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Actuel Marx

2005/1 (n° 37)

  • Pages : 224
  • ISBN : 9782130550594
  • DOI : 10.3917/amx.037.0027
  • Éditeur : P.U.F.


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A toutes les époques historiques, dans tous les types de société, les êtres humains mangent, dorment, travaillent et procréent au sein de cercles familiaux. Nous nouons nos relations les plus intenses avec les membres de notre famille. Les familles nous situent socialement et façonnent nos vies du berceau jusqu’à la tombe. Pourtant dans la plupart des grandes œuvres du marxisme, la famille n’est pas au centre de l’analyse : loin des yeux, loin du cœur. Il existe quelques exceptions notables : l’œuvre de Claude Meillassoux vient ici à l’esprit [1]  Voir par exemple : Femmes, greniers et capitaux, Paris,... [1] . Mais d’une manière générale, la matrice familiale des rapports entre les sexes et les générations – cet espace intime où se nouent des rapports d’affection et de pouvoir – n’a pas été abordé par les classiques du marxisme. Engels avait commencé de façon prometteuse en plaçant la production des êtres humains sur un pied d’égalité avec la production des biens dans ce passage célèbre à juste titre :

« Selon la conception matérialiste, le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l’histoire, c’est la production et la reproduction de la vie immédiate. Mais, à son tour, cette production a une double nature. D’une part la production de moyens d’existence, d’objets servant à la nourriture, à l’habillement, au logement, et des outils qu’ils nécessitent ; d’autre part, la production des hommes mêmes, la propagation de l’espèce. Les institutions sociales sous lesquelles vivent les hommes d’une certaine époque historique et d’un certain pays sont déterminées par ces deux sortes de production […] » [2]  F. Engels, L’Origine de la famille, de la propriété... [2] .

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Malheureusement, son intuition a été délaissée par le courant principal de la pensée marxiste. Dans Le Capital, Marx écrit que :

« La conservation et la reproduction constante de la classe ouvrière demeurent une condition constante de la reproduction du capital. Le capitaliste n’a pas de souci à se faire : il peut faire confiance à l’instinct de conservation et à l’instinct sexuel des ouvriers » [3]  K. Marx, Le Capital : Critique de l’économie politique,... [3] .

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Cette interprétation naturaliste a marginalisé la place des familles ouvrières dans l’analyse marxienne du capitalisme. A partir de là, pour la plupart des marxistes, le champ de la production s’est réduit à la production des biens matériels, les forces productives se sont réduites aux instruments de travail et les rapports sociaux de production n’ont plus concerné que les rapports noués sur le lieu de production des biens. La question de la subsistance est abordée de manière unilatérale en tant que processus de consommation. En inversant le point de vue, on retrouve l’intuition d’Engels. La production des biens est considérée comme un processus de consommation de la force de travail, alors que la consommation, dans le cadre du foyer, de nourriture et de logement est considérée comme un processus de production de la force de travail au quotidien et de génération en génération.

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Toutes les sociétés humaines participent nécessairement à trois types de production étroitement liées : (a) la production des moyens de production ; (b) la production des moyens de subsistance et (c) la production de la force de travail. Dans chaque cas, le cycle de reproduction consiste à réparer régulièrement et à remplacer périodiquement la force productive en question. Les théories marxistes classiques du concept de mode de production ne s’occupent que des deux premiers « domaines ». Le processus de production de la force de travail – son rajeunissement quotidien et son remplacement générationnel – manque à l’appel.

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La domination d’un mode de production favorise la reproduction de certains types de famille tout en empêchant ou limitant le développement d’autres modèles. Ce qui est déterminant en la matière, c’est la manière dont la force de travail est exploitée et les moyens que les familles productrices utilisent pour subvenir aux besoins de leurs membres. Le processus mondial de prolétarisation sous l’égide du capitalisme – la perte de la propriété terrienne des moyens de production et le recours grandissant au salariat comme moyen de subsistance – a joué un rôle crucial dans l’évolution des formes modernes de famille.

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Si les modes de production déterminent les types de famille, l’inverse est également vrai. Les types de famille jouent un rôle actif dans la constitution et le développement des modes de production, en premier lieu en raison du rôle central qu’elles jouent dans la production des êtres humains et de leur capacité de travail, de consentement et de résistance. Pour prendre en compte le caractère profondément réciproque de cet équilibre et jauger sa force ou sa vulnérabilité, il faut s’abstenir d’utiliser les modèles fonctionnalistes et structuralistes. Aucun telos ne peut être assigné au système dans son ensemble. Les stratégies familiales des classes dominées répondent à leurs propres impératifs de subsistance. Les classes dominées forment leurs propres familles, mais dans des conditions qu’elles n’ont pas choisies.

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L’omission de la production de la force de travail de la conception marxiste classique du mode de production a conduit à assigner par défaut à la nature l’organisation sociale de la maternité, des soins apportés aux tout-petits et des premiers contacts avec autrui. Une fois éliminés de « la base », les familles sont placées dans « la superstructure », comme chez Althusser lorsqu’il fait de la famille un « appareil idéologique d’Etat » [4]  L. Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques... [4] . S’il est indéniable que les familles sont les lieux privilégiés d’une intense activité idéologique, les foyers où elles habitent et travaillent sont des unités économiques. La plus grande partie du travail ménager est fait par les femmes, ce qui les place bien plus que les hommes au cœur de la production de la force de travail. Le schéma traditionnel fait manifestement la part trop belle aux hommes. Dès lors, il n’y a pas lieu de s’étonner de voir les féministes reprocher aux marxistes d’avoir élaboré un mode de production « qui ne tient pas compte des femmes » [5]  Heidi Hartmann, « The Unhappy Marriage of Marxism and... [5] .

La production des êtres humains et de leur force de travail

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L’espèce humaine fait preuve d’une capacité unique d’adaptation et d’acquisition de moyens de subsistance dans une grande variété de climats et d’habitats. Nos capacités de travail sont suffisamment généralisées pour que, contrairement à d’autres espèces, nous ne soyons pas cantonnés à une niche écologique particulière. Les spécificités de la force de travail humaine ne la cantonnent pas non plus à la production des biens. La manière dont nous nous produisons est également unique. Grâce au contrôle social de la fertilité (par et à l’intérieur du mariage), nous maîtrisons notre capacité de procréation bien mieux que les autres espèces.

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Le rapport entre sexualité et procréation n’étant pas naturellement déterminé, son organisation est un élément capital de la reproduction de toutes les sociétés. Même lorsque les taux de mortalité sont élevés, la plupart des gens ont un surplus d’énergie libidinale qui dépasse les besoins de la société et le désir des parents d’avoir plus d’enfants. Contrairement à d’autres primates, les femelles humaines ont une libido qui ne se limite pas aux périodes d’ovulation. Surtout, elles ne ressentent au moment de l’ovulation aucun désir fort de copuler avec le premier mâle disponible, contrairement à ce qui se passe lors de l’ovulation pour d’autres primates femelles.

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Il est donc devenu possible que le choix du partenaire devienne une prérogative féminine, ce qui n’est pas sans conséquences pour l’évolution de notre espèce.

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Le fait que la sexualité puisse être dissociée de la procréation crée un grand nombre de possibilités d’évolution pour ces deux fonctions. C’est avec l’espèce humaine que, pour la première fois, la conception elle-même devient une affaire de savoir pratique et de choix conscient. Historiquement, le contrôle des naissances n’est pas une invention récente. Diverses formes de restriction de la fertilité (l’abstinence, le retrait, l’avortement et l’infanticide) ont été détectées dans presque toutes les sociétés. Aujourd’hui, dans les pays du tiers-monde en proie à une « explosion démographique », les taux de fertilité n’atteignent que quarante à soixante pour cent de leur capacité naturelle. Il n’existe nulle part de trace de taux de natalité qui se maintiennent durablement aux niveaux qu’on attendrait naturellement d’une population hétérosexuelle se reproduisant sans contraintes.

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Les moyens de contrôler les naissances sont nombreux et variés : certains mettent l’accent sur le célibat et la peur de la sexualité (par exemple l’abstinence) ; d’autres facilitent l’activité sexuelle en la libérant de la peur (par exemple les moyens contraceptifs actifs) ; certains résultent de pressions de la société et contraignent les choix des individus (par exemple l’interdiction des relations sexuelles avant le mariage) ; d’autres résultent du choix personnel des femmes ou des couples. Les objectifs des différents moyens de contrôle de la fertilité sont également opposés : alors que certaines politiques cherchent parfois à limiter le taux de natalité et à contrôler la croissance de la population, d’autres cherchent à encourager la croissance de la population, à réprimer la sexualité et à contrôler les femmes. Quand la répartition de la propriété est liée à la paternité, les hommes d’âge mûr cherchent toujours à contrôler la sexualité des femmes, dans la mesure où, comme l’a fait remarquer le célèbre juriste romain Gaius, « tandis que la maternité est connue de façon certaine, la paternité n’est que présomption ». Pour qu’il soit admis que le mari est le père légitime de l’enfant, il faut que la société considère que sa femme lui a été fidèle. Bref, le contrôle de la fertilité est un enjeu de luttes où s’affrontent des forces antagonistes dont les objectifs sont incompatibles. Cela apparaît clairement aujourd’hui à chaque fois que des luttes politiques prolongées sont menées à propos du droit des femmes de choisir d’avorter. Les femmes ont rarement été autonomes en matière de sexualité et de procréation ; elles ont rarement été en mesure de contrôler leurs propres capacités biologiques. Comme l’a bien compris le mouvement féministe contemporain, le combat pour l’autonomie en matière de reproduction est un élément essentiel de la lutte pour l’émancipation de la femme.

