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Africultures

2010/1 (n° 80-81)

  • Pages : 292
  • ISBN : 9782296103511
  • DOI : 10.3917/afcul.080.0126
  • Éditeur : Africultures

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Danseur et chorégraphe guadeloupéen, Fred Lasserre a travaillé aux quatre coins du monde, d’abord en France, où il reçoit une formation de jazz, de claquettes, de danse classique et moderne, puis aux Etats-Unis, où il suit les cours d’Anne Marie Forsythe à l’école Alvin Ailey, avant de collaborer en Guadeloupe avec Léna Blou et en Martinique avec Christiane Emmanuel au SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle) et de fonder avec Joëlle Wargnier la compagnie Emeraude qui privilégie le mélange de danses moderne et traditionnelle. Ouvert au métissage, Fred Lasserre crée la Slovenian Dance Projekt en Slovénie qui rassemble des danseurs d’origines africaine, croate, hongroise, serbe, slovène et française. Son retour en Guadeloupe en 2002 l’amène à constater qu’en dépit de la très grande richesse des échanges et des nombreuses potentialités des danseurs, les difficultés subsistent et le développement de la danse est compromis par le manque de moyens, l’absence de reconnaissance professionnelle, des maux qui font écho à ceux des praticiens de théâtre.

Fred Lasserre, chorégraphe guadeloupéen.

© collection privée de Fred Lasserre
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Comment se portent la danse et la création chorégraphique aujourd’hui en Guadeloupe ?

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La danse, d’une manière générale, se porte bien du fait de l’évolution, de l’enrichissement et des échanges avec les autres styles de danse venus d’Europe et des États-Unis. Il y a de plus en plus d’écoles privées qui attirent de plus en plus les jeunes et même la génération des parents à partir de 40 ans. Il y a de plus en plus d’écoles de danse privées, mais il y a de moins en moins de spectacles de compagnies de danse professionnelles. De ce fait, la création chorégraphique est dans un creux de vague. Les compagnies qui existent en Guadeloupe ont peu de chances de performer leurs créations plus de deux fois dans l’année. De plus il y a un manque terrible de danseurs professionnels, la matière première à toute créativité. Il n’y a pas de suivi dans l’apprentissage de la danse du statut d’amateur à celui de professionnel. Il y a très peu de reconnaissance du statut de professionnel en Guadeloupe. Les quelques compagnies qui existent tournent très peu faute de moyens financiers. De plus, on préconise une tendance artistique plutôt contemporaine qui à mon avis limite l’expression caribéenne, c’est-à-dire une danse riche et éclectique et originale.

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Disposez-vous de salles et de scènes adéquates à votre travail en Guadeloupe ?

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Pour ce qui est des salles de répétitions, il y a les studios de danse des écoles privées. Il existe trois scènes principales qui reçoivent très peu de spectacles vivants : L’Artchipel scène nationale de Basse-Terre, le Centre des Arts et de la Culture de Pointe-à-Pitre (qui va bientôt fermer pour rénovation) et la salle Robert Loyson du Moule. Ces trois scènes drainent un public d’abonnés. Et ce public va grandissant.

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Quelles sont les danses actuellement pratiquées en Guadeloupe ?

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Actuellement, il y a une forte influence du hip hop, danse venue des USA aux Antilles via l’Europe. Mais le grand changement, c’est l’importance que prend la danse traditionnelle et surtout la danse ka, depuis une dizaine d’années, par un public de plus en plus jeune qui la découvre, mais aussi par un public plus âgé qui fait un retour aux sources, du fait de son interdiction jusqu’aux années 70. Il y a un fort métissage avec la danse ka, le jazz ka, la technic ka, le moderne ka. Mais dans les écoles de danse, on enseigne toutes les techniques allant du jazz au classique en passant par le contemporain et les danses orientales, les claquettes et les danses de salon, la barre au sol et Pilates et tous les dérivés du hip hop.

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Existe-il selon vous une spécificité chorégraphique caribéenne ?

