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Africultures

2006/2 (n° 67)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2296005829
  • DOI : 10.3917/afcul.067.0238
  • Éditeur : Africultures

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Nubian Indigo, de Jamal Mahjoub, charrie un flot de légendes.

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« Une histoire d’eau, d’amour et de légendes. » Le sous-titre de Nubian Indigo, le cinquième roman traduit de Jamal Mahjoub, est suivi d’une mise en garde : « Il y a des gens qui disent que toute histoire comporte un début, un milieu et une fin, mais ce n’est pas toujours vrai. Certaines ne s’arrêtent jamais, poursuivent leur route, changent de nature au contact de la courbe docile du temps, à la façon d’un oiseau qui en plein ciel se retourne sur le dos pour filer en sens inverse. » Et voilà le lecteur embarqué dans une de ces histoires « sans fin » dont Jamal Mahjoub a le don. Car si cet auteur affectionne les sujets « historiques », ce n’est que pour mieux souligner leur contemporanéité. Dans Le Télescope de Rashid, il traitait de la question du savoir et du racisme à travers le périple d’un héros algérien du XVIIème siècle, perdu dans le Nord du Danemark. Dans Le Train des sables, la colonisation anglaise du XIXème siècle servait de cadre à une réflexion sur l’intolérance des religions et le pouvoir des fanatismes. Dans Nubian Indigo, Mahjoub se sert de l’édification du barrage d’Assouan pour évoquer la destruction programmée d’une civilisation, engloutie par les eaux du lac Nasser. Au nom du progrès, toute une population est déplacée et un fleuve enchaîné. « Oui, mais un fleuve, ce n’est pas que de l’eau », fait remarquer un personnage. Un fleuve, c’est un trait d’union, un flot de légendes, la demeure de génies aux pouvoirs surnaturels.

Les ailes de l’imaginaire

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Le récit de Mahjoub s’écoule comme ce fleuve charriant son lot d’histoires et d’anecdotes, pris dans les tourbillons des courants, dans les torrents des cataractes. Le fleuve est un personnage à part entière, comme le désert dans Le Train des sables. C’est le limon de la narration, le dénominateur commun qui convoque une foultitude de personnages, allant du jeune orphelin à l’administrateur en charge des déplacements de population, de la tenancière d’auberge à l’archéologue occidentale. L’air est chargé d’attente et de doute : L’impensable aura-t-il vraiment lieu ? Les fonctionnaires venus de la capitale oseront-ils enchaîner le fleuve ? À ce climat tendu se mêle une part de mysticisme, personnifiée par une jeune femme muette, détentrice de pouvoirs occultes aux yeux de la population, figure de Messie au féminin malgré elle. Son décès symbolise la fin d’une époque, l’anéantissement d’un peuple et d’une culture. Avec elle, c’est l’esprit du fleuve qui meurt. L’eau domptée ne tardera pas à envahir les cours des concessions vides. Mais est-ce vraiment une fin ? Non, répond le roman qui y laisse apercevoir le début d’autres récits à conter : « Et un tapis d’un bleu indigo vient lécher une terre délaissée comme une encre qui cherche son lecteur pour lui raconter une histoire. » L’histoire, celle qu’on écrit avec un grand « H », « consiste à redonner vie à un passé dont le flot nous traverse, [...] pour que le monde ait plus de sens » : « Car si nous voulons aller plus loin dans ce passé, ne plus nous contenter de l’effleurer du bout des doigts, alors nous ne pouvons nous envoler vers cet horizon que sur les ailes de l’imaginaire. » Ouvrez Nubian Indigo et laissez-vous porter !

Nubian Indigo, de Jamal Mahjoub, roman, éd. Actes Sud, 2006, 272 p., 21 euros.

Plan de l'article

  1. Les ailes de l’imaginaire

Pour citer cet article

Tervonen Taina, « Au fil du fleuve », Africultures, 2/2006 (n° 67), p. 238-238.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2006-2-page-238.htm
DOI : 10.3917/afcul.067.0238


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