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Bien que l’accouchement incombe par nature aux femmes, c’est en raison de la division sociale du travail, qui a pour corollaire de diminuer la responsabilité masculine, que les femmes sont censées s’occuper des enfants. Si le rôle que jouent les hommes dans l’éducation de leurs enfants varie beaucoup, il est rare qu’on attende des hommes qu’ils s’occupent concrètement des enfants (en les nourrissant et en les blanchissant) ou que ces responsabilités soient partagées de manière égale entre les parents. Les recherches féministes ont souligné le rôle culturel fondamental que joue l’asymétrie des rôles parentaux dans la reproduction de la polarité homme/femme et des identités de genre [6]  Voir par exemple Nancy Chodorow, The Reproduction of... [6] .

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De manière presque universelle, la vie commence avec la mère, non seulement pendant les premiers mois de la vie, mais aussi pendant les années qui suivent. Les pratiques maternelles variant beaucoup selon les cultures ; on ne peut pas dire que le rapport mère-enfant est toujours le même, mais on peut admettre qu’il est toujours important. S’occuper de jeunes enfants est toujours une responsabilité qui prend beaucoup de temps et s’inscrit dans la durée. Il faut deux fois moins de temps aux bébés chimpanzés et aux bébés singes qu’aux humains pour être en mesure sans danger de s’émanciper de la tutelle et des soins constants de leur mère. L’investissement qu’il nous faut consentir pour prendre soin de notre progéniture avant que la nouvelle génération ne devienne capable de produire de manière indépendante et de rembourser le coût de son éducation prolongée singularise notre espèce. Dans le monde moderne, l’extension de la scolarité obligatoire et les forts taux de chômage des jeunes font que la plupart des enfants des pays développés ne s’émancipent pas de la tutelle financière de leurs parents avant l’âge de 20 ou 25 ans.

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En raison de l’idée largement répandue qu’il existe un instinct maternel qui vient naturellement aux femmes, le savoir et les compétences que ce rôle requiert ont toujours été gravement sous-estimés. La dévaluation des capacités féminines en matière de tâches ménagères est à la fois l’effet, et réciproquement la cause, de la subordination des femmes dans un grand nombre de sociétés. Les féministes ont subverti ce présupposé naturaliste et ont arraché une reconnaissance tardive de la contribution des mères au développement des êtres humains.

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Qu’est-ce qui détermine la nature du lien entre les responsabilités de la femme en matière de reproduction et leur statut général au sein de la société ? L’un des points clé, c’est la possibilité de combiner facilement le travail de reproduction avec d’autres tâches. Les différentes tâches productives des femmes sont-elles compatibles avec le soin apporté aux enfants ? Partout où l’accouchement et l’allaitement forcent les femmes à se retirer du travail non domestique pendant de longues périodes, leur présence publique et le pouvoir qu’elles exercent au sein de leur environnement social tend à diminuer. Lors de la transition de la houe à la charrue, la position de la femme s’est globalement détériorée car la nouvelle agriculture était moins compatible avec les responsabilités maternelles [7]  Ester Boserup, Women’s Role in Economic Development,... [7] . A chaque fois que le mode de production dominant d’une société favorise fortement la production de la richesse par rapport à la production des êtres humains, la tendance qui en résulte est la remise en cause de l’intégration harmonieuse des deux processus de travail. Le capitalisme a créé un antagonisme profond entre d’une part l’enfante-ment et les soins apportés aux jeunes enfants et d’autre part le travail salarié, ce qui a dégradé la position des femmes dans leurs rapports au marché du travail.

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Aucun groupe humain ne peut survivre si la durée de vie moyenne de ses producteurs n’est pas assez longue pour qu’ils puissent produire une descendance, s’en occuper et les éduquer jusqu’au moment où ils pourront devenir pleinement productifs. Cela implique la coexistence d’au moins trois générations : les enfants, qui ne subviennent pas encore à leurs propres besoins ; les personnes âgées qui ont cessé d’être pleinement productrices et la génération intermédiaire des adultes qui doivent produire une quantité suffisante de biens de subsistance pour couvrir les besoins de tous. A l’échelle d’une vie, la période correspondant à cette capacité productive correspond à peu près à celle qui conduit également à la maturation de la capacité de procréation. La génération intermédiaire contrôle les deux aspects de la capacité de travail, alors que les enfants et les personnes âgées sont incapables de prendre en charge l’un ou l’autre de ces deux éléments indispensables à la vie. Il est donc nécessaire que chaque classe de producteurs adultes produise en permanence un « surplus de subsistance » (en plus du surplus qui peut être produit par les classes non productives) afin de se reproduire de génération en génération. La manière dont les familles parviennent à gérer l’équilibre entre producteurs et consommateurs au sein des foyers détermine leur niveau de vie et souvent leur survie.