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Elle est spécifique dans sa diversité et dans la richesse créative des chorégraphes des différentes îles de la Caraïbe. Prétendre qu’il y a un style chorégraphique caribéen bien précis est une erreur. Les chorégraphes caribéens ne peuvent pas être identiques. On ne crée pas de la même façon à Trinidad ou en Guadeloupe comme on crée en Jamaïque ou à Cuba. Suivant l’histoire de chaque île, la mentalité, l’éducation et la créativité des chorégraphes concernés, on peut faire le constat d’une certaine similarité dans le fond, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de l’usage des danses traditionnelles propres à chaque île (travail du bassin et des isolations, rapport avec le sol par exemple). Par contre, dans la forme, très souvent contemporaine, l’expression dansée varie suivant que les chorégraphes ont ou non subi une influence européenne ou américaine. On n’utilise pas le travail du dos de la même manière en Haïti ou à Trinidad ou en Guadeloupe. D’un point de vue technique, la danse haïtienne est très pliée au niveau des genoux avec un buste très bas et très souple et des bras très mobiles, une relation avec le sol très marquée. En Guadeloupe, la danse ka par exemple se danse aussi pliée, mais le buste, tout en étant mobile, est plutôt dans une attitude de fierté, danse de rébellion à la base, mais aussi de séduction.

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Quelles sont selon vous les qualités des danseurs caribéens ?

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Le bassin caribéen est un véritable vivier d’artistes de toutes catégories. C’est l’endroit où l’on vient chercher une nouvelle inspiration créatrice. Les danseurs caribéens sont actuellement partout dans les grandes compagnies de danse européennes et américaines. Le Caribéen naît danseur, d’une manière générale. Il danse par nature bien qu’aujourd’hui l’expression « la danse dans le sang » ne se vérifie plus aussi souvent. Il a un sens inné du rythme et de l’improvisation. Il est très doué et très créatif tant qu’il le fait de sa propre initiative. Mais dès qu’il est confronté à un apprentissage spécifique, il y a comme un conflit à l’intérieur de lui, comme une révolte intérieure, presque comme un refus de la discipline. En fait il doit apprendre à apprendre, tant qu’il reste dans son île. Par contre, dès qu’il est à l’extérieur, il s’adapte très facilement, en général, et très vite, du fait de la concurrence, devient un danseur de qualité et peut prétendre à une carrière professionnelle. On peut par exemple mentionner Ovide Carindo, Léna Blou, Jean Nanga, Christiane Emmanuel, Xavier Chasseur, Darius Grandisson, Jean Claude Zadit, Hubert Petit Phare, Seta, Eric Gagneur, Fabrice Lamego et bien d’autres.

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Est-ce que la danse contemporaine guadeloupéenne s’exporte facilement dans la Caraïbe, en Europe, en Amérique du nord ?

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Qu’est-ce que la danse « contemporaine guadeloupéenne » ? Est-ce une danse qui a subi l’influence de la danse contemporaine française, donc qui pourrait être limitative, ou est-ce une danse guadeloupéenne d’aujourd’hui, donc caribéenne, donc multiculturelle, donc pleine d’un enrichissement qui permet l’ouverture sur l’expression, la communication, l’échange ? Comment justifier cette appellation ? Pour répondre à la question, mis à part quelques échanges entre îles de la Caraïbe, la danse « contemporaine guadeloupéenne » ne s’exporte pas en Europe et encore moins aux USA. Les compagnies de Léna Blou / Trilogie de la Guadeloupe et Christiane Emmanuel de la Martinique ont dansé en Avignon et Léna a fait une tournée internationale aux USA, via les alliances françaises. Ce sont ces deux compagnies qui émergent dans le contexte actuel. Mais, on ne peut pas dire que ça s’est fait facilement.

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Comment concevez-vous votre métier de danseur et de chorégraphe ?

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La danse est en premier lieu un échange entre danseurs et public. La création artistique est le moyen de mettre en valeur cet échange, le danseur / interprète comme centre d’intérêt avec l’aide de tout autre moyen technique. S’il y a un message, il sera ressenti personnellement par le public à qui il faut laisser une grande part dans l’imaginaire. La danse n’a pas de limites dans son expression. Le danseur se veut versatile et est disponible à toute demande du chorégraphe. Très souvent, le danseur « est » le chorégraphe.

Pour citer cet article

  Bérard Stéphanie,  Lasserre Fred, « La danse, art d'échange et de métissage », Africultures, 1/2010 (n° 80-81), p. 126-128.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2010-1-page-126.htm
DOI : 10.3917/afcul.080.0126


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