Actuel Marx
P.U.F.

I.S.B.N.9782130534648
224 pages

p. 161 à 174
doi: en cours

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n° 34 2003/2

2003 Actuel Marx

La politique de Gilles Deleuze et le matérialisme aléatoire du dernier AlthusserËš  [1]

Alain Beaulieu
A cursory reading of the writings of the late Althusser in which the philosopher attempts to devise a « random materialism » might lead us to regard them as the matrix from which a number of post-structuralist conceptions of politics, including that of Gilles Deleuze, have sprung. Our intention in the present article is to demonstrate the partial nature of such a filiation. To do so, the article focuses on the relationship between the late Althusser and the Deleuzean conception of politics. It will thus examine the refusal, common to both philosophers, to elaborate a totalising theory of the political and their concomitant invocation of a principle of contingency. Such an affinity should not however disguise the differences between Althusser and Deleuze with regard to the manner in which the actualisation of such a programme is to be envisaged.
 
Le matérialisme aléatoire du dernier Althusser
 
 
La pensée politique de Gilles Deleuze demeure, dans une certaine mesure, l’héritière de la ré-interprétation de Marx par Althusser. L’un des grands moteurs de la pensée politique d’Althusser fut la crise du marxisme marquée par l’échec de la révolution soviétique à la faveur du contrôle généralisé de l’idéologie par le marché. Althusser présente clairement cette situation lors d’une intervention au colloque tenu à Venise et consacré au Manifeste où il appelle une remise en question radicale de la question politique [2]. « Quelque chose s’est brisé » soutient Althusser qui ne croit plus en une résolution de la crise par les mouvements ouvriers organisés. La politique a dorénavant besoin d’une pratique théorique, seule en mesure de sauver le marxisme de l’effondrement des régimes communistes. L’erreur de ces régimes consiste, selon Althusser, à avoir sacrifié le présent d’une série incessante de combats au nom d’un achèvement utopique de l’histoire dans une société sans classes. Dans une optique similaire à celle qui a été adoptée par Deleuze, Althusser rejette la causalité du matérialisme dialectique à la faveur d’une critique continuelle du présent [3]. Dans ce contexte, il n’y a pas une évolution globale et diachronique de l’histoire, mais une multitude de luttes synchroniques qui surviennent en des lieux séparés. Il faut dès lors mener des luttes constantes contre l’appareil idéologique d’Etat (dont la dialectique historique est une manifestation) conçu comme un système de croyances et de représentations qui agit à l’insu des masses. Contrairement aux positions défendues par le marxisme dogmatique, la philosophie n’est pas un moyen d’oppression de la classe dominante. En tant que pratique théorique, la philosophie a une fonction proprement politique et libératrice. Elle a la capacité de transformer les rapports sociaux dès lors qu’elle est émancipée de toute philosophie de l’histoire et, plus généralement, de toute téléologie fonctionnant comme une garantie idéale de sens.
Avec Deleuze, Althusser participe au vaste mouvement francoitalien de ré-interprétation de la philosophie de Spinoza dans une optique marxiste [4]. Bien qu’Althusser ne démontre pas une connaissance aussi précise de la conceptualité spinozienne que celle que l’on retrouve chez Deleuze, il s’accorde avec ce dernier pour faire de la politique avec Spinoza, allant même jusqu’à considérer Spinoza comme « le seul ancêtre direct de Marx » [5]. En outre, Althusser souligne bien l’importance qu’il accorde à Spinoza en qualifiant plus volontiers sa pensée de spinoziste plutôt que structuraliste [6].
Au cours des années 1980, Althusser en vient à définir sa philosophie politique comme un matérialisme aléatoire, ou encore un matérialisme de la rencontre ou de la contingence. « Un matérialisme de la rencontre, soutient Althusser, donc de l’aléatoire et de la contingence, qui s’oppose comme une tout autre pensée aux différents matérialismes recensés, y compris au matérialisme couramment prêté à Marx, à Engels et à Lénine, qui, comme tout matérialisme de la tradition rationaliste, est un matérialisme de la nécessité et de la téléologie, c’est-à-dire une forme transformée et déguisée d’idéalisme » [7]. En dépit de cette nouvelle terminologie, le dernier Althusser ne marque pas une rupture totale avec ses théories antérieures. Le matérialisme aléatoire ne fait que renouveler les positions althussériennes contre l’idéalisme et la téléologie. En effet, dès les années 1960, Althusser pensait un procès a-téléologique. Et dans un texte des années 1970, il créditait déjà Machiavel d’avoir jeté les bases d’une « philosophie de la rencontre » [8]. Mais c’est dans les textes des années 1980 que Althusser déploie avec le plus de conviction ses thèses au sujet du matérialisme aléatoire, à savoir dans « Le courant souterrain du matérialisme de la rencontre » (1982), « Portrait du philosophe matérialiste » (1986) [9] et « Philosophie et marxisme – Entretiens avec Fernanda Navarro » (1984-1987) [10].
Il s’agira maintenant d’examiner plus en détails le degré de concordance entre la pensée deleuzienne et le matérialisme aléatoire élaboré par le dernier Althusser. Pour ce faire, nous analyserons la nature de cette relation d’après quatre dimensions : la critique de la dialectique, le matérialisme épicurien, la donation de sens et l’unité du monde.
 
