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Africultures

2003/2 (n° 55)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747544702
  • DOI : 10.3917/afcul.055.0109
  • Éditeur : Africultures

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La Bande dessinée malgache se porte bien. Présente au festival francophone d’Angoulême, elle est active dans l’océan Indien insulaire et africain. Son fer de lance est le dessin de presse, prisé par les Malgaches comme à l’extérieur. Deux générations conjuguent leurs croquis, les anciens dans l’histoire et l’analyse politique dans la sensibilité réaliste francophone, et les jeunes, s’inspirant plus de la BD anglophone actuelle, dans l’action ou le courant alternatif contemporain.

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Comment va la BD malgache, notamment après les événements de 2002 ?

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La BD malgache commence à se faire connaître en dehors de l’île, notamment ces derniers temps. Une revue intitulée « Madabulles », éditée en 2002 par le Centre Culturel Albert Camus, regroupe une vingtaine de dessinateurs malgaches. C’est un catalogue qui présente succinctement chaque auteur avec un extrait de leurs œuvres. L’ouvrage circule actuellement un peu partout dans les divers centres culturels du monde et contribue largement à faire connaître la BD malgache. Cependant, depuis les événements de 2002, il n’y a pas eu beaucoup de publications en matière de bande dessinée.

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Depuis 2002, les auteurs malgaches reprennent le chemin des festivals. L’année dernière, Jari, Haril, Aimé Razafy (dessinateur de presse) et Anselme Razafy ont participé au festival international de BD de La Réunion. Moi même, j’ai été à Carquefou, en France pour la rencontre internationale du dessin de presse. Mais c’était spécialisé dessins de presse. Puis Jari a été au Mozambique avec Jeannot et P’tit Luc et mi-juin, Jari et Farahaingo participeront au festival international de BD de Maurice. Quant aux prix obtenus, à ma connaissance, après la crise, personne n’a été primé dans aucun festival mais dans le temps, certains comme Mamy Raharolahy a gagné le deuxième prix Calao.

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Qui sont les bédéistes malgaches ?

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Bien que les auteurs malgaches puissent être classés en deux générations, et qui dans la foulée, définissent ainsi deux écoles, ils sont tous plutôt jeunes. Les seniors, ou la vieille école, tournent autour de la quarantaine. Les noms les plus connus sont, entre autres, Elysée Ranarivelo, Didier « Mada BD »… ainsi que Anselme Razafy qui est plutôt célèbre à l’extérieur qu’à Madagascar même.

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La grande majorité des bédéistes est issue de la masse. D’ailleurs leurs milieux déteignent souvent sur leurs œuvres. La jeune génération, fraîchement sortie ou encore dans le milieu estudiantin produit des œuvres très contemporaines.

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Les créateurs de BD sont à la fois des dessinateurs et des scénaristes. Comme il n’y a pas de véritable école d’art à Madagascar, les dessinateurs sont notamment des autodidactes. Certains jeunes ont acquis leurs techniques auprès des « anciens ». Ces derniers dispensent des formations dans les centres culturels locaux.

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Que publient-ils ?

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Outre les dessins humoristiques à caractère socio-politique qui sont les plus prisés, il y a quelques publications mais qui restent souvent ponctuelles. Elle relatent des aventures policières mêlées à l’art martial et aux histoires de guerres. Sinon, beaucoup d’auteurs, notamment la vieille école, versent dans les adaptations historiques et les contes. D’ailleurs, c’est ce qui définit l’ancienne école de la nouvelle génération. Les anciens ont été fortement imprégnés par les BD réalistes françaises des années Blueberry. C’est pourquoi, aussi bien dans le graphisme que dans les histoires, ils ont adopté ce style.

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Justement, deux livres, dans cette lignée, sont sortis depuis l’année dernière. D’abord « Nampoina », réalisé par Didier Mada BD, et édité par le Centre Germano Malagasy. C’est un album cartonné de format A4, sorti en 2002 et relatant l’histoire du roi Andrianampoinimerina. Puis, tout récemment, Mamy Raharolahy a sorti « Rakoto ». Il raconte l’histoire du prince Rakoto. Un album édité avec le support du Rotary Club.

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Il y a une donc une BD contemporaine parmi les jeunes auteurs ?

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Les jeunes auteurs déboulent avec de nouveaux concepts. Graphiquement, ils ont délaissé le style réaliste pour le genre « comic » ou avoisinant les « Simpsons » et les « Rugrats »… Ils ont adopté le courant alternatif, effectivement.

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La toute dernière publication, datant de quelques minutes, sans doute, est sponsorisée par la société Baobab. Elle s’intitule « Planches en vrac ». C’est une œuvre collective de Jari et de Farahaingo, deux fers de lance de lance de la BD malgache contemporaine.

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Il y a quelques mois, un magazine intitulé « R’Eh’Vy » était sorti sur le marché. Les auteurs sont des Antsirabéens, fortement inspirés par le style réaliste. C’est une BD d’action dans le contexte contemporain. Certaines histoires mentionnent les barrages antiéconomiques du temps de la crise. D’autres se situent dans la fièvre de la « chasse aux saphirs ».

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Quel est le public visé ?

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Le public visé semble être les jeunes lycéens et les universitaires. Quelques BD spécialisées sont commandées par des entreprises pour leur usage interne mais la BD publique est surtout adressée aux jeunes.

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Cependant, les BD de presse sont largement ouvertes à un vaste public. D’ailleurs, elles sont celles qui ont cultivé la tradition du dessin au niveau du public, durant des années de sevrage en matière de bandes dessinées.

La grande peur des campagnes dans un territoire cloisonné par le blocus médiatique et celui des infrastructures de transport"

© caricature Doda
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Quel est le regard bédéiste sur la crise ?

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Le contenu des BD sur la crise est souvent narrative ou la met en contexte par rapport à une histoire donnée. C’est ce que l’on voit dans R’Eh’Vy.

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Le genre dominant de la BD malgache, actuellement, reste les dessins humoristiques à caractères socio-politiques. La raison en est que les journaux restent les premiers supports de BD pour le moment. Les dessins de presse sur la crise sont satiriques. Des dessinateurs de presse comme ceux de Gazetiko, ainsi que ceux du journal Ngah, tel Ralery, optent pour les commentaires tirés des faits existants. Toutefois, le style varie d’un dessinateur à un autre. Il y en a qui vont au-delà des chroniques et les dessinateurs n’hésitent pas a y rajouter les fruits de leurs analyses personnelles. C’est ce que Elysée, Aimé Razafy et moi faisons.

Pour citer cet article

  Pov ,  Rafidinarivo Christiane, « Entre réalisme, humour politique et courant alternatif : la BD malgache », Africultures, 2/2003 (n° 55), p. 109-111.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-2-page-109.htm
DOI : 10.3917/afcul.055.0109


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