Actuel Marx
P.U.F.

I.S.B.N.9782130534648
224 pages

p. 111 à 119
doi: en cours

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n° 34 2003/2

2003 Actuel Marx

Le gadget, ou la religion de l’objet dans la société totalement administrée

X-ALTA
The fall-out from commodity violence is evident in the current status of gadgets, here considered as an ideal-type. The article therefore puts forward an analysis of four instances of gadgetised subjectivity, whose interpenetrations can be located in the categorical architecture of the « new » and the « post ». The task of a psychodynamics of gadgets would therefore involve an unravelling of the links between dead objects and subjectivities converted into a mystico-positivist substance.
Au fur et à mesure que les conditions d’une liquidation des libres subjectivités et des libertés subjectives trouvent, au sein de la société totalement administrée, leurs limites dans les hommes réifiés (phénomènes d’incorporation des structures sociales sédimentées en habitus, d’introjection de la réification, de servitude volontaire), le système marchand du capitalisme tardif est mis en relation avec le système religieux afin d’orner ce qui est appréhendé comme un destin inéluctable des parures de la divinité et de la pureté. La puissance irrationnelle d’une rationalité déboussolée – instrumentale et entropique – s’apprécie quotidiennement dans les situations où, à force de se voir réduits à des choses, les hommes prennent les choses pour des dieux. Dans ce décorum ultra-fétichiste, le gadget serait un idéaltype de la « sur-répression » (Marcuse) librement consentie. Ses impacts sur la subjectivité d’hommes en passe de se métamorphoser en scarabées cybernétiques, ouverts à toutes les modifications que la robotique serait en mesure de leur faire subir, nous font sillonner les présences d’un futur où la pensée du pur, du propre et de la propriété compulsive justifiera toutes les guerres sain(t)es.
Difficile objet à cerner que le gadget. Des définitions évasives – objet ou dispositif nouveau et amusant, parfois inutile – ou péjoratives – notamment dans le cadre de l’artifice de la loi –, on voit poindre une subjectivité suspecte qui engage le gadget dans l’acception de celui qui le nomme, alors même qu’il serait un chef d’Å“uvre de la technicité absurde. Intéressante fuite du gadget qui prend d’emblée une valeur de sujet. Rationalisme futile perclus d’irrationnel, à moins que ce ne soit l’inverse.
Proposons donc. Le gadget est l’objet nouveau – naturel, manufacturé ou symbolique – qui, sous réserve de son originalité ou de son utilité, réalise, pour celui qui le possède ou est sous sa protection, la promesse du bonheur, se présente comme le sésame des problèmes de l’existence, offre le rêve à portée de main d’une vie bonne, en l’échange du sacrifice de la liberté subjective. Le gadget est alors, sous couvert de la nécessité immédiate, non différable, le royaume de la domination de la valeur d’échange sur la valeur d’usage, une véritable économie du faux besoin, en même temps que la mort de la tragédie de l’existence.
Si le texte peut être un « gadget littéraire » au sens de Maurice Roche, si la pensée du gadget peut se transformer en gadget de la pensée, la présence envahissante du gadget joue sur la subjectivité de celui ou celle qui le possède. Personne ne peut se targuer d’être à l’abri de ses fulgurances tant qu’il ne sentira pas, vibratoire et déstabilisant, le trouble vivant de la dépossession.
 
Psycho-dynamique du gadget
 
 
Une remarque de Theodor W. Adorno oriente notre problématique : « On ne s’est livré à ce jour, dit-il, à aucune véritable exploration de la psychodynamique du gadget et il serait grand temps qu’une étude soit effectuée afin de mettre au jour les liens émotionnels existant entre le cadre objectif des conditions actuelles d’existence et les individus qui y vivent [1]. »
Qui pourrait nier qu’aujourd’hui les nouvelles technologies de la communication envahissent notre environnement quotidien de petits objets dont le pouvoir d’attraction fétichiste croît exponentiellement ? Est-il hérétique d’observer que, suivant ce chemin, un ensemble de constructions théoriques s’avèrent être aussi inutilement indispensables que des téléphones portables ? Que l’on s’émeuve de bonheur à voir la conspiration des petites choses participer de la simplification de nos vies, ou qu’à l’inverse on se sente horrifié à la vue d’une saturation de nos espaces sensibles par des fétiches de tous ordres, il est impossible de faire l’impasse sur une interrogation dont on puisse espérer qu’elle ne trouve jamais de réponse tranchée : quelles frontières séparent les gadgets (matériels, spirituels) de ses Autres ? Et ces Autres sont-ils qualifiables, nommables ? Indiscutablement, analyser le rôle que jouent les gadgets sur l’économie psychologique d’un grand nombre d’individus, mais aussi sur l’économie de marché et sur le bien-être de l’industrie culturelle (Horkheimer et Adorno) ne s’avère être envisageable qu’en abordant le sujet très vaste de la déshumanisation de l’individu, de sa réification dans le cadre du troisième âge du capitalisme (Mandel).
Comme le soutient Adorno, « il semble que ce genre de régression, hautement caractéristique de personnes qui ne se sentent plus les sujets agissants de leur destin, est concomitant d’une attitude fétichiste à l’égard des conditions mêmes qui tendent à les déshumaniser. Plus les individus se voient transformés en choses, plus ils investissent les choses d’une aura humaine » [2].
 