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Toutes les sociétés doivent assurer un équilibre global entre l’épuisement programmé de la force de travail et la relève démographique assurée par ses foyers. Les manières dont cet équilibre est assuré ou rompu permettent d’obtenir un aperçu significatif de la dynamique de la société toute entière. Pendant des périodes entières, il arrive que des familles de producteurs ajustent involontairement leur démographie aux exigences en matière de travail du système socio-économique en adaptant de manière flexible le rapport entre actifs et inactifs au sein même de leurs propres foyers. Pendant d’autres périodes, leurs stratégies familiales entrent en conflit avec les exigences en matière de travail du système tout entier. Les déséquilibres s’accumulent ; s’ils ne sont pas corrigés, ils finissent par mener à une situation de stagnation et de crise. Aujourd’hui, on observe les déséquilibres s’accumuler dans le monde capitaliste développé. Les taux de natalité sont tombés bien en dessous du taux de remplacement des générations, les forces de travail vieillissent, les retraités vivent plus longtemps, et les systèmes de retraite – publics et privés – sont en train d’être gravement fragilisés. Si les tendances actuelles continuent, beaucoup de systèmes de retraite feront faillite au cours des deux prochaines décennies. Le problème n’est pas insoluble : le monde regorge de gens jeunes qui recherchent un emploi et qui veulent bien émigrer. Mais l’émigration massive en provenance de pays pauvres que nécessiterait le rajeunissement des forces de travail des pays riches se heurte à de fortes résistances qui résultent principalement de la peur d’être « envahis » par des populations de couleur qui parlent des langues étrangères, ont des coutumes étranges et des croyances religieuses potentiellement dangereuses.

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Depuis que Marx a dénoncé les théories démographiques de Malthus, les marxistes sont restés extrêmement méfiants à l’égard de tout modèle de développement socio-économique qui accorde un rôle actif aux facteurs démographiques. Si l’hostilité aux politiques malthusiennes réactionnaires était tout à fait justifiée, l’occultation par le matérialisme historique des effets des dynamiques démographiques a eu des conséquences désastreuses pour l’analyse. Nous avons abandonné le terrain à nos ennemis.

Conceptualiser les types de famille au sein des modes de production

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Les chercheurs ne sont pas parvenus à élaborer une définition interculturelle satisfaisante de « la famille ». La diversité des types de famille est telle que la recherche d’une essence universelle s’est révélée une entreprise aussi futile qu’idéaliste. Il est plus fructueux de commencer par étudier la manière dont les familles organisent leur cycle de vie dans un mode de production donné. Loin d’être déterminées sur le plan génétique, les formes familiales répondent à la contrainte inverse : la dure réalité des difficultés que doit affronter la reproduction humaine, qui ne relèvent pas du biologique. Les impératifs universels qui nous obligent tous à former des groupes familiaux semblent avoir trait à : (a) la régulation de la fertilité et la légitimation de l’enfantement par le mariage ; (b) la construction sociale de la paternité sur la base d’un statut de la paternité reconnu au sein de la société ; (c) la mise en place d’un foyer stable, économiquement viable et socialement légitime, pendant la période exceptionnellement longue où les enfants sont dépendants ; (d) la transmission et la distribution de ressources (en matière de savoir et de propriété) entre les générations ; et (e) la prise en charge des personnes âgées dépendantes qui ne sont plus capables de subvenir seules à leurs besoins. Aucun de ces facteurs ne fournirait, à lui seul, la raison qui permettrait d’expliquer de manière convaincante la reproduction des formes de famille dans les sociétés humaines, mais si on les considère ensemble, on voit la logique puissante qui est à l’œuvre.

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En tant que matérialistes, notre approche de la famille s’ancre dans l’organisation de l’économie domestique, dans la manière dont ses membres accèdent aux moyens de production, acquièrent les moyens de leur survie et restaurent leur capacité de travail. Une telle approche ne présente pas de difficultés importantes au niveau de l’étude de la vie quotidienne. Il est facile de comprendre que les familles doivent nourrir, habiller et loger leurs membres, et ce au sein de foyers. Les problèmes surgissent lorsqu’on s’intéresse à la formation des familles de génération en génération, aux processus de choix des conjoints et de mariage, à la formation de nouveaux liens familiaux par le rapprochement de deux familles différentes. A ce niveau, on entre dans un autre univers conceptuel, qui est dominé par le discours juridique de la parenté, au détriment des impératifs pratiques de la survie quotidienne, qui semblent disparaître de l’horizon. Pour parvenir à concilier sur le plan conceptuel ces deux points de vue, il faut relier directement la forme que prend le cycle familial à son soubassement économique, le cycle domestique du groupe cohabitant. Sous cet angle, il s’agit d’analyser les manières dont les foyers gèrent le rapport changeant entre actifs et inactifs pendant toutes les périodes du cycle de vie de la famille : les manières de financer la procréation et l’éducation des enfants, de faire passer les jeunes à la vie active, de s’occuper des personnes âgées et de transférer richesses et statut de génération en génération par le mariage et l’héritage. Le système de parenté codifie les idéaux dominants pour ce qui est de la bonne gestion de ces processus.

