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Africultures

2003/3 (n° 56)

  • Pages : 256
  • ISBN : 2747553787
  • DOI : 10.3917/afcul.056.0049
  • Éditeur : Africultures

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Plutôt qu’une vision réductrice se limitant aux particularités ethniques, le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire essaye un nouveau langage permettant le dialogue entre les communautés.

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Exposer, c’est donner la parole au musée ; c’est lui permettre de s’exprimer sur les questions de société, de communiquer et d’instaurer un dialogue permanent avec le public. Et pour traduire ses préoccupations, le langage particulier utilisé ici par le musée est l’exposition.

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Les expositions se succèdent et ne se ressemblent point. Une véritable rupture est aujourd’hui marquée avec les présentations classiques du patrimoine artistique à dose ethnique auxquelles le public est souvent habitué. Si l’on prend en compte la diversité des arts ivoiriens, de leur multidimensionnalité et des liens interactifs qui souvent les associent, on ne peut plus se contenter d’une approche fondée exclusivement sur les discontinuités ethniques.

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L’histoire culturelle de Côte d’Ivoire, c’est aussi celle des rencontres de culture. Ces contacts et échanges qui nourrissent l’histoire ivoirienne se perçoivent dans les expressions plastiques de la culture. Tout en prenant en compte ces considérations, la présentation actuelle des arts tente de rompre avec cette vision réductrice, particularisante, isolationniste et statique du patrimoine ivoirien, ceci au profit d’une dynamique des emprunts, des adaptations, des interprétations et des réinterprétations.

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Dans une telle perspective, le nouveau langage du musée entend, à sa manière, faciliter la compréhension entre les communautés ivoiriennes et contribuer ainsi à la construction de la nation.

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Les pièces en exposition ont été sélectionnées en fonction de thématiques se rapportant à la vie quotidienne, aux attributs du pouvoir, à l’univers de la statuaire et du masque. Elles sont soutenues par des supports photographiques permettant ainsi de situer les objets dans leur contexte. Ces objets, témoins de la culture, constituent en fait des instants de la vie ; ils parlent de l’homme dans toutes ses dimensions, transmettent des messages, interpellent la conscience collective sur le passé, le présent et le futur.

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Loin de prétendre à une présentation exhaustive de tous les arts ivoiriens, l’actuelle présentation du patrimoine, tout en mettant l’accent sur l’unité de ces arts, tente d’apporter un éclairage sur certains aspects privilégiés de ces arts.

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En s’appuyant sur le patrimoine en présence, retenons pour la circonstance trois éléments relevant du domaine de l’art fonctionnel.

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Le visiteur est toujours fasciné par la variété des étriers de poulies de métiers à tisser. Ces poulies présentent un microcosme particulièrement typique des arts ivoiriens. Leurs créateurs y ont concrétisé une vision plastique anthropomorphique, zoomorphique et parfois abstraite de leur environnement.

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La technologie et les techniques de la fonte à la cire perdue ont atteint aujourd’hui un stade de perfection, vu la diversité des matériaux utilisés (or, étain, bronze, cuivre, aluminium) et la diversité de la production (masques, casques, bracelets, pendentifs, bagues). La maîtrise parfaite de cette technologie témoigne d’une évolution historique qui va de l’exploitation locale de l’or aux transformations des objets en bronze, laiton et étain apportés par le commerce côtier, jusqu’à l’utilisation de matériaux, tel l’aluminium.

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Par ailleurs, la présence dans les vitrines des divers insignes de pouvoir traditionnel (trônes, régalia des chefferies, cannes de porte-parole, chasse-mouche, bijoux) permet d’avoir une lecture de la sociologie des arts ivoiriens.

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Ainsi, l’impératif de démontrer, par des faits concrets, l’accession à un grade supérieur implique parfois une création plastique basée sur un dialogue entre commanditeurs, entre artistes artisans, qui se manifeste ultérieurement par des expositions publiques : cérémonies de classe d’âge ou étalage de la richesse en or d’un homme qui tente d’accéder au rang des « grands riches », des dignitaires.

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Par ces données, le visiteur est informé de l’existence chez les Lagunaires des activités relevant de la « muséologie » (acquisition, conservation et exposition publique) avant même l’avènement des musées tels que nous les connaissons de nos jours.

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L’exposition publique, initiative communautaire, pratique courante, constitue une piste de réflexion pour les conservateurs de musée en Afrique en quête de solution aux problèmes que pose l’institution muséale héritée de la période coloniale.

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L’exploitation judicieuse de cette activité des communautés qui s’éloigne des anciennes pratiques muséographiques pourrait contribuer à la naissance d’une nouvelle ère des musées en Afrique, où le musée deviendra de plus en plus un véritable acteur, un partenaire social soucieux des préoccupations de la communautés et capable de répondre aux diverses attentes.

Pour citer cet article

Savané Yaya, « Le Musée des Civilisations de Côte d'Ivoire », Africultures, 3/2003 (n° 56), p. 49-50.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2003-3-page-49.htm
DOI : 10.3917/afcul.056.0049


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