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Africultures

2005/3 (n° 64)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2747588181
  • DOI : 10.3917/afcul.064.0045
  • Éditeur : Africultures

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Biographie d’Alexandre Dumas père, celui qui inspira à son fils le personnage de D’Artagnan.

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3 juin 1786 : roulement de tambour. Un jeune athlète au teint basané bondit sur l’estrade du recrutement et signe précipitamment son engagement dans le régiment des Dragons de la Reine. Ce Fanfan-la-Tulipe créole, brouillé avec un père qui lui a coupé les vivres, vient de décider que, sabre au clair, il se taillerait un nom à sa mesure. Désormais, il ne s’appellera plus Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie mais Alexandre Dumas.

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La vie de ce d’Artagnan a déjà commencé à la manière d’un roman puisque, fils de Césette, esclave d’Haïti, et d’Alexandre, Monte-Cristo normand vivant incognito aux îles, il est lui-même né esclave sous les cocotiers de Jérémie, le 25 mars 1762.

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Plus tard, son père, le gentilhomme, n’hésite pas à vendre compagne et enfants pour aller réclamer un héritage au pays de Caux. Thomas-Alexandre, pour sa part, est négocié 800 livres. Mais une fois rétabli dans ses droits, le géniteur indigne, Alexandre Davy, marquis de La Pailleterie, le rachète et le fait venir en France.

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Après avoir un temps suivi son père dans des tribulations provinciales, vagabondes et quelque peu libertines, Thomas-Alexandre découvre, à vingt-deux ans, les charmes et les vicissitudes de la vie parisienne où les « sang-mêlé » bravent effrontément les interdits édictés par la Police des Noirs de Louis XVI, car c’est l’époque où la condamnation de l’esclavage cohabite avec l’invention du racisme. Sous la protection d’un autre « Américain », Joseph de Bologne, celui qu’on appelle le « chevalier de Saint-George », un musicien-escrimeur ami de la reine, fils et neveu de mousquetaires, Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie partage, pendant deux ans, la vie des jeunes gens à la mode : bals, cavalcades, conquêtes féminines, théâtre et duels.

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À Villers-Cotterêts, le dimanche 15 août 1789, devant le château du duc d’Orléans (où deux-cent-cinquante ans plus tôt, François 1er a signé le fameux édit imposant l’usage de la langue française) un notable de la ville, Claude Labouret, accourt avec la population pour admirer le détachement de dragons qui vient d’arriver par la route de Laon. Alexandre est de ces cavaliers. Loin de s’offusquer de sa couleur de peau, Claude Labouret, par ailleurs officier de la loge maçonnique Carolina, l’invite à sa table.

Général Dumas, 1762-1804, un des plus brillants officiers-généraux français sous la Révolution.

© DR
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L’amphitryon cotterézien a une fille : coup de foudre, mariage. Mais cette histoire d’amour sera contrariée par la guerre. Le dragon de la Reine voulait la gloire : il l’aura. Il lui suffit de retrouver, à l’automne de 1792, le chevalier de Saint-George, et voilà sa fortune faite : Saint-George vient d’être nommé colonel d’un régiment formé d’hommes « de couleur » et Dumas, commandant en second de cette « Légion des Hussards américains », va mener la vie dure aux Autrichiens. En quelques mois, le « diable noir » sera général de division - le premier descendant d’Africains à obtenir ce grade en France - et, plus tard, commandant en chef de la cavalerie d’Orient. Il échappe à un destin politique exceptionnel à cause d’un banal accident de la route (c’est lui que le Directoire a désigné pour réprimer l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire et comme il n’arrive pas, Barras appelle Bonaparte). Tant pis ! Dumas brillera quand même sur tous les fronts : les Pyrénées, les Alpes, l’Italie, l’Egypte. Selon tous les témoignages, ce républicain modéré - baptisé « Monsieur de l’Humanité » par les hommes de la Terreur - sera le soldat le plus courageux de la Révolution. Un combattant de la liberté, pas un homme de cour : pour avoir désapprouvé les méthodes, trop sanglantes à son goût, utilisées par Bonaparte en Egypte, pour avoir affirmé sa fidélité à la République, ses relations avec le futur empereur deviendront orageuses et le rétablissement de l’esclavage en 1802, la répression de l’insurrection d’Haïti, la mort de Toussaint Louverture, n’arrangeront rien.

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Le général Alexandre Dumas - rayé des cadres et privé de récompenses - finit sa vie dans le chagrin que lui inspire le racisme de Napoléon, mais il laisse un fils qui deviendra l’écrivain français le plus lu dans le monde et immortalisera son nom. À travers ses romans les plus célèbres, l’auteur s’inspirera des aventures de son père, notamment dans Les Trois Mousquetaires, transposition de l’histoire de Thomas-Alexandre et de trois de ses compagnons des Dragons de la Reine : Piston, Espagne et Chrétien de Beaumont.

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« Le plus grand des Dumas, écrivait Anatole France, c’est le fils de la Négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d’œuvre auquel il n’y a rien à comparer. »

Statue du général Dumas à Paris.

© DR

Claude Ribbe, Alexandre Dumas le Dragon de la Reine, Paris, Le Rocher, 2002.

Pour citer cet article

Ribbe Claude, « Le général Dumas (1762-1806) », Africultures, 3/2005 (n° 64), p. 45-47.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2005-3-page-45.htm
DOI : 10.3917/afcul.064.0045


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