Critique de la dialectique hégélienne
 
 
Dans Différence et répétition, Deleuze a vivement reproché à la dialectique hégélienne sa manière abstraite de concevoir le changement qui la rend incapable de penser le mouvement réel des choses. Deleuze rejette tous les éléments constitutifs de la dialectique hégélienne : la réconciliation des contraires, les passages entre les identités et les différences conceptuelles, le progrès réalisé par l’intervention de termes médiateurs, le travail du négatif, la résorption des différences dans le Même, etc. Cette entreprise dialectique renvoie à l’idée générique d’une philosophie de la représentation dont Hegel est le porte-parole par excellence. « Hegel fait le mouvement, écrit Deleuze, et même le mouvement de l’infini, mais comme il le fait avec des mots de la représentation, c’est un faux mouvement, et rien ne suit » [11]. L’Å“uvre de Deleuze se donne comme une exploration des vrais mouvements qui échappent par nature à la représentation. À l’époque de Différence et répétition, Deleuze rencontre le mouvement au point de jonction des notions de différence et de répétition, contradictoires entre elles, mais seulement en partie. Il se donne ainsi pour tâche de redéfinir le statut de la différence et de la répétition en vue de dégager le moment où ces notions en viennent à se confondre mutuellement. Ce qui ne peut se produire qu’à l’extérieur de la pensée dialectique et hors du présent de la conscience.
En vue de rendre compte du caractère événementiel, non représentable et non dialectisable du devenir, Deleuze fait entrer les Idées dans le jeu de la différence et de la répétition. Deleuze projette ainsi les Idées dans le tourbillon de la différence et de la répétition pour en faire à chaque fois une entité singulière et différentielle adaptée à une circonstance particulière. La singularité s’oppose donc diamétralement au sou-ci hégélien d’universalité. « Le représentant dit “Tout le monde reconnaît que…”, mais il y a toujours une singularité non représentée qui ne reconnaît pas, fait remarquer Deleuze, parce que précisément elle n’est pas tout le monde ou l’universel » [12]. Dans l’univers des singularités, c’est-à-dire en l’absence de l’universel dont Hegel prétendait avoir déterminé les lois du devenir infini à travers la médiation des contraires, rien ne peut plus être fondé absolument et chaque vue singulière devient suffisante et autonome en elle-même. Cette vision perspectiviste du devenir amène Deleuze à affirmer : « chaque point de vue est lui-même la chose » [13]. En l’absence de convergence vers un sens universel des choses, la pensée se confronte à l’expérience du décentrement qui échappe à toute représentation. « La représentation a beau devenir infinie, dit Deleuze, elle n’acquiert pas le pouvoir d’affirmer la divergence ni le décentrement. Il lui faut un monde convergent, monocentré : un monde où l’on est ivre qu’en apparence » [14]. C’est à travers cette épreuve de l’effacement d’un centre absolu qu’apparaît la vraie nature du mouvement non dialectique. En donnant congé à tout axe organisateur issu de la représentation, la pensée devient libre de se mouvoir dans toutes les directions.
Ailleurs, Deleuze en vient à saluer la découverte par Marx, reprise par Althusser, des mécanismes différentiels de pleine affirmation. « Cette réappropriation de Marx, cette découverte des mécanismes différentiels et affirmatifs chez Marx, demande Deleuze, n’est-ce pas ce qu’Althusser opère admirablement ? » [15] Quelques années plus tard, dans un texte intitulé « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? », Deleuze semble répondre à cette question en situant la pensée d’Althusser au fondement du vrai mouvement. « Toute structure, écrit Deleuze, est une infrastructure, une micro-structure. […] Toute structure est une multiplicité de coexistence virtuelle. L. Althusser, par exemple, montre en ce sens que l’originalité de Marx (son antihégélianisme) réside dans la manière dont le système social est défini par une coexistence d’éléments et de rapports économiques, sans qu’on puisse les engendrer successivement suivant l’illusion d’une fausse dialectique » [16]. Deleuze renvoie cette affirmation aux passages suivants tirés des contributions d’Althusser à Lire le Capital : 1) « Ce n’est pas la genèse historique des catégories, ni leur combinaison dans des formes antérieures, qui nous donne leur intelligence, mais le système de leur combinaison dans la société actuelle, qui nous ouvre aussi l’intelligence des formations passées, en nous donnant le concept de variation de cette combinaison » ; et 2) « Le type de coexistence hégélien de la présence (permettant une “coupe d’essence”), ne peut convenir à l’existence de ce nouveau type de totalité » [17]. Althusser appuie lui-même ces deux énoncés sur une affirmation de Marx tirée de Misère de la philosophie : « Comment la seule formule logique du mouvement, demandait déjà Marx, de la succession, du temps, peut-elle expliquer le corps de la société, dans lequel tous les rapports économiques co-existent simultanément (gleichzeitig), et se supportent les uns les autres ? » Dans quelle mesure l’Althusser anti-dialecticien radical présenté par Deleuze correspond-il au véritable Althusser ?
Dans son texte intitulé « Portrait du philosophe matérialiste » [18], Althusser compare l’homme du matérialisme aléatoire à un cow-boy émigré dans l’Ouest américain qui saute dans un train en marche sans savoir où il va. Il descend dans un petit bled inconnu. Il se trouve un travail et épouse la plus belle fille du village. Grâce à son savoir-faire pratique, il choisit les meilleures bêtes, s’enrichit, et gagne la plus grande réputation de tout l’Ouest. Althusser conclut ce success story en affirmant : « Il devient ainsi sans l’avoir voulu un philosophe matérialiste quasi professionnel – non matérialiste dialectique, cette horreur, mais matérialiste aléatoire. Il atteint alors à la sagesse classique, à la “connaissance” du troisième genre de Spinoza, au surhomme de Nietzsche et à l’intelligence du retour éternel […] il peut alors discuter avec les grands idéalistes. Non seulement il les comprend mais leur explique à eux-mêmes les raisons de leurs thèses ! Et les autres se rallient parfois dans l’amertume, mais quoi amicus Plato, magis amica Veritas ! (J’aime Platon, mais j’aime encore plus la vérité !) »
Ce récit ressemble étrangement au mythe de la caverne. Un forcené se défait de ses chaînes, conquiert la vérité et cherche à devenir l’éveilleur des consciences. Mais Deleuze n’a jamais témoigné de beaucoup d’affinité pour la notion de vérité. Il s’agit moins pour lui de conscientiser les masses, que de machiner la vérité du monde. Il préfère penser des singularités intempestives qui expérimentent sans chercher à expliquer ou à faire comprendre. Deleuze et Althusser se donnent pour tâche de détruire la conscience mythologisante pour mieux penser les affrontements localisées dans le présent. A la grande idée de Révolution, Althusser et Deleuze préfèrent les situations révolutionnaires particulières. Mais il n’en demeure pas moins que Deleuze accomplit cette tâche avec plus de radicalité que ne le fait le dernier Althusser qui croit encore en la venue d’un rédempteur dont la mission consiste à éclairer et à expliquer, même aux plus grands idéalistes, les motifs de leurs thèses. Par là, Althusser renoue avec le pouvoir du jeu des contraires. Ce qui contraste avec le modèle deleuzien d’un véritable mouvement immanent, non hiérarchisé et non fondé sur un régime d’oppositions.
 
