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Africultures

2003/2 (n° 55)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747544702
  • DOI : 10.3917/afcul.055.0051
  • Éditeur : Africultures

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“Aza sodokan’ny akanga tsara soratra, ka manary ny akoho tamàn-trano”.

“Ne sois pas séduit par les belles plumes de la pintade pour abandonner la poule du foyer”

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Cet adage malgache moderne illustre le vécu de la culture traditionnelle dans sa marche vers la modernité. Pourtant, il n’y a pas assez de lieux de conservation de cette " tradition ". Faniahy, musée de Fianarantsoa, a pris le pari de veiller à la conservation et à la diffusion du patrimoine aussi bien matériel qu’immatériel de Madagascar. Il offre ainsi aux Malgaches la possibilité de comprendre l’actualité au regard de leur histoire.

Fianarantsoa

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Fianarantsoa, chef-lieu de la Province du même nom, est une ville qui se trouve à quatre cent quatre kilomètres au sud d’Antananarivo, capitale de Madagascar. Elle est habitée par quelques cent cinquante mille âmes... Ville moderne, elle garde un charme désuet très provincial et traditionnel aussi. N’est-il pas courant de voir au marché du Mardi (Tsena Talata) ou au marché du Vendredi (Tsenan’Anjomà), les deux principaux jours de marché de la ville, des personnes qui discutent âprement le prix d’une marmite ou d’une gargoulette en terre qui auraient aussi bien leur place dans une salle de conservation que sur la place du marché ? Or, ces objets comme tant d’autres, restent, toujours actuellement, du domaine du quotidien.

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Lors des festivités de mariage (vodiondry) ou de remerciements (saotsa), il est très émouvant de suivre les modalités et rituels des fêtes selon un processus immuable hérité des temps immémoriaux qui confirment la place de la tradition au sein de la modernité. Cette région très conservatrice a vécu avant, durant et après la colonisation, l’influence des missionnaires protestants et catholiques. Ceux-ci y ont installé de nombreuses églises, lui conférant le nom de ville-aux-mille-clochers. Il en est de même pour les établissements scolaires, d’où Fianarantsoa be lakilasy selon le célèbre chant horija, révèlant au quotidien la présence de la tradition.

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Cette ville cosmopolite dont la population est à majorité betsileo mais où toutes les ethnies du pays vivent en harmonie, a produit de nombreux érudits et intellectuels qui peuplent l’administration, l’enseignement, le fonctionnariat ou la santé.

Faniahy : un musée pour la sauvegarde d’un patrimoine particulier

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Paradoxalement, depuis l’Indépendance de Madagascar, malgré le fait d’être résolument intellectuelle, Fianarantsoa n’a jamais eu un seul musée. Cette situation a amené l’Université de Fianarantsoa il y a quelques années à chercher les moyens pour y installer un Musée régional. Ainsi, le contact avec le Musée d’art et d’Archéologie-Isoraka de l’Université d’Antananarivo a pu se faire, ainsi qu’avec l’ICOM/MAG (International Council of Museums/Madagascar). Celui-ci a déjà fait auparavant une exposition de sensibilisation à Fianarantsoa avec les conseils judicieux de quelques spécialistes de l’histoire de Madagascar, tels le Professeur Vérin. Le Musée FANIAHY a pu ainsi voir le jour le 13 février 1993 à Isaha-Fianarantsoa. Son appellation dont l’origine vient du surnom du Pasteur Ranaivozanany, est tirée du mot malgache tsiahy, signifiant “ce qui doit être mémorisé”.

