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Africultures

2005/1 (n° 62)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747575632
  • DOI : 10.3917/afcul.062.0137
  • Éditeur : Africultures

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Métis d’origine congolaise, Henri Lopès est l’une des figures majeures de la littérature africaine contemporaine. Poète, romancier, essayiste, mais aussi homme politique, il est l’un des premiers à avoir mis en scène dans ses œuvres la richesse et la complexité d’une identité métisse.

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Comment expliquez-vous l’engouement actuel pour le métissage ?

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Personnellement, ce n’est pas pour défendre une théorie ou pour faire école que je m’intéresse au métissage. Vous constaterez d’ailleurs que je n’écris pas des romans métis. J’écris plutôt des romans où il y a des personnages métis. La nuance est de taille. Je décris un monde que je connais de l’intérieur sans pour autant sombrer dans l’autobiographie ou dans la biographie. En tous cas, si je le fais, c’est à mon cœur défendant. Le métissage fait partie de mon être. Je pars de mon expérience, mais pour bâtir quelque chose qui doit dépasser ma particularité.

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Vous avez écrit deux romans sur le métissage : Le Chercheur d’Afriques (1990) et Le Lys et le flamboyant (1997). Qu’est ce qui distingue ces deux œuvres ?

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Ce sont deux histoires différentes. Le chercheur d’Afriques est avant tout un roman d’aventure personnelle, un roman d’apprentissage. Son héros est en quête d’identité à travers la recherche d’un père. Il y a dans ce livre tout un pan de la société coloniale jusqu’à l’orée de l’indépendance.

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Le Lys et le flamboyant m’apparaît davantage comme une fresque. Son héroïne Kolélé traverse les périodes coloniales et post-coloniales, et porte un regard sur tout le continent : celui sous le joug de la domination mais aussi celui qui lutte pour l’indépendance, porté par des mouvements de libération à travers le monde. Kolélé rentre en Afrique et s’interroge sur tout cela.

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Dans un article consacré au Chercheur d’Afrique, Sylvie Kandé[1][1] Auteur et poète d’origine franco-sénégalaise, résidant... affirme que la grande réussite de ce roman réside dans sa parodie des lieux communs habituellement attachés aux métis : quête du père, identité problématique, etc…

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Je ne connaissais pas cette appréciation. Elle ne me gêne pas. Elle exprime une vision du roman. Tout comme le romancier possède la sienne propre. C’est une bonne chose que d’autres voient dans le roman ce que l’auteur ignore…

Henri Lopès

© Jacques Sassier / Gallimard
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Un des chapitres du Lys et le flamboyant débute ainsi : « En ce temps-là toutes les métisses des deux rives étaient mes tantines ». En lisant cette phrase, j’ai pensé au roman du Sénégalais Abdoulaye Sadji, Nini la mulâtresse (1954), qui parlait de l’arrogance des métis de Saint-Louis. Avez-vous, vous aussi, ressenti cette arrogance ?

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Je comprends pourquoi Abdoulaye Sadji a pu écrire cela, surtout dans le contexte de la société saint-louisienne de l’époque. Les métis avaient des attitudes qui étaient en conflit avec la négritude. Les Sénégalais, les Noirs étaient choqués par l’attitude des métis. Cela a existé ailleurs aussi.

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La question que je me pose est de savoir si la manière dont Sadji a traité la question était positive, si au final ce n’était pas une façon d’exprimer une autre haine. Je n’ai pas pensé à Nini la mulâtresse en écrivant Le Lys et le Flamboyant. Ce roman renvoie à une autre époque. Mais on le voit bien à travers toute la littérature du continent, le métissage reste un sujet sensible en Afrique, parfois même tabou dans certaines sociétés.

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Lorsqu’on compare votre relation au métissage à celle de Williams Sassine, la vôtre apparaît comme maîtrisée contrairement à la sienne qui évoque davantage une déchirure.

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Je crois que Williams Sassine a souffert de son métissage. Il n’en parle pas dans son œuvre. Il fait comme si le métis n’existait pas. Comme s’il y avait d’un côté les Noirs, et de l’autre, les Blancs. C’est un parti pris que je respecte, que l’on retrouve par ailleurs aux États-Unis chez les Noirs américains. Mais il y avait une profonde douleur en lui. Peut-être nous aurait-il donné un beau texte littéraire s’il avait traduit cette douleur en mots ?

Notes

[1]

Auteur et poète d’origine franco-sénégalaise, résidant aux Etats-Unis où elle enseigne les études africaines et l’histoire de la Caraïbe.

Pour citer cet article

  Mongo-Mboussa Boniface,  Lopès Henri, « " Le métissage en Afrique est un sujet sensible " », Africultures, 1/2005 (n° 62), p. 137-138.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2005-1-page-137.htm
DOI : 10.3917/afcul.062.0137


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