Le matérialisme épicurien
 
 
Althusser inscrit son matérialisme aléatoire dans la tradition atomiste et plus particulièrement dans celle du matérialisme épicurien d’après lequel les atomes sont reliés par une causalité mécanique aveugle, à savoir l’indétermination du clinamen, qui crée des rencontres aléatoires entre les plus petits éléments matériels. Le dernier Althusser rend explicite son intérêt pour « un thème profond qui court à travers toute l’histoire de la philosophie, et qui a été aussitôt combattu et refoulé qu’il y a été énoncé : la “pluie” (Lucrèce) des atomes d’Epicure qui tombent parallèlement dans le vide, le parallélisme des attributs chez Spinoza, et bien d’autres encore, Machiavel, Hobbes, Rousseau, Marx, Heidegger aussi et Derrida » [19]. Deleuze réserve lui aussi une place déterminante à la pensée d’Epicure, et plus précisément à Lucrèce. Dans son texte intitulé « Lucrèce et le simulacre », Deleuze fait l’éloge du matérialisme épicurien en pensant « La Nature comme production du divers ». « Avec Epicure et Lucrèce, poursuit Deleuze, commencent les vrais actes de noblesse du pluralisme en philosophie » [20]. La réactualisation du principe antique d’indétermination matérialiste s’effectue-t-elle selon les mêmes modalités chez Althusser et Deleuze ?
À l’instar de Althusser, Deleuze rapproche Spinoza et Lucrèce sur la question d’une Nature matérielle et immanente. « Comme Lucrèce, écrit Deleuze, Spinoza sait qu’il n’y a pas de mythe ou de superstition joyeuse. Comme Lucrèce, il dresse l’image d’une Nature positive contre l’incertitude des dieux […] Comme Lucrèce encore, Spinoza assigne au philosophe la tâche de dénoncer tout ce qui est tristesse, tout ce qui vit de la tristesse, tous ceux qui ont besoin de la tristesse pour asseoir leur pouvoir » [21]. Toutefois, Deleuze prend ses distances vis-à-vis de l’interprétation canonique du matérialisme épicurien, qui fut reprise par Althusser, lorsqu’il diverge de la conception strictement contingente du clinamen. « Le clinamen ou déclinaison, soutient Deleuze, n’a rien à voir avec un mouvement oblique qui viendrait par hasard modifier une chute verticale. Il est présent de tout temps […] il est une sorte de conatus, une différentielle de la matière ». Et il ajoute « Le clinamen ne manifeste aucune contingence, aucune indétermination » [22]. En réalité, le naturalisme deleuzien constitue un étrange mélange des doctrines épicurienne et stoïcienne. Deleuze reconnaît aux Stoïciens le mérite d’avoir formulé l’une des plus grandes théories de l’événement en dépassant la logique prédicative (l’arbre est vert) à la faveur des incorporels (l’arbre verdoie) [23]. Le caractère singulier de l’événement l’empêche d’appartenir à une structure intemporelle ou dialectique objectivement définissable. Mais en dépit du fait que son contexte d’engendrement soit soustrait à toute loi identifiable, l’événement n’apparaît pas spontanément dans la pure contingence de l’instant. Il n’est pas un accident éphémère. Pour rendre compte de la temporalité particulière de l’événement, Deleuze fait intervenir cette autre notion stoïcienne de l’Aîon ou éternel présent [24]. Ni essence éternelle ni accident instantané, l’événement caractérise une singularité pour en faire l’un de ses traits distinctifs. Condamné jusqu’à sa mort (pendant plus de trente ans) à l’immobilité après avoir subi une grave blessure durant la première guerre mondiale, l’écrivain Joë Bousquet devient emblématique pour la conception deleuzienne de l’événement : « Ma blessure existait avant moi, écrit Bousquet, je suis né pour l’incarner » [25]. Cet événementblessure n’a pas lieu dans un temps chronologique. Il n’a ni origine ni fin. Il se donne plutôt comme une fatalité vis-à-vis de laquelle il faut se montrer digne en l’appréhendant comme s’il s’agissait d’une « vérité éternelle, indépendamment de son effectuation spatio-temporelle » [26].
De son côté, Althusser utilise la théorie épicurienne du clinamen pour expliquer la formation strictement hasardeuse d’un monde. Les déviations contingentes dans la chute des atomes en viennent ainsi à faire naître une nouvelle unité organisée imprévisible. « Le clinamen, écrit Althusser, […] fait qu’un atome “dévie” de sa chute à pic dans le vide, et, rompant de manière quasi nulle le parallélisme sur un point, provoque une rencontre avec l’atome voisin, et de rencontre en rencontre un carambolage, et la naissance d’un monde » [27]. Chez Deleuze, le clinamen ne remplit pas le rôle de pur hasard, mais il agit selon une certaine nécessité. La dissociation deleuzienne opérée entre le clinamen et le hasard ne se fonde certainement pas sur l’interprétation convenue du matérialisme épicurien telle que reprise par Althusser. Deleuze n’hésite pas à ébranler l’académisme en concevant la temporalité du clinamen sur un mode stoïcien. Il y a chez Deleuze une stoïcisation de l’épicurisme. La déclinaison est un événement et en tant qu’événement elle s’inscrit dans le temps de l’Aiôn, c’est-à-dire dans un présent éternel. Ce qui contredit le matérialisme aléatoire d’Althusser selon lequel « il n’est point d’éternité dans les “lois” d’aucun monde et d’aucun Etat » [28].
Par ailleurs, il ne peut y avoir pour Deleuze de véritable rencontre aléatoire dans leur origine et éternelle dans leur effet que là où il y machination. Inspiré de la cosmologie nietzschéenne, Deleuze conçoit la rencontre comme une intervention des forces qui s’emparent d’un corps en ne le laissant jamais indemne. Sans métamorphose, point de rencontre. L’expérience de la rencontre chez Deleuze s’oppose toujours à celle de la recognition [29]. La rencontre n’est donc jamais un signifiant dont il s’agirait d’interpréter le sens. Elle est plutôt comme un signe qui force à penser en mettant en échec la faculté de compréhension. « Ce qui force à penser, c’est le signe. Le signe est l’objet d’une rencontre ; mais c’est précisément la contingence de la rencontre qui garantit la nécessité de ce qu’elle donne à penser. L’acte de penser ne découle pas d’une simple possibilité naturelle. Il est au contraire, la seule création véritable » [30]. La rencontre est, pour Deleuze, un événement dépourvu de tout contexte d’apparition déterminé en ayant la capacité de dérégler les fonctions des organes.
Le dernier Althusser, en bon épicurien classique, pense non seulement la rencontre comme un calme produit du hasard, mais il lui confère également des allures ludiques. « La rencontre peut n’avoir pas lieu, comme elle peut avoir lieu. Rien ne décide, aucun principe de décision ne décide à l’avance de cette alternative qui est [suivant le poème de Mallarmé] de l’ordre d’un jeu de dés » [31]. La pensée deleuzienne se distingue donc du matérialisme de la contingence en tant précisément qu’elle mène un combat contre l’aléatoire, le spontané, l’accident, etc. La rencontre n’est jamais absolument aléatoire chez Deleuze, mais elle est forcée de se produire en obéissant à une certaine nécessité cosmique imposée par les forces qui ont comme caractéristique principale de n’être que partiellement ordonnées. Contrairement à Althusser, rien n’est « accidentel » ou « spontané » et tout est « agencé » ou « construit » [32] de manière déterminée. Le dernier Althusser et Deleuze s’entendent donc pour faire jouer la rencontre contre la causalité dialectique historique. Toutefois, là où le matérialisme aléatoire du dernier Althusser laisse l’avènement des révolutions locales entre les mains du lanceur de dés, Deleuze développe une conception révo lutionnaire de la lutte entre les forces et les corps qui ne souffre d’aucun répit et d’aucun vide.
 
