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Africultures

2003/3 (n° 56)

  • Pages : 256
  • ISBN : 2747553787
  • DOI : 10.3917/afcul.056.0245
  • Éditeur : Africultures

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L’Association pour le Développement et la Diffusion des Oeuvres et Cultures créoles (ADOC) a lancé à la Chapelle du Verbe Incarné la première édition de la cérémonie des « Jenny », une distinction destinée à récompenser les parcours artistiques originaux inscrits sous le signe de l’ouverture à l’autre, de la rencontre et de l’échange.

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De nombreux artistes œuvrent à tisser des liens entre les peuples et les civilisations, favorisant la diversité culturelle et participant activement à cette idée du Tout-monde. C’est pour saluer leur démarche que les « Jenny » ont été créés. Le trophée porte le nom de cette grande dame du théâtre qu’est Jenny Alpha en hommage à sa carrière exemplaire. C’est une sculpture qui a été réalisée par Henri Guédon. Originaire de la Martinique ce sculpteur est lui-même un artiste de l’échange et du partage culturel, il intervient dans des expositions aux quatre coins du monde, en Californie, à Tel Aviv, à Miami, à Barcelone ou à Madrid, et à Paris. Très influencées par les arts africains et amérindiens, ses créations sont pourtant résolument contemporaines et engagées dans une approche syncrétique des cultures qui l’inspirent.

Le sculpteur Henri Guédon et Jenny Alpha

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A 93 ans Jenny Alpha était présente à La Chapelle du Verbe Incarné où elle jouait Déyé Kaz Bernarda Alba montée par Odile Pédro Léal d’après Federico Garcia Lorca. Le 16 juillet 2003, le premier Jenny lui a été remis par Greg Germain en présence de nombreuses personnalités du monde du spectacle. Olivier Codol qui travaille à la réalisation d’un documentaire sur la vie extraordinaire de Jenny Alpha a accepté d’en présenter un état encore inachevé qui permet une rétrospective sur la carrière d’une artiste noire qui monte sur scène dans les années 30 et compte aujourd’hui plus de soixante dix ans de carrière.

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Jeune vedette du music-hall dans les années 50, elle donna des concerts dans les plus grands casinos d’Europe et fit des rencontres hors du commun. Elle croisa Duke Ellington et Joséphine Baker dans les cabarets de Paris, connut Habib Benglia et Georges Aminel. Elle fut l’égérie de grands peintres et Picabia fit d’elle un portrait. Amie de Desnos, elle fréquenta les surréalistes, notamment le fantasque Dali qui lui avait confié un drôle d’imperméable. Entre music-hall, théâtre et cinéma, tour à tour chanteuse, comédienne et danseuse, sa vie fut loin pourtant d’être rose. S’obstiner à jouer la comédie en France dans ces années-là était une gageure. Mais Jenny participa à des créations qui firent date : Les nègres de Genet par Roger Blin avec la Compagnie des Griots, La Tragédie du Roi Christophe de Césaire mis en scène par Jean-Marie Serreau ; il y aura aussi Rodogune de Corneille monté par le jeune Henri Ronce à la Bastille et qui fera une grande tournée internationale, et La Folie ordinaire d’une fille de Cham de Julius Amédé Laou que Daniel Mesguich met en scène et Jean Rouche, en film. Récemment, elle a joué dans Ecchymose de Jean-René Lemoine et la voilà encore sur une scène en Avignon.

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En dépit des hauts et des bas de la vie, Jenny Alpha est toujours enjouée, disponible, pleine de générosité. Elle est un modèle de gentillesse et d’obstination pour tous ceux qui se battent pour exercer leur art quelles que soient leurs origines. Au cours d’une cérémonie émouvante et pleine de tendresse, la profession a rendu un hommage mérité à cette grande dame que nous voudrions tous avoir pour grand-mère.

Demandez-nous pardon

de Mata Gabin

Des mots à jouer

En 2002, Mata Gabin présentait en Avignon, à la Chapelle du Verbe Incarné, un spectacle produit par Axe-Sud. C’était son premier texte et sa première mise en scène. Cette année Mata est revenue en Avignon avec un nouveau texte que Claudia Tagbo a mis en scène et qu’elle jouait à la Petite Caserne avec le comédien et musicien Claude Valdivia dans des costumes de la plasticienne Lolla. Beau quartet de création qui a accouché d’une forme scénique très intéressante et où Mata Gabin et son partenaire de jeu Claude Valdvia se montrent d’une étonnante maîtrise. Le texte qui dit les violences d’un monde où les peuples d’Afrique ont été et continuent d’être malmenés aborde la question du racisme à travers un travail sur la langue d’une grande inventivité, jouant sur les mots et les univers, les champs lexicaux et les styles pour faire surgir un vrai matériau de jeu que l’acteur peut s’approprier et que le spectateur goûte comme un mets. Quant à l’explosive Claudia Tagbo que l’on a l’habitude de voir en scène, elle signait là sa première mise en scène et a su transmettre aux acteurs qu’elle a dirigés la tonicité et l’énergie qui sont les siennes.

S.C.

Cie Salamandra (Ile de France) - mise en scène : Claudia Tagbo - création musicale : Claude Valdivia

costumes : Lolla - avec Mata Gabin et Claude Valdivia

Lire sur www.africultures.com les autres textes de Sylvie Chalaye sur les spectacles de la Chapelle du Verbe incarné Avignon 2003 :

  • Les Dieux sont borgnes, de Pierre Gope et Nicolas Kurtovitch, l’histoire du Capitaine Cook racontée par des Calédoniens, avec un entretien avec Nicolas Kurtovitch, poète et nouvelliste calédonien et Yves Borrini, metteur en scène métropolitain.

  • A la rencontre d’un dramaturge kanak : Pierre Gope.

  • Masq, spectacle chorégraphique par la compagnie Alfred Alerte (Ile de France / Nièvre / Martinique), avec un entretien avec le chorégraphe Alfred Alerte.

Nous n’irons pas à Avignon 2003 : un contre-festival inspiré

Voilà cinq ans que Gare au théâtre organise une manifestation estivale en région parisienne, sorte de off du off d’Avignon. Cette année, cinq compagnies venues du Congo, du Bénin, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et de Tunisie ont été accueillies en première partie de la programmation.

Lire sur www.africultures.com l’article général de Marian Nur Goni sur le festival ainsi que les entretiens qu’elle a réalisé :

  • avec Mathias Ndembet à propos du spectacle arabo-africain Parlons en silence,

  • avec Fargass Assande, metteur en scène ivoirien de la Compagnie N’Zassa qui jouait M’appelle Birahima, adaptée du roman Allah n’est pas obligé de Ahmadou Kourouma,

  • avec Ousmane Aledji, dramaturge et metteur en scène béninois de la compagnie Agbo n’koko, qui dans sa dernière création Imonlé met en scène un cri d’alarme pour la dignité de l’homme,

  • et avec Dieudonné Niangouna, du Congo-Brazzaville, sur sa troisième création Intérieur/Extérieur, le zoom sur un homme de théâtre passionné, déterminé et qui n’a pas la langue dans sa poche.

Marian Nur Goni

Pour citer cet article

C. S., « Première cérémonie des " Jenny " à la Chapelle du Verbe Incarné :. une grande dame du théâtre à l'honneur », Africultures, 3/2003 (n° 56), p. 245-246.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-3-page-245.htm
DOI : 10.3917/afcul.056.0245


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