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Il nous faut tout particulièrement concentrer notre attention sur la transition – la phase de remplacement du cycle – lorsque la progéniture atteint l’âge adulte, se marie, rejoint ou fonde des foyers et commence à procréer, tandis que les parents prennent leur retraite et meurent. Passons brièvement en revue ces étapes, ainsi que les types de problèmes que chacune soulève. (a) Gagner sa vie : comment les jeunes accèdent-ils durablement aux moyens de production et parviennent-ils ainsi à pourvoir à leurs propres besoins et à ceux de leurs futurs enfants ? (b) L’accès au logement : comment les jeunes ont-ils accès au logement lorsqu’ils deviennent adultes ? Quelles sont les règles d’habitation et de formation des foyers qui gouvernent ce changement ? La formation du foyer dépend-elle d’un transfert de propriété des parents vers les enfants ? (c) Le mariage : Comment les jeunes d’une société donnée deviennent-ils adultes et susceptibles de se marier ? Qui contrôle le choix des conjoints et le moment du mariage ? Le contrat de mariage implique-t-il une forme quelconque de transfert de propriété et si oui de quel type ? Quel lien existe-t-il (s’il en existe un) entre le mariage et l’héritage ? (d) Faire et élever des enfants : Quelles sont les circonstances qui rendent la naissance légitime et autorisent les couples à procréer ? Comment la fertilité est-elle régulée, par ainsi qu’à l’intérieur du mariage ? Comment les familles gèrent-elles l’augmentation de la dépendance qui résulte de l’entrée des femmes dans le cycle de la maternité ? (e) La prise en charge des parents : Quand les enfants deviennent des adultes productifs et se marient, quelle sorte d’obligations gardent-ils envers leurs parents ? Sont-ils obligés de les aider et de les prendre en charge lorsqu’ils vieillissent ? Quel rôle (s’il existe) l’héritage joue-t-il dans la structuration des rapports entre les générations, garantissant que chacune des parties fera face à ses obligations ? La manière dont ces transitions s’organisent successivement détermine la structure familiale ; c’est sur cette base qu’on peut utilement distinguer les différents types de famille.

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Les modes de production opérant à des niveaux variés de détermination, la meilleure manière de les concevoir consiste à varier les niveaux d’abstraction ; il en va de même pour les types de familles. C’est pour cette raison qu’on ne peut se contenter de dériver un type unique de famille d’un mode de production donné. Prenons à cet égard l’exemple de la féodalité. Dans ce cas, la forme de propriété seigneuriale a favorisé l’émergence au sein de la paysannerie d’un cycle de famille souche fondé sur l’existence d’un héritier unique. Mais les types de propriété sous-jacents se sont développés de manières très différentes en Europe orientale et en Europe occidentale. On constate donc le développement de formes diverses de la famille souche : à l’est de l’Europe, une variante courante de ce modèle était fondée sur le mariage précoce et la cohabitation des générations au sein du foyer paternel ; à l’ouest de l’Europe, une variante affaiblie du modèle souche dominait, fondée sur un mariage plus tardif et la formation de foyers dans l’environnement proche. Au niveau le plus abstrait, on pourrait dire que la féodalité a favorisé l’émergence de deux ou trois types dominants de famille. Dans un tel modèle en effet, tout principe de détermination paraît très faible. En procédant de manière historique, il serait plus juste de dire que le mode de production féodal s’est développé de manière différente à l’est et à l’ouest de l’Europe, et que ce sont ces variantes qui ont à leur tour déterminé le développement de cycles familiaux distincts selon les régions. Une fois admise la nécessité de déployer le concept même de mode de production à différents niveaux d’abstraction, il devient possible de penser les types de famille à tous les niveaux du modèle. Ainsi on peut rendre compte pleinement de la grande variété des types de famille dans une formation sociale donnée sans renoncer à découvrir leurs racines communes et les limites qu’elles partagent en raison des formes de propriété du mode de production au sein duquel elles voient le jour.

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Les modes de production dominants ne sont pas plus stables temporellement qu’ils ne sont homogènes géographiquement. Ils sont profondément influencés par leurs prédécesseurs historiques et par les conditions spécifiques de leur apparition et de leur imposition. Prenons à cet égard l’exemple du capitalisme. Pour ceux qui vendent leur force de travail, ce mode de production encourage le développement de foyers regroupant des familles nucléaires indépendantes sur deux générations et tend à faire disparaître les vestiges de types familiaux antérieurs et à dissoudre les relations de parenté dans le domaine du travail. Une généralisation aussi vaste est valable quand on se place au niveau de la définition abstraite d’une époque historique. Mais à la naissance du capitalisme industriel, il n’en a pas été ainsi. On constate que les familles de prolétaires étaient souvent élargies à plusieurs générations ; les foyers accueillaient souvent des personnes au-delà du noyau de base, et les membres de la famille travaillaient souvent ensemble à la mine, à l’usine ou dans l’atelier. Notre modèle s’en trouve-t-il invalidé ? Non. A ce stade, le capitalisme, qui n’avait pas encore atteint sa maturité, n’avait pas complètement développé ses caractéristiques. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les survivances de la première période ont disparu. Les familles élargies se sont raréfiées, les foyers sont devenus des espaces plus privés et leur composition plus strictement nucléaire ; les capitalistes ont décidé d’arrêter d’embaucher des familles entières et se sont mis à payer tous les salaires directement à chaque travailleur. Ce stade du capitalisme est plus pur que le précédent, tant pour les types de famille que pour les autres structures.

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Le modèle de mode de production que nous construisons est élaboré au niveau d’abstraction le plus élevé à partir de l’étude du système dans sa maturité, aux moments et aux endroits où il a atteint son extension la plus grande. A partir de là, en avançant et en reculant dans le temps, on retrace la dynamique du mode de production à travers ses stades divers d’ascension et de déclin, ce qui nous rapproche du domaine de l’histoire proprement dite, de sa richesse, de sa variété, de ses accidents et de ses coïncidences. Ce « retour au concret » permet de tester la validité du modèle général. Cependant, il ne permet pas de contrôler la théorie au niveau le plus abstrait, puisque de tels modèles théoriques ne peuvent jamais reproduire par la pensée les formes historiques dont ils sont censés révéler les structures profondes. Mais puisque je considère que les modes de production sont des structures sociales qui exercent une influence considérable plutôt que de simples outils élégants permettant de comprendre les sociétés, la validité empirique de la théorie doit être prise au sérieux. La thèse de la détermination du développement des familles par les modes de production doit pouvoir être falsifiée en se référant à l’histoire. Ainsi, s’il était possible de montrer que la structure fondamentale des types de famille n’a pas changé quand le mode de production dominant s’est transformé lors de la transition de la féodalité au capitalisme, les thèses avancées plus haut seraient alors invalidées [8]  Les deux œuvres suivantes, A Millenium of Family Change... [8] .

Pouvoir patriarcal et relations de famille

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On peut distinguer les types de famille de diverses manières, mais le critère essentiel dans le cadre que je propose est la façon dont la jeune génération accède pleinement au statut de chef de famille. Cette approche met l’accent sur la question des rapports de pouvoir entre les générations, qui est intimement liée avec l’autre structure de pouvoir au sein des foyers : le pouvoir qu’exercent les maris sur leurs femmes. La combinaison de ces deux dimensions définit les traits caractéristiques du système familial patriarcal.

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Généralement, les systèmes familiaux patriarcaux s’accompagnent, à des degrés et selon des modalités variables, des prérogatives suivantes qu’exercent les maris et les pères sur leurs femmes et leurs enfants : (a) le droit de représenter le groupe familial et de parler en son nom au sein de la société ; (b) la possession, en fait ainsi qu’en droit, et le droit de disposer librement de la propriété familiale, y compris les revenus ; (c) le contrôle du travail des autres membres de la famille ; (d) le droit conjugal de posséder sa femme sexuellement, et ce de façon exclusive, au sein du mariage (ce qui garantit la paternité) ; (e) le droit de garde des enfants, ce qui entraîne le droit de décider de leur éducation. Normalement, ces prérogatives s’accompagnent en retour d’obligations qui s’imposent au père. C’est en s’acquittant consciencieusement de son devoir de protéger et de subvenir aux besoins de ceux qui dépendent de lui que le chef de famille peut subordonner leurs intérêts aux siens en représentant la famille en tant que groupe. Dans un contexte patriarcal, le « bon père et bon mari » est celui qui exerce ses prérogatives en montrant de façon tangible qu’il se préoccupe du sort des membres de la famille qui résident sous son toit.

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Définir les prérogatives diverses qui définissent généralement le pouvoir patriarcal est une chose, expliquer leur origine en est une autre. Sauf à postuler un désir universel de domination masculine, il faut aborder cette question en la replaçant dans les contextes historiques spécifiques. Je propose, dans cet esprit, d’exposer ma manière de traiter ce problème. On peut aborder la question en cherchant les réponses possibles à la question suivante : « Si le mariage est une institution qui opprime les femmes, pourquoi la grande majorité des femmes choi-sissent-elles de se marier, de rester mariées ou de se remarier ? ». La meilleure réponse, à mon avis, est que pour la plupart des femmes dans la plupart des cas, le mariage est un moindre mal. Ce qui assure la domination masculine au sein du mariage, c’est la dévalorisation des solutions de rechange et l’individuation de l’expérience féminine du mariage. Tout ce qui améliore les possibilités offertes aux femmes en dehors du mariage, tout ce qui facilite le célibat des femmes jeunes et aide les femmes mariées à quitter leurs maris renforce la position des femmes au sein du mariage. Les coûts et les bénéfices de ce choix sont à la fois matériels et idéologiques. Quitter son mari peut diminuer le niveau de vie d’une femme et lui faire risquer l’opprobre de la société. Les deux sont des coûts réels et jouent un rôle dans la continuation des mariages. De plus, les deux ont tendance à mutuellement se renforcer. L’appauvrissement qui résulte de la privation des ressources du foyer abaisse le statut de la femme dans la société ; la condamnation de la société qui s’ensuit peut isoler et appauvrir la femme.