La donation de sens
 
 
Althusser s’appuie sur Heidegger pour penser le sens indépendamment du Logos occidental, des idées de Cause, de Fin, de Raison et de déraison [33]. Heidegger souhaite effectivement faire le saut hors du principe de raison vers une forme plus originaire de rationalité, c’est-à-dire en direction du Logos présocratique dont la parole poétique est seule en mesure de dire avec justesse la sens aujourd’hui oublié de l’Être. « Penser contre la “logique”, écrit Heidegger, ne signifie pas rompre une lance en faveur de l’illogique, mais seulement : revenir au logos et à son essence telle qu’elle apparaît au premier âge de la pensée » [34]. Comme c’est le cas pour Heidegger, Althusser revient à la pensée du Sens jugée plus fondamentale des anciens desquels procède la rationalité moderne. Ce « pas en arrière » (Schritt zurück) ne le ramène cependant pas à Parménide, Héraclite et Anaximandre (les plus dignes représentants de l’époque pré-socratique pour Heidegger), mais plutôt à Démocrite et à Epicure. C’est le clinamen qui est pensé par Althusser comme antérieur à la Raison moderne et à la source du sens aléatoire. Althusser associe donc curieusement la pensée fondamentale et originaire de Heidegger aux atomistes. « Il y a chez lui [Heidegger] toute une série de développements autour de l’expression “es gibt”, “il y a”, “c’est donné ainsi” qui rejoignent l’inspiration d’Epicure » [35].
Ni les Anciens ni Heidegger ne constituent une référence pour la fondation deleuzienne du sens dans le paradoxe. Deleuze outrepasse les limites imposées par le bon sens et par le sens commun pour accéder à une véritable théorie du paradoxe. Ce qu’il affirme pour Husserl vaut également pour Heidegger à savoir : « Ce qui l’empêche [Husserl] de concevoir le sens comme une pleine (impénétrable) neutralité, c’est le souci de garder dans le sens le mode rationnel d’un bon sens et d’un sens commun qu’il présente à tort comme une matrice (Urdoxa) » [36]. La logique deleuzienne du paradoxe comme science anexacte des effets de surface fait de l’énoncé suivant lequel « le non-sens opère une donation de sens » [37] un principe essentiel. Il n’y a pour Deleuze aucune forme de rationalité universelle qui permettrait, par exemple, de déterminer les lois générales du devenir. Il ne s’en remet donc pas au Logos de type heideggerien. Ce qui n’empêche pas la pensée deleuzienne de conserver une certaine proximité avec le principe de raison. L’usage de la raison n’est, pour Deleuze, ni poétique ni métaphorique ou asymptotique. Au contraire, chaque monde ou chaque singularité possède une rationalité qui lui est propre ou un mode de fonctionnement particulier à chaque fois déterminable. Contre le motif heideggerien de la compréhension du sens de l’être, Deleuze ne conçoit pas le travail de la raison comme étant un processus interminable dont les résultats sont portés à l’infini. La raison a plutôt pour tâche d’assumer dans l’immédiat les paradoxes particuliers de la synthèse disjonctive. La disjonctologie deleuzienne ou la science rationnelle du paradoxe trouve les raisons suffisantes à ce qui semble à première vue privé de rationalité, à savoir les mondes semi-organisés dont le fonctionnement opère selon le modèle de la synthèse disjonctive.
Il n’y a pas pour Althusser de « Sens de l’histoire », mais seulement « du sens dans l’histoire, puisque ce sens naît d’une rencontre effective et effectivement heureuse, ou catastrophique, qui est aussi du sens » [38]. Cette critique de la transcendance du Sens au profit d’un sens immanent à l’histoire ne s’accorde qu’en partie avec la disjonctologie deleuzienne. En effet, Althusser n’admet en aucun moment l’antériorité du non-sens et du paradoxe sur le sens. C’est pourquoi il peut se découvrir une affinité avec l’herméneutique heideggerienne qui n’est pas contradictoire avec l’élaboration de son matérialisme aléatoire. Chez Deleuze, la doctrine de l’interprétation demeure inévitablement impuissante à rendre compte de ce qui ne peut qu’être expérimenté. L’expérimentation des synthèses disjonctives excède tout effort de compréhension ou d’interprétation. « Ç’a été la découverte des prêtres psychanalystes (mais que tous les autres prêtres et tous les autres devins avaient faite en leur temps) : que l’interprétation devait être soumise à la signifiance au point que le signifiant ne donnait aucun signifié sans que le signifié ne redonnât à son tour du signifiant […] En vérité, signifiance et interprétose sont deux maladies de la terre ou de la peau, c’est-à-dire de l’homme, la névrose de base » [39]. En définitive l’injonction deleuzienne selon laquelle : « Expérimente au lieu de signifier et d’interpréter ! » [40] n’est qu’en partie althussérienne.
 
