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Africultures

2011/2 (n° 84)

  • Pages : 240
  • ISBN : 9782296546646
  • DOI : 10.3917/afcul.084.0007
  • Éditeur : Africultures

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L’histoire de la bande dessinée en Afrique se fait connaître, doucement, tant sur le continent noir qu’en Occident. Des articles, des ouvrages évoquent les noms les plus connus, les œuvres les plus remarquées, les revues les plus exemplaires. En parallèle, l’émergence d’auteurs africains en Europe a permis au grand public occidental de découvrir des auteurs du continent, qu’ils soient dessinateurs ou scénaristes. Certains d’entre eux rencontrent même un franc succès, comme Pat Masioni (The unknown soldier publié aux Etats-Unis), Thembo Kash (série Vanity chez Joker) ou, bien sûr, Marguerite Abouet (Aya de Yopougon). L’époque des années 90 où seul le Congolais Barly Baruti était connu des amateurs, est définitivement terminée. Deux facteurs expliquent cette situation. Tout d’abord, une recrudescence de la production de bandes dessinées qui a explosé en 20 ans, passant d’une moyenne de 500 titres par an dans les années 90, à plus de 4 000 en 2010. Cela a entraîné un appel d’air qui a profité aux auteurs de toutes nationalités. Parallèlement, de profonds mouvements migratoires en direction de l’Occident ont été observés chez les artisans du 9e art, dus à l’instabilité politique voir aux guerres civiles que connaissent certains pays.

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Ouverts par la force des choses à tous les univers, les bédéistes africains montrent donc leur capacité à se fondre dans divers environnements, y compris ceux dont ils sont culturellement éloignés. Cependant, si le nombre de dessinateurs du Sud est en augmentation au Nord, ceux-ci restent encore noyés dans la masse des autres professionnels et ne se distinguent en rien de leurs homologues européens. Le prix à payer par les bédéistes africains pour pouvoir travailler en Europe est en effet de se plier aux exigences des éditeurs locaux. À l’heure actuelle, ils ne sont pas encore en mesure de proposer d’autres thématiques ou d’autres formes d’expression graphique comme ont pu le faire les mangas japonais ou les comics américains. En effet, en matière de bande dessinée francophone, l’Europe reste encore hermétique à l’influence des autres pays, alors que les écrivains africains ont largement commencé à imposer leurs regards. Cette situation est accentuée par le fait que la diaspora africaine, qui représente environ 8 à 10 % de la population française, n’est toujours pas considérée comme un marché suffisamment porteur pour que les éditeurs de BD s’y intéressent réellement. Et les quelques éditeurs africains de BD installés en Europe (Sary92, Afrobulles, Mabiki) sont encore trop petits et trop fragiles pour pouvoir réellement peser sur les a priori… Il faut, cependant, se garder de tout bilan précipité, l’apparition d’auteurs africains dans la bande dessinée étant encore récente. Il leur appartient maintenant de s’installer dans le paysage et de se faire connaître.

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La reconnaissance naissante du talent des auteurs africains de bande dessinée n’implique cependant pas celle des conditions de production et de diffusion de celle-ci. Certaines questions se posent : Quelle est la vie des acteurs qui font vivre le 9e art d’Afrique ? Comment en sont-ils arrivés à y consacrer une partie de leurs activités, de leur temps ? Par quels moyens se diffusent les albums et les séries ? Comment sont-ils reçus ?

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Mon ambition à l’origine consistait donc dans un cadre général à faire connaître le travail et la démarche d’auteurs africains, et par le prisme de la BD, de donner à voir une autre réalité de ce continent. Médiatiser, populariser certains talents méconnus, rendre intelligible leurs trajectoires souvent courageuses et exemplaires, constituait la motivation première de mon travail d’interview journalistique.

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Le jeu de l’entretien permet en effet d’entrer intimement dans la vie de ces bédéistes et d’apporter un éclairage sur leur parcours, leur passