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Africultures

2007/1 (n°70)

  • Pages : 246
  • ISBN : 9782296035997
  • DOI : 10.3917/afcul.070.0141
  • Éditeur : Africultures

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Ghanéen d’origine, Zagba Oyortey [1][1] Précédemment, Zagba Oyortey a travaillé dans le développement... est co-directeur de la structure londonienne Arts Interlink [2][2] Voir : www.artsinterlink.com, spécialisée dans les services de consultation et le management culturel international. Il est actuellement consultant au British Museum et chargé par cette institution de développer plusieurs programmes.

Zagba Oyortey

© Christine Eyene
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Vous comptez parmi vos clients des musées nationaux. Quelle est la nature de votre collaboration avec le British Museum ?

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Je suis consultant au British Museum. Je conseille cette institution sur sa programmation africaine. Depuis juillet dernier, je voyage fréquemment au Ghana où je collabore avec le département archéologique de l’Université du Ghana, le ministère de la Culture et le Manhyia Palace Museum. Nous travaillons à un programme de formation aux métiers du patrimoine et développons des expositions en partenariat avec le British Museum.

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D’autre part, j’ai aussi pour mission d’améliorer l’approche contemporaine des artefacts africains : les rendre davantage accessibles aux jeunes et au grand public.

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Quels sont ces partenariats entre le British Museum et les musées africains ?

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Nous avons organisé un atelier avec des conservateurs et des directeurs de musées africains pour discuter de méthodologie en matière d interprétation, afin d’aider le British Museum à mieux comprendre d’où viennent les objets et quelles sont leurs fonctions. Il ne faut pas oublier que la collection a été en grande partie acquise sans aucune information sur l’histoire et le contexte d’utilisation de ces objets. Elle a ainsi été soumise à un regard ethnographique et eurocentrique. Il est donc important de réévaluer les objets et de mettre ces informations à la disposition d’étudiants et chercheurs.

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L’étape suivante a été d’identifier des partenaires dans des institutions culturelles en Afrique, d’étudier leurs besoins notamment dans le champ de l’histoire de l’art et de voir comment nous pouvons y répondre ensemble. Une réévaluation de notre passé est indispensable. Elle nous donnera une image de l’Afrique avant la conquête européenne, avant même l’islamisation.

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La collection africaine du British Museum et sa scénographie sont sujettes à de nombreuses critiques. Sont notamment remises en cause l’accumulation, dans des vitrines, d’objets qui n’ont d’autres liens que techniques ou fonctionnels (les masques, le textile, la poterie, etc.), ainsi que l’approche ethnographique des créations contemporaines. Votre rôle au British Museum vous permet-il d’interroger ces choix ?

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Mon travail avec le British Museum a débuté après la mise en place de l’exposition actuelle. Il faut savoir que la collection permanente est revue tous les trois ou cinq ans. Ce que je peux dire est que l’exposition reflète la perspective du conservateur qui, lui, travaille avec les moyens qui lui sont donnés. Mais le British Museum est à l’écoute des visiteurs, notamment par le biais de programmes éducatifs destinés à la communauté africaine. Ses commentaires seront pris en compte lorsque l’installation sera renouvelée.

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Ce qui m’importe est de savoir si une exposition est rédemptrice, inspire de la fierté et l’ambition d’un développement culturel.

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En présentant la bouche du roi de Romuald Hazoumé, le British Museum ne s’est pas saisi de cette occasion pour explorer davantage les liens entre l’esclavage, la colonisation et certaines pièces de la collection permanente. Ne pensez-vous pas que le musée évite délibérément d’aller au cœur de ces problématiques et de poser des questions embarrassantes ?

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La Bouche du Roi est le regard d’un artiste contemporain africain sur l’esclavage. Mais l’on peut aussi aborder ce sujet sous un autre angle. J’ai récemment servi de conseil pour une autre exposition qui se déroule actuellement au British Museum, « Inhuman Traffic : The Business of the Slave Trade », et qui questionne la notion de morale, en envisageant ce trafic comme un acte inhumain. L’exposition cherche notamment à remettre en cause la relation entre les termes « commerce » et « esclavage ». Car, les Africains ne sont devenus esclaves que lorsqu’ils eurent atteint les plantations. En Afrique, ils n’étaient pas esclaves. On devrait donc parler de trafic d’êtres humains plutôt que de trafic d’esclaves.

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Pensez-vous que la diaspora se sente représentée avec justesse par le British Museum ?

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Je ne pourrais pas me prononcer de façon catégorique mais l’exposition que nous avons présentée pour le Cinquantenaire de l’Indépendence du Ghana, « The Fabric of a Nation », a enregistré environ six mille visiteurs au cours des quarante-sept jours d’ouverture. Ce qui est un bon chiffre. Bon nombre de Ghanéens s’y sont rendus.

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Les responsables du British Museum sont conscients de leur capacité à attirer et à garder un public africain. Mais ils savent aussi que cela dépend d’une programmation adaptée et d’un effort de consultation avec les groupes communautaires.

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Certaines personnes trouvent contestable le fait d’être impliqué avec le British Museum. Pour ma part, il me semble important d’avoir une présence au sein d’institutions garantes de notre culture, afin d’établir un dialogue et de faire évoluer les regards. Il faut poursuivre cette démarche. La direction du musée le souhaite d’ailleurs vivement.

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Quelle est votre position concernant la question de la restitution des œuvres spoliées ?

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C’est une question compliquée qui implique de réfléchir aux méthodes de conservation et de protection du patrimoine en Afrique. C’est la raison pour laquelle il est crucial de former l’Afrique à la protection de biens intellectuels, à la gestion du patrimoine ainsi qu’à la politique culturelle. Cette mission est une de mes priorités. Ce qui m’intéresse, c’est la formation de la prochaine génération de gestionnaires africains de patrimoine culturel. Le développement porte aussi sur une proposition culturelle. Car si l’on ignore sa culture, l’on n’est pas équipé pour la protéger et la transmettre à ses enfants.

Notes

[1]

Précédemment, Zagba Oyortey a travaillé dans le développement artistique, la programmation et sur une série de projets avec des artistes et des musiciens. Il organise des concerts, des festivals et collabore avec des musées.

Pour citer cet article

 Eyene Christine, « Zagba Oyortey : " Améliorer l'approche contemporaine des artefacts africains " », Africultures, 1/2007 (n°70), p. 141-142.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2007-1-page-141.htm
DOI : 10.3917/afcul.070.0141


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