Accueil Revues Revue Numéro Article

Africultures

2009/2 (n° 77-78)

  • Pages : 248
  • ISBN : 9782296093966
  • DOI : 10.3917/afcul.077.0239
  • Éditeur : Africultures

ALERTES EMAIL - REVUE Africultures

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 239 - 240 Article suivant
1

Près de quinze ans après les premières élections démocratiques, l’apartheid semble être un lointain chapitre dans l’histoire de la jeune démocratie sud-africaine. Pour la génération née au moment de la libération de Mandela (1990), la ségrégation est une histoire d’antan. D’aucuns ne manquent de relever l’amnésie dont souffre aujourd’hui l’Afrique du Sud ; qu’il s’agisse de ceux qui se défilent face à l’évocation de leur passivité à l’égard du précédent régime, ou d’anciens activistes qui n’ont aujourd’hui pour seules valeurs que celles du capitalisme.

2

C’est dans ce contexte que l’acteur et vidéaste Vuyisa Breeze Yoko a conçu Biko’s Children (2007), vidéo de 14 minutes réalisée à l’occasion du trentenaire de la mort du leader de la Conscience Noire. Steve Biko (1946-1977), n’était qu’un étudiant lorsqu’il est nommé à la tête d’un des mouvements instigateurs des tragiques Émeutes de Soweto en 1976. Arrêté le 21 août 1977 à un barrage routier, il succombe le 12 septembre sous les coups et la torture que lui inflige la police. Et, bien qu’il fût élevé en héros national à la fin de l’apartheid, aujourd’hui, la jeunesse sud-africaine, constate Breeze Yoko, semble peu à peu oublier celui qui a péri au nom de la liberté.

© Vuyisa « Breeze » Yoko, Biko’s Children (2007), vidéo, 14’. Courtoisie de l’artiste.
3

Biko’s Children s’ouvre sur une note documentaire combinant images contemporaines prises dans les rues de Johannesburg, images d’archive et noirs complets. La transition visuelle repose sur une bande-son mêlant interviews et musique hip-hop. On y entend les paroles d’un artiste de graffiti et d’une jeune styliste de mode, les propos de l’activiste Strini Moodley ainsi qu’un certain nombre de documents d’archive auxquels s’ajoute la voix de Steve Biko.

4

Se révèle alors la double réalité affectant la mémoire collective sud-africaine quant au nom de Biko. Il y a l’activiste, dont la vidéo s’efforce de rappeler l’œuvre, et l’icône, popularisée au point de devenir « objeifiée ».

5

Les jeunes entrepreneurs interviewés par Breeze Yoko – la fondatrice de la marque de vêtements Stoned Cherrie et le cofondateur du label 25Hour – ont en commun d’emprunter l’image de Biko dans la fabrication de biens de consommation. Haute couture et mode urbaine arborent le portrait de l’activiste, recyclé, décliné, tel celui du Che. Entre l’ambition de célébrer la mémoire d’un héros et de créer une mode engagée, s’interpose la réalité d’une nouvelle Afrique du Sud ayant pris en marche le train du consumérisme et de la globalisation.

6

En creux d’une remarquable vidéo, faisant preuve d’un indéniable savoir en matière de direction photographique (Natalie Haarhof), de montage (Thabiso Mohapeloa) et de composition musicale (Hugh Mdlalose), s’imprime à notre esprit le fait que Biko n’avait que trente ans lorsqu’il s’est éteint. Breeze Yoko s’attache à créer une forme de résonance entre l’activiste et la jeunesse sud-africaine. « Si Biko était vivant, suggère l’artiste, il aurait sûrement été rappeur ! »

Vuyisa ‘Breeze’ Yoko

Acteur, réalisateur, artiste graffiti et slammer, Breeze Yoko obtient un diplôme en animation de CityVarsity, école de média et d’arts créatifs du Cap (Afrique du Sud) en 2002.

Sa filmographie comprend :

  • Biko’s Children (2007), réalisateur et producteur. Documentaire/art vidéo commémorant le trentenaire du décès de Steve Biko (1946-1977)

  • Ateliers du Koala Group (2006), cadreur. Documentaire sur une série d’ateliers autour du sida dans le monde de l’entreprise

  • Daily Silence (2005), réalisateur et coproducteur. Documentaire sur la mort en détention dans les années 1960 et 1970 en Afrique du Sud

  • Pure Monate Show (2003-2005), assistant réalisateur. Émission humoristique télévisée

© Vuyisa « Breeze » Yoko, Biko’s Children (2007), vidéo, 14’. Courtoisie de l’artiste.

Pour citer cet article

Eyene Christine, « Breeze Yoko / Steve Biko : icône d'une jeune génération engagée ? », Africultures, 2/2009 (n° 77-78), p. 239-240.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2009-2-page-239.htm
DOI : 10.3917/afcul.077.0239


Article précédent Pages 239 - 240 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback