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Africultures

2007/2 (n° 71)

  • Pages : 232
  • ISBN : 9782296045033
  • DOI : 10.3917/afcul.071.0143
  • Éditeur : Africultures

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Ancien chef de service photo du journal L’Union (unique quotidien national gabonais) de 1996 à 1999, puis photographe de l’Agence France Presse pour l’Afrique Centrale (au bureau régional de Libreville), de 1999 à 2006, Desirey Minkoh a créé tout récemment une agence photo en ligne indépendante à Libreville au Gabon, Afrikimages (http://www.afrikimages.com).

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Comment est né le projet d’Afrikimages ?

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L’idée de créer une agence photo est née pendant mes années de formation (1989-1991), mais sans savoir à quel moment cela se réaliserait. C’est à Kinshasa, en réalité, que le projet a été ressuscité lors d’une mission de reportage que j’effectuais pour l’AFP. Des photographes congolais, lors d’une manifestation, se rapprochèrent de moi après m’avoir vu « dépanner » un confrère occidental qui avait des problèmes avec son nouvel appareil numérique. Pour eux, j’avais donné une leçon de photo à un « mundele » (blanc en lingala), ce qui évidemment n’était pas le cas, je connaissais bien cet appareil. Une dizaine d’entre eux se présentèrent à mon hôtel, voulant que je les forme et les recrute. Chose que je ne pouvais faire, faute de temps et de moyens. Je leur conseillai de se regrouper en association qui prit le nom d’Afrik’Image.

Desirey Minkoh

© Bethina Herault
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L’idée de l’agence rejaillit à mon retour à Libreville. Cinq ans de préparation ont été nécessaires pour mettre en pratique cette vieille idée.

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Parlez-nous du marché de la photo graphie de presse dans la région couverte par votre agence. La demande a-t-elle évolué par rapport à vos débuts ?

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Il faut avouer, de manière générale, que sans réelles assises financières, matérielles et un bon carnet d’adresses, il est difficile de se frayer un « passage payant ». Localement, les photos sont mal payées par la presse qui les utilise (entre 500 et 3 000 frs CFA). Il reste la presse internationale qui paye bien, mais demande une rigueur professionnelle que beaucoup de confrères africains n’ont pas encore ; en plus les règlements se font à la publication et parfois deux à trois mois après la parution, ce qui décourage un bon nombre.

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En ce qui concerne Afrikimages, nous progressons de manière significative, au vu du nombre de reprises dans la presse internationale de nos photos et des commandes que certaines agences de communication, de presse, voire onusiennes, nous font. Sans verser dans un optimiste béat, on peut dire que nous évoluons bien et comptons atteindre la vitesse de croisière d’ici 2 à 3 ans.

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Quelle place occupe Afrikimages par rapport aux agences de presse nationales ? Peut-on parler de concurrence ou de complémentarité ?

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Je dirais les deux à la fois. Ce qui est pour moi très positif. Afrikimages a une vocation panafricaine et est totalement indépendante en tant qu’entreprise privée, et ne bénéficie d’aucune subvention étatique ou autre. Notre objectif est d’être l’un des principal fournisseur d’images de l’Afrique vers d’autres continents. Des images dénuées de toutes sensations, loin du « cliché » traditionnel souvent véhiculé. Un regard authentique. Nous essayons modestement d’être les témoins privilégiés de l’histoire de notre continent.

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Selon vous, la photo graphie de presse dans votre région bénéficie-t-elle aujourd’hui de plus de reconnaissance et de liberté ?

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Même si certaines avancées ont été constatées, il reste beaucoup à faire pour que cette reconnaissance soit faite de manière satisfaisante. Le vrai problème réside surtout dans l’insuffisance des moyens de la presse africaine. Comment peut-on faire du vrai journalisme quand on manque de tout ? J’ai eu le privilège de travailler pour un journal local (3 ans) et pour une agence de presse internationale (7 ans), et le constat est clair : il est difficile de faire du journalisme, quand c’est le politique qui paie votre transport, votre hébergement, vos communications et parfois votre argent de poche pour une mission. Quelle objectivité, quelle marge de manœuvre pour ce journaliste « pris en charge » ? Sans oublier que ce n’est pas son employeur qui lui assure ses fins de mois.

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Je prendrai un exemple vécu personnellement, cette fois dans la presse internationale, alors que j’étais parti couvrir une élection présidentielle dans un pays d’Afrique centrale. Un soir, un membre du candidat au pouvoir que j’avais contacté au téléphone pour avoir le programme de son candidat me rendit visite à mon hôtel et me donna une enveloppe que j’estimais trop volumineuse pour ne contenir qu’un programme de meeting. Je l’ouvris devant lui et là, il y avait une liasse de 1 million de francs CFA (1 500 euros environ). Pour ma mission, j’avais reçu 3 millions pour une durée de 10 jours. D’où mon refus instantané devant l’émissaire surpris. Mais l’aurais-je fait à l’époque où je travaillais pour le quotidien de mon pays, où l’on avait droit à 10 000 frs CFA par jour de mission, en plus d’une prise en charge par un candidat ? Là demeure, à mon humble avis, toute la problématique de la presse africaine.

Pêche au filet sur le fleuve Oubangui, Bangui, république centrafricaine

© Desirey Minkoh

Un rebelle du MJE (mouvement pour la justice et l’égalité), Darfour, Soudan

© Desirey Minkoh
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Prenez-vous de précautions particulières quand vous traitez un sujet « sensible » ? Vous sentez-vous libre de photographier to us les sujets ?

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Comme je l’ai dit plus haut, c’est une liberté à géométrie variable, selon le pays où l’on travaille. Même si le risque zéro n’existe pas, on ne craint pas grand-chose lorsqu’on photographie au Bénin ou au Ghana (pour ne citer que ces deux pays). En général, il est dangereux d’exercer son travail dans les zones de conflit (j’ai risqué ma vie dans deux pays en conflit que je ne peux malheureusement pas citer, car je continue à y aller) et parfois même dans certains pays en paix. Dans tous les cas, mieux vaut être toujours en règle (visas, accréditations, etc.), même si cela ne vous met pas totalement à l’abri d’un désagrément. En même temps, la photographie de presse sans cette « pression » ne serait plus aussi passionnante et excitante. Autant faire du studio.

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Quels sont vos projets et quel avenir voyez-vous pour la photo graphie de presse dans la région ?

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La couverture globale de l’Afrique par Afrikimages, puis l’élargissement de notre réseau de photographes et l’exposition d’Afrikimages à Libreville pour la prochaine rentrée demeurent nos objectifs à atteindre à long, moyen et court terme. L’avenir de la photo de presse dans notre région et dans toute l’Afrique est une source d’espoir. Car les sujets photo en Afrique sont inépuisables. À nous de les traiter de manière professionnelle et d’en faire un bon usage. Le seul moyen d’y parvenir, c’est d’être sérieux et rigoureux dans ce qu’on fait, et de présenter un produit compétitif. L’avenir de la photographie dépendra de ce que nous, photographes de presse, en faisons.

Pour citer cet article

Nimis Érika, « Afrikimages : produire des photos loin des clichés. Entretien avec Desirey Minkoh », Africultures, 2/2007 (n° 71), p. 143-145.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2007-2-page-143.htm
DOI : 10.3917/afcul.071.0143


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