L’unité du monde
 
 
Chez Deleuze, la conquête du monde laisse place à l’expression d’un chaosmos ou d’un monde qui n’est que partiellement ordonné.
« Un “chaosmos”, affirme Deleuze, et non plus un monde » [41]. Le chaosmos deleuzien est tout le contraire d’une unité organisée et il correspond plutôt à une multitude de mondes semi-organisés et tous réalisés. Contre l’actualisation leibnizienne d’un unique monde (parmi tous les mondes possibles, seul le plus harmonieux est réalisé), il y a chez Deleuze des mondes semi-ordonnés et compossibles ayant à chaque fois des lois propres d’organisation et dont les aspects contradictoires entre eux ne gênent en rien leur coexistence. « La divergence cesse d’être un principe d’exclusion, affirme Deleuze, la disjonction cesse d’être un moyen de séparation, l’incompossible est maintenant un moyen de communication » [42]. Le monde comme unité organisée perd son ancrage. Le chaosmos ou la multitude de mondes semi-organisés correspond à un univers « d’universelle variation » [43]. Deleuze ne croit plus à la reconquête d’un monde perdu ou à la transformation de l’univers en une nouvelle unité. Il ne croit ni « en un autre monde, ni en un monde transformé » [44]. La seule possibilité valable consiste à donner foi en ce chaosmos d’infinies variations.
De son côté, le dernier Althusser n’hésite pas à parler en termes de naissance « des mondes, des nouvelles unités organisées » et d’une « constitution aléatoire d’un monde » [45]. Dans l’optique althussérienne, la transformation d’un monde particulier par une pratique théorique donnée correspond au passage d’une unité organisée à une nouvelle forme possible d’organisation. Ce qui, d’un point de vue deleuzien, ne tient pas compte du caractère naturellement machiné et chaosmique des entités singulières. Le matérialisme aléatoire d’Althusser retrouve ainsi l’idée traditionnelle d’un monde conçu comme unité organisée là où Deleuze pense une désorganisation par les forces chaosmiques des unités organisées. En outre, le dernier Althusser parvient à penser la réalisation de la « pluralité des mondes possibles » [46] en niant l’existence de lois antérieures de constitution à la faveur d’une description a posteriori des états modifiés, mais la multitude chaosmique en état de variation continue demeure une caractéristique propre à la pensée deleuzienne.
 
