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Africultures

2010/1 (n° 80-81)

  • Pages : 292
  • ISBN : 9782296103511
  • DOI : 10.3917/afcul.080.0119
  • Éditeur : Africultures

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Quand nous le rencontrons à Avignon en juillet 2008, Philippe Calodat joue dans la pièce de Rémi De Vos Projection privée mise en scène par Greg Germain à la Chapelle du Verbe Incarné. On le retrouve aux côtés de Firmine Richard avec qui il a déjà joué en 2005 La noce chez les petits bourgeois... créoles mis en scène par Philippe Adrien au TOMA (Théâtre d’Outre Mer en Avignon). Ce comédien guadeloupéen chevronné n’en est pas à son premier festival et a été dirigé par de nombreux metteurs en scène en Guadeloupe (Arthur Lerus, Harry Kancel, Alain Verspan, Evelyne Guillaume, Gerty Dambury) et en France (Alain Timar, Philippe Adrien). Formé à la danse classique, moderne et traditionnelle gwoka, Philippa Calodat s’inspire de la pratique music ale et chorégraphique du ka pour nourrir son jeu d’acteur et travailler sur les rythmes music aux et le corps. Il dirige aujourd’hui la compagnie GRACE (Groupement de Recherche Artistique Culturelle et Ethnique) Art Théâtre qui mêle théâtre et danse.

Philippe Calodat, comédien guadeloupéen, directeur de la compagnie GRACE Art Théâtre.

© Africultures/SB, 2008
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Comment êtes-vous venu au théâtre ?

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En fait, je suis venu au théâtre grâce à une bonne copine qui en 1982 ici à Avignon m’a invité à aller au théâtre pour aller voir une pièce qui s’appelait Mangeuses d’hommes. Pendant que je regardais cette pièce, je me disais que je pouvais faire ça aussi, monter sur scène. Quand je suis revenu en Guadeloupe, je suis allé voir la MJC des Abymes où l’on donnait des cours de théâtre. Tout a commencé ainsi. J’ai travaillé ensuite avec le théâtre du Cyclone et Arthur Lerus ; on travaillait sur des créations collectives ; tout le monde participait et lui les mettait ensuite en forme. J’ai aussi travaillé avec Harry Kancel et Pawol a Nèg Soubarou. Chaque fois qu’il y avait un stage, un intervenant qui sortait de la métropole ou du Canada, j’étais intéressé pour acquérir d’autres connaissances. Avec Philippe Adrien, j’ai fait un stage de trois mois en 1998 sur l’art moderne et l’on a continué à travailler ensemble, notamment avec La noce chez les petits bourgeois … créoles de Brecht adapté en créole par Sylviane Telchid et joué en 2006 à la Chapelle à Avignon.

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Vous résidez en Guadeloupe : quelles sont les conditions de travail d’un comédien aux Antilles par rapport à des comédiens qui travaillent à Paris ?

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J’ai des amis qui habitent à Paris, quand ils me disent qu’ils sont obligés d’aller coller du papier peint, je pense que ce n’est pas facile partout. Certains servent dans les bars. En France, il y a une masse de comédiens et de comédiennes. On veut parfois faire croire que ça marche, mais ce n’est pas vrai. Il y a peut-être plus de castings, mais cela ne veut pas dire que tu vas jouer plus. Les comédiens ne sont pas justes entre eux et la compétition est rude. Comme tout le monde a envie de manger, ils sont amenés à se cacher des choses. Ce n’est facile nulle part, ni en France, ni en Guadeloupe. La France est un très grand pays en comparaison avec la Guadeloupe, mais les comédiens se déchirent. En Guadeloupe, c’est plus petit et on peut alors voyager à l’extérieur, à la Martinique, en Guyane, à la Réunion, venir ici en Avignon ou à Paris. Ce n’est pas si facile non plus, car il faut connaître un certain nombre de gens. La vie n’est pas facile dans l’art en général. Pour les musiciens par exemple, les choses deviennent de plus en plus difficiles, car les gens piratent de la musique. Que vont devenir les musiciens ? Pour le théâtre, c’est plus compliqué car on joue en live. Je n’ai pas à me plaindre personnellement. Je suis maintenant rentré dans une dynamique de monter des projets, et depuis quelques années, je m’investis. Je ne reste pas à attendre qu’on m’offre des projets. Je fais aussi de l’humour et des cassettes vidéo. Je viens par exemple avant de partir pour Avignon de faire un casting pour un film. J’ai du boulot et je ne suis pas en rade. Je fais de l’animation et je travaille dans les écoles, les collèges, les lycées et je fais aussi des interventions dans des prisons ainsi que dans les centres d’insertion pour les jeunes en difficulté. Je pense qu’ils ont besoin de s’exprimer autrement que par la violence, par l’agressivité dans cette société où ils ne savent pas où aller. Je travaille beaucoup sur l’expression avec eux et ils semblent apprécier. Le vendredi soir, je travaille également dans des restaurants et des bars avec des musiciens et une chanteuse. Je chante, je joue de la percussion, je dis des textes et je danse aussi parfois. J’ai pris des cours de danse classique, moderne et jazz pendant six ans. Je pratique aussi la danse traditionnelle gwoka et je continue à prendre régulièrement des cours pour toujours garder cette énergie car la danse est une excellente énergie.

