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Africultures

2007/2 (n° 71)

  • Pages : 232
  • ISBN : 9782296045033
  • DOI : 10.3917/afcul.071.0212
  • Éditeur : Africultures

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Après avoir longtemps roulé sa bosse comme comédienne et traductrice auprès des créateurs du théâtre russe, notamment le scénographe Valery Firsov du Bolchoï et les metteurs en scène Igor Zolotovitski et Serguei Zemtsov du Théâtre d’Art de Moscou, Ewlyne Guillaume crée la Compagnie KS and CO en 1993 et se lance dans la mise en scène. Aujourd’hui en résidence à Saint-Laurent du Maroni, la compagnie en est à sa quatrième création théâtrale.

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Pourquoi une compagnie guyanaise, comme la vôtre, fait -elle le choix de monter un texte sud-africain ?

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Le texte a été découvert au hasard des lectures. A cette époque la compagnie traversait une période de doute et avait du mal à trouver ses marques à Saint-Laurent du Maroni. Nous avions bien sûr des difficultés de tous ordres, mais le texte de Zakès Mda faisait écho avec force aux problèmes communautaires que nous rencontrions. Tout ce qui était de l’ordre de l’altérité nous sautait au yeux et nous avions le sentiment que nos problèmes contribuaient à nous enclaver. Transposer la pièce dans le contexte multiculturel guyanais s’est alors imposé à nous comme une évidence.

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Mais la situation d’apartheid qu’a connu l’Afrique du sud est très différente.

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En fait, la pièce soulève surtout des questions humaines qui transcendent les questions politiques et raciales. Nous étions aussi familiarisés avec l’univers sud-africain puisque nous avions déjà monté des textes d’Athol Fugard. Et chez Mda comme chez Fugard, ce qui nous intéresse particulièrement, c’est que la langue ne se veut pas littéraire.

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Il y a en effet quel que chose de tr ès abrupt dans les dialogues, aucun effet, aucune fioriture.

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Tout est concentré sur la force de la situtation dramatique. La traduction de Nadine Gassie reste très fidèle à cet état brut de la langue. Mais si le texte est ainsi facile à mettre en bouche, son naturel crée une autre difficulté au théâtre. Il a fallu travailler sur un rythme, trouver une énergie, une dynamique qui permette de dépasser le naturalisme.

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Car si la langue est quotidienne dans sa forme, le fond transporte dans un univers très décalé, fantaisiste, absurde dont la cruauté confine au Grand guignol.

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C’est pourquoi il nous fallait typer les personnages, nous ne pouvions pas monter le texte de manière naturaliste. Le choix des comédiens étaient donc déterminant. Il fallait deux clowns, presque Laurel et Hardy, autrement dit des comédiens capables de trouver des formes et de créer des espaces.

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Les deux acteurs sont noirs aussi l’imaginaire du spectateur ne s’enferme pas dans une histoire d’opposition raciale. On ne voit que des êtres humains qui racontent des histoires.

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C’est un choix politique. Le racisme n’est pas qu’une affaire de Noirs et de Blancs, le racisme entre Noirs est aussi une réalité.

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Mais il y a aussi dans ce parti pris un enjeu théâtral fort. Vous apportez la preuve qu’un rôle n’est pas une affaire d’incarnation.

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Ce ne sont pas les couleurs qui importent au théâtre, ce sont les caractères. Il faut en finir avec les exotismes. Le spectateur a tôt fait d’oublier la couleur, si le metteur en scène le premier ne s’y arrête pas. Alors il voit des caractères et non pas des couleurs.

Pour citer cet article

 Chalaye Sylvie, « " La Route " fait écho à nos problèmes communautaires. Entretien avec Ewlyne Guillaume », Africultures, 2/2007 (n° 71), p. 212-212.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2007-2-page-212.htm
DOI : 10.3917/afcul.071.0212


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