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Africultures

2006/4 (n° 69)

  • Pages : 248
  • ISBN : 9782296015975
  • DOI : 10.3917/afcul.069.0162
  • Éditeur : Africultures

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À la fois festival de cinéma et marché international du film et de la télévision, le Sithengi Market affiche une réelle réussite. En réunissant les acteurs de l’économie du cinéma, du secteur privé comme public, il parvient à développer des marchés aux plans local, régional, continental et international. Depuis 1996, cette manifestation se déroule dans la ville sud-africaine du Cap.

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Le Sithengi Market, dont la dernière édition a eu lieu en novembre dernier, est une manifestation sans équivalent en Afrique. Fait plutôt rare : c’est ici l’aspect « business » avec la création du Marché en 1996 qui a précédé celle du Festival international de Cinéma, dont la première édition date de 2002. La greffe des deux événements semble avoir bien pris. Si au départ l’affluence était jugée modeste par les organisateurs eux-mêmes, la participation enregistrée en 2005 leur redonne le sourire. Plus de 18 000 personnes et une soixantaine de sociétés de production et de distribution (originaires de vingt pays dont le Canada, l’Italie, le Nigeria ou encore la Thaïlande) ont fait le déplacement. Tandis que le Marché se déroule dans le luxueux bâtiment Artscape, en plein centre ville, le festival assure la projection d’une centaine de films à travers la ville.

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L’objectif premier du Sithengi Market est de rassembler les différents opérateurs de l’industrie cinématographique : les auteurs, les réalisateurs, les producteurs, les chaînes de télévision et les institutionnels. Sa raison d’être principale ? L’achat et la vente de produits, en l’occurrence des films et des programmes de télévision. La manifestation sert donc de plate-forme aux producteurs locaux et internationaux pour présenter leurs programmes aux acheteurs du monde entier. Pour faciliter les rencontres et les échanges, le Sithengi propose des forums sur la co-production. Le FFCP (Feature Film Co-Production Projects) s’attache aux longs-métrages, le DCF (Documentary co-production Forum) aux documentaires. Des rencontres en tête à tête, d’une demi-heure, sont organisées entre les producteurs, les distributeurs et les réalisateurs. Les auteurs ne sont pas en reste. Un forum leur permet de se rapprocher des producteurs africains et internationaux. Ces forums ne sont pas ouverts à tous. Les participants sont sélectionnés par les organisateurs. Le but : optimiser les chances de voir les projets choisis aboutir.

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L’événement met aussi l’accent sur la formation avec le programme Campus des talents Sithengi qui est le fruit d’un partenariat avec le festival international du film de Berlin et le campus des jeunes talents de la Berlinale. Ce programme, dédié aux étudiants en cinéma, a pour objectif de leur donner une image holistique de la réalisation, de la pré-production, de la production, de la distribution et du marketing, à travers une série de « master classes » animées par des professionnels reconnus tels le comédien franco-camerounais Eriq Ebouaney ou le réalisateur Chris Robinson.

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Pour compléter le tableau, le Sithengi Market propose également plusieurs conférences sur des sujets tels que les partenariats public-privé, le rôle éducatif des médias, la propriété intellectuelle, les moyens financiers disponibles pour le cinéma en Afrique du Sud. Il s’agit ici d’informer et d’échanger, sur les évolutions permanentes qui ont lieu dans l’industrie cinématographique avec des personnalités telles que Kisha Cameron du groupe Focus, Presley Chuenyagae, personnage principal de Tsotsi, Morgan Freeman ou encore Catherine Ruelle de RFI.

