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Africultures

2003/2 (n° 55)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747544702
  • DOI : 10.3917/afcul.055.0112
  • Éditeur : Africultures

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Si ailleurs, s’habiller est le premier signe du style de vie, ici, manger est la grande affaire des vivants...

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il est 19h, la nuit s’installe tôt dans les îles australes. Les lumignons s’allument sur des tréteaux dans les quartiers. Quelques bancs, une bâche et l’odeur des brochettes dans le soir urbain, souvent devant des épibars [1][1] Epibar : épicerie-bar. Les couples arrivent par petits groupes ou en famille, qui en voiture, qui à pied. Ilôt de prospérité à la malgache, le choix de viandes grasses s’amoncelle près des braseros : poulet de chair, zébu, porc et sauces.

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Ceux qui sont pressés mangent debout après le travail et l’école. Chaque membre de la famille aura fait de même avant de rentrer. Beaucoup de personnes restent en ville le midi et déjeunent d’un rien. La halte « maskita » remplacera le repas du soir. Il revient moins cher que de faire les courses, d’allumer du feu et de dépenser de l’eau courante chez soi. Depuis la crise, de plus en plus de gens ne mangent qu’un repas par jour et de moins en moins de viande. Quand le portefeuille est en veine, on peut se payer un « looks », lohan-kisoa, tête de lard.

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De plus en plus de jeunes adultes se rencontrent en ces lieux à toute heure de la soirée. Les plus jeunes s’y arrêtent en amoureux. Manger ensemble reste un acte amoureux prisé. Les trentenaires viennent s’y détendre après leurs activités. Leur logement est souvent trop exigu pour ne pas donner envie de sortir au lieu de recevoir ou rester avec les enfants. Ils sortent les cigarettes, amènent leurs verres et selon les moyens du jour, la bouteille de whisky local ou de rhum. Ce sont les femmes qui servent. Pour boire sainement, il faut accompagner l’alcool de morceaux de choix gras.

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Les voitures vont et viennent, les baffles des auto-radio diffusent les tubes que l’on écoute aussi dans le bus. Les plus aisés restent dans leurs voitures. Les autres prennent place. Les conversations commentent avec humour les actualités. Que de bon peut-on en tirer ? On se donne des nouvelles de ceux qui ont pris la route ces derniers jours. La majorité de la population urbaine travaille à son propre compte. Les marchés conclus, les transports et les déplacements tiennent une grande place dans les conversations. Chacun reste à l’écoute de l’opportunité. De quelqu’un qui va au marché ne lui souhaite-t-on pas de « ramener du gras » ?

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Plus tard dans la soirée, ce sont les sorties de concerts et de boîtes qui animent les looks. On vient s’y réchauffer, s’y restaurer avant de rentrer. On y arrive, la musique encore dans les oreilles : les ballades romantiques, l’âpre poétique urbaine des rapeurs, la techno à fond les oreilles ou le concert évangélique dans l’âme. Quelques gros bras et prostituées du quartier restent en pilier aux alentours en attendant de s’offrir une tête de cochon…

" Pieds Looks : la viande est signe de prospérité et de bien-être et le marché est patrimoine immatériel à Madagascar

© Dany-Be

Notes

[1]

Epibar : épicerie-bar

Pour citer cet article

Rafidinarivo Christiane, « Looks », Africultures, 2/2003 (n° 55), p. 112-113.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-2-page-112.htm
DOI : 10.3917/afcul.055.0112


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