Psycho-dynamite du gadget
 
 
Le pouvoir explosif de la gadgétisation de nos vies apparaît dans nombre de secteurs : destruction de cellules nerveuses par les téléphones portables, diminution de la vue par le spectacle hallucinatoire des écrans de rêve (télévision, ordinateurs, téléphones, etc.), imposition perpétuelle de bruits (transports, machinisation de la vie quotidienne, muzak à tous les étages de la vie sociale – télévision, radio, super-marché, répondeurs téléphoniques – etc.), ou gestion médiatique et technique des conflits qui les transforment en jeux vidéos n’en sont, hélas, que quelques exemples.
Le pouvoir destructeur du gadget va de pair avec cette pseudo-rationalité décrite par Adorno : en saupoudrant l’irrationnel de rationalité, les chantres du gadget tentent de naturaliser l’ordre nouveau qu’ils ont imposé, une quasi-posthumanité déchargée des fardeaux et oripeaux de notre humanitude. L’exemple des pseudo-clonages réalisés par les raëliens renverse ainsi l’image adornienne : la Terre dans les étoiles. La science-fiction et sa puissance d’interrogation et d’interpellation est désarticulée en scientifisation de la fiction – rationaliser l’irrationnel – et en novélisation de la science – subjectiver le monde objectal. Pris dans cette tenaille, l’individu semble comme happé par les fétiches morts de l’industrie compulsive : posséder c’est exister. Le pouvoir irrationnel des techniques rationalisées – nano-technologies, clonage génétique, domotique, etc. – renforce la compulsion initiée jusqu’alors par des sources purement irrationnelles – étoiles, magies, religions, etc. La toute-puissance du gadget rend l’homme tout-puissant ; il pourrait désormais relever son dernier défi : affronter Dieu, ne plus seulement dominer la nature mais la créer ou la reproduire à sa propre image.
 
Subjectivités gadgétisées
 
 
Étrangers à eux-mêmes, les hommes plaquent sur le monde des subjectivités gadgétisées, métamorphosées par les investissements mystiques et positivistes qu’ils offrent sacrificiellement au gadget en échange d’une vie rapidement meilleure. Ainsi ont-ils l’illusion de gagner le temps qui pourrait les confronter douloureusement à celui qui leur est volé par les machines sur lesquelles ils travaillent. Ainsi s’embrassent-ils quand même, mus par l’élan fabuleux des promesses du techno-bonheur. Dans ce cadre idéal-typique, et sous peine de réduire la complexité qui les mêle, quatre grandes caractéristiques de la subjectivité peuvent être dégagées.
 
Une subjectivité identitaire-ensidique
 
 
Le rejet de l’autre et de l’« expérience métisse (Laplantine) » fait partie des forces calculantes du gadget. Tout y est clair et lisse, plat et sans contradiction, immaculé, sans aucune trace du travail de l’homme – souvent de l’enfant – et de ses souffrances. Pas de merdique mais de l’auréolé. Pas de sale, mais une propreté d’évangile. Les rencontres se font sous la lumière franche et scintillante du Même, de l’homogène, de la fusion, de la totalisation.
Le paradoxe réside dans l’apparente reconnaissance de l’autre, du différent. En fait, les communautarismes divers et la tribalisation (Maffesoli) ne sont que des regroupements identitaires parcellaires qui marquent le rejet, la négation de la rencontre. Dans ce cadre, la consommation gadgétisée fixe les appartenances, distingue les groupes, classe les genres, hiérarchise les sexes, sépare le Bien du Mal.
Le gadget se présente ainsi comme autant d’incitations divines à être différent dans les bras de la répétition triviale de l’Un. En ce sens, il pousse au paroxysme la technique de la « différenciation marginale » ou, comme le dit Adorno, de la « pseudo-individualisation » des marchandises. Il génère autant de tropismes identitaires qu’il fabrique de l’étranger. La conséquence la plus directement visible est ce que l’on pourrait nommer une polyrépulsion marchande – ou l’orchestration d’un pluriel d’exclusion par la marchandise devenue autonome, considérée bonne et toute-puissante. Le gadget est le bouclier, la cuirasse des « faux-moi » qui protège des agressions de l’altération, de l’impureté : il ne transpire pas, il n’a pas d’haleine, il n’a pas d’humeurs. Il est l’image d’une perfection que des hommes réduits à de simples rouages prient de bien vouloir se substituer à leur insupportable ambivalence. Le meurtre d’un obstacle à la subjectivité pure, fixe et stable est envisagé comme la solution d’une puissance enfin égale à celle de Dieu, tandis que les risques de la désappropriation ne valent plus la peine d’être pris.
 
