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Africultures

2006/3 (n° 68)

  • Pages : 216
  • ISBN : 2296012760
  • DOI : 10.3917/afcul.068.0112
  • Éditeur : Africultures

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Plus qu’une méditation sur le partage du monde, ce roman incandescent permet au lecteur de ressentir, au plus intime de lui-même, la peur et la misère des clandestins, la douleur du malentendu.

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« Maintenant, je rase les murs, me terre la nuit tombée, refuse les contacts, évite tout ce qui peut signaler mon existence dans la géographie du danger : gares, ghettos d’immigrés, stations de métro, quartiers chauds, bars, sorties de grands magasins, stades et dancings louches. Je n’existe même pas pour les employeurs successifs ne cherchant à connaître ni identité ni rien d’autre de ma personne. Nous sommes quittes de cette mutuelle non-reconnaissance. Je n’ai plus de nom, plus de prénom, rien que des pseudonymes. Les patronymes que je m’attribue sont fonction de l’employeur. Je suis turc, arabe, berbère, iranien, kurde, gitan, cubain, bosniaque, albanais, roumain, tchétchène, mexicain, brésilien ou chilien au gré des nécessités. J’habite les lieux de ma métamorphose. Les langues importent peu. Il suffit de connaître les mots du dictionnaire des esclaves : travail, pas travail, porter, laver, gratter, vider, charger, décharger, couper, casser, monter, nettoyer, démonter, peindre, clouer, arracher, repos, manger, payer, silence, se cacher, se taire, partir, venir, finir, ne plus revenir, combien ? »

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Ainsi parle le personnage principal du dernier roman de Hamid Skif. Sans-papiers, il vit caché, la peur au ventre, depuis plusieurs mois dans une chambre de bonne tandis que la chasse aux clandestins s’intensifie dans la ville. Pris dans les rafles, des milliers d’entre eux sont expulsés vers leur pays d’origine. Observant par la lucarne les habitants de l’immeuble en face, fantasmant sur leur quotidien, le jeune homme se remémore son passé, tout en faisant défiler les figures pittoresques ou sinistres qui accompagnent le candidat à l’exil – le passeur, le trafiquant de drogue, le délateur, le policier corrompu, le tortionnaire…- et attend jour après jour la venue de Michel Delbin, l’étudiant en géologie en plein désarroi sentimental qui l’héberge et le ravitaille en secret.

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Troublante et salutaire méditation sur la misère des clandestins fuyant la pauvreté de leur pays, et qui, pris au piège des mirages de l’Occident, frappent aux portes des pays riches et les font cauchemarder, La Géographie du danger pose en filigrane la question : à qui appartient la terre ?

La géographie du danger, éditions naïves

© Sandrine Marc

Pour citer cet article

Skif Hamid, « La Géographie du danger », Africultures, 3/2006 (n° 68), p. 112-112.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2006-3-page-112.htm
DOI : 10.3917/afcul.068.0112


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