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Quels liens établissez-vous entre le théâtre et la danse ?

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La danse est complémentaire du théâtre. On ne peut pas jouer si on n’a pas un rythme, si on ne sent pas un rythme. Ce mouvement du corps existe, on n’est pas figé sur la scène, on est toujours dans un rythme. Marcher, c’est un rythme. Il m’arrive de faire des mises en scène et s’il n’y a pas de danse, ce théâtre n’est pas complet. Je ne parle pas de chorégraphie, mais d’esquisser des pas, un mouvement qui rentre dans un rythme. Tout cela fait partie du corps. D’autres comédiens guadeloupéens sont aussi danseurs. Eddie Arnell par exemple a suivi mon chemin car comédien, il a été prendre des cours de tambour et de danse à l’Akadémiduka tout comme Gilbert Laumord et Joël Jernidier. La danse apporte autre chose quand on est sur scène. Si on ne danse pas, on ne joue pas, on n’est pas complet pour affronter ce théâtre. On est rythme et cadence en Guadeloupe. On n’est pas uniquement figé. Quand un étranger ou un métropolitain joue, c’est bien, mais tu sens une rigidité. Nous, on est dans le rythme tout le temps.

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Pouvez-vous nous parler de votre compagnie GRACE Art Théâtre qui allie théâtre et danse ?

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On a monté cette compagnie avec Eric Gagneur il y a à peu près cinq ans. Il est danseur et je suis comédien ; cette combinaison nous a semblé intéressante. C’est lui qui a trouvé le nom de GRACE (Groupement de Recherche Artistique Culturel et Ethnique) Art Théâtre. Pour avoir les subventions, il faut créer sa compagnie. Il a ensuite eu un accident vasculaire et ne pouvant plus danser, j’ai continué avec cette compagnie et je travaille en collaboration avec une métropolitaine qui s’occupe de la partie danse. Le Conseil Régional nous a donné un espace à Chauvel avec plancher et miroir pour la danse, et une autre partie pour répéter. Nous devons aller en Guyane, en Martinique et à Paris.

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Est-ce que certains rôles ont marqué votre carrière de comédien ?

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Tous les rôles pour moi sont importants. Je ne dirais pas que certains rôles m’ont marqué, mais chaque rôle que je joue, je prends plaisir à le jouer car je ne connais pas ce rôle et j’investis alors pleinement mon énergie pour découvrir le personnage. Je prends plaisir à rentrer dedans, à aller chercher même quand c’est difficile. Par exemple quand on a monté Pawana de Le Clézio avec Moïse Touré et qu’on a joué à côté de la mer, jouer ce vieux de 95 ans, très fatigué, ce fut difficile de trouver la juste tonalité, ce rythme, ces phrases. Parfois on travaillait jusqu’à trois heures du matin sur la plage. C’était très difficile, mais j’ai énormément apprécié ce rôle.

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Vous avez joué cette pièce en créole car « Pawana » est un texte adapté du français au créole par Raphaël Confiant. Avez-vous une langue de prédilection au théâtre ?

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J’aime jouer en créole. Car ce qu’on dit en créole, notre langue maternelle, on ne le dira pas en français. On ne sent pas les mêmes vibrations, les mêmes tonalités. Il faut aller chercher autre chose pour donner véritablement, comment dirais-je, cette touche guadeloupéenne, cette voix. En créole, on est bien dedans. Pour celui qui vit en Guadeloupe, il vit dedans et pratique le créole toute la journée. Pour celui qui ne connaît pas le créole, c’est difficile de rentrer dedans.

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Comment se porte le théâtre aujourd’hui en Guadeloupe ?

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Il n’y a pas beaucoup de troupes professionnelles (la mienne, celle de José Jernidier et de Gilbert Laumord). La majorité des comédiens sont des gens qui travaillent dans d’autres secteurs, qui n’ont pas de compagnies et ont monté une association. La vision que beaucoup de Guadeloupéens ont du théâtre est cette vision comique avec des comédiens qui n’ont pas de formation. C’est du théâtre aussi, mais il n’y a pas que ça. Il y a eu récemment une grande évolution grâce notamment à la scène nationale qui fait venir des troupes de comédiens professionnels pour donner une autre vision du théâtre. Le Centre des Arts, c’est la musique et la danse alors que la scène nationale essaie de faire venir de l’extérieur des comédiens.

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Des projets ?

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L’année prochaine, j’aimerais travailler avec une femme. J’ai beaucoup travaillé avec les hommes mais c’est intéressant de changer. J’ai dans le passé travaillé avec Gerty Dambury qui avait fait la mise en scène de Carêmes mais c’était un petit rôle, et avec Evelyne Guillaume. La femme a sa vision du théâtre ; elle pose en général la question sur le choix du texte alors que le metteur en scène homme demande d’envoyer le texte et décide ensuite. Ces deux approches sont différentes.

Pour citer cet article

  Bérard Stéphanie,  Calodat Philippe, « Pas de jeu d'acteur sans rythme », Africultures, 1/2010 (n° 80-81), p. 119-121.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2010-1-page-119.htm
DOI : 10.3917/afcul.080.0119


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