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Africultures

2003/2 (n° 55)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747544702
  • DOI : 10.3917/afcul.055.0114
  • Éditeur : Africultures

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1

Le patrimoine du Zoma, c’est l’art de la transaction marchande, celui de la négociation relationnelle, un étalon de valeurs, un style de vie. Il peut être aussi un art de conquête, y compris territorial. Il a été déployé dans la crise 2002.

2

Comme dans un de ses tableaux, nous sommes attablés là. A son habitude, il enchaîne ellipses, analogies et syllogismes renversants. Il a mis son masque du grand office. Sa belle voix, que j’ai connue modulée, prend le registre atone des ritualistes : les Malgaches seraient les ancêtres du monde… Il me guide à sa façon déstabilisatrice dans les audaces de sa pensée analogique et nous renouons avec le rire existentiel !

3

Soudain, le débit de sa voix s’accélère imperceptiblement, l’attention autour de la table se fait discrètement plus soutenue. Mala [1][1] Mala, Malanjaona Rakotomalala, anthropologue observe en retrait, Elie [2][2] Elie Rajaonarison, poète et anthropologue attend debout, Vahömbey [3][3] Vahömbey, chanteur, compositeur et tradipraticien se rapproche d’une esquisse de geste. Je sens l’infime tension le long des tresses du musicien prêcheur à ma droite. Confusément, une présence derrière le bar se fait plus précise. Xhy [4][4] Xhy sy Maa : couple deux en un de chanteurs, compositeurs,... conclut la vente.

4

Tout le monde me regarde tendre le billet en échange de la brochure philosophico-touristique, dans un léger mélange de gêne et de pudeur. « Handeha » ?, « on y va » ?, demande l’un d’entre nous. « Andraso aloha fa mbola miresaka vola eto », « attends, nous parlons encore argent », dis- je sans que mon regard ni celui de Xhy dévient.

5

« Azonao omena anay koa anie ny ambony e ! », « tu peux aussi nous laisser la monnaie », dit Xhy, en substitut de vente additionnelle, le coin de l’œil à peine enjôleur. Il s’est à demi-levé, le corps à moitié tourné vers la caisse.

6

« Tsara ny amby ampy », « il est bon qu’il en reste plus que ne doit » dis-je, « omeo ahy ny ahy », « donne-moi ce qui me revient ». Xhy sourit enfin, la joute est terminée.

7

Il va me chercher la monnaie et nous prenons rendez-vous pour un échange de vues, en sachant désormais que nous pourrons reparler argent librement.

Notes

[1]

Mala, Malanjaona Rakotomalala, anthropologue

[2]

Elie Rajaonarison, poète et anthropologue

[3]

Vahömbey, chanteur, compositeur et tradipraticien

[4]

Xhy sy Maa : couple deux en un de chanteurs, compositeurs, plasticiens, tradipraticiens

Pour citer cet article

Rafidinarivo Christiane, « Café du Zoma : le patrimoine relationnel du marché », Africultures, 2/2003 (n° 55), p. 114-115.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-2-page-114.htm
DOI : 10.3917/afcul.055.0114


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