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Africultures

2003/2 (n° 55)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747544702
  • DOI : 10.3917/afcul.055.0029
  • Éditeur : Africultures

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Le blocus mis en place par les ratsirakistes en barrageant le réseau routier structurant, dynamitant les ponts, verrouillant les dessertes aériennes et portuaires et cloisonnant l’espace médiatique a eu un effet paradoxal : les populations, s’organisant en auto-défense, refusent de basculer dans le conflit ethnique. C’est la fin de la représentation ethniciste du territoire politique malgache. La culture politique du territoire de l’Etatnation n’est plus celle que l’on croit...

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L’évolution de la situation barragiste révèle une conception politico-stratégique du territoire qui a présidé à Madagascar jusqu’ici : une représentation communautaire, voire ethniciste, de l’espace politique. Or, c’est cette dernière qui est démentie par les suffrages en 2001. Le vote n’a pas été ethnique. La territorialité nationale des suffrages a été exprimée par le biais des voix se portant sur le candidat merina Marc Ravalomanana.

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La crise barragiste est une tentative de reconstitution territoriale par la force de cette représentation communautaire de l’espace politique. Mais cette réalité territoriale se révéle désormais dépassée. L’ethnie demeure une vécu culturel incontournable à Madagascar jusqu’à nourrir des représentations et pratiques ultra-identitaires. Elle n’est plus une donnée politique indépassable. Les marqueurs politiques côtiers/hautes-terres centrales en sont bouleversés. La nation s’est construite à l’insu du discours politicien.

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Le dispositif barragiste est mis en place par les ratsirakistes pour essayer de territorialiser la contestation électorale, puis institutionnaliser un rapport de force territorial. Le verrou stratégique en est le barrage pétrolier de Brickaville. Il est présenté comme une frontière politico-ethnique fonctionnant en blocus économique. Il s’agit d’enclaver Antananarivo, la capitale, en bloquant ou détruisant le réseau structurant des voies de communication vers la côte. C’est la bataille des ponts dynamités et des routes du pétrole. Ce border land territorial de proximité échoue devant la perméabilité des barrages. Même si pour la population c’est la « grande peur », le blocus recule devant la mobilisation s’organisant en désobéissance civile et défense populaire.

Convoyage de pétrole en boutre : le blocus pétrolier exercé par les partisans de Didier ratsiraka empêche le ravitaillement de l’intérieur du pays par les grands port, notamment le terminal pétrolier de Tamatave

© Kelly
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Le siège se repositionne alors en border land portuaire : maritime et aérien. Les dessertes portuaires concernent le plus souvent de riches enclavements territoriaux. Cela favorise une emprise territoriale exceptionnelle. La rupture de la continuité territoriale aérienne conjuguée à celle de la continuité territoriale financière achève la réinsularisation et le cloisonnement, notamment médiatique, de Madagascar. Le bras de fer entre réseaux d’élus, de partisans et d’institutions bascule cependant en raison de l’incapacité des ratsirakistes à se rallier l’ensemble des réseaux transactionnels. C’est la faille des barrages élargie par les forces de pacification. La variable déterminante est cependant le refus généralisé du soulèvement sur des critères territoriaux ethniques, même par les électeurs de Didier Ratsiraka. Aucun génocide n’a pu se perpétrer, aucune guerre ethnique déclenchée, malgré l’extrême gravité des situations de blocus et les multiples exactions à travers tout le pays.

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C’est l’implosion de l’Etat-nation qui est le plus à craindre dans la lutte pour la conquête de l’Etat central. Le contrôle partisan de l’appareil étatique décentralisé allant jusqu’à la sécession cherche le pouvoir territorialisé avec la maîtrise des pôles de revenus régionaux stratégiques. Face à la stratégie légitimiste des ravalomanananistes, les ratsirakistes préfèrent le démantèlement de la nation plutôt que de perdre l’Etat. Pour eux, mieux vaut un Etat démembré que pas d’Etat du tout. Sur fond de querelles constitutionnelles, de conflits institutionnels, de blocus économique et de partition territoriale dyarchiques, la stratégie de partition met en œuvre le déménagement territorial des intérêts particuliers gérés au niveau national. C’est une privatisation de l’appareil d’Etat qui risque d’en résulter, y compris celle des forces armées. Elle ne s’est pas institutionnalisée.

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En définitive, ce ne sont pas seulement les ravalomananistes qui ont démontré la territorialité nationale du suffrage démocratique lors des présidentielles de 2001, et défendu la souveraineté territoriale. C’est toute la population malgache qui démontre la reconnaissance de l’Etat et la considération de la nation, finalement moins fragile que l’Etat. La nation malgache est la révélation territoriale historique de l’année 2002.

L’essence ne se trouve plus qu’au marché noir pendant plusieurs mois pendant que le gouvernement de Jacques Sylla s’efforce de dégager les accès routiers vers les ports moyens de Manakara à l’Est et Morondava à l’Ouest avec les réservistes

© Kelly

Pour citer cet article

Rafidinarivo Christiane, « Barrages », Africultures, 2/2003 (n° 55), p. 29-31.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-2-page-29.htm
DOI : 10.3917/afcul.055.0029


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