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AuteurGérard Bonnet du même auteur
École de Propédeutique à la Connaissance de l’Inconscient1, rue Pierre Bourdan
75012 Paris, France
À Daniel Marcelli
Philippe Gutton m’a donné copie de votre réaction à ma lecture de votre ouvrage. Je vous remercie de ne pas être entré dans la polémique, ce n’était pas non plus mon propos.
2 C’est la première fois que je rédige un papier de ce genre, et c’était d’abord en raison d’un constat que je fais depuis quelques années et qui, à mon sens, handicape lourdement la recherche. J’ai été formé, il y a bien longtemps !, à l’école de Jean Laplanche, qui ne supportait qu’on traite un sujet sans avoir consulté toutes les sources bibliographiques et sans les avoir sérieusement discutées. C’est normalement plus facile aujourd’hui compte tenu de « la liberté de circulation » et de « la technologie moderne » dont vous parlez, et pourtant je constate que c’est de moins en moins vrai. Je continue pour ma part à rester passionnément attentif à tout ce qui paraît autour des questions dont parle votre ouvrage, c’est la raison pour laquelle je l’ai lu avec intérêt ainsi que ceux que je cite par la même occasion, et vous comprendrez ma déception de constater après plus de trente ans de recherches et de publications dans cette voie difficile, que je n’y trouve pas le moindre écho à des idées émises et proposées depuis de longues années.
3 Pour revenir à votre propos, je voulais surtout préciser deux choses. Vous écrivez que pour un certain nombre de points, j’ai puisé comme vous dans l’ouvrage de C. Havelange. C’est l’inverse qui est vrai, et de loin ! L’ouvrage de C. Havelange date de 1998 et j’ai publié une analyse très longue et très fouillée du mythe du Basilic en 1978, analyse reprise dans Voir-Être vu en 1981 et régulièrement rééditée depuis. J’ai rendu compte des travaux d’Ibn al-Haytham dans la revue Psychanalyse à l’Université en 1989, en discutant du premier livre de G. Simon, et quant à la croyance au mauvais œil, j’en ai traité à de multiples reprises depuis ma thèse de 1975 et elle est au cœur de mon livre La violence du voir (1996), etc. J’avais déjà été étonné que C. Havelange ne fasse aucune allusion à ces travaux, ainsi qu’à d’autres d’ailleurs issus de la psychanalyse, mais je ne m’en étais pas offusqué étant donné qu’il se situe sur le terrain historique et sociologique. Inutile d’ajouter que les analyses que j’ai faites sur ces différents sujets, pour ne parler que de ceux-là, n’ont pas grand chose à voir avec les siennes, et que si je l’ai cité dans Adolescence, c’est surtout par souci de rigueur et de sérieux scientifique.
4 La seconde chose est plus complexe et demanderait de longs échanges. Vous dites que tout votre livre porte sur la différence entre la vision et le regard. Je l’ai bien saisi et apprécié puisque je souligne que votre livre est à ajouter à tous ceux qui ont été consacrés à la question du regard. Mais la distinction sur laquelle je fais porter l’accent à la suite de J. Lacan, n’est pas entre le regard et la vision au sens phénoménologique du terme, mais entre le regard comme objet poussée, et l’œil en tant qu’organe de la pulsion. Si on l’envisage du point de vue de l’inconscient, il n’y a pas de partage de regard possible puisque celui-ci représente précisément l’irréductible et l’irrécupérable, l’objet a lacanien, le pousse à voir sans fin. Quant à l’œil de la pulsion, il se distingue de celui de la fonction puisqu’il sépare, clive et que sa jouissance suprême est de faire disparaître. Tout cela est trop vite dit, bien sûr, mais ayant fréquenté de près J. Lacan à l’époque du Séminaire Livre XI, j’ai travaillé et retravaillé ces questions et je pense qu’il est essentiel d’en garder l’exigence. Je ne le fais pas au nom d’une orthodoxie lacanienne avec laquelle j’ai pris mes distances depuis fort longtemps, mais parce que j’en ai découvert l’intérêt et la fécondité dans les divers cas publiés à partir de là. Mes collègues amis vous le diront, je ne suis pas du genre à me lancer dans des querelles de prééminence ou à revendiquer une propriété d’idées ! J’attends simplement de pouvoir échanger et partager pour avancer. J’ai réagi pour provoquer cet échange et je vous remercie sincèrement d’y avoir répondu.
POUR CITER CET ARTICLE
Gérard Bonnet « Pour un échange … de points de vue », Adolescence 2/2007 (n° 60), p. 455-457.
URL : www.cairn.info/revue-adolescence-2007-2-page-455.htm.
DOI : 10.3917/ado.060.0455.