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Ce Musée ethnographique a été initié pour plusieurs raisons majeures. Répondant aux exigences de l’ICOM, le musée est à la fois un lieu de conservation et de diffusion. Il s’attache à la sauvegarde et à la protection du patrimoine culturel de Madagascar à la fois matériel (objet du quotidien) qu’immatériel comme les données spirituelles (tradition orale par exemple) en vue de se protéger d’une mondialisation galopante laissant parfois peu de place au traditionnel. C’est le cas des Isa betsileo, chants épiques traditionnels, dont le dernier vrai prestataire est décédé il y a quelques années. Un des rôles du Musée Faniahy consiste à collecter ces preuves matérielles du passé de la région de Fianarantsoa et de Madagascar.

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Mais le Musée est aussi un lieu de diffusion. Il joue un rôle dans le système éducatif. En effet, le Musée FANIAHY, sous la houlette de l’ICOM/MAG, une branche régionale de l’ICOM/ International, regroupant divers Musées de Madagascar dont les cinq musées universitaires, collabore avec les autres Musées de l’ICOM. Il applique un programme à long terme de Musée-Education. L’objectif est de sensibiliser la population aux fonctions et principes de la muséologie. Il s’agit à la fois d’éveiller les malgaches à l’importance capitale de son histoire et de la conservation de ce patrimoine à la fois matériel et spirituel, car comme le souligne les historiens “il n’y a pas de développement durable pour celui qui ne connaît pas son histoire”.

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Ainsi, le Musée FANIAHY effectue des partenariats avec les établissements scolaires et universitaires en organisant les visites guidées des ateliers d’artisanat qu’il monte, ainsi que des séances de lecture périodiques. Ces diverses initiatives sont l’occasion pour les éducateurs du Musée de susciter l’intérêt du jeune public, constituant la part la plus importante des visiteurs du musée, pour la sauvegarde des preuves matérielles du passé. Ils apprennent ainsi à regarder autrement les objets, qu’ils avaient pour coutume d’assimiler à un temps révolu, comme des artefacts témoins de leur “fototra” source, racine.

Un musée au service de l’actualité

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Plus qu’une éducation en direction d’un public scolaire, le musée a aussi pour ambition de sensibiliser un public beaucoup plus large. En effet, un nombre important de Malgaches ne se rend pas encore compte de la richesse et de la diversité de leur patrimoine. Lors d’une exposition organisée pour le 160ème anniversaire de la ville de Fianarantsoa en 1997, l’inventaire des maisons anciennes de la Haute-Ville de Fianarantsoa a été montré au public. Quel n’a été l’étonnement des propriétaires de ces maisons à architectures particulières en prenant compte soudain de l’importance des richesses architecturales de leur logement habituel. L’exposition leur a permis de prendre conscience des richesses culturelles des lieux du quotidien qu’ils ne mesuraient pas jusque là.

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Ainsi le musée apporte aux Malgaches les éléments nécessaires pour comprendre les événements historiques bouleversant depuis ces dernières années leur quotidien comme “la crise” qui a secoué le pays en 2002. En effet, cette prise de conscience du passé qui a été initiée en Musée-Education a aidé la population à se reconnaître à travers les événements qui se sont succédés. Surtout à Fianarantsoa, deuxième ville après Antananarivo qui s’est impliquée directement dans la lutte pour l’avènement de la Vérité. La population a tenu à participer pleinement à l’écriture de sa propre histoire et à marquer de son empreinte le tournant historique ainsi négocié. Ce n’est pas une mince satisfaction pour le personnel du Musée Faniahy d’avoir été l’artisan de cette prise de conscience, même si sa part était certes infime. Mais comme le dit un proverbe malgache “ny erikerika mahatondra-drano”, ce sont les petites pluies qui font déborder les rivières.

Plan de l'article

  1. Fianarantsoa
  2. Faniahy : un musée pour la sauvegarde d’un patrimoine particulier
  3. Un musée au service de l’actualité

Pour citer cet article

Rasoamampionona Clarisse, « Marche vers la recherche du passé : le musée Faniahy a dix ans », Africultures, 2/2003 (n° 55), p. 51-53.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-2-page-51.htm
DOI : 10.3917/afcul.055.0051


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