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Africultures

2009/2 (n° 77-78)

  • Pages : 248
  • ISBN : 9782296093966
  • DOI : 10.3917/afcul.077.0230
  • Éditeur : Africultures

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L’homme a la tête d’un grand chef indien qu’aurait buriné le soleil des océans. Ajoutez que ce personnage de légende, s’il n’était d’aujourd’hui, est un peintre qui se double d’un musicien et vous comprendrez que son aura, pour qui l’aborde, a de quoi vous remuer les méninges.

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D’avoir pu l’honorer d’une citation au Prix Blachère du Dak’Art 2008 me fut un grand bonheur. J’avais, pour tout dire, remarqué sa peinture à Dakar déjà en 1996, à ma toute première visite en Afrique. Ses tableaux colorés et joyeux, assortis de pêcheurs et poissons étranges, bleus ou rouges, présentaient un caractère inédit, corsé, qui me plaisait. Je revis l’homme et son œuvre deux ans plus tard et lui découvris en sus d’inoubliables talents de batteur de djembé, aux sons déferlant sur les contreforts de Gorée. Nous nous sommes écrits et puis perdus de vue. Aussi, sa participation dans le Off de 2008, dix ans après, agit-elle sur moi en surprise d’autant plus heureuse que l’œuvre nouvelle – des peintures et des dessins – me conforta rapidement dans la sensation d’un mûrissement décisif de son travail. Une quête emplie de mystère et, partant, d’une mythologie très personnelle. Réceptacle d’une imagination poétique et ludique plus que sympathique, en prise franche sur un univers alternatif à réfléchir dans la sérénité face à un monde qui, contrariété sans cesse alourdie, n’en finit plus de nous déposséder de nos valeurs, de nos repères affectifs ou fondamentaux.

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Dans le contexte d’un Dak’Art de très petite tenue, aux découvertes trop rares, que le jury du Prix Blachère se força à débusquer et quatre de ses lauréats en témoignent, Tchalé Figueira, le cinquième de ceux-là, fait surtout figure de confirmation, inattendue et bienvenue. Inattendue car, depuis dix ans, le puissant insulaire semblait avoir fui la presqu’île du Cap-Vert, lui le natif des îles du même nom, bien au large du Sénégal. Métaphores du vécu des Capverdiens, interprétations allusives du burlesque des carnavals populaires, petites histoires farfelues dopées par un humour bien trempé, écriture synthétique et graphique, Figueira a rompu, ce faisant, avec un penchant antérieur pour les images plus musclées, dénonciatrices des dictatures, du machisme et autres politiques outrageantes. Baroudeur du subconscient, ce créateur sans filet, qui avoue ses admirations pour Modigliani, Ensor, Bacon ou Cy Twombly, a, par ailleurs, délaissé ses couleurs vives d’hier pour un noir et blanc que tranchent quelques traces colorées. Quant au noir du fond de ses travaux, il nous l’explique en référence aux ardoises de l’école coloniale.

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Ce n’est pas tout : peintre et musicien (il a joué avec Cesaria Evora), Figueira est aussi poète et auteur de romans et de contes. De ses îles du Cap-Vert, l’arc de cet homme doit viser loin pour atteindre ses cibles. Avec plus d’une flèche à son arc, il a tout pour y parvenir.

Tchalé Figueira

Peintre né à São Vivente au Cap Vert le 2 octobre 1953, Tchale Figueira réside et travaille à Mindelo.

Périodiquement, il écrit et publie des textes poétiques, notamment Todos os naufrágios do Mundo en 1992, Onde os sentimentos se encontram (1998) et O azul e a luz (2001). En 2005, sortent ses romans Solitario et Ptolomeu Rodrigues. En 2007, il publie une anthologie de contes cap-verdiens, Tchuba na Desert.

Il est en couverture de la Revue noire de septembre 1993 et a exposé en de maintes occasions en Suisse, au Portugal, en France, en Espagne, en Allemagne, en Autriche, aux États-Unis, au Sénégal et au Cap Vert.

© Mandémory Touré
© Mandémory Touré
© Mandémory Touré

Pour citer cet article

Turine Roger Pierre, « Tchalé Figueira, ou la tête dans les étoiles », Africultures, 2/2009 (n° 77-78), p. 230-232.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2009-2-page-230.htm
DOI : 10.3917/afcul.077.0230


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