Deux manières d’actualiser un même programme
 
 
Nous avons relevé un certain nombre d’incompatibilités entre les théories de Deleuze et celles du dernier Althusser. Nous avons vu que le matérialisme aléatoire d’Althusser demeure sous la gouverne d’un principe de rédemption où l’acteur de la rencontre est investi d’une mission visant à renverser les pouvoirs en place, tandis que la véritable contingence du mouvement est, dans la perspective deleuzienne, dépourvue de tout idéal de transformation vers un monde meilleur opposé au précédent ; nous avons montré que la rencontre n’est jamais pour Deleuze le simple fruit d’une pure et calme contingence, mais qu’elle se place plutôt sous le signe d’une lutte chaosmique et machinique qui engage une certaine pratique de l’amor fati ; nous avons ensuite opposé la quête althussérienne de sens généré par la rencontre à l’attitude radicalement anti-herméneutique de Deleuze qui accorde une préséance à l’expérimentation des forces sur l’interprétation et la compréhension ; et nous avons finalement souligné la difficulté de réconcilier la possibilité maintenue par Althusser d’un passage allant d’une organisation du monde à une autre, à l’univers deleuzien semi-organisé en état de variation continue.
Au-delà de ces divergences, il subsiste néanmoins une profonde affinité entre les deux penseurs dans leur effort visant à renouveler la théorie marxiste. Pour Marx, toutes les luttes particulières demeurent subordonnées à un conflit plus général d’ordre socio-économique. Mais pour Althusser et Deleuze, la politique ou, mieux encore, la micropolitique, se joue invariablement dans une sorte de courant souterrain et décentré. La critique de la nécessité universelle impliquée dans le matérialisme dialectique ouvre, chez Althusser et Deleuze, sur une valorisation des régions spécifiques et fragmentées de l’activité politique où le devenir des conflits de même que l’identité des acteurs en présence obéissent à des lois variables et aucunement prédéterminées. En faisant de la totalisation leur ennemi commun, Althusser et Deleuze souhaitent laisser aux multitudes la chance de se déterminer elles-mêmes et d’exprimer leurs puissances constitutives indépendamment de toute représentation externe propre aux régimes hégémoniques. Dans les deux camps on s’accorde pour dénoncer cette « indignité de parler pour les autres » qui aliène invariablement les puissances singulières [47]. Le nouveau rôle attribué à l’intellectuel par Foucault, rôle qui consiste moins à se placer en retrait pour mieux « dire la vérité muette de tous » qu’à intervenir de manière non-représentative en « luttant contre les formes de pouvoir là où il en est à la fois l’objet et l’instrument : dans l’ordre du “savoir”, de la “vérité”, de la “conscience”, du “discours” » [48], semble convenir au programme althussérien et deleuzien. Nous avons cependant voulu montrer en quoi l’actualisation de ce programme par le dernier Althusser maintient un certain idéal de pureté conceptuelle. Ce dont semble dépourvue la pensée deleuzienne qui accorde une primauté à la machination et à la variation continue en faisant de tout idéal de transformation (incluant celle qui apparaît de manière purement contingente) l’expression, selon différents degrés, des appareils de pouvoirs.
 
NOTES
 
[1]Une première version de ce texte fut présentée au congrès annuel de la Société canadienne de sociologie et d’anthropologie, dans la session « Althusser aujourd’hui : le social, le politique et l’aléatoire », le 1er juin 2002 à l’Université de Toronto.
[2]Commenté au début du texte de A. Negri intitulé « Pour Althusser. Notes sur l’évolution de la pensée du dernier Althusser » in J.-M. Vincent (dir.), Futur antérieur – Sur Althusser. Passages, 1993.
[3]Le mérite de Machiavel, par contraste avec le matérialiste historique, est d’avoir « pensé la théorie de l’histoire politique, de la pratique politique au présent », sans chercher à contextualiser ses propos à l’intérieur d’une longue période historique. Cf. L. Althusser, Sur la philosophie, Paris, Gallimard, 1994, p. 48. Voir aussi « Machiavel et nous » (1972-1986) in Ecrits philosophiques et politiques, Tome II, Paris, Livre de poche, 1994, pp. 39-173 ; et « Solitude de Machiavel » (1977) in Solitude de Machiavel et autres textes, Paris, PUF, 1998, pp. 311-324.
[4]Au sujet de cette renaissance marxiste de Spinoza, mentionnons seulement : P. Macherey, Hegel ou Spinoza, Paris, Maspero, 1979 ; A. Matheron, Individu et communauté chez Spinoza, Paris, Minuit, 1969 ; et A. Negri, L’anomalie sauvage. Puissance et pouvoir chez Spinoza, Paris, PUF, 1982.
[5]L. Althusser, E. Balibar et R. Establet, Lire le capital, Tome II, Paris, Maspero, 1967, p. 50.
[6]L. Althusser, Eléments d’autocritique, Paris, Hachette, 1974, p. 65.
[7]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques, Tome I, Paris, Livre de poche, 1994, p. 554. Pour une présentation générale de la pensée du dernier Althusser, cf. J.-C. Bourbin, « The uncertain materialism of Louis Althusser », Graduate Faculty Philosophy Journal, 22(1), 2000 ; A. Negri, « Pour Althusser. Notes sur l’évolution de la pensée du dernier Althusser » in J.-M. Vincent (dir.), Futur antérieur – Sur Althusser. Passages, 1993, pp. 73-96 ; et A. Tosel, « Les aléas du matérialisme aléatoire dans la dernière philosophie de Louis Althusser », Cahiers philosophiques, 84,2000, pp. 7-39.
[8]Tiré d’une note de « Solitude de Machiavel » (1977) in Althusser, Solitude de Machiavel et autres textes, op. cit., p. 324.
[9]Tous deux publiés in Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., IIIème section.
[10]L. Althusser, Sur la philosophie, op. cit., pp. 13-79.
[11]G. Deleuze, Différence et répétition, Paris, PUF, 1968, pp. 73-74.
[12]Ibid., p. 74.
[13]Ibid., p. 79.
[14]Ibid., p. 339.
[15]Tiré d’un entretien accordé en 1969 à La Quinzaine littéraire (n° 68) et repris in G. Deleuze, L’île déserte et autres textes. Textes et entretiens 1953-1974, op. cit., p. 200.
[16]Initialement paru in F. Châtelet (éd.), Histoire de la philosophie. Tome VIII : le XXe siècle, Paris, Hachette, 1972, p. 313 ; repris in G. Deleuze, L’île déserte et autres textes. Textes et entretiens 1953-1974, op. cit., p. 250.
[17]L. Althusser, J. Rancière et P. Macherey, Lire le capital. Tome I, Paris, Maspero, 1967, p. 82 ; et L. Althusser, E. Balibar et R. Establet, Lire le capital. Tome II,, op. cit., p. 44.
[18]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques, Tome I, op. cit., pp. 595-596; repris in Sur la philosophie, op. cit., pp. 64-66.
[19]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome 1, op. cit., p. 553.
[20]G. Deleuze, Logique du sens, Paris, Minuit, 1969, p. 308.
[21]G. Deleuze, Spinoza et le problème de l’expression, Paris, Minuit, 1968, p. 249.
[22]G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., pp. 311 et 312 (pour les deux derniers extraits).
[23]G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., séries 20 à 24 ; et G. Deleuze, Le Pli. Leibniz et le baroque, Paris, Minuit, 1988, pp. 71-72. Sur les incorporels, cf. E. Bréhier, La théorie des incorporels dans l’ancien stoïcisme, Paris, Vrin, 1997.
[24]G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., pp. 14,69,77,80-1,92,95,99,166-169, 172,176 et 190-197.
[25]Cité in G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., p. 174.
[26]G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., p. 172. Cf. aussi p. 175. Whitehead refuse lui-aussi de réduire l’événement à un simple accident. Un bloc de marbre ou l’obélisque de Cléopâtre, en tant qu’ils ne cessent de devenir dans la nature, constituent des événements. Cf. A. N. Whitehead, The Principle of Relativity with Applications to Physical Science, Cambridge, Cambridge University Press, 1922, p. 21 ; et A. N. Whitehead, Le concept de nature (1920) (trad. J. Douchement), Paris, Vrin, 1998, pp. 162-163.
[27]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., p. 555.
[28]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., p. 561.
[29]G. Deleuze, Proust et les signes, Paris, PUF, 1964, p. 38.
[30]Ibid., p. 118.
[31]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., p. 560.
[32]G. Deleuze et C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, 1996, p. 115.
[33]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., pp. 554-557
[34]Heidegger, Questions III-IV, Paris, Gallimard, pp. 108-109.
[35]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., p. 556.
[36]G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., p. 124.
[37]Ibid., p. 87.
[38]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., p. 582.
[39]G. Deleuze et F. Guattari, Capitalisme et schizophrénie. Tome II : Mille Plateaux, op. cit., pp. 143-144. Cf. aussi Deleuze et Parnet, Dialogues, op. cit., pp. 10 et 58.
[40]G. Deleuze et F ; Guattari, Capitalisme et schizophrénie. Tome II : Mille Plateaux, op. cit., p. 173.
[41]G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., p. 206.
[42]Ibid., p. 203.
[43]G. Deleuze, L’image-mouvement, Paris, Minuit, 1983, pp. 84-86.
[44]Deleuze, L’image-temps, Paris, Minuit, 1985, p. 225.
[45]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., pp. 555 et 570 Cf. aussi Sur la philosophie, op. cit., pp. 40-41.
[46]L. Althusser, Ecrits philosophiques et politiques. Tome I, op. cit., p. 578.
[47]G. Deleuze, « Les intellectuels et le pouvoir. Entretien Michel Foucault-Gilles Deleuze », L’Arc, n° 49,1972, p. 5. Cette perspective ouvre bien sûr la porte aux théories anarchistes au sujet desquelles le dernier Althusser et Deleuze gardent néanmoins le plus grand silence. Cf. T. May, « Is post-structuralist political theory anarchist ? », Philosophy and Social Criticism, 15(2), 1989, pp. 167-182 ; et D. Colson, Petit lexique de l’anarchisme. De Proudhon à Deleuze, Paris, Librairie générale française, 2001.
[48]M. Foucault, « Les intellectuels et le pouvoir. Entretien Michel Foucault-Gilles Deleuze », L’Arc, n° 49,1972, p. 4. Repris in Dits et écrits. Tome II : 1970- 1975, Paris, Gallimard, p. 308. Reiner Schurmann associe cette figure foucaldienne de l’intellectuel à un sujet anarchiste qui lutte contre les lois de la totalisation sociale. Cf. R. Schurmann, « On constituting oneself an anarchist subject », Praxis international, 6(13), 1986.
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