Une subjectivité dystopique
 
 
Il n’y a pas plus diamétralement opposée à l’« imagination dialectique » (Adorno, Benjamin, Horkheimer, Marcuse) et à « l’imagination radicale » (Castoriadis) qu’une subjectivité gadgétisée. En revêtant les habits de l’essentiel, le gadget aide les hommes à se réfugier dans les draps de l’inutile réalité : celle des faux besoins, celle régie par le principe de rendement.
Le gadget fatigue l’utopie en la réalisant par saccades dans des conditions, avec des moyens qui nient entièrement l’impossible, l’ailleurs, l’autre, le « sans » (u-topos). Chaque pièce constitutive d’un nouvel objet adulé pour sa force à placer le rêve à portée, chacun de ses éléments a déjà oublié les cadences, les violences, les chienneries que les hommes ont dû supporter pour leur donner une vie plus autonome que la leur.
Il n’y a plus de messages appelant « au secours » au fond de vieilles bouteilles rongées par le reflux des marais. Le plaisir électronique a synthétisé les désespoirs dans la conscience heureuse. De Washington à Bagdad, mais encore de Florence à Porto Alegre, seuls se communiquent les moments positifs de la soumission à jouer le jeu. Le gadget insuffle ici un mode de sécurisation topique dont l’expression politique est le topisme sécuritaire.
Car les hommes jouent sérieusement à ce jeu où le monde serait prévu pour leur faire plaisir, ils s’identifient à des rôles arbitrairement distribués, ils se croient investis de la mission de conserver intactes les règles, ils fétichisent toutes les clés qui ouvrent les portes où l’Å“il de Dieu se reflète dans le vide. Le dénigrement du regard (Jay) les incite à adorer l’univocité maladive de la projection accélérée des affres du monde sur les écrans-pixels colorés. Tous attendent que la télévision protège leur topie. Non pas que l’histoire s’arrête mais qu’elle ne change pas de forme (eidos) ; qu’elle cristallise des monuments comme autant de monologues tyranniques (Critical Art Ensemble) qu’elle diffère tant et plus mais qu’elle ne fasse surtout jamais advenir « quelque chose d’autre que les calices sus » (Mallarmé).
 
Une subjectivité synthétique
 
 
Le « refus du refus » (Adorno) apparaît pleinement dans l’histoire de la subjectivité humaine quand l’enfance devient le souffre-douleur consentant des gadgets baptisés par les magnats de l’industrie du jeu.
Mais pour que la propagande du monde parfait coïncide avec les rêves, les désirs, les imaginaires des petits « pervers polymorphes » (Freud), les jouets synthétiques (ou de synthèse) doivent servir d’éléments de conjonction. Ils sont de la mémoire sans pli, repassée ; ils parlent le langage purifié du seul monde possible ; ils avalent les disjonctions, absorbent les tensions, résolvent à jamais les contradictions. Ils fonctionnent sur le mode de l’aseptisation ludique : la poupée de synthèse parle, pisse, chie ; elle habitue aux injonctions à se mouvoir dans le rythme binaire du réel mécanique.
L’activité sportive, par exemple, est une somme de gadgets mis au service d’une « symphonie olympique » (Coubertin) dont la rigidité cadavérique ne se cache plus. Si le sport n’est pas le « grand gadget », il présente l’avantage d’attribuer dans son univers de gaspillage, une utilité déterminante à ce qui n’a de raison d’être que dans un monde quadrillé par la « rationalité instrumentale » (Habermas). L’amour du mètre, du chronomètre, de la chaussure « qui court vite », des maillots profilés, des gestes paramétrés, de la nature standardisée et autres conditions de la saine efficacité corporelle, naissent à jamais quand l’enfant, dès trois ou quatre ans, joue le jeu du sport – quand sous les yeux de l’adulte, il s’y croit. Gadgétisée à fond la caisse, la subjectivité se rebelle contre le moment négatif qui la fonde : elle prépare son suicide.
 
Une subjectivité idolâtre-totémique
 
 
Le triomphe des idoles de masse, marqué par l’envahissement des biographies comme autant de modèles éducationnels (Löwenthal), caractérise le rejet de soi incorporé dans l’adoration des hérosstarsdieux, icônes de la culture médiatique. La biographie est devenue, au sein du capitalisme tardif, le véhicule de l’information sur les agents et les méthodes de la consommation individuelle et plus de la production sociale (idem). Le spectacle médiatique (Kellner) a transformé, voire inversé, les modes de production même. La nouvelle (?) « société du spectacle » (entertainment, infotainment ; Kellner) est le royaume de la compulsion spectaculaire. Le paraître y devient par-être, dès lors qu’il est médiatisé par l’ascension ou la chute de célébrités interchangeables.
L’exclusive de la valeur d’échange spectaculaire transforme l’idole en marchandise ayant un mode d’existence double (Marx) : devenue fétiche, la célébrité gadgétisée se confronte à son semblable. L’homme schizoïde du XXIe siècle réduit ce sentiment de malaise par une hypnotisation systématique (Nietzsche). Bombardé de pixels dans le grand spectaclotron de la nasse panoptique, il se nie lui-même, espérant se retrouver dans l’éphémère du quart d’heure warholien.
 
Néo- ou post-subjectivités ?
 
 
Les grandes caractéristiques de la subjectivité s’entremêlent, au sein du techno-capitalisme (Kellner), derrière le masque médiatique, rhétorique, et fondamentalement idéologique, de deux catégories transcendantes martelées à la puissance d’une évidence analytique : le nouveau et le post.
Dans ce cadre, la catégorie du « nouveau » possède en France le même sex-appeal que celle du « post » aux États-Unis. Un produit théorique qui voudrait avoir quelque chance de se vendre doit laisser entendre qu’il jettera la lumière sur des zones jusque-là totalement inexistantes : nouveaux réactionnaires, nouvelle judéophobie, nouvel ordre mondial (artistique, écologique, économique, etc.), nouvel esprit du capitalisme, etc. En réalité, il ne révèle pas la nouveauté, c’est la nouveauté qui le révèle, au même titre qu’une voiture avec des options supplémentaires, tout droit sortie d’un moule éculé.
Les stratégies de marketing qui frappent les « biens théoriques » d’un label de qualité subjuguent le prestige de ce qui semble apparaître pour la première fois. C’est pourquoi, dans bien des cas, la nouveauté fait déjà partie de nos habitudes. À tout moment, nous risquons de nous laisser surprendre par l’archaïsme le plus féroce, dans lequel tout peut être tout et tout signifier, dans lequel les nov’choses, les nov’langues, les nov’cultures, le nov’art, etc., s’entrechoquent dans le grand fatras de l’entertainment et du global business electronic commerce (Noir Désir).
Tout cela voudrait participer d’un immense optimisme, ou plutôt exige de nous ce sentiment général et puissant d’une grande aventure vers le dépassement. Pour le moins, ce type de terrorisme à la confiance dans le changement et la différence qualitative, ce type de diktat de la « génération positive », possède l’avantage non négligeable de forcer à reconnaître pour vrai ce qui apparaît, tout en sapant le processus de connaissance de ce qui n’apparaît pas. L’ancien qui n’a plus grand chose d’angélique se cache dans le nouveau, pétrit ses contours et ses formes, sans que jamais nous ne parvenions à pister ses déplacements ni à le cerner. Ce qui risque de nous sonner, c’est cette vieille habitude d’une intelligentsia subventionnée à recycler des produits périmés pour en faire des consommables attrayants, lumineux, fluorescents, qui bipent dans les soirées mondaines : des gadgets théoriques.
La rupture avec le cours des choses que suppose la première fois de la nouveauté nous prend, dans le contexte techno-capitaliste de la consommation des biens culturels, pour des zappeurs de premier choix. Pour ceux-ci, ce qui sort de l’écran s’illumine par la différence, alors que dans cet ordre l’on ne cesse de passer du même au même selon une logique spécifique et bien entendu historique. La régression à laquelle nous convie ce qui s’impose comme une nouveauté, c’est celle de la sortie de l’histoire et de la dispersion de son sens tous azimuts. Car on ne peut être dupe du projet idéologique sous-tendu : l’élimination pure et simple des possibilités de transformation sociale et politique. Fin de l’histoire et des idéologies, disparition du prolétariat et de la conscience de classe des ouvriers n’en sont que les principales et les plus visibles images. Dans ce qui pourrait se nommer une néophilie hystérique, une stratégie plus ou moins consciente de révisionnisme transpire un sang frais de la pourriture des idées.
On aura beau faire, le changement doit toujours se rapporter au nouveau, et nous pouvons tous y succomber : ceux qui parlent de nouveaux rapports de classes (Actuel Marx, n° 26,1999), de nouvelles formes de domination dans le travail (Actes de la recherche en sciences sociales, nos 114 et 115,1996), comme ceux qui parlent de nouvelle servitude volontaire (X-Alta, n° 5,2001). Car les limites sont parfois ténues entre la volonté du néant engendrée par le Moloch libéral et celle du Grand Refus. Nous ne devons pas être dupes du piège qui nous est tendu : la réalité est forcée de pénétrer dans un cadre fictionnel au sein duquel le langage est redéfini sans aucun souci de rationalité, avec en plus de cela, une haine du concept fortement sous-jacente (même si le concept est l’arme principale du positivisme néophile). Gadgétisée, une théorie se repère au bruit qu’elle fait pour annoncer sa vacuité.
 
