Accueil Revues Revue Numéro Article

Africultures

2008/2 (n° 73)

  • Pages : 248
  • ISBN : 9782296054653
  • DOI : 10.3917/afcul.073.0148
  • Éditeur : Africultures

ALERTES EMAIL - REVUE Africultures

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 148 - 150 Article suivant
1

Conçue pour débuter le jour même de l’ouverture de la 8e Biennale du Caire (2001), la seconde édition du Festival Nitaq est devenue le « off » de la Biennale, dans tous les sens du terme. Avec ses très nombreuses expositions et interventions d’artistes dans l’espace public, le Festival a pris explicitement ses distances avec l’aspect académique et officiel de la Biennale au point d’être soupçonné de vouloir entrer en concurrence avec elle. Le Nitaq semblait vouloir rendre justice au dynamisme de la jeune scène artistique égyptienne au prix de nombreuses ambiguïtés.

2

Un soir de janvier 2000, les rues du centre-ville du Caire se trouvèrent envahies par le public venu assister à la soirée d’ouverture du festival organisé par les tout nouveaux galeristes récemment arrivés de l’étranger [1][1] Ndlr : Les galeries Townhouse, Mashrabia et Espace.... Pendant la semaine qui suivit, Égyptiens et Occidentaux, qui pour la plupart n’avaient guère frayé ensemble jusqu’alors, se mêlèrent au cours des expositions, concerts, représentations et films. L’atmosphère était électrique. Fait rare, les galeries affichaient complet et un public nombreux se pressait aux spectacles de théâtre, de musique ou de danse. Le Festival Nitaq ne ressemblait à rien de ce que l’on avait vu jusqu’alors dans le monde de l’art égyptien. L’événement parut être un tel succès qu’on le réitéra l’année suivante. Mais ensuite on en resta là. Après l’invasion américaine de l’Afghanistan et de l’Irak et l’escalade du conflit israélo-palestinien, les problèmes liés au brassage de nationalités du festival devinrent insurmontables.

Khaled Hafez For Another 1000 Years Mixed Media Installation Nitaq Festival, Cairo 2000

© Jessica Winegar
3

Cette même nuit de janvier, la réunion mensuelle des membres du Comité des Beaux-Arts du Haut Conseil de la Culture égyptien fut consacrée à l’impact négatif qu’un festival essentiellement dirigé par des étrangers pouvait avoir sur les publics et l’art égyptiens. Les artistes dont le travail n’avait pas été sélectionné s’indignaient des caprices du marché et du goût des galeristes étrangers. Le directeur égyptien de la partie théâtrale du festival refusa tout financement américain. Dans le même temps, le public occidental encensait l’organisation du festival, la jugeant infiniment supérieure à toutes les manifestations organisées par l’État, sans cesser de dénigrer comme à son habitude la «qualité» et le «niveau» de l’art fait par les Égyptiens.

4

Le Festival Nitaq servit de révélateur aux tensions qui s’étaient accumulées dans le monde de l’art égyptien depuis le milieu des années 1990, quand un marché de l’art privé, dominé par l’étranger, avait émergé pour la première fois depuis la fin de la colonisation. Cette évolution notable était due en partie à la volonté du gouvernement Moubarak d’attirer les investisseurs étrangers. La pression du Fond Monétaire International et des États-Unis pour la libéralisation du marché, combinée au développement des techniques de communication mondiales, permit alors une expansion sans précédent des institutions privées, des marchés et des publics du secteur de l’art. Les commissaires qui apparurent sur la scène égyptienne nouèrent des liens étroits avec les institutions artistiques occidentales non-gouvernementales. Ils cultivèrent aussi un marché lucratif entre les jeunes professionnels étrangers et égyptiens qui travaillaient dans les nouvelles sociétés financières, technologiques et immobilières. Les réactions au Festival Nitaq et aux nouveaux marchés qu’il avait générés révèlent l’attitude ambivalente des artistes du monde postcolonial à l’égard de la chute du socialisme et de l’influence de capitaux étrangers – particulièrement au Moyen-Orient, où la mémoire de l’impérialisme continue de peser lourdement sur l’actualité.

Moataz Nasr, The Earth, 2000, blocks of clay and transparent boxes with water and fragments of glass, 400 × 400 cm (htp://www.moataznasr.com/expo/2001/al-nitaq)

© DR

Khaled Hafez, Swallowing History, Mixed Media Installation, Nitaq Festival, Cairo 2000

© Jessica Winegar
5

Elles montrent aussi comment l’attitude curatoriale des Occidentaux envers les artistes postcoloniaux de la métropole ressurgissait dans les anciennes colonies avec une prétention accrue, malgré les critiques fondées et réfléchies dont elle avait fait l’objet. [2][2] Ndlr : Des artistes du Nitaq : Lara Baladi, Amina Mansour,...

6

Extrait de Creative Reckonings, The Politics and Art and Culture in Contemporary Egypt de Jessica Winegar, (c) 2006 by the Board of Trustees of the Leland

Notes

[1]

Ndlr : Les galeries Townhouse, Mashrabia et Espace Karim Francis.

[2]

Ndlr : Des artistes du Nitaq : Lara Baladi, Amina Mansour, Hassan Khan, Wael Shawky et Mona Marzouk etc. ont depuis exposé régulièrement sur la scène internationale.

Pour citer cet article

Winegar Jessica,  Chassaing Marie Emmanuelle, « Art et culture entre empire et souveraineté », Africultures, 2/2008 (n° 73), p. 148-150.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2008-2-page-148.htm
DOI : 10.3917/afcul.073.0148


Article précédent Pages 148 - 150 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback