Accueil Revues Revue Numéro Article

Africultures

2009/2 (n° 77-78)

  • Pages : 248
  • ISBN : 9782296093966
  • DOI : 10.3917/afcul.077.0236
  • Éditeur : Africultures

ALERTES EMAIL - REVUE Africultures

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 236 - 238 Article suivant
1

Son œuvre ne lui appartient pas. Elle est à celui qui la regarde et la ressent. Ses toiles ne sont jamais titrées pour ne pas fausser la rencontre. Né Abdoulaye Niokhor, il signe ses toiles Ngoor, signifiant le bonhomme en wolof pour ne pas marquer sa présence devant la toile. Délestée des oripeaux de l’individu pour tendre vers l’humain, sa peinture ne revendique rien de son identité et de ses référents culturels.

2

Il y a chez Ngoor une soif d’absolu, une intransigeance qui ne souffre aucune compromission et peut en ce sens apparaître radicale. Pour lui l’art est un don de soi qui doit surgir dans la spontanéité et aspirer au partage de l’intime.

3

C’est un contemplateur qui se place à la bonne distance pour humer les êtres et les choses sans trop s’en éloigner. Il se pose devant la toile dans l’attente du surgissement. Créer pour lui c’est libérer ses tensions intérieures dans un acte salvateur qui lui permet de trouver l’équilibre. S’il travaille quotidiennement, il avoue ne pas pouvoir se concentrer dans la durée. Il peut mettre des semaines pour achever une toile sur laquelle il ne peint que quelques minutes par jour parce qu’il guette le sentiment qui le pousse à créer.

4

S’il récuse une certaine violence psychique dans son acte de création, Ngoor accepte de comparer l’effort qu’il implique à la douleur qui lui est nécessaire pour libérer l’expression.

5

Ngoor peint pour se soulager mais il ne se situe pas dans une démarche narcissique. Il peint pour évacuer tout ce qui se bouscule en lui, pour décrypter le sens de l’existence et ce qui l’entoure. Créer pour lui c’est soigner ses maux internes mais aussi ceux des autres.

6

Loin de tout esthétisme, il arpente les méandres de son être pour mieux faire écho à ceux de l’Autre. La simplicité de son trait répond à l’immédiateté de l’acte créateur. Dire avec très peu et dans le jaillissement de l’instant une infinité de choses.

7

C’est dans la simplification du trait et dans le dénuement de ses compositions qu’il saisit la complexité de l’être dont le visage est pour lui le reflet absolu de l’univers. Il en scrute le plus souvent les yeux et la bouche, béances troublées dont s’échappent des cris silencieux. Ses figures emplissent la toile des sentiments qui leur donnent vie.

8

Au premier abord, ses personnages peuvent sembler tourmentés, obsessionnels, éprouvés. Si Ngoor ne récuse pas les tourments qui les habitent, il les transcende sans jamais s’y complaire. Pour lui, l’épreuve inhérente à tout parcours de vie est nécessaire pour avancer vers la compréhension de soi et des autres. C’est le sens de cette lutte que restitue son travail.

9

Ngoor est présent au monde et ses peintures restituent la force substantielle de ce qu’il en saisit. Si sa peinture peut parfois sembler douloureuse parce que jaillie d’un intense cheminement intérieur, la quête qui l’éclaire lui donne sens et resplendit de vérité.

Ngoor

De son vrai nom Abdoulaye Niokhor, Ngoor est né en 1973.

Artiste plasticien basé à Dakar, il est diplômé de l’École Normale Supérieure d’Éducation Artistique et a été professeur d’éducation artistique à Thiès.

Il a exposé au Sénégal, en Allemagne et en Espagne.

© Ngoor
© Ngoor
© Ngoor

Pour citer cet article

Andriamirado Virginie, « Ngoor, en quête de lumière », Africultures, 2/2009 (n° 77-78), p. 236-238.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2009-2-page-236.htm
DOI : 10.3917/afcul.077.0236


Article précédent Pages 236 - 238 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback