaire :...
suite
. Indépendance réaffirmée de l’auteur dans une guerre terrible des mots ou liberté du journaliste-écrivain dans un espace politique tyrannique ? Le machiavélisme revendiqué servirait-il seulement à défendre la liberté de la presse, « l’alphabet de l’enfance des républiques » ? L’exercice frise l’équilibrisme, quand il en vient à la vertu, mais qui peut dire qu’il n’avait pas l’énergie des « âmes fortes » pour apostropher en public son ancien camarade de collège ? Le dialogue fraternel de l’écriture garde l’accent de l’amitié qui peut ménager un espace de communication oblique et reporter en pensée aux idéaux partagés de la jeunesse. La rhétorique de l’écrivain emprunte le masque latitudinaire contre le rigorisme de la vertu : elle rappelle au déiste militant que l’engagement éthique et la rigueur morale ne sont pas les qualités les mieux partagées. Pour Camille, le style est affaire de tempérament et l’écriture une manière de vivre. Sa situation d’écrivain révolutionnaire rappelle la difficulté d’être dans la langue de la liberté contre le langage public de l’universel des droits.

20 Dans le moment thermidorien, le combat de Babeuf est d’une autre trempe avec le retour éphémère de la liberté illimitée de la presse. Son Tribun du Peuple se pose en continuateur des prophètes des débuts de la Révolution. S’armant comme Marat du « foudre de la vérité », il adopte un style où les figures comme l’avis, le serment, rappellent les manifestes cordeliers du premier moment républicain : « c’est le sénat qu’il faut constament surveiller ». Son discours civique développe dans un délire d’inventions stylistiques, à côté de l’usage débridé des néologismes, une critique de ce qu’il désignera l’année suivante comme la réaction thermidorienne [35] [35] Sur la rhétorique de Babeuf, voir E. Walter : « Babeuf...
suite
. L’apostrophe des adversaires et la répétition incantatoire du vocabulaire de la corruption, sont caractéristiques de la deuxième campagne de Babeuf, qui veut régénérer la langue en agissant sur l’empire usurpé des mots. L’accumulation des oppositions, des termes du renversement et des néologismes à partir de l’élément rétro-, pour définir le retournement complet du cours politique et des principes démocratiques, soutient l’argument de la résistance légitime. Reste que dans le Paris de l’an III, le prophétisme se retourne déjà en rhétorique de la rédemption et du sacrifice héroïque du martyr de la liberté : « J’écris. […] j’oublie tout pour la patrie […] je n’appartiens plus qu’à la défense des droits du peuple ». Cette mise en scène de soi par identification à la voix du peuple donne à son discours une sincérité et une énergie crépusculaires. Babeuf et Desmoulins n’ont pas eu, comme Bonneville, le bonheur d’être ou de paraître assez fous pour ne pas perdre la tête. Reste que s’ils ne sont pas de grands politiques, ces trois athlètes de la liberté de penser et d’écrire peuvent tracer de leur plume indépendante, de part et d’autre de Thermidor, la devise de la république.

Républicanisme, révolutions atlantiques et patriotismes

21 Après que deux grands historiens aient disputé en France de l’authentique qualité républicaine de deux figures majeures de la Révolution, Danton et Robespierre, c’est d’Amérique qu’est venu avec le livre de Robert Palmer, Twelve who ruled, une appréciation mesurée du gouvernement de l’an II et un portrait collectif des membres du grand Comité de Salut public qui ne manquait pas de dignité [36] [36] Twelve who ruled. The year of the Terror in the French Revolution,...
suite
. Traitant des clivages politiques avec nuance, il suggère les incertitudes inhérentes à toute distinction a posteriori en décrivant leur action au plus près des faits, et retient surtout le patriotisme ardent qui les rassemble. Il n’hésite pas à clore le récit de l’exécution des trois « éminents horslaloi » de Thermidor par cette réflexion : « Cet instant – personne ne pouvait s’en douter – mit fin à tous les lumineux espoirs d’une république démocratique ».

22 Cherchant à mesurer l’efficacité de la politique des Douze à son application en province, il montre comment le gouvernement révolutionnaire est lié à l’action conjuguée et aux compromis réalisés entre les envoyés de Paris et les pouvoirs locaux, et dépend aussi de la personnalité des représentants en mission. En attendant les résultats de l’enquête collective en cours sur ces missionnaires de la république [37] [37] M. Biard, Missionnaires de la République. Les représentants...
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, les travaux innombrables d’histoire locale ou les biographies réalisés depuis le livre de Palmer n’infirment pas ce constat sur la politique de l’an II. La terreur ne saurait être interprétée comme un système de gouvernement. La politique nationale est largement tributaire des rapports complexes d’autorité et de pouvoir entre le centre et la périphérie, où l’efficacité se mesure à la politique et aux groupes de pression locaux.

23 Alors que se dessine avec le républicanisme une géographie et une évolution longue du langage de l’humanisme civique, mise en lumière par le livre de John Pocock voici bientôt trente ans, des Cités-Etats de la Renaissance aux révolutions atlantiques, la forme historique prise par la république en France à la fin du XVIIIe siècle, demeurerait à l’écart de la reconnaissance de l’évolution historique positive de la république et des origines de l’Etat moderne ? Le républicanisme renvoie indirectement aux discussions autour de la notion de « révolution atlantique » dans le contexte de la guerre froide. On a oublié la vive controverse suscitée par le rapport de Jacques Godechot et de Robert Palmer au Congrès International des Sciences historiques de Rome en 1955 à propos de la notion, et du livre du même Palmer, The Age of the Democratic Revolution [38] [38] 1959 pour le tome I et 1964 pour le tome II. Voir la préface...
suite
. Du rapport contesté de Godechot et Palmer et de leur conclusion que jamais les liens entre les pays bordant l’Atlantique Nord n’avaient été aussi étroits que pendant la période révolutionnaire (1770-1800) à une vue plus sereine des choses, il se dessina finalement un accord sur les désignants socio-politiques des acteurs de ces révolutions : les propagateurs du mouvement révolutionnaire dans tous les pays furent qualifiés de patriotes de 1770 à 1792, puis de jacobins.

24 L’idée de la propagation de la théorie républicaine dans les révolutions démocratiques surgit heureusement dans un tout autre contexte que celui de la notion de révolution atlantique en 1955. Les travaux sur la spécificité des révolutions dans chacun des pays concernés, ceux sur les transferts culturels, sur les supports des principaux vecteurs de cette propagation révolutionnaire – je pense notamment aux travaux des historiens italiens [39] [39] AHRF, 1998/ 3. L’Italie du triennio révolutionnaire. ...
suite
– invitent à étudier les différents aspects du républicanisme et la transformation du langage de l’humanisme civique avec un peu plus de sérénité. À propos de l’Italie, le double héros de la victoire de Marengo symbolise toute l’ambiguïté du patriotisme : l’armée de Bonaparte, en franchissant les sommets emblématiques du passage des Alpes s’est-elle levée pour la liberté de l’Italie ou pour l’idée de la Grande nation [40] [40] AHRF, 2001/ 2. Louis Charles Antoine Desaix officier du...
suite
 ? S’il m’a fallu passer par la terreur pour aborder le républicanisme c’est sans doute que dans la juste balance de l’action et de la réaction des choses le révisionnisme va trop loin. Constant avait écrit là-dessus en 1797 un texte de circonstance à propos des réactions politiques de la période révolutionnaire [41] [41] Des Réactions politiques, an V ; 2ème édition augmentée...
suite
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25 Depuis que le bicentenaire a amené les historiens à entendre 1789 comme la seule date importante à retenir pour l’histoire de la Révolution, on a presque oublié que Jacques Godechot, cohérent dans sa thèse sur les révolutions atlantiques, faisait commencer son récit de la Révolution française en 1787 – date de la Constitution des Etats-Unis, et de la défaite des patriotes du Brabant – qui est aussi celle de résistances politiques, d’agitations et de troubles multiformes [42] [42] Histoire Universelle, sous la direction de R. Grousset,...
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. Ne voit-on pas des patriotes comme Desmoulins, Carra, Tournon et les époux Robert annoncer clairement cette filiation en 1789 par le titre de leurs journaux, des Révolutions de France et de Brabant aux Révolutions de l’Europe, avec le nouveau lieu de la politique : les Révolutions de Paris.

26 La révolution du journal est faite par les sociétés « d’écrivains patriotes » et les journalistes qui portaient déjà en eux la vie politique active de la cité, la vita activa de la république, pour s’être engagés dans la réflexion politique qui précède la révolution [43] [43] Sur le rôle des Lycées à Paris comme lieu de pédagogie...
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. Récusant les dénominations de parti du Directoire, Bonneville ouvre encore son Vieux Tribun par cette profession de foi en 1795 : « Oui, je suis patriote, et un patriote de 84, de 89 et toujours le même en 95. Quelque soin que j’aie pris d’exterminer ma face » [44] [44] Le Vieux Tribun, pp.  12-13. ...
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. Trêve de dates incertaines, la révolution de la souveraineté, du Serment du Jeu de Paume à la prise de la Bastille, a bien eu lieu en 1789. Celle-ci s’effectue à Paris sur le mot d’ordre des patriotes qui court de l’assemblée du Musée aux Jardins du Palais Royal : Aux armes citoyens ! Le registre de l’action donne naissance à d’autres formes politiques, dans une conjugaison permanente d’assemblées et de journaux. L’analyse de la langue reconstruit le trajet qui, de la formule d’engagement des députés de Versailles – signe d’une longue pratique de juristes et d’humanistes habitués à scruter les problèmes en transformant les énoncés – à l’effet d’objectivité des récits des porte-parole, conduit au processus symbolique complexe qui structure l’événement fondateur de l’identité nationale [45] [45] R. Balibar, op. cit. , pp.  112-128. H. -J. Lüsebrink,...
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27 Pour voir comment le langage du républicanisme s’est concrètement actualisé dans un premier temps, puis transformé dans le mouvement révolutionnaire qu’il contribue à orienter, je m’en tiendrai aux premières années de la révolution, de part et d’autre de la crise de Varennes. Pour rendre compte des effets de l’innovation politique dans l’expérience de la révolution, j’analyserai l’action langagière de deux patriotes qui ont grandement contribué à diffuser l’esprit de liberté de 1789, et peuvent faire office de témoins républicains, François Robert par son rôle important à Paris et Jean-Louis Carra grâce au succès de sa feuille dans les départements. Par ailleurs, l’évolution de la théorie républicaine de Lavicomterie, centrée sur le problème de la liberté politique et morale de l’individu, montre comment la crise de Varennes entraîne une radicalisation de la rhétorique anti-tyrannique. Ils ont tous trois siégé à la Convention et sont loin d’être des personnalités marginales ; s’ils ont eu un moment de célébrité pour leurs écrits et leur action révolutionnaire, il ne s’agit pas des mieux connus.

La diffusion de l’esprit de liberté et le langage du républicanisme

28 François Robert, qui préside les Jacobins en janvier 1791, se rapproche en mars de la Société fraternelle des deux sexes, dont il devient président après le départ de Dansart. C’est lui qui a réactualisé le terme de républicanisme en novembre 1790 avec sa célèbre brochure Le républicanisme adapté à la France, qui est à nouveau publiée au moment de la fuite du roi. Cet avocat originaire de la principauté de Liège se signale sous la Révolution par son action patriotique et pamphlétaire, et pose dans la presse des questions essentielles sur le gouvernement et la liberté politique. On peut suivre, à la succession des titres et des fusions du Mercure national, la géopolitique révolutionnaire qui de Liège à Paris et Arras cimente l’engagement patriotique de ses principaux rédacteurs [46] [46] François Robert quitte Givet pour Paris en août 1789 pour...
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. Le Mercure national continue en décembre 1789 le Journal d’Etat et du Citoyen, fondé en août par sa future femme Louise de Kéralio, de l’Académie d’Arras et de la Société patriotique bretonne [47] [47] Il s’agit d’une société de pensée fondée à Rennes...
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. Le prospectus précise que le journal est distribué en province et à Paris, ainsi qu’à Londres et à Bruxelles. Après sa fusion en août 1790 avec les Révolutions de l’Europe d’Antoine Tournon (de l’Académie d’Arras), ce « journal démocratique » compte comme principaux auteurs, outre Tournon et les époux Robert, des membres d’autres Académies (Guinement de Kéralio, Hugou de Bassville). Tous sont membres des Jacobins ; les Révolutions de l’Europe d’Antoine Tournon faisaient suite aux Révolutions de Paris, distribuées en 1789 chez Prudhomme, dont il avait été le premier rédacteur [48] [48] Voir le bel éloge funèbre de Robert à l’auteur des...
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. Les stratégies éditoriales et les collaborations se font et se défont au fil des événements et de la radicalisation de la feuille de Robert. En avril 1791, la fusion du Mercure national avec le Journal général de l’Europe révèle la base de l’engagement cosmopolite initial de ses auteurs, ce journal étant la dernière forme d’une feuille fondée à Liège en 1785 sous ce titre par P. H. M. Lebrun (Lebrun-Tondu) et J. J. Smits, qui eut plus d’une fois maille à partir avec les autorités de la principauté de Liège [49] [49] M. Tourneux, Bibliographie de l’Histoire de Paris pendant...
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. Pendant les deux années de son existence, le journal des Robert aura été un des principaux organes du républicanisme cosmopolite en révolution.

29 Au même titre que le Cercle Social, véritable lieu d’émergence de l’espace public démocratique, le Mercure national est un carrefour d’idées libérales, qui témoigne de l’engagement de gens de lettres éminents dans la révolution et la république sur la base d’une réflexion sur l’économie politique. L’égérie de ce cercle de « patriotes » qui se réunit chez les Robert est Louise de Kéralio [50] [50] Sur le salon de Louise, voir G. Mazel, art. cit. , p.  192. ...
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. Elle a dirigé de 1786 à 1789 une « société de librairie » qui a publié et diffusé en Europe des traductions et des ouvrages d’histoire, notamment d’auteurs féminins ; elle-même s’est distinguée en littérature par ses traductions de l’anglais et de l’italien. La société d’écrivains patriotes qui anime le Mercure national appartient au milieu des Académies, Robert est professeur de droit public à la Société philosophique ; tous, à coup sûr, connaissent leur sujet, qu’ils abordent la politique étrangère ou la théorie du gouvernement, même si leurs prises de position peuvent par moment diverger. L’épigraphe du journal ne change guère, de l’analogie du journal de Louise à celle du drapeau du district des Filles Saint-Thomas (Vivre libres ou mourir), à l’épigraphe du Mercure national : Vivre libre ou mourir. Ce quartier prend en 1790 le nom de section de la Bibliothèque, du nom de la Bibliothèque du roi qui logeait depuis 1721 dans l’ancien hôtel de Nevers, et où était employé un autre rédacteur du Mercure national en 1790 qui n’est autre que Jean-Louis Carra [51] [51] Guinement de Kéralio était commandant de la garde nationale. ...
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30 Robert développe en mai 1790 dans le Mercure National, une réflexion sur le droit international en émettant l’idée d’une assemblée générale des nations, de conventions sur le droit des gens et d’un arbitrage des différends par l’institution d’une « haute cour internationale » [52] [52] Mercure National ou Journal d’Etat et du Citoyen, n° 6...
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. Il avait déjà exposé ses idées dans deux mémoires en 1789 ; son Projet d’établissement d’une Société de jurisprudence avait été présenté au roi en septembre 1789 ; il reprend dans le Mercure national l’idée que Le droit de faire la paix et la guerre appartient incontestablement à la nation. En récusant la diplomatie des cours européennes et des puissances étrangères, Robert s’inscrit dans la réflexion du XVIIIe siècle sur la possibilité d’une société des nations et les moyens juridiques de la paix, et dans le sillage de la réflexion de Rousseau sur les écrits de l’abbé de Saint-Pierre [53] [53] G. Lafrance, « L’abbé de Saint-Pierre et Jean-Jacques...
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. Il défend en juin 1790 l’idée d’une alliance soutenue de part et d’autre de la Manche par les patriotes dans un esprit « impartial » : « Les François & les Anglois unis ! et unis non pour conquérir, mais pour inspirer l’amour de la liberté ! » [54] [54] Il convient d’évoquer, à propos de l’amitié franco-anglaise,...
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31 Robert envisage pour l’avenir une union fraternelle des nations : « Alors il se fera entre la société d’Europe, un nouveau pacte social, dont les bases seront les mêmes que celles du pacte des petites sociétés qui forment cette partie du monde » [55] [55] Ibid. , n° 9,13 juin 1790, « Adresse & invitation...
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. Cette réflexion sur la paix est liée à sa conception du républicanisme. Louise Robert signe entre autres dans le Mercure national des articles remarquables sur les sociétés patriotiques [56] [56] Au printemps 1791, elle est comme Robert membre des Cordeliers,...
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. Son père, Guynement de Keralio [57] [57] Membre de l’Académie de Stockholm et de celle des belles-lettres,...
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, connu dans le monde des Lettres pour ses traductions et comme rédacteur du Journal des Savants, donne régulièrement dans le journal des extraits d’ouvrages politiques, d’essais et de papiers anglais. Il signe des articles comparant la glorieuse révolution d’Angleterre à celle de France, rappelant les principes « qui servent de fondement à la constitution de tout état libre » [58] [58] Mercure National ou Journal d’Etat et du Citoyen, n° 2,18...
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. En attendant l’union fraternelle des Européens, Robert entretient des liens avec les patriotes étrangers, rend compte en détail des événements du Brabant et soutient la Société des Amis de la liberté helvétique [59] [59] Mercure National et Révolutions de l’Europe, n° 43,30...
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32 Sa défense de la liberté individuelle repose sur les principes du droit et de la liberté naturelle et civile. On le voit s’interroger sur la question de la liberté de la presse où il ne peut y avoir de sujets tabous, ni de personne qui échappe à la censure. Ce serait ouvrir la voie au despotisme et à la corruption « de paralyser nos plumes, lorsque nous voudrons écrire sur le roi et la royauté » [60] [60] Ibid. , 6 août 1790. G. de Kéralio publie fin 1790 deux...
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. En août, après le rassemblement royaliste du Camp de Jalès et l’affaire de Nancy qui signale pour lui le retournement des principes de liberté, il défend la cause des soldats et s’empare des thèmes républicains, exhortant les citoyens à rester vigilants et actifs : « Les attributs d’un peuple libre sont l’activité, la surveillance, une agitation continuelle » [61] [61] Ibid. , n° 39,16 novembre 1790. ...
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. Dès la fin novembre 1790, Louise Robert déplore l’influence à l’Assemblée des hommes corrompus qui « y dictent les décrets, y disposent du sort des nations, y trafiquent de la gloire de leur Patrie ! ». Robert développe ses arguments dans le contexte des événements et des débats de l’Assemblée. C’est ainsi qu’il combat l’idée d’une armée permanente, ou de troupes soldées, qui donneraient trop de force au pouvoir exécutif [62] [62] Ibid. , n° 38,12 novembre 1790. ...
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. Pour lui, la royauté est « une institution bizarre et incompatible avec le système de la raison et de la liberté […] aussi hétérogène dans l’ordre de la société que dans l’ordre de la nature ».

33 De novembre 1790 à mars 1791, la suspicion croissante envers le pouvoir exécutif entraîne une réflexion critique qui n’épargne pas l’Assemblée : la loi ne peut avoir en vue que l’intérêt général, « les décisions qui n’ont pas ce caractère ne sont pas des lois du tout, mais des actes de tyrannie » [63] [63] Ibid, n° 35,2 novembre 1790 et n° 7,28 janvier...
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. Comme Bonneville, il attribue à la libre communication des opinions un pouvoir de censure rationnelle, et exprime clairement son désaccord avec certaines pratiques jacobines, comme le serment à la constitution. Étant lui-même contre certains décrets, il ne peut prêter sincèrement le serment de la maintenir, et se demande « si le serment n’est point un acte d’intolérance politique […] s’il ne doit pas être limité à la simple obéissance à la loi de l’état » [64] [64] Mercure national et étranger ou Journal politique de l’Europe,...
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. Robert est au centre de l’activité des sociétés fraternelles qu’il fédère en mai 1791, et impulse aux côtés de Bonneville et des Cordeliers la campagne de pétitions de juin-juillet 1791. L’année suivante, il est avant son élection à la Convention, un des personnages les plus importants de la Commune du 10 août [65] [65] Il est secrétaire de Danton quand celui-ci est porté au...
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La crise de l’exécutif et la radicalisation de la rhétorique républicaine

34 Si le massacre du Champ de Mars a mis fin aux espoirs immédiats des républicains, il n’a pas réglé la crise de confiance envers l’exécutif royal. Sous la Législative, la question de la guerre est décisive dans le processus qui mène à la chute du trône. La polémique s’étire sur des mois jusqu’à la déclaration de guerre, et se prolonge avec les revers militaires qui suivent l’entrée en campagne ; elle ne se limite pas aux débats au sein du club de la rue Saint-Honoré, ni au fameux duel Brissot-Robespierre [66] [66] Sur les composantes de la rhétorique belliciste, voir M. ...
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. Les enjeux et les mobiles de ceux qui pensent que la guerre est inéluctable sont complexes ; on ne peut minimiser l’influence de l’opinion à Paris et dans les départements. Dans ce contexte, deux républicains sont représentatifs de la radicalisation de la rhétorique jacobine, Carra comme journaliste patriote et Lavicomterie, comme théoricien publiciste.

35 Jean-Louis Carra fait partie des hommes de lettres qui ont trouvé dans le journalisme de 1789 une nouvelle raison d’être. Il a derrière lui la longue expérience d’un écrivain qui s’est passionné pour les théories du siècle [67] [67] S. Lemny, Jean-Louis Carra (1742-1793). Parcours d’un...
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. Quand, après la guerre des libelles, l’événement concentre les énergies sur une actualité brûlante, celui qui se proclamait volontiers prophète et philosophe adopte l’arme par excellence, celle du journaliste patriote, qui balaie les pratiques d’ancien régime et brise les idoles pour impressionner les tyrans. Quand « tous les masques sont déchirés », la force des idées et l’énergie des expressions annoncent les progrès de la raison publique et la diffusion infinie des Lumières. C’est grâce aux Annales patriotiques et littéraires qu’il dirige qu’il se fait en un temps record une solide réputation dans le pays, où son journal rencontre une audience remarquable dans les clubs [68] [68] M. L. Kennedy, « “L’Oracle des Jacobins des départements” :...
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. Son élection à la Convention dit assez son influence en province, puisqu’il est le seul député à être élu dans huit départements.

36 Rapportées au républicanisme, les lignes de force de son discours présentent une version cohérente de son engagement militant. Il développe dans son journal une propagande patriotique inspirée, défend dès le début de la révolution l’idée fédérative et affirme dans les circonstances une prédilection pour les questions touchant l’armée, la diplomatie et la guerre. Son combat de journaliste est celui du jacobinisme conquérant de 1792 : par sa place au comité de correspondance, Carra est au cœur de l’entreprise pédagogique en direction du réseau national. Ses prises de position évoluent dans l’événement, mais restent fidèles à la philosophie morale et politique de ses œuvres précédentes. Il est du petit nombre des journalistes qui tiennent à l’idée d’une contiguïté d’esprit des révolutions de France et de Brabant. S’il défend des options de type diplomatique, sur le problème des émigrés ou le renversement des alliances, c’est qu’il partage d’abord l’idée d’une entente possible avec l’Angleterre, autre peuple libre [69] [69] Il ira même jusqu’à émettre l’idée d’un changement...
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. Sa croisade contre la corruption, ses prises de position contre l’agiotage, montrent qu’il partage avec les républicains radicaux le thème de la régénération morale ; bien qu’il soit l’élu des départements à la Convention, il ne suit pas la Gironde dans ses votes au procès du roi ni dans sa lutte contre la Commune et Paris, et après le 31 mai développe le thème du ralliement à la Constitution.

37 De la demande de la formation spontanée d’une garde bourgeoise en juillet 1789 aux côtés de Bonneville, à la propagande précoce pour l’armement général des citoyens et au succès de sa campagne de 1791-1792 en faveur de la fabrication des piques, l’idée était celle de la liberté publique défendue par le peuple en armes, par la vertu du citoyen soldat ou du soldat citoyen [70] [70] Annales patriotiques et littéraires (ci-après APL), 16...
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 : ainsi est réaffirmée dans l’événement la figure classique du citoyen. Il expose ses principes en août 1790 dans un discours aux Jacobins : « tous les chemins des honneurs civiques » doivent être ouverts au soldat, l’armée est inséparable de la nation [71] [71] A. Aulard, La Société des Jacobins, I, pp.  241-246. ...
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. Ses prises de position sur les questions de politique étrangère, inspirées de l’universalisme des Lumières, montrent qu’en matière de relations entre les peuples, cosmopolitisme et patriotisme ne s’opposent pas de manière absolue.

38 La lutte idéologique se durcit à l’épreuve de la résistance très réelle des adversaires de la régénération de la nation, terme clé de la rhétorique révolutionnaire en faveur du nouvel ordre de choses « au physique et au moral » [72] [72] Sur l’origine théologique et scientifique du terme et...
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. Conscient du rôle des écrivains dans la formation de la nouvelle langue politique – il fait partie de la Société des amateurs de la langue française [73] [73] Sur la société fondée par Domergue, voir W. Busse et...
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– Carra développe dans sa feuille une réflexion sur le vocabulaire politique pour rendre compte du changement inouï qui s’accomplit dans « la grande Révolution de la Liberté Française » [74] [74] APL, Prospectus cité par Labrosse et Rétat, op. cit. ,...
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. Acteur essentiel sur la scène de la communication, il exprime à plusieurs reprises l’idée que du fait de la révolution, la régénération politique a précédé la régénération morale nécessaire à l’état républicain : « pour arriver à ce gouvernement céleste, il faut être préparé par une régénération générale et décidée de mœurs, de principes et d’idées » [75] [75] APL, 8 juillet 1791, pp.  1651-2. Sur la grande question...
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39 Pris comme principal obstacle à la liberté, le terme clé de corruption, attribut menaçant l’exécutif royal et les ministres « courtisans », marque une étape décisive de la reprise des catégories de l’humanisme civique. Appliqué par Carra en 1789 au gouvernement de la monarchie absolue, pour figurer la gangrène qui des cercles du pouvoir a envahi la société et les mœurs, il vise aussi dans L’Orateur des Etats généraux la politique étrangère, « l’un des plus destructeurs effets de cette corruption intérieure », et la diplomatie française, subjuguée par la cour de Vienne depuis le traité avec l’Autriche [76] [76] Stefan Lemny, op. cit. , p.  153. ...
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. La fuite à Varennes donne prise aux soupçons sur la duplicité d’un roi dont le « véritable ministère » est à Coblentz. Au début de 1792, le journaliste développe la « théorie pratique du système de corruption » : « Nous avons cru détruire la tyrannie en détruisant la Bastille, mais nous n’avons détruit que des pierres ; car l’esprit de tyrannie, de lâcheté, de dissimulation, de perfidie et de corruption est resté sur le trône avec l’ancien tyran, l’ancienne cour et l’ancienne allure de ses ministres et de ses courtisans » [77] [77] APL, 16 février 1792, p.  207. ...
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40 Les théories qu’il développe du printemps à l’été 1792 illustrent la rencontre, dans le discours jacobin, du langage du patriotisme et du messianisme révolutionnaire, qui puise dans le vocabulaire religieux l’expression d’une espérance de régénération universelle placée sous le signe de la philosophie et de la Providence. L’idée républicaine se mêle chez Carra à un universalisme culturel, qui présente la France comme le peuple messie animé du feu sacré de la liberté : « Nous devons porter chez nos voisins, non le flambeau de la guerre et de la discorde, mais celui du génie et de la liberté » [78] [78] A. Aulard, Jacobins, op. cit. , I, p.  241. ...
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. Le rêve d’une « alliance universelle des nations » rejoint, dans le débat sur la guerre, la rhétorique de l’émancipation des peuples et du renversement des alliances : c’est alors que Carra, grand admirateur de la Prusse, déploie son talent de plume dans la campagne de propagande contre l’Autriche. Avec les premiers revers militaires, on peut suivre les effets dévastateurs de la rhétorique de la corruption à la confusion que provoque à l’Assemblée ses dénonciations contre le fameux Comité autrichien [79] [79] Daprès F. Brunot, c’est Desmoulins qui l’aurait baptisé...
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, bientôt élevé au rang de véritable concept : « le comité vendu à nos ennemis », comme symbole de la corruption du pouvoir [80] [80] S. Lemny, op. cit. , chap. 15. ...
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. Stratégie périlleuse qui en temps de guerre sape l’autorité qui doit la conduire : avant l’insurrection du 10 août, la rhétorique révolutionnaire a donné le coup de grâce à la monarchie et à ses ministres.

41 On sait comment le lien présumé de l’argent, de l’étranger et des ennemis intérieurs donne lieu par la suite à d’autres stratégies énonciatives de la trahison et de l’exclusion : Carra cède à la surenchère verbale contre les agioteurs en désignant la « race des banquiers », « les accapareurs soudoyés… par les banquiers et autres agens des tyrans coalisés » [81] [81] Ibid. , pp.  285-6. ...
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, une rhétorique terroriste qui brouille tous les motifs et ne manque pas de se retourner contre lui. Dans la lutte que mènent contre lui quelques ténors jacobins en 1793, Carra prend la mesure de la force et du danger des on dit pour jeter à bas l’adversaire, en masquant les vrais motifs sous les accusations les plus vagues. Le machiavélisme revendiqué dans sa défense donne la clé des ambiguïtés entretenues dans la compétition discursive que se livrent les députés sur le terrain de l’authenticité des sentiments républicains [82] [82] Dans sa déposition au procès des Girondins, Chabot reconstruit...
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42 La théorie de Lavicomterie mérite une analyse que je ne peux développer dans le cadre de cet article. Ce conventionnel montagnard, juriste de formation, est l’auteur de plusieurs pamphlets, qui témoignent de la radicalisation de la rhétorique anti-tyrannique jusqu’à la chute du trône ; elle puise aux sources du républicanisme et ne peut être séparée du contexte révolutionnaire [83] [83] Du Peuple et des rois, Paris, 1790. Les droits du peuple...
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. De 1790 à 1792, il construit ses arguments dans un mouvement qui va d’une critique de la Constitution à l’appel à un nouveau pacte fédératif : seule l’obéissance raisonnée aux lois est digne d’un peuple libre. En 1790-1791 dans ses deux premiers pamphlets, il n’était encore question que d’aménager la constitution dans un sens démocratique. Prenant pour base « les principes du droit public », il s’élevait contre les prérogatives royales contraires à la liberté (l’hérédité, l’inviolabilité, le veto, les troupes soldées). Il défend les principes d’une démocratie représentée où la liberté des individus repose sur le contrat civil qui « soumet également et librement chaque membre de la confédération à l’expression de la volonté générale », et prône un régime fédératif, « une division du pouvoir exécutif, dont toutes les forces, dont toutes les branches se réuniront à un centre commun, qui doit être le législatif impermanent » [84] [84] Du Peuple, op. cit. , pp.  20-26,32-33,111 (4e édition,...
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43 Le texte de juin 1791, beaucoup plus violent contre les décrets qui blessent la liberté et la morale, accorde une légitimité à la résistance publique née de l’oppression individuelle, et s’en prend violemment à la loi martiale, « ce simulacre ensanglanté, à qui on a prostitué le nom de loi ». Celui de mai 1792 est un traité de morale politique où la république fédérative est proposée comme l’antithèse du gouvernement royal, pour appeler les citoyens à s’unir dans un même esprit de liberté. La capitale ne peut résister seule à la « gangrène dévorante » du pouvoir exécutif, à l’or de la liste civile qui corrompt tout. Lavicomterie oppose une union fédérative positive aux dangers que fait courir au corps politique la nature tyrannique du pouvoir exécutif : seule est juste la loi avouée par la raison [85] [85] République, op. cit. , chap. 15, de la ratification nationale. ...
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. Les législateurs eux-mêmes ne sont pas épargnés, « indignes mandataires » qui ont trahi les droits de la nation. Le pouvoir accordé au roi équivaut à un système complet de tyrannie. On voit comment la catégorie grecque de tyrannie, qui renvoie au détenteur du pouvoir, au tyran dont l’abus de pouvoir ou le pouvoir illégitime appelle le tyrannicide, fonctionne comme notion théorique contre les fausses acceptions des concepts politiques de base, pour légitimer la résistance au nom de la souveraineté de la nation et de la liberté des individus.

44 La théorie républicaine de Lavicomterie est fondée sur un code de lois qui parle le langage de la raison et sur le ressort capable de former l’accord général, la morale publique. Les bonnes lois reposent sur la vertu des législateurs et la volonté libre des individus « ce droit d’examen qu’on ne peut ravir à tout être qui pense ». Le problème de l’obligation est résolu par l’obéissance raisonnée aux lois : c’est une raison anglaise qui repose sur l’action et la faculté de juger des individus, la raison calculatrice du « raisonneur violent » de l’article « droit naturel » de l’Encyclopédie (Diderot). Comme il faut bien supposer l’homme égoïste et méchant, la contrainte de la loi peut conduire l’individu à ses devoirs par le calcul des conséquences de ses actes. Ce motif de la contrainte ne peut être qu’un motif politique réciproque, qui lie la fin de la loi, le bien public, à la prise en compte du mobile de l’action individuelle : le législateur vertueux sait « conduire les hommes à leurs devoirs, à la vertu par leurs propres intérêts », il sait « que les vrais intérêts, les vrais besoins de l’homme sont liés d’une chaîne indissoluble avec ses devoirs » [86] [86] Les droits du peuple, op. cit. , pp.  11,101. ...
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. C’est aussi un motif du républicanisme de Machiavel à Fichte ; il faut donner « aux démons que sont les hommes des raisons égoïstes d’agir vertueusement » [87] [87] A. Renaut, « Républicanisme et modernité », Libéralisme...
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45 La lecture républicaine de Lavicomterie est celle des Lumières, qui lie la réalisation de la liberté au perfectionnement général de la raison, et où l’éducation joue un rôle éminent. Il y revient à plusieurs reprises et ce jusqu’en 1794, dans un discours à la Convention sur la morale calculée [88] [88] Archives Parlementaires, t.  98, pp.  420-424. ...
suite
. Mais ce n’est pas celle de Rousseau, pour qui l’éducation morale positive de l’individu, celle d’Emile, est distincte du domaine politique. Chez Lavicomterie, l’obligation repose sur la raison « qui vit au fond des cœurs » et sur la morale publique qui fait agir toutes les forces du gouvernement ; il demeure ainsi une tension au niveau du lien social qui lie l’individu à l’Etat, entre morale publique (nationale) et raison universelle [89] [89] Les droits du peuple, op. cit. , p.  29. Du Peuple,...
suite
. D’où une certaine gêne à situer la garantie du pacte social autrement que dans le temps, celui de la réforme ou de la révolution. Demeure dans le texte la difficile articulation du droit de résistance individuelle à l’instance capable de juger de la tyrannie, de l’exercice du pouvoir au-delà de son domaine légitime (Locke) : « il naît de cette oppression individuelle une résistance publique, qui, quoique devant s’appeler générale, parvient quelquefois à être opprimée, parce que ses forces, quoique formant la majorité, sont souvent séparées, isolées, n’ont point un centre commun, et ne parviennent qu’avec le temps à former un corps qui renverse nécessairement l’œuvre barbare des oppresseurs » [90] [90] Les droits du peuple, op. cit. , pp.  81-82. ...
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. La république se situe dans l’écart avec l’horizon du bien commun qui est supposé animer la constitution et la loi, un principe politique dont la fonction est de combler en permanence cet écart dans l’espace national, et dont la réalisation repose sur la société et les institutions.

46 On voit comment la crise de Varennes a pesé sur le processus révolutionnaire qui aboutit à la mobilisation civique et patriotique contre le pouvoir exécutif, Monsieur Veto, et à l’insurrection du 10 août. La perception de la trahison du roi, l’évidence de la collusion de la cour avec l’étranger et les émigrés depuis des mois, a été un facteur déterminant dans la montée de la suspicion et dans l’inflation du discours de conspiration qui mène à la guerre [91] [91] T. Tackett, « Conspiracy Obsession in a Time of Revolution :...
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. La résolution de la crise par l’Assemblée, qui lie la question du roi à celle du pouvoir exécutif, sans égard à l’expression d’un fort mouvement d’opinion en faveur de la république, a entraîné une radicalisation de la rhétorique républicaine sur les thèmes classiques de la corruption et de la tyrannie – de la tyrannie des lois à la tyrannie du pouvoir exécutif. Les républicains se réapproprient le vocabulaire de l’humanisme civique dans le processus révolutionnaire de résistance au pouvoir exécutif royal. Leur discours s’adapte à une évolution politique accélérée et à un échange discursif où le changement conceptuel est un des ressorts cachés de l’argumentation.

 

Notes

[1] M. Agulhon, Marianne au combat. L’imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Paris, Flammarion, 1979. C. Nicolet, L’idée républicaine en France. Essai d’histoire critique, Paris, NRF, 1982. Retour

[2] R. Koselleck, Le Futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, EHESS, 1990. Sur le concept d’Etat, voir Q. Skinner, in Political Innovation and Conceptual Change, T. Ball, J. Farr, R. L. Hanson, Cambridge, 1989, pp. 90-131. Retour

[3] C. Larrère, « Libéralisme et républicanisme : y a-t-il une exception ? », Libéralisme et républicanisme, Cahiers de Philosophie de l’Université de Caen, n° 34,2000, pp. 127-146. Voir Révolution et République. L’exception française, sous la direction de M. Vovelle, Paris, Kimé, 1994. Retour

[4] F. Furet, « L’idée de république et l’histoire de France au XIXe siècle », in Le siècle de l’avènement républicain, sous la direction de F. Furet et M. Ozouf, Paris, Gallimard, 1993, pp. 287-312. Retour

[5] The French Revolution and the Creation of Modern Political Culture, 3 vol., Oxford, Pergamon Press, 1987-1989. L’Image de la Révolution française, 4 vol., Pergamon Press, 1990. Retour

[6] P. Higonnet, Sister republics : the origins of French and American republicanism, Cambridge, Mass., Harvard U. P., 1988. – Goodness beyond virtue : Jacobins during the French Revolution, Cambridge, Mass., Harvard U. P., 1998. Retour

[7] E. Gojosso, Le Concept de république en France (XVIe -XVIIIe siècles), P. U. Aix-Marseille, 1998. Retour

[8] Du point de vue de l’espace national, voir M. Vovelle, La découverte de la politique. Géopolitique de la révolution française, Paris, La Découverte, 1993. Retour

[9] La Révolution et l’ordre juridique privé. Rationalité ou scandale ?, CNRS-Université d’Orléans, Paris, PUF, 1988. Retour

[10] P. Pettit, Republicanism. A Theory of Freedom and Government, Oxford, Clarendon Press, 1997. Q. Skinner, Liberty before liberalism, Cambridge U. P., 1998, trad. française, La liberté avant le libéralisme, Paris, Seuil, 2000. Retour

[11] Voir la communication de J. Guilhaumou dans ce même numéro. Retour

[12] Pour une synthèse nationale sur les clubs, et une approche nuancée de la dynamique jacobine, fondée sur une enquête collective, Atlas de la Révolution française, 6, Les sociétés politiques, sous la direction de J. Boutier, P. Boutry, S. Bonin, Paris, EHESS, 1992 ; et pour l’histoire politique et les pratiques culturelles à Paris, ibid., 10, Paris, sous la direction de E. Ducoudray, R. Monnier, D. Roche, A. Laclau, Paris, EHESS, 2000. Retour

[13] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900, Paris, A. Colin, t. VI, Le XVIIIe siècle, 1932, I, p. 1321. Retour

[14] La démocratie inachevée. Histoire de la souveraineté du peuple en France, Paris, NRF, 2000. Retour

[15] R. Monnier, « Démocratie représentative ou république démocratique », Annales Historiques de la Révolution Française (ci-après AHRF), 2001/3, pp. 1-21. Retour

[16] N° 78,23 mai 1791. Retour

[17] Œuvres de Maximilien Robespierre, VII, Paris, PUF, 1952, p. 552. Retour

[18] T. Paine, Les droits de l’homme, éd. C. Mouchard, Paris, Belin, 1987, pp. 206-207. B. Vincent, Thomas Paine ou la religion de la liberté, Paris, Aubier, 1987. Retour

[19] T. Paine, op. cit., pp. 147-148. La réception très positive du libéralisme radical de Paine en France, est à mettre en rapport avec celle que l’auteur a connu dans le public en Amérique et en Angleterre, où son mannequin fut même brûlé en effigie. Retour

[20] Sur la contribution de Paine à la philosophie morale et politique de son époque, voir L. Marcil-Lacoste, « Sens commun et révolution : Thomas Paine », Langages de la Révolution (1770-1815), INALF, collection Saint-Cloud, Paris, Klincksieck, 1995, pp. 535-546. Retour

[21] Sur Rousseau, voir R. D. Masters, La philosophie politique de Rousseau (Princeton UP, 1968), trad. ENS Ed., 2002. L. Vicenti, Jean-Jacques Rousseau et la république, Paris, Kimé, 2001. Retour

[22] La Liberté politique. Essai de généalogie conceptuelle, Paris, PUF, 1995. Retour

[23] Pour l’écho des textes anglais, voir O. Lutaud, « Emprunts de la révolution française à la première révolution anglaise », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 37,1990, pp. 589-607. Retour

