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Africultures

2010/3 (n° 82)

  • Pages : 240
  • ISBN : 9782296122338
  • DOI : 10.3917/afcul.082.0092
  • Éditeur : Africultures

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Niamkey Koffi donne son point de vue à propos du débat sur la philosophie africaine dont il fut l’un des penseurs dans les années 70 ; il indique en outre, le rôle et la place de cette philosophie aujourd’hui.

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Y a-t-il eu un événement particulier à l’origine du débat ?

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Il faut peut-être rappeler, à l’origine, la publication du livre du Père Tempels sur la philosophie bantoue ainsi que celui de Janheinz Jahn, Muntu. Ces ouvrages ont déclenché chez Towa et Hountondji les réactions critiques qui vont lancer le débat sur l’existence d’une philosophie africaine qualifiée d’ « ethnophilosophie » pour disqualifier et la négritude et l’ethnologie rejetées dans le champ, à leurs yeux, honteux de la « négrologie ».

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Si mes souvenirs sont exacts, je crois que, à l’époque, ils avaient écrit un certain nombre d’articles qu’ils ont réunis, par la suite, sous forme de livre. Ces articles mettaient en cause l’idée d’une philosophie africaine. J’étais étudiant et je terminais mon troisième cycle de Philosophie. J’ai eu l’opportunité d’assister, à la cité universitaire du Bd Jourdan, à Paris, à la Maison d’Afrique où j’étais résident dans les années 72 ou 73, à une conférence de Towa sur cette problématique. Très surpris par son approche de la question qui me semblait reprendre celle de Hountondji, je me suis engagé à répondre à des idées que je ne trouvais pas justes, et qui m’apparaissaient trop simples. Le débat est parti de là et cela a été un grand débat, car beaucoup d’intellectuels africains y ont pris part.

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Il faut dire qu’à l’époque, il y avait une véritable effervescence intellectuelle marquée par beaucoup de débats, comme par exemple celui de l’existence d’une littérature africaine, une histoire africaine…C’était toute une problématique qui relevait quasiment d’une lutte pour la reconnaissance de la culture africaine dans tous ses compartiments.

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Aujourd’hui, les choses se sont apaisées. Personne ne se pose plus ce genre de questions. Toutefois, il est clair qu’il y a et il reste des études à conduire, des recherches à faire. Car, sous ce chapitre, nous n’avons pas fait beaucoup de travaux, nous en sommes restés aux débats théoriques. Nous ne sommes jamais descendus sur le terrain pour faire des enquêtes et des investigations approfondies. Il faut faire des recherches pour, comme le disaient Towa et Hountondji, exhumer nos anciennes pensées, nos pensées archaïques. Aller chercher sous les décombres, les choses qui sont enterrées et enfouies dans la couche épaisse du temps. Je ne partage pas le défaitisme de ceux qui pensent que ça ne vaut pas la peine d’aller fouiller. Si l’archéologie est une tâche continue au niveau de l’histoire, elle doit valoir également pour la philosophie. Il faut, au niveau de la philosophie, faire des recherches archéologiques sur nos pensées anciennes. Ce sont là des chantiers qui restent ouverts. C’est vrai que, trouver les financements en la matière relève d’une véritable gageure. Encore que ces chantiers sont loin d’être une des priorités des États africains. Par contre, cela devrait l’être pour les universitaires. Il faut se battre pour relancer ce genre de chantier même si au niveau théorique, la question ne paraît plus brûlante. Apporter des réponses non pas à travers des discussions théoriques mais des travaux de recherches en profondeur sur notre culture. C’est cela ma position et ma conviction.

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Ce débat est-il toujours d’actualité ?

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En tant que tel, je ne le crois pas. Aujourd’hui, nous avons formé suffisamment de philosophes qui, avec leurs compétences, peuvent investir le terrain sans tourner en rond dans des débats théoriques.

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En quels termes devrait se poser le débat sur la philosophie africaine ?

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Essentiellement en termes de recherches. Même nos langues, nous ne les étudions pas assez. Peut-être qu’en étudiant nos langues, leurs modes d’articulations peuvent nous aider à déclencher des choses. C’est cela qui m’avait poussé à faire ma thèse sur L’articulation logique de la pensée akan-n’zima sous la direction du Professeur Dominique Zahan. Il y a également les travaux remarquables du Professeur Niangoran Bouah sur les poids à peser l’or qui constituent une mine de recherches potentielles. Il y a les travaux sur le langage tambouriné. Il nous faut dépasser l’aspect folklorique et convertir le regard sur nos réalités pour dégager tout ce qu’on peut découvrir comme idées, comme pensées… Tout un chantier d’études philologiques pour déboucher sur un univers de pensée africaine reste à ouvrir…

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Ce n’est donc pas en termes de questionnement théorique mais en termes de recherches pratiques que nous avons à apporter des solutions à la question de la pensée africaine. Sur ce chapitre, le questionnement qui se tient entre quatre murs me semble dépassé.

Pour citer cet article

  Kouakou Guy,  Koffi Niamkey, « Le débat sur la philosophie africaine », Africultures, 3/2010 (n° 82), p. 92-93.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2010-3-page-92.htm
DOI : 10.3917/afcul.082.0092


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