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Africultures

2006/2 (n° 67)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2296005829
  • DOI : 10.3917/afcul.067.0146
  • Éditeur : Africultures

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Issu d’un engagement local, le projet de Fondation européenne du Mémorial de la traite des Noirs est porté par l’association bordelaise DiversCités et par quatorze membres fondateurs d’horizons divers, en France et au Luxembourg. Tous sont mobilisés autour d’une volonté citoyenne de « partager nos mémoires pour ouvrir le futur à tous ».

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L’association DiversCités mène depuis dix ans des actions de sensibilisation à l’histoire négrière de Bordeaux et milite pour une prise en compte de la diversité culturelle dans la vie sociale et politique régionale. Elle est à l’initiative du Mémorial de la traite des Noirs, manifestation annuelle organisée depuis 1998, conçue pour et par les citoyens bordelais comme un moment de commémoration et de partage de leurs mémoires liées à la traite des Noirs et à l’esclavage. L’ensemble de ses actions militantes, culturelles et pédagogiques (conférences, expositions, projections, débats, ateliers dans des collèges et lycées, etc.) lui ont valu la reconnaissance de l’Unesco au sein du projet La route de l’esclave et l’agrément de mouvement d’Éducation populaire.

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Cette année, le 9ème Mémorial, hommage à Louis Delgrès, a vu la participation active de ses membres et de son président, Karfa Diallo, à la première cérémonie officielle du 10 mai à Bordeaux et au baptême d’une rue de Bègles au nom de Louis Delgrès. Il a été l’occasion d’un parcours-mémoire, d’une conférence internationale sur « la dimension européenne de la traite des Noirs et de l’esclavage » et de diverses activités culturelles. Depuis avril 2005, DiversCités avec l’écrivain Patrick Chamoiseau souhaite donner au Mémorial de la traite des Noirs la dimension d’un lieu de préservation et de transmission de cette mémoire. Cet édifice, pour lequel il existe un projet architectural, pourrait voir le jour sur une zone d’aménagement concerté de la communauté urbaine de Bordeaux. En ce sens, l’association participe au travail du Comité sur la mémoire de la traite des Noirs mis en place par le maire de Bordeaux depuis juillet 2005 et dirigé par l’écrivain corrézien Denis Tilinac.

Créer une « École de la mémoire »

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La Fondation européenne du Mémorial de la traite des Noirs a pour perspectives d’administrer le futur mémorial et de créer une École de la mémoire dont les activités devraient débuter en 2007. Cette école sera un espace éducatif et culturel, dédié à des résidences-mémoire et à des projets portés par des jeunes, soutenus par des chercheurs, des artistes et des enseignants.

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Au-delà de Bordeaux et de la France, la Fondation et le Mémorial souhaitent devenir des structures de référence sur une thématique fondamentale pour appréhender les ancrages et les enjeux contemporains de la construction européenne, de la démocratie, du vivre ensemble et d’une mondialisation plus juste. Les différents États d’Europe sont donc invités à participer à ce travail de mémoire.

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Les membres fondateurs de l’association pour cette future fondation présentent ainsi leur initiative : « La traite négrière et l’esclavage sont l’une des plus grandes tragédies de l’histoire, par leur durée, par leur ampleur et par leur implacable organisation économique, juridique et morale. Cette entreprise de déshumanisation a eu successivement la reconnaissance de l’Unesco (23 août, Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition) et de certains États européens comme la Hollande et plus récemment la France, qui vient de faire du 10 mai une journée nationale de commémoration. Néanmoins, elle est quasiment absente de la mémoire collective de l’humanité et des livres d’histoire du monde entier. Huit années après le lancement, à Bordeaux, du projet du Mémorial de la traite des Noirs, parrainé par l’Unesco à travers le programme La route de l’esclave, l’occasion est donnée à l’Europe non seulement de se livrer au nécessaire travail de mémoire sur ce crime sans précédent, mais aussi de faire connaître les innombrables influences que ce dialogue forcé a imprimé sur les cultures et civilisations d’Europe, d’Afrique, des Amériques, des Caraïbes et de l’océan Indien. La Fondation européenne du Mémorial de la traite des Noirs doit donc être conçue comme une structure d’hospitalité qui œuvre pour un partage des mémoires et permette de développer un imaginaire de la diversité. L’éveil de la conscience collective française nous offre une occasion inédite de réparer l’injustice, la souffrance et l’oubli, et de faire de cette mémoire une ressource pour l’émancipation, le développement et la lutte contre toutes les formes d’aliénation contemporaines. […] Universaliser la prise de conscience de la tragédie de la traite négrière et de l’esclavage est une exigence qui concerne le passé, le présent et l’avenir. Son importance pédagogique, éthique et civique peut être considérable si nous savons lui accorder une juste attention. »

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L’annonce de la fondation a eu lieu le 9 mai dernier (journée de l’Europe) à l’Assemblée Nationale en présence de Noël Mamère, député de la Gironde, Patrick Chamoiseau, président d’honneur, Françoise Vergès, Roni Brauman, Claude Ribbe, Patrick Karam et Claude Frisoni, entre autres. Elle bénéficie d’ores et déjà d’un large comité de parrainage [1][1] Le Comité de parrainage de la fondation regroupe, entre..., composé d’élus, chercheurs, intellectuels, artistes, sportifs… Son avenir dépend maintenant de sa capacité à mobiliser les soutiens matériels et financiers indispensables à sa réalisation. Une souscription publique est lancée à l’attention de tous les citoyens, entreprises et institutions afin d’ancrer la fondation dans une dynamique populaire et autonome. L’État français et l’Europe sont également sollicités : après le 10 mai, les promesses et les initiatives officielles de reconnaissance et de mémoire doivent se concrétiser à travers une implication réelle des institutions publiques au sein de projets novateurs, ambitieux et diversifiés, tant au plan local que national et international.

Patrick Chamoiseau et Karfa Diallo, au sortir de l’assemblée nationale française, le 9 mai 2006, où ils viennent d’annoncer officiellement le projet de la fondation européenne du mémorial de la traite des noirs et de l’esclavage

© Ayoko Mensah

Adeline Masson est membre de l’association de préfiguration de la Fondation.

Contact : Association de préfiguration de la Fondation du Mémorial de la traite des Noirs

S / C DiversCités – Agrément Unesco « Projet la Route de l’Esclave »

37, rue du Colonel Grandier-Vazeille - 33000 Bordeaux

www.diverscites.org

Tel : + 33 (0)5 56 42 22 69 / (0)6 64 15 93 78 Mail : k.diallo@diverscites.org

Notes

[1]

Le Comité de parrainage de la fondation regroupe, entre autres, Patrick Chamoiseau, Catherine Colonna, Françoise Vergès, Noël Mamère, Régis Debray, Denis Tilinac, Roni Brauman, Ali Moussa Iye, Lilian Thuram, Jean-Claude Tchicaya, Pascal Blanchard, Calixte Beyala, les chanteurs Youssou Ndour et Vusi Mahlasela…

Plan de l'article

  1. Créer une « École de la mémoire »

Pour citer cet article

Masson Adeline, « Pour une Fondation européenne du Mémorial de la traite des Noirs », Africultures, 2/2006 (n° 67), p. 146-147.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2006-2-page-146.htm
DOI : 10.3917/afcul.067.0146


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