L’absence de l’Afrique francophone

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Les raisons de la réussite et de l’engouement suscités par cette manifestation ? Elle a su intéresser et s’appuyer sur les différents acteurs de l’économie du cinéma, qu’ils soient publics ou privés. Elle a commencé par une confrontation et une concertation locales (entre le gouvernement, les chaînes de télévision et les réalisateurs sud-africains) avant de s’ouvrir aux participants internationaux. Chaque métier trouve un intérêt à se rendre au Sithengi. Des études ont été menées pour évaluer l’impact de la manifestation sur l’industrie du cinéma africain. Les résultats sont éloquents. Selon Michael Auret, le directeur du festival, « la majorité des opérateurs affirme que Sithengi leur a ouvert des portes et que sans cette manifestation il leur serait plus difficile d’évoluer dans leurs carrières. Cela est d’autant plus vrai pour ceux – majoritaires – qui n’ont pas les moyens de se rendre à Cannes. »

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Loin de se satisfaire de ces résultats prometteurs, Eddie Mbalo, représentant de Sithengi, souhaite continuer à travailler pour rendre cette manifestation toujours plus efficace et en accord avec les objectifs fixés. L’édition 2006 confirme la réussite.

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Voici quelques éléments importants à retenir :

  • L’Afrique est toujours plus demandeuse de ses propres images et il semble que des stratégies soient enfin mises en place pour combler ce qui jusqu’à présent constituait un manque.

  • L’Afrique du Sud prend la direction des opérations. Le pays, fort de ses infrastructures largement supérieures à la moyenne continentale, se positionne clairement comme la locomotive avec des stratégies de développement à l’échelle du continent. À titre d’exemple, dans le courant de l’année des ateliers ont été menés dans différents pays : le Zimbabwe, le Kenya, la Tanzanie, le Nigeria…

  • La Fepaci (Fédération panafricaine de cinéma) a annoncé durant l’une des conférences que son secrétariat va prochainement quitter Ouagadougou pour s’installer à Johannesburg…

  • L’absence de l’Afrique francophone est à noter : pas une chaîne de télévision, pas une société de production ou de distribution issue de l’Afrique francophone et aucun représentant des institutions n’a fait le déplacement au Cap. Cependant, la zone francophone fut tout de même présente à l’écran avec la diffusion de films comme Marock, Bamako ou Un matin Bonne Heure.

  • L’Afrique peut s’organiser seule. La plupart des partenaires publics ou privés étaient du continent. Il faut espérer que cela serve d’exemple à nombre d’opérateurs culturels africains qui souvent n’envisagent pas qu’un projet se réalise sans le soutien de l’Union européenne, de CulturesFrance ou d’une autre structure du Nord.

  • L’Afrique regorge de talents à tous les niveaux, seulement ceux-ci ne peuvent s’exprimer que si on leur en donne les moyens. Dans ce domaine, l’Afrique du Sud représente encore un exemple à suivre pour le reste du continent. Son gouvernement a compris l’importance de l’industrie culturelle en général et cinématographique en particulier, en débloquant des fonds spécialement dédiés à ce secteur. Les chaînes nationales, comme la SABC, sont engagées dans la production de nombreux téléfilms locaux et se positionnent ainsi comme les partenaires privilégiés des réalisateurs locaux. Autant d’initiatives qui malheureusement ne sont pas légions sur le reste du continent.

  • Cette édition a célébré une nouvelle génération de cinéastes sud-africains. Parmi les films plébiscités au Sithengi 2006 : Bunny Chow, de John Barker renouvelle l’image de la jeunesse sud-africaine. Tsotsi de Gavin Hood, oscarisé (Meilleur film étranger) cette année, et au chapitre des bonnes surprises, le truculent Abeni du Nigérian Tunde Kilani. L’Europe aura bientôt l’occasion de découvrir cette histoire d’amour entre le Bénin et le Nigeria.

Le Sithenghi Market s’est déroulé dans le luxueux bâtiment Artscape, en plein centre ville.

© D.R

Plan de l'article

  1. L’absence de l’Afrique francophone

Pour citer cet article

Noukoué Serge, « Un marché qui marche : le Sithengi Market », Africultures, 4/2006 (n° 69), p. 162-164.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2006-4-page-162.htm
DOI : 10.3917/afcul.069.0162


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