[24] Moniteur, XIV, 8. Retour

[25] H. Dupuy, « L’épiphanie républicaine dans les actes de la séance inaugurale de la Convention », Révolution et République. op. cit., pp. 159-171. Retour

[26] K. M. Baker, « Transformations of Classical Republicanism in Eighteenth-Century France », The Journal of Modern History, 73,2001, pp. 32-53. Retour

[27] A. B. Spitzer, « Malicious Memories : Restoration Politics and a Prosopography of Turncoats », French Historical Studies, 24/1,2001, pp. 37-61. Retour

[28] B. Cousin, M. Cubells, R. Moulinas, La pique et la croix. Histoire religieuse de la Révolution française, Paris, Centurion, 1989. Atlas, op. cit., 9, sous la direction de C. Langlois, T. Tackett, M. Vovelle, S. et M. Bonin, 1996. Retour

[29] Comment sortir de la terreur. Thermidor et la révolution, Paris, NRF, 1989. Retour

[30] Laboratoire qui a été décentralisé à Lyon avec l’ENS de Lettres et Sciences humaines en 2000. Pour une application de l’approche langagière de l’histoire des notions-concepts, voir Notions-concepts, Dictionnaire des usages sociopolitiques (1770-1815), fascicule 2, équipe « XVIIIe –Révolution », Paris, Klincksiek, 1987 avec une préface de . J. Guilhaumou et aussi J. Guilhaumou, R. Monnier, « Des notions en révolution : l’art social et la république », La Révolution française, au carrefour des recherches, colloque d’Aix-Marseille, 2001, Telemme (à paraître). Retour

[31] Son activité de traducteur et de passeur des Lumières en Europe, son engagement d’écrivain aux côtés de Bode et des illuminés de Bavière lui avaient appris l’art de manier les signes. S’il demeure fidèle à son engagement patriotique et républicain, le style de la Bouche de Fer, institution symbolique analogue à celles de Venise, n’est ni celui des Lettres du Tribun du Peuple de 1789, ni celui du Vieux tribun du Directoire. Retour

[32] Voir l’édition critique des Eleuthéromanes par J. Varloot dans Diderot, Œuvres Complètes, édition H. Dieckmann-J. Varloot, t. XX, Paradoxe sur le comédien. Critique III, Paris, Hermann, 1995, pp. 549-574. Voir « Des notions en révolution », art. cit. note 32, et sur l’engagement de Bonneville comme écrivain révolutionnaire, R. Monnier, L’espace public démocratique. Essai sur l’opinion à Paris de la Révolution au Directoire, Paris, Kimé, 1994. chap. 1. La citation empruntée par Diderot au Testament de Meslier, qu’avait popularisé Voltaire, est ainsi donnée en 1791 : « Quand le dernier roi sera pendu avec les boyaux du dernier prêtre (célibataire), le genre humain pourra espérer être heureux ». Retour

[33] Moniteur, IX, p. 94-95. Il s’agit du chap. 58 du livre 1 : « la foule est plus sage et plus constante qu’un prince ». Rousseau, Œuvres complètes, éd. Pléiade, III, p. 409, note. Retour

[34] G. Benrekassa, Camille Desmoulins écrivain révolutionnaire : « Le Vieux Cordelier », La Carmagnole des Muses, sous la direction de J. -C. Bonnet, Paris, A. Colin, 1989, pp. 223-242. Retour

[35] Sur la rhétorique de Babeuf, voir E. Walter : « Babeuf écrivain : l’invention rhétorique d’un prophète », Présence de Babeuf. Lumières, Révolution, Communisme, Paris, Publ. Sorbonne, 1994. Et sur la notion de réaction, Dictionnaire des usages socio-politiques 1770-1815, t. 6, Paris, INALF, 1999, pp. 127-156. Retour

[36] Twelve who ruled. The year of the Terror in the French Revolution, Princeton U. P., 1969. Paris, A. Colin, 1989, pour la traduction française. Retour

[37] M. Biard, Missionnaires de la République. Les représentants du peuple en mission (1793-1795), Paris, CTHS, 2002. Retour

[38] 1959 pour le tome I et 1964 pour le tome II. Voir la préface de J. Godechot à la deuxième édition de La Grande Nation, Paris, Aubier Montaigne, 1983. Retour

[39] AHRF, 1998/3. L’Italie du triennio révolutionnaire. 1796-1799. Numéro spécial coordonné par A.-M. Rao. A. de Francesco, « Aux origines du mouvement démocratique italien : quelques perspectives de recherche d’après l’exemple de la période révolutionnaire. 1796-1801 », AHRF, 1997/2, pp. 333-348. Retour

[40] AHRF, 2001/2. Louis Charles Antoine Desaix officier du roi, général de la République. Numéro spécial présenté par Jean Ehrard. Retour

[41] Des Réactions politiques, an V ; 2ème édition augmentée Des Effets de la Terreur, an V. Les deux textes ont été réédités par P. Raynaud (B. Constant, De la force du gouvernement actuel…, Paris, Flammarion, 1988). Retour

[42] Histoire Universelle, sous la direction de R. Grousset, E. G. Léonard, Paris NRF, Encyclopédie de la Pléiade, III, Les Révolutions, pp. 343-425. Retour

[43] Sur le rôle des Lycées à Paris comme lieu de pédagogie et de sociabilité, voir H. Guénot, « Musées et Lycées parisiens (1780-1830) », Dix-Huitième Siècle, 1986, pp. 249-266. Retour

[44] Le Vieux Tribun, pp. 12-13. Retour

[45] R. Balibar, op. cit., pp. 112-128. H.-J. Lüsebrink, R. Reichardt, Die Bastille, Frankfurt, Fischer, 1989. C. Labrosse, P. Rétat, Naissance du journal révolutionnaire. 1789, Lyon, PUL, 1989. Retour

[46] François Robert quitte Givet pour Paris en août 1789 pour suivre le différend qui oppose les habitants à la municipalité, et que doit régler le conseil du Roi. G. Mazel, « Louise de Kéralio et Pierre François Robert précurseurs de l’idée républicaine », Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, 1989, pp. 163-237. Voir aussi C. Vincelet, Recherches sur Mademoiselle de Kéralio et François Robert, DES, Paris, 1967, sous la direction de M. Reinhard. Retour

[47] Il s’agit d’une société de pensée fondée à Rennes en 1775 par l’économiste Louis-Paul Abeille, oncle de Louise. Retour

[48] Voir le bel éloge funèbre de Robert à l’auteur des Révolutions de Paris (Loustalot) dans le Mercure national, n° 24,24 septembre 1790, pp. 805-809. Retour

[49] M. Tourneux, Bibliographie de l’Histoire de Paris pendant la Révolution française, Paris, 1890. Sur la grammaire de Tournon, voir J. Guilhaumou, La langue politique et la Révolution française, Méridiens Klincksieck, Paris, 1989, chap. IV. Retour

[50] Sur le salon de Louise, voir G. Mazel, art. cit., p. 192. C’est un rendez-vous de républicains, tels M. Lepeletier, Mme Roland, C. Desmoulins et sa femme Lucile. Retour