Conclusion : gadgéto-dynamite
 
 
Si le gadget est l’objet culte, l’objet fétiche de la société totalement administrée, il est assez vide pour se laisser remplir par la matière mystique-positiviste dont les hommes veulent tester le pouvoir de liaison avec leur inéluctable destin : totalement, ne plus être l’espèce humaine.
Nous savons, depuis Bacon, que les idoles sont des fausses notions qui possèdent littéralement notre compréhension du monde et qu’elles se sont profondément enracinées en nous. Les idoles de la technologie (Leiss), dont le gadget est une figure essentielle, nous entraînent vers une conformation de nos valeurs et institutions avec cette technologie même. Aller au-delà de l’homme unidimensionnel (Marcuse) est un projet de dynamitage du gadget qui ne saurait être mené à bien sans prendre le risque de dynamiter également nos subjectivités unies aux gadgets. Mais alors, que garder d’elles si ce n’est la poussière de nos servitudes volontaires (ou non) ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Adorno, T. W., 2000 [1975], Des étoiles à terre. La rubrique
·  astrologique du « Los Angeles Times ». Étude sur une superstition
·  secondaire, Paris, Exils.
·  Critical Art Ensemble, 1997 [1994-1996], La résistance électronique et
·  autres idées impopulaires, Paris, L’Éclat.
·  Horkheimer, M. et Adorno, T. W., 1974 [1944], La dialectique de la
·  Raison, Paris, Gallimard.
·  Jay, M., 1993, Downcast Eyes : The Denigration of Vision in
·  Twentienth-Century French Thought, Berkeley, University of California
·  Press.
·  Kellner, D., 1989, Critical Theory, Marxism, and Modernity, Baltimore,
·  John Hopkins University Press.
·  Kellner, D., 2003, Media Spectacle, Londres and New York, Routledge.
·  Leiss, W., 1990, Under Technology’s Thumb, Montréal, McGill-
·  Queen’s University Press.
·  Löwenthal, L., 1961, Literature, Popular Culture, and Society,
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·  Mandel, Ernest, 1997 [1972], Le Troisième Âge du capitalisme, Paris,
·  Les Éditions de la Passion.
·  Marcuse, H., 1963 [1955], Éros et civilisation. Contribution à Freud,
·  Paris, Les Éditions de Minuit.
·  Marcuse, H., 2001 [1955-1973], Towards a Critical Theory of Society,
·  édité par D. Kellner, Londres et New York, Routledge.
·  Marx, K., 1957 [1859], Contribution à la Critique de l’Économie
·  politique, Paris, Éditions sociales.
·  Nietzsche, F., 1985 [1887], La généalogie de la morale. Un écrit
·  polémique, Paris, Gallimard.
·  Roche, M., 1987 [1966], Compact, Paris, Seuil.
 
NOTES
 
[1]Adorno, T. W., 2000 [1975], Des étoiles à terre. La rubrique astrologique du « Los Angeles Times ». Étude sur une superstition secondaire, Paris, Exils, p.
[2]Ibid., pp. 84-85
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[1]
Adorno, T. W., 2000 [1975], Des étoiles à terre. La rubriqu...
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[2]
Ibid., pp. 84-85 Suite de la note...