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Tout comme les hommes, la plupart des femmes s’intéressent à leur bien-être et sont prêtes à agir pour améliorer leur sort à chaque fois qu’elles peuvent le faire sans prendre de risques déraisonnables. Le plus souvent, elles ont à cœur de défendre l’intérêt de leurs enfants plutôt que leur intérêt personnel au sens étroit du terme. Les femmes qui préfèrent continuer à endurer l’oppression au sein de leur mariage, qui souffrent souvent en silence et tolèrent les mauvais traitements le font surtout parce que les risques encourus en cas de rupture sont prohibitifs pour elles-mêmes et pour leurs enfants.

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La réponse à la question « pourquoi la plupart des femmes se marient-elles ? » écarte deux idées reçues. La première prétend que l’instinct biologique des femmes les pousse à vivre de façon monogame et à procréer et qu’elles se marient pour réaliser ces objectifs. Le désir d’avoir des relations sexuelles est certes quasi universel, mais les objets de ce désir et les rapports sociaux qui permettent sa satisfaction ne sont pas prédéterminés sur le plan biologique. De même, je concède volontiers que le désir de procréer est quasi universel, mais c’est la structure sociale, et non la biologie, qui détermine la mise en place de mécanismes qui légitiment l’éducation des enfants au sein du mariage, et l’interdit juridiquement, la rend précaire économiquement et la stigmatise culturellement en dehors des liens du mariage.

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La seconde thèse privilégie les raisons idéologiques pour expliquer le désir des femmes de se marier. Dans un monde patriarcal, la subjectivité de la plupart des femmes se forme de telle sorte qu’elles deviennent victimes de fausse conscience. Systématiquement habituées à accepter la soumission, elles deviennent incapables d’identifier et d’agir en fonction de leurs intérêts bien compris. Les théories de la fausse conscience ont desservi les marxistes dans leurs tentatives d’explication de l’acceptation du capitalisme par les ouvriers ; elles sont tout aussi pernicieuses quand il s’agit de rendre compte de l’acceptation par les femmes du patriarcat. Le problème de ce type de théories, c’est qu’elles postulent l’existence d’intérêts « véritables », simples et univoques (comme dans la formule «  vous n’avez rien d’autre à perdre que vos chaînes ») et que par conséquent elles présupposent nécessairement l’existence d’une discordance entre la conscience des gens et leurs intérêts « véritables » (c’est-à-dire révolutionnaires). Si les dominés réagissent de manière conservatrice, c’est parce qu’ils ont été endoctrinés ou mystifiés et que leurs intérêts véritables ont été trahis. L’idéologie dominante n’est donc pas censée trouver sa source dans la situation des dominés, et son pouvoir de séduction n’est que chimère. Parce que nous rechignons à faire face à la réalité déconcertante et donc à admettre que l’intérêt des opprimés n’est pas toujours révolutionnaire, nous préférons adopter une explication entièrement idéaliste des comportements de prudence et de consentement.

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C’est seulement en envisageant les possibilités qui s’offrent aux partenaires en dehors de la relation qu’on peut comprendre le paradoxe suivant : le plus souvent, c’est l’homme, le principal bénéficiaire d’une relation, qui a le moins à perdre en cas de rupture et non la femme, que la relation opprime. Il est parfois dans l’intérêt immédiat de la femme d’obéir à son mari et de bien le servir, si son attitude le conduit à mieux la traiter. Son comportement peut parfaitement être calculé, rationnel et intéressé ; il n’est pas obligatoirement synonyme de masochisme, de haine de soi ou de l’adoption entièrement mystifiée du point de vue du mari. Tant que les perspectives de renversement d’une relation de soumission sont lointaines et que les conséquences de la rupture sont graves, le comportement rationnel que préfèrent le plus souvent adopter la plupart des dominées consiste à faire preuve d’un certain degré de consentement et à éviter les provocations afin d’éviter le conflit. Ce qui ne signifie pas que les femmes opprimées au sein de leur mariage sont satisfaites de leur sort et ne veulent pas affronter leurs maris. La résistance, la négociation, les accords explicites et les arrangements informels sont le lot nécessaire de tout mariage normal. De grandes disparités en matière de pouvoir n’empêchent pas la réciprocité entre les époux. Pas plus que l’oppression n’empêche la compassion, l’affection et l’attachement de se développer.