[51] Guinement de Kéralio était commandant de la garde nationale. I. Bourdin, La société de la section de la Bibliothèque, 26 août 1790-25 floréal an II. L’auteur suit en détail les luttes qui opposent les membres de la société lors de l’élection de Brissot à la Législative, et les soupçons élevés sur sa réputation de franc patriote. Retour

[52] Mercure National ou Journal d’Etat et du Citoyen, n° 6 du 23 mai 1790, sur le droit de paix et de guerre. Sur les thèses en présence dans le débat sur la recherche des alliances et la confirmation du principe de non-ingérence, « le peuple français est l’ami et l’allié naturel des peuples libres », voir M. Bélissa, Fraternité universelle et intérêt national (1713-1795), Paris Kimé, 1998, pp. 179-197,371-373. Le principe de « non-ingérence » réciproque, adopté le 13 avril 1793 sur la proposition de Danton, rejoint la nécessité « d’oublier l’univers » pour conserver le corps de la république par une politique de « défense nationale », et la volonté de repousser toute négociation ou traité avec une puissance qui n’aurait pas « préalablement reconnu solennellement l’indépendance de la nation française » (Moniteur, XVI, 143). Retour

[53] G. Lafrance, « L’abbé de Saint-Pierre et Jean-Jacques Rousseau », in L’année 1796. Sur la paix perpétuelle de Leibniz aux héritiers de Kant, sous la direction de J. Ferrari et S. Goyard-Fabre, pp. 55-61. Retour

[54] Il convient d’évoquer, à propos de l’amitié franco-anglaise, la figure de Rutlidge dont toute l’œuvre d’écrivain s’inscrit dans un rapprochement des deux cultures, et qui se trouve aussi au premier rang des républicains. Le Chevalier Rutlidge « gentilhomme anglais » 1742-1794, par R. Las Vergnas, Paris, 1932. Retour

[55] Ibid., n° 9,13 juin 1790, « Adresse & invitation d’un citoyen aux Patriotes Anglois ». Retour

[56] Au printemps 1791, elle est comme Robert membre des Cordeliers, de la Société fraternelle des deux sexes et de celle des Indigents. Retour

[57] Membre de l’Académie de Stockholm et de celle des belles-lettres, il parle au moins quatre langues étrangères, l’anglais, l’italien, l’allemand et le suédois (G. Mazel, art. cit.). Retour

[58] Mercure National ou Journal d’Etat et du Citoyen, n° 2,18 juillet 1790. Retour

[59] Mercure National et Révolutions de l’Europe, n° 43,30 novembre 1790. Retour

[60] Ibid., 6 août 1790. G. de Kéralio publie fin 1790 deux brochures sur la liberté de la presse et la liberté d’énoncer, d’écrire et d’imprimer la pensée. Retour

[61] Ibid., n° 39,16 novembre 1790. Retour

[62] Ibid., n° 38,12 novembre 1790. Retour

[63] Ibid, n° 35,2 novembre 1790 et n° 7,28 janvier 1791. Retour

[64] Mercure national et étranger ou Journal politique de l’Europe, n° 39,25 mai 1791 (Du serment civique). Retour

[65] Il est secrétaire de Danton quand celui-ci est porté au ministère de la justice. Retour

[66] Sur les composantes de la rhétorique belliciste, voir M. Belissa, op. cit., pp. 268-288. Retour

[67] S. Lemny, Jean-Louis Carra (1742-1793). Parcours d’un révolutionnaire, Paris, L’Harmattan, 2000. Retour

[68] M. L. Kennedy, « “L’Oracle des Jacobins des départements” : Jean-Louis Carra et ses Annales patriotiques », Actes du colloque Girondins et Montagnards, sous la direction de A. Soboul, Paris, Société des études robespierristes, 1980, pp. 247-268. Retour

[69] Il ira même jusqu’à émettre l’idée d’un changement de dynastie en faveur du duc d’York (Stefan Lemny, op. cit., pp. 224). Retour

[70] Annales patriotiques et littéraires (ci-après APL), 16 décembre 1791, pp. 2344. Retour

[71] A. Aulard, La Société des Jacobins, I, pp. 241-246. Retour

[72] Sur l’origine théologique et scientifique du terme et sur l’extension au domaine politique du sens figuré de la notion de régénération sous la Révolution, voir F. Dougnac, « Régénération dans le Journal de la langue française », Dictionnaire, op. cit. Retour

[73] Sur la société fondée par Domergue, voir W. Busse et F. Dougnac, François-Urbain Domergue. Le grammairien patriote (1745-1810), Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1992. Retour

[74] APL, Prospectus cité par Labrosse et Rétat, op. cit., p. 280. Retour

[75] APL, 8 juillet 1791, pp. 1651-2. Sur la grande question d’une république en France. Retour

[76] Stefan Lemny, op. cit., p. 153. Retour

[77] APL, 16 février 1792, p. 207. Retour

[78] A. Aulard, Jacobins, op. cit., I, p. 241. Retour

[79] Daprès F. Brunot, c’est Desmoulins qui l’aurait baptisé en mars 1790 (Histoire de la langue française, Paris, 1967, IX, II, p. 921). Retour

[80] S. Lemny, op. cit., chap. 15. Retour

[81] Ibid., pp. 285-6. Retour

[82] Dans sa déposition au procès des Girondins, Chabot reconstruit l’action de Carra sur la base de son appartenance à la faction et de ses intrigues présumées avec les ennemis extérieurs et les rebelles de Vendée (S. Lemny, p. 343). Retour

[83] Du Peuple et des rois, Paris, 1790. Les droits du peuple sur l’assemblée nationale, Paris, 1791. République sans impôt, Paris, imp. du Cercle Social, 1792. Décrété d’arrestation après l’insurrection de prairial an III, Lavicomterie réussit à se cacher et obtient un emploi dans l’administration à la fin du Directoire. Retour

[84] Du Peuple, op. cit., pp. 20-26,32-33,111 (4e édition, 1848). Retour

[85] République, op. cit., chap. 15, de la ratification nationale. Retour

[86] Les droits du peuple, op. cit., pp. 11,101. Retour

[87] A. Renaut, « Républicanisme et modernité », Libéralisme et républicanisme, op. cit., p. 180-181. Retour

[88] Archives Parlementaires, t. 98, pp. 420-424. Retour

[89] Les droits du peuple, op. cit., p. 29. Du Peuple, op. cit., pp. 20-22. Retour

[90] Les droits du peuple, op. cit., pp. 81-82. Retour

[91] T. Tackett, « Conspiracy Obsession in a Time of Revolution : French Elites and the Origin of the Terror, 1789-1792 », The American Historical Review, 105/ 3,2000, pp. 691-713. Retour

Résumé


Republicanism, Liberalism and the French Revolution.
This article studies, on the basis of the evidence provided by the discursive action of journalists and patriot pamphleteers, the transformations brought about in the context of the process leading to the fall of the king.

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POUR CITER CET ARTICLE

Raymonde Monnier « Républicanisme, libéralisme et Révolution française », Actuel Marx 2/2002 (n° 32), p. 83-108.
URL :
www.cairn.info/revue-actuel-marx-2002-2-page-83.htm.
DOI : 10.3917/amx.032.0083.