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Africultures

2003/2 (n° 55)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747544702
  • DOI : 10.3917/afcul.055.0004
  • Éditeur : Africultures

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Rappelons les faits.

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Le 16 décembre 2001, le régime Ratsiraka – magouille, corruption, intimidation – est mis en minorité par le maire de la capitale malgache, Marc Ravalomanana, qui se présente comme un homme pragmatique réalisant déjà un assainissement de la capitale. Mais la fraude électorale est patente, au profit de Ratsiraka.

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Le 4 janvier 2002, sur la Place du 13 mai, les partisans de Ravalomanana se rassemblent puis y retournent tous les jours. Le 7 janvier, leur manifestation est réprimée. Le 25 janvier, la Haute cour constitutionnelle prévoit un deuxième tour. Le 22 février, Ravalomanana s’investit président de la République.

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Lors de la manifestation des partisans de Ratsiraka le 27 février, les deux camps s’affrontent pour la première fois. Le 28 février, la loi martiale est déclarée à Antananarivo. Le 1er mars, Ravalomanana nomme son premier gouvernement. Les églises le soutiennent, vivement critiquées. La violence et les règlements de compte s’accentuent. La confrontation oppose le centre et les côtes, mais les ravalomananistes manifestent dans tout Madagascar, fortement réprimés par les autorités ratsirakistes de février à juillet 2002, dans le nord-est notamment. Comme le prouve la ventilation territoriale des résultats du scrutin et le refus par la population d’un soulèvement ethnique, alors même que l’ethnicité culturelle est une réalité identitaire, la logique de clivage politique centre-côtes est démentie par le bas. Cependant, bien que ces manifestations soient largement pacifiques, se réclamant de Martin Luther King et de Gandhi, on retrouve aussi des deux côtés les mêmes méthodes de vengeance…

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La presse et nombre d’artistes soutiennent Ravalomanana. Les barrages entourent la capitale, notamment Brickaville, le plus important économiquement. La pénurie s’installe. Le 4 avril les cotonnières Cotona d’Antsirabe ferment leurs portes. 90 000 personnes sont au chômage technique, 80 000 directement du fait des fermetures d’usine. De 187 000 touristes en 2001, on passe à 500 en 2002.

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Le 12 avril, Ravalomanana installe par la force un gouverneur à Fianarantsoa. Le 18 avril, les deux présidents se rencontrent à Dakar et s’accordent pour un arrêt des violences. Mais après une semaine, les barrages persistent et s’intensifient. Aucun des deux camps ne tient ses engagements.

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Le 29 avril, une nouvelle Haute cour constitutionnelle déclare Ravalomanana élu. Le 6 mai, il est investi pour la deuxième fois. Le 8 juin, il lance une offensive pour démanteler les barrages. Toutes les provinces sont prises sauf Tamatave, fief de Ratsiraka.

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La France bloque l’arrivée de mercenaires français mais tarde à reconnaître le gouvernement de Ravalomanana. Le 26 juin, les Etats-Unis le font. Le 4 juillet, le ministre des Affaires étrangères français signe à Antananarivo un accord de coopération de 5 millions d’euros. Le 6 juillet, le barrage de Brickaville est démantelé. Ratsiraka s’installe dans sa résidence de Neuilly-sur-Seine…

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Comment cette victoire fut-elle possible ? Il y eut, bien sûr, violences et douleurs. Mais il y eut aussi un peuple qui se mobilise. Ce qui s’est passé à Madagascar nous interpelle et notre tentation était grande d’en explorer à chaud les tenants culturels au sens large, à l’échelle de la société. Le sujet était donc la culture et non les arts.

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Ce dossier fait ce choix : ancrer l’appréhension de la culture malgache dans l’actualité. Et de le faire sur place. Cela n’avait jamais été osé. Le risque était bien sûr de rester partiel, voire partial. Nous l’assumons.

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Madagascar : vision touristique. Rêve, brouillard, poésie des paysages… Mais la réalité culturelle contemporaine est dure et âpre, dominée par la pauvreté dans un pays à 75 % agricole. Ce dossier cherche à transmettre une alternative aux illusions exotiques, à offrir des éléments de compréhension d’une culture au quotidien, complexe et difficile à percer, mais riche et dynamique.

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Comme à notre habitude pour ce type de dossiers consacrés à un pays (rendus possibles, rappelons-le, par une aide spécifique du ministère français des Affaires étrangères), nous l’avons confié à une personne pouvant nous livrer une vision de l’intérieur, et capable de mobiliser un palette d’auteurs locaux. La volonté de Christiane Rafidinarivo Rakotolahy, politologue malgache enseignant à l’université de la Réunion, a été de mobiliser non seulement l’actualité de l’écrit mais aussi les photos et le verbe poétique.

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Car il n’est pas simple de saisir cette culture très riche mais centrée sur elle-même par insularité. Le fait est que Madagascar bouge, bouillonne, un véritable geyser, et que la culture joue un grand rôle dans cette émergence contradictoire et complexe. Tenter de l’appréhender demande d’accepter de plonger dans un monde nouveau, au risque de s’y perdre un temps.

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Que l’on prenne donc ce dossier moins comme une introduction que comme une invitation à l’approfondissement, à l’écoute du moindre écho de la Grande île, à la recherche des traces culturelles malgaches qui nous parviennent où que nous soyons.

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Le soleil que porte au front, sur notre photo de couverture, la jeune fille photographiée par Maksim Seth augure d’une ère nouvelle pour laquelle rien n’est encore gagné. Ses yeux sont inquiets mais bourrés d’espoir.

Pour citer cet article

Barlet Olivier, « Le soleil sur le front », Africultures, 2/2003 (n° 55), p. 4-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-2-page-4.htm
DOI : 10.3917/afcul.055.0004


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