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Africultures

2006/2 (n° 67)

  • Pages : 248
  • ISBN : 2296005829
  • DOI : 10.3917/afcul.067.0082
  • Éditeur : Africultures

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En 2002, l’un des grands noms de l’underground hip-hop français, le groupe La Rumeur, sort son quatrième album L’ombre sur la mesure (EMI). Parmi les dix-sept titres, on trouve « 365 cicatrices » qui fait directement référence à l’héritage de l’esclavage et aux commémorations de ses abolitions. Loin du politiquement correct, nombreux sont les rappeurs qui dénoncent la modernité de l’esclavage et réclament un accès à leur « véritable histoire ».

2
J’ai 365 cicatrices et, sur ma peau, ma couleur a connu tous les hommes qui lui ont dit qu’elle était dévastatrice
et qu’elle reste l’opposé du beau, complice du vice sous toutes ces formes.
C’était écrit comme ces stupides de règles et c’est comme ces nègres cupides qui ont vendu les leurs,
dans les pleurs et les cris, étouffés par l’être espiègle
comme si l’espèce bipède écoutait son cœur.
J’ai pleuré, rarement ri comme à cette connerie d’abolition et à leurs 150 ans,
ils peuvent se le foutre dans le fion.
Ils étaient fiers, enrôlés, tirailleurs et, en fin de guerre,
tu as su comment leur dire d’aller se faire voir ailleurs.
Et qui on appelle pour les excréments ?
Des travailleurs déracinés laissant femmes et enfants.
Et ces traditions qu’ils sauvegardent,
j’ai de la peine pour ces noirs teints en blond pour faire blanc.
s’ils savaient que pour être libre,
fallait courir, ne pas se faire couper les jambes par celui qui veut tout asservir.
Y’a des chaînes qui nous maintiennent au bas de l’échelle et, pour que ça change,
faudrait attendre que la banquise dégèle.
Regarde l’Afrique et les Antilles, l’Inde et les autres îles,
regarde les traces de l’homme blanc qui traumatisent nos esprits,
non pas à vie mais pour des générations,
j’ai mon avis sur la suite des colonisations.
Critique sur la façon dont on m’oblige à penser, mais qu’est-ce t’en sais ?
J’ai pas eu le choix de vivre comme un français.
Un Franc CFA bas, une monnaie forte qu’on exporte en Outre-Mer et,
dans les deux cas, c’est comme droguer nos terres.
Ils ont enchaîné nos pères pour qu’ils les regardent violer nos mères,
et merde si aujourd’hui on en subit les séquelles.
Mais qu’est-ce que quelques années, environ 400,
et si la fin colle au début, ça finira dans un bain de sang.

Reproduction : avec l’aimable autorisation de V2 Music et Kiss Sa French

Pour citer cet article

« La Rumeur : " 365 cicatrices " », Africultures, 2/2006 (n° 67), p. 82-83.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2006-2-page-82.htm
DOI : 10.3917/afcul.067.0082


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