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Africultures

2003/2 (n° 55)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747544702
  • DOI : 10.3917/afcul.055.0197
  • Éditeur : Africultures

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En ce printemps 2003 le Théâtre International de Langue Française de la Villette a proposé aux spectateurs parisiens Suite africaine, une réussite à pérenniser !

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Un sacré beau festival ! Tant dans la salle que sous les arbres de la charmante esplanade qui se cache derrière la grande halle de la Villette, sur les pavés du parvis du pavillon du Charolais, où ce théâtre d’un autre style a élu domicile voilà une dizaine d’années, et qui ont résonné chaque week-end aux rythmes des musiques, palabres et autres contes de la Suite africaine. Jusqu’au foyer des spectateurs qui ouvrait sur des « Horizons Centrafricains » et exposait le travail plastique du peintre Dieudonné Sana Wambeti et du sculpteur sur bois Joël Nambozouina, ce fut un enchaînement de concerts, ballets, lectures, débats, expositions et bien sûr spectacles tous venus d’Afrique après parfois de drôles ou de tragiques détours par la Belgique ou le sud de la France.

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Malheureusement, le voyage a été impossible pour Adromaque en Abomey de Georges N’Boussi, les comédiens du Zenga Zenga Théâtre ayant été retenus au Congo pour une ridicule affaire de visa.

À couper le souffle !

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On nous promettait un formidable feu d’artifice en clôture du festival grâce à l’intervention d’Irène Tassembendo invitée à orchestrer le bal avec ses musiciens. Mais dès l’ouverture du festival, Souffles a mis le feu au théâtre ! Un spectacle d’une grande force qui réunit onze hommes, onze danseurs africains du Burkina Faso, onze corps dansants qui interrogent l’histoire du corps noir, de l’esclavage des temps de la traite, du travail sur les champs de cannes et de coton, des chiens dressés pour ramener les marrons à la plantation, à cet esclavage moderne de la beauté noire. « Le lien est puissant entre l’esthétique du corps noir et l’histoire politique immédiate des peuples d’Afrique et Africains-Américains » constate Irène Tassembedo. Or, dans la deuxième moitié du xxe siècle, les regards sur l’homme noir ont changé tant au plan esthétique que politique, grâce à des hommes comme Martin Luther King, Léopold Sédar Senghor, Mohamed Ali, Nelson Mandela et bien d’autres. Et selon elle, « la danse cristallise cette transformation des regards comme aucun autre art ». Martha Graham ou Alvin Ailey ont travaillé notamment à une approche nouvelle de l’esthétique du corps noir dans la danse contemporaine. Seulement, ajoute Irène Tassembedo, « dans cette fascination contemporaine pour la splendeur du corps noir, l’homme n’est-il pas à nouveau chosifié ? » Et c’est en effet ce paradoxe qu’explore la chorégraphe dans Souffles.

Souffles, d’Irène Tassembendo

© Eric Legrand

Parlez-moi d’enfance…

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Autre spectacle venu du Burkina Faso : Madame je vous aime, une création du texte d’Étienne Minoungou qu’il joue lui-même avec Nanténé Traoré sous la direction d’Ildevert Méda. Une pièce étonnante qui est loin d’une simple histoire d’amour, mais raconte surtout l’attachement à l’enfance, une enfance qui sauve et ramène à l’humanité les âmes les plus endurcies. Ce spectacle est l’une des créations issues des « Récréatrales », un concept de résidences d’écritures et de créations théâtrales en Afrique, dont Étienne Minoungou et Ildevert Méda sont les initiateurs et qui en sera à sa troisième édition en septembre prochain. Ces résidences d’artistes ont vocation à soutenir la création africaine et ont mis en jeu en 2002 un ensemble d’auteurs, de comédiens et de metteurs en scène venus de cinq pays d’Afrique de l’Ouest (Niger, Bénin, Togo, Mali, et Burkina Faso) pour créer à partir d’une recherche en improvisation et faire surgir les textes du travail de plateau.

“Madame je vous aime”, d’Etienne Minoungou

© Eric Legrand

Roi de cœur et dame de pique

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Tout aussi brusque et décapant était le one-man-show de Pie Tshibanda venu de Kolwesi par un détour belge qui lui a inspiré d’ailleurs la pièce : Un fou noir au pays des blancs, mais dans un registre où l’humour est roi. Cet intellectuel au grand cœur d’origine katangaise a vécu une aventure terrible dont on ne se remet pas facilement, mais il a choisi de la partager à la scène avec des spectateurs toujours plus nombreux afin que son histoire serve de leçon, mais aussi dans l’espoir de faire changer les choses et d’ouvrir les yeux des Européens sur l’aberration des procédures de droits d’asile qui ont été pour lui, en Belgique, après avoir échappé à un génocide au Zaïre, un deuxième parcours du combattant.

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Les Souvenirs d’une dame en noir, autre spectacle de « monothéâtre » avec la belle Maïmouna Gueye seule en scène, un spectacle venu indirectement du Sénégal en passant par Avignon où cette jeune Sénégalaise, qui n’a pas sa langue dans sa poche, a fait le conservatoire avant de se lancer seule sur les planches avec un texte qu’elle a écrit elle-même. C’est une parole libre et touchante qu’elle fait entendre, une parole affranchie qui pétrit la langue française de désirs et fait jaillir une inventivité musicale d’une grande fraîcheur.

“Un fou noir au pays des blancs” de et avec Pie Tshibanda

© Sagine Lalou

Pêches miraculeuses

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Et n’oublions pas non plus les poissons brillants du « vivier congolais », cette magnifique journée de lectures où l’on a pu entendre des textes très différents. Dany Toubiana a mis en espace Le Diable à longue queue de Maxime Ndébéka, Odile Pédro Leal s’est réapproprié Les Travaux d’Ariane de Caya Makhélé pour en faire un texte adapté à l’univers guyanais. On a pu aussi découvrir la parole d’une jeune auteure et plasticienne, Bill Kouélany qui a fait entendre un texte, dont l’univers n’est pas sans faire penser à La Métamorphose de Kafka, sous la direction de Gabriel Garran : Cafard, cafarde. Et l’on pouvait poursuivre la pêche miraculeuse dans les apéro-concerts où d’autres lectures ont été données comme celle du Théâtre de la Ruche qui a fait entendre L’Exilé de Marcel Zang sous la direction de Valérie Goma. Bravo aussi à Gabriel Garran pour son hommage tendre et émouvant à Sony Labou Tansi.

Musiques, contes et autres palabres

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Avec le concert du Malien Baba Sissoko et de son groupe Taman Kan, avec les contes de l’arbre à palabres d’Hassane Kouyaté qui a quitté les planches du théâtre de l’OEuvre, où il joue Le Costume, pour rejoindre durant quelques heures la Suite africaine et retrouver l’art du griot, la culture traditionnelle, ses mythes et sa musique, son univers artistique et spirituel n’ont pas manqué à l’appel et c’est une expression artistique africaine dans toute la plénitude de sa créativité, tant contemporaine que traditionnelle, que l’on a pu rencontrer à la Villette.

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Une manifestation dont on se souvient avec bonheur… Et qui appelle sa propre suite l’an prochain !

Plan de l'article

  1. À couper le souffle !
  2. Parlez-moi d’enfance…
  3. Roi de cœur et dame de pique
  4. Pêches miraculeuses
  5. Musiques, contes et autres palabres

Pour citer cet article

Chalaye Sylvie, « Suite africaine au TILF », Africultures, 2/2003 (n° 55), p. 197-201.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-2-page-197.htm
DOI : 10.3917/afcul.055.0197


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