Actuel Marx
P.U.F.

I.S.B.N.9782130562467
224 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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n° 42 2007/2

2007 Actuel Marx

Présentation

L’Amérique Latine est, du point de vue des luttes contre le néolibéralisme et de la recherche d’alternatives à gauche, un continent en pleine effervescence, et, à bien des égards, exemplaire. Au cours des dernières années, des partis ou coalitions de gauche – ou de centre-gauche – ont gagné les élections dans la plupart des pays du continent. Certes, tous ces nouveaux gouvernements n’ont pas répondu aux attentes sociales qui les ont portés au pouvoir, mais leur élection – ainsi que les insurrections et soulèvements qui se sont succédés en Argentine, en Équateur, en Bolivie et au Mexique – témoignent d’un rejet des élites dominantes et d’un profond désir de changement. Aussi important, sinon plus, que ce glissement électoral à gauche est l’essor d’une très grande diversité de mouvements sociaux, au sein une dynamique plus générale d’auto-organisation des classes subalternes et des groupes opprimés.
L’objectif de ce numéro d’Actuel Marx n’est pas de « suivre l’actualité » – une tâche vaine, d’ailleurs, pour une revue semestrielle – mais de tenter d’analyser, en utilisant les instruments de la critique sociale (notamment marxiste), les luttes sociales qui se développent en Amérique Latine, avec un certain recul, et dans une perspective historique qui permette de saisir à la fois les tendances de longue durée et les phénomènes nouveaux surgis au cours des dernières années.
Nous avons posés un certain nombre de questions à des chercheurs latino-américains connus pour la lucidité de leurs analyses et leur engagement social : Ana Esther Ceceña, Armando Boito, Carlos Nelson Coutinho, Guillermo Almeyra. Un entretien avec Maurice Lemoine, rédacteur en chef du Monde Diplomatique, permet de compléter le panorama général de la situation politique en Amérique latine.
Les autres articles du dossier portent sur différentes formes de luttes sociales, d’hier et d’aujourd’hui, en Amérique Latine. Hormis l’essai de Jules Falquet sur les luttes de femmes sur le continent et les Caraïbes, et celui de Michael Löwy sur le marxisme en Amérique Latine, les textes traitent de pays ou mouvements spécifiques : au Mexique, le Zapatisme, ce grand soulèvement indigène (Jerôme Baschet), et l’insurrection ouvrière, populaire et indigène de Oaxaca (Eugène Gogol) ; un bilan de la révolution bolivarienne de Hugo Chavez au Venezuela (Sébastien Ville) et du mouvement qui a porté au gouvernement Evo Morales en Bolivie (Hervé do Alto) ; enfin, une étude des luttes ouvrières au Brésil (Ricardo Antunes).
Cet ensemble n’a pas vocation à l’exhaustivité. Des données importantes n’ont pu être examinées du fait des limites du dossier : le bilan du gouvernement d’Inácio Lula au Brésil, les expériences d’occupations d’usines en Argentine, les luttes indigènes en Amérique centrale et en Équateur, la victoire du candidat de gauche (Rafael Correa) aux élections de ce pays, etc. Un intéressant article d’Emir Sader sur les luttes antiimpérialistes et le nationalisme en Amérique Latine, arrivé trop tard, n’a pas pu être intégré, faute de temps et d’espace, ainsi qu’une étude de Janette Habel. Une des fonctions des entretiens que contient ce numéro est de combler ces lacunes, ce qu’ils ne peuvent faire, à l’évidence, qu’en partie.
Au moment où ce dossier paraîtra, en septembre 2007, bien des choses auront déjà changé en Amérique Latine : les événements se précipitent, une période d’affrontements dont l’enjeu est le changement social est ouverte. Nous espérons, cependant, que ces textes pourront être utiles à la compréhension des nouvelles pages qui vont s’ouvrir dans une histoire qui reste largement imprévisible.
La partie hors dossier contient deux autres interventions et un grand entretien. Dans une longue et importante étude, Michael Krätke explique pourquoi l’activité journalistique de Marx, bien loin de se réduire à un simple travail alimentaire, constitue l’un des laboratoires de sa critique de l’Économie politique. D’autre part, dans le prolongement des réflexions, initiées dans les derniers numéros, portant sur la reconfiguration des rapports de classe dans le néolibéralisme, Gérard Duménil et Michel Vakaloulis interrogent Jean Lojkinesur les thèses de son dernier ouvrage : L’Adieu à la classe moyenne. Enfin, un entretien avec Francisco – Chico pour les amis – Whitaker, un des « inventeurs » du Forum Social Mondial, permet de poursuivre l’analyse des luttes sociales et politiques en Amérique latine, tout en interrogeant le nouvel anti-capitalisme que l’altermondialisme est en train d’inventer.
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