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Les hiérarchies sociales durables ne sont menacées que lorsque les dominés ont plus à gagner et moins à perdre à protester collectivement au lieu d’amadouer les puissants et de négocier pour tenter individuellement d’obtenir un meilleur sort en respectant les règles du jeu existant. D’où l’importance cruciale des solutions autres que le mariage quelle que soit la période historique si l’on veut comprendre le cadre qui définit les rapports de force entre époux. Tant que ces solutions de rechange sont limitées juridiquement, pénalisantes économiquement et dévalorisées culturellement, les femmes ont tout intérêt à chercher des partenaires et à ne pas mettre fin à des mariages qui les oppriment.

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Dans la vie quotidienne, la question du rapport de forces entre époux ne se pose pas de manière aussi brutale. Le problème qui se pose aux femmes n’est pas de choisir entre partir ou rester, mais plutôt de parvenir à faire pour le mieux dans la situation où elles se trouvent, de s’assurer qu’elles auront de quoi vivre, dans un environnement stable, amical, et empreint de dignité humaine. La thèse sur les rapports de force entre époux exposée plus haut peut maintenant être étendue à la vie quotidienne : le pouvoir que les femmes sont en mesure d’exercer dans leurs relations avec leurs maris dépend essentiellement de la nature des rapports qu’elles ont entre elles. La domination masculine au sein du mariage résulte de l’individuation de la vie des femmes, de leur soumission individuelle à des hommes particuliers, du fait qu’elles sont relativement isolées d’autres femmes et en concurrence avec elles. Inversement, la construction de liens de solidarité et d’un esprit de groupe entre femmes renforce leur pouvoir dans le rapport de force conjugal. En discutant avec d’autres femmes, les épouses partagent leurs expériences de femmes mariées et sont en mesure de comparer leur relation avec d’autres au sein du groupe. Ceci leur permet d’utiliser le pouvoir du groupe afin d’atténuer les pires excès du pouvoir patriarcal. Bien que les cultures féminines informelles de solidarité contribuent de manière décisive à améliorer la position des femmes au sein du mariage, d’ordinaire, elles ne contestent pas les prérogatives les plus fermement établies du patriarcat, mais seulement les abus les plus manifestes qui en découlent. Condamner un mari brutal revient à demander d’être mieux traitée, ce qui renforce le modèle traditionnel du bon mari, du maître capable de bonté et de compassion. Et ce bon mari mérite une bonne épouse, qui sera gaie et travailleuse, serviable et obéissante. En l’absence d’un mouvement des femmes, l’amitié féminine et les réseaux d’entraide ne contestent pas les bases du mariage et du patriarcat en tant que tels ; ils atténuent les conséquences de ses pires excès et facilitent la vie avec certains hommes. Ceci ne minimise en rien l’importance des réseaux d’entraide pour les femmes, mais rappelle simplement qu’ils ne deviennent révolutionnaires qu’à condition d’être reliés à un mouvement féministe indépendant qui milite pour le changement.

Notes

[1]

Voir par exemple : Femmes, greniers et capitaux, Paris, Maspéro, 1982.

[2]

F. Engels, L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, Paris, Editions sociales, 1954, pp. 15-16 (Préface de la première édition, 1884).

[3]

K. Marx, Le Capital : Critique de l’économie politique, volume 1, Paris, PUF, 1993, p. 642.

[4]

L. Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques d’Etat », in Positions, Paris, Editions sociales, 1976.

[5]

Heidi Hartmann, « The Unhappy Marriage of Marxism and Feminism : Towards a More Progressive Union », in Lydia Sargent (ed.), Women and Revolution : A Discussion of the Unhappy Marriage of Marxism and Feminism, London, 1981, p. 2.

[6]

Voir par exemple Nancy Chodorow, The Reproduction of Mothering, Psychoanalysis and the Sociology of Gender, Berkeley, 1978.

[7]

Ester Boserup, Women’s Role in Economic Development, New York, 1970.

[8]

Les deux œuvres suivantes, A Millenium of Family Change et Weathering the Storm, s’emploient à démontrer l’existence de ce lien en étudiant concrètement la transformation des types de famille dans le nord-ouest de l’Europe lors de la transition multi-séculaire qui a mené du système féodal au capitalisme.

Résumé

English

Family Forms in Modes of Production. Marxists expand the mode of production concept to make room for family forms, situating them in the daily and generational production of labour power. Family forms are active elements in the constitution and development of modes of production, above all because they are central to the production of people and their capacities for work, compliance and resistance. Our focus is on the turnover phase of the cycle when offspring reach adulthood, marry, join or form households, and begin to procreate, while their parents retire and die.

Plan de l'article

  1. La production des êtres humains et de leur force de travail
  2. Conceptualiser les types de famille au sein des modes de production
  3. Pouvoir patriarcal et relations de famille

Pour citer cet article

Seccombe Wally, « Les différents types de famille au sein des modes de production  », Actuel Marx 1/ 2005 (n° 37), p. 27-42
URL : www.cairn.info/revue-actuel-marx-2005-1-page-27.htm.
DOI : 10.3917/amx.037.0027

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