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Africultures

2006/2 (n° 67)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2296005829
  • DOI : 10.3917/afcul.067.0068
  • Éditeur : Africultures

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L’ACHETEUR. Je veux un nègre.

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NIQUELET. Choisissez, monsieur ; celui-ci est un Yolof. On le reconnaît à sa taille svelte et souple ; tous ses mouvements sont gracieux… Faites-le donc remuer un peu commandeur.

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LE COMMANDEUR, lui donnant des coups de fouet. Saute donc, Yolof, saute, anime-toi.

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L’ACHETEUR. Je préférerais celui-ci.

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NIQUELET. Monsieur est connaisseur… Celui-ci est un Malgache, race pure, acheté sur les lieux ; et, comme vous le savez, c’est la race la plus intelligente. Tel que vous le voyez ce nègre est un excellent cuisinier ; il m’a coûté six mois d’apprentissage. Il est en outre très bon ouvrier en menuiserie.

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L’ACHETEUR. Et quel est le prix ?

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NIQUELET. Trois mille six cents francs : c’est pour rien.

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L’ACHETEUR. C’est beaucoup trop cher.

9

NIQUELET. Songez donc, monsieur, à ce qu’il me coûte. Six mois d’apprentissage… et puis il est beau, bien fait, jeune, bien portant, aucun défaut physique… voyez plutôt…

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L’ACHETEUR. C’est inutile. Combien ce dernier ?

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NIQUELET. C’est un Mozambique, tout ce qu’il y a de plus vigoureux… une force musculaire comme on n’en voit que chez ces gens-là… Tâtez, monsieur, ce bras, cette poitrine… […]

12

L’ACHETEUR. Combien me le vendez-vous ?

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NIQUELET. Trois mille francs.

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L’ACHETEUR. C’est trop.

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NIQUELET. Je ne surfais jamais.

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L’ACHETEUR. Mais trois mille francs !…

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NIQUELET. C’est le prix courant des Mozambiques… vous le savez, dernier tarif de la bourse. Ils ont monté : la race s’épuise.[…]

Le marché des esclaves, un tableau mis en scène par le « mélanodrame » au XIXe siècle. Dr

18

L’ACHETEUR. Vous m’en répondez ?

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NIQUELET. Je suis assez connu pour cela ; ma bonne foi est patente. Depuis quinze ans que je fais faire la traite, je n’ai pas reçu un seul reproche sur ma marchandise, informez-vous plutôt. Les nègres marqués à mon coin n’ont jamais failli.

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L’ACHETEUR. Je m’en rapporte à vous ; voici un billet de mille écus.

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NIQUELET. Très bien : voici mon nègre.

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L’ACHETEUR. Il est baptisé au moins ?

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NIQUELET. Certainement… est-ce que j’aurais manqué à cette formalité ? Dieu maudirait mon commerce… Voici son extrait de baptême : il s’appelle Jacques. Allons Jacques, voici ton nouveau maître.

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LE COMMANDEUR. Tu n’entends donc pas ; voilà ton nouveau maître. À genoux donc ! (Le commandeur fait mettre le nègre à genoux.)

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(Acte I, scène 1)

Pour citer cet article

du Pujol Desnoyer, du Pujol Alboize, « Extrait de La Traite des Noirs », Africultures, 2/2006 (n° 67), p. 68-69.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2006-2-page-68.htm
DOI : 10.3917/afcul.067.0068


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