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Africultures

2008/2 (n° 73)

  • Pages : 248
  • ISBN : 9782296054653
  • DOI : 10.3917/afcul.073.0100
  • Éditeur : Africultures

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Pour assurer la promotion de la première édition de CAPE, les organisateurs réalisèrent en 2004 un étonnant DVD, affichant un mélange décomplexé de politique culturelle, d’aspirations artistiques avec les règles du marketing. L’objectif était de formuler efficacement des arguments pour attirer des partenaires financiers, des artistes ou d’éventuels soutiens médiatiques par un trailer de cinq minutes saturé d’informations. Mais, alors que le film dessine les contours d’un projet présenté comme un « flagship cultural event », Cape Town justifie son rôle d’hôte et se vend comme une marque [1][1] Rappelons que l’ACSA, une compagnie aérienne basée....

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Le film est une série d’animations numériques conçues à partir de la sémiotique du Powerpoint, mêlée à divers documents visuels, successions de logos, apparitions de mots-clefs et formules trempées dans la rhétorique de la globalisation. En introduction apparaît le slogan « Not Another Biennale » : manière sans doute d’affirmer une distinction dans le paysage concurrentiel de ce genre de manifestation, et de mettre à distance l’héritage - pesant - de la Biennale de Johannesburg, mort-née après sa deuxième édition. Cependant, le film enchaîne sur une présentation de la cartographie des expositions internationales type « biennale ». Sur une mappemonde, des flèches partent des principaux sites (New York, Shanghai, Sydney, São Paulo, Dakar, Cassel) et convergent toutes vers Cape Town. De toute évidence, la ville sud-africaine veut ajouter son nom à ce cercle jugé prestigieux. « The mother city has become a new cultural center, a high profile hit player in the global arena » déclare le narrateur. Dans cet ordre des choses, Cape devient le point d’orgue qui validera, tous les deux ans, la ville comme une capitale artistique ou, comme le film l’annonce, un « cultural hotspot ».

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Dès lors le film représente Cape Town à partir d’une culture organisationnelle dotée d’une ouverture d’esprit et d’une vitalité artistique exemplaires, une identité locale positive et forte, des espaces et des installations urbaines, et des possibilités de réseautage. Autrement dit, elle répond explicitement aux réquisits de la « ville créative » : ville propice au capitalisme culturel et inséparable de celui-ci. Le numéro de septembre 2002 du magazine Newsweek avait déjà compté Cape Town parmi “The World’s New Culture Meccas” dans son dossier dédié aux « villes créatives ». Le recours à cette notion introduite par le sociologue Charles Landry, directeur de l’agence culturelle Comedia (http://www.comedia.org.uk/), défend l’idée d’une capacité créative et culturelle comme vecteur de développement urbain. Dans son livre The Creative City : a toolkit for urban innovators (2000) Landry explique comment et pourquoi réévaluer le potentiel urbain de telle manière que la ville puisse fortifier son identité et s’adapter aux nouveaux mouvements contemporains. Il souligne la nécessité d’adopter une approche créative du développement urbain, fondée sur l’exploitation des ressources culturelles locales et sur la place centrale de l’imagination. Les villes créatives sont définies comme « des lieux dynamiques d’expérimentation et d’innovation, où de nouvelles idées s’épanouissent et où des gens de tous les milieux se rencontrent pour améliorer la qualité de vie, de travail et de loisirs de leur collectivité ».

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Se (re)présenter dans les habits de la ville créative permet certainement d’atteindre un rayonnement positif. À la question «pourquoi une manifestation artistique internationale à Cape Town ?», Mokena Makeka l’un des responsables du projet et le narrateur du film prétend : “Cape Town was the Mother City and at the centre of the birth of colonialism, it therefore presents an opportunity to convert those negative connotations to the city into an opportunity for discussion”[2][2] http://www.capeafrica.org/blog.html#publicmeeting. Aussi, tout le propos du film vise à démontrer qu’une manifestation artistique diffusée dans la ville résoudrait la crise d’identité qui la traverse. Selon Gabi Ngcobo co-commissaire de CAPE: “CAPE aims not to connect but to be connected to art scenes everywhere, not just in Africa but especially in Africa. Remember Cape Town as a city has an identity crisis, the most thing said about Cape Town is that its is not Africa. Cape Town is looking for an identity other than the Eurocentric one it is said to have”. D’où l’approche panafricanisme de l’exposition.

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CAPE 07 semble investi d’une force qui viendrait résoudre par magie les problèmes auxquels est confrontée la ville. Le renforcement du lien avec le continent, la politique sociale, le développement urbain et la croissance économique trouveraient un ordonnancement harmonieux sur fond d’expositions et d’un tourisme culturel dynamisé. CAPE: Comment entendre alors ce titre auto-réflexif ? S’agit-il d’une sorte de nominalisme autopromotionnel de la ville par la résonance de son propre nom, ou s’agit-il d’une tentative réflexive par laquelle la ville se penche sur elle-même comme principe de fermentation artistique ? Quoi qu’il en soit, à travers les festivals, un appareillage communicationnel prêt-à-l’emploi, une sorte de kit promotionnel d’embellissement de l’image urbaine, est mis à la disposition des décideurs. Son efficacité tient à la conversion de pratiques de créations sur des supports multimédias adaptables à des outils de business, ce qui leur donne de toute évidence un avantage comparatif considérable en terme d’impact.

Notes

[1]

Rappelons que l’ACSA, une compagnie aérienne basée à Cape Town, est à l’origine de cette manifestation artistique.

Pour citer cet article

Vincent Cédric, « CAPE 07. Gérer la ville par la marque », Africultures, 2/2008 (n° 73), p. 100-101.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2008-2-page-100.htm
DOI : 10.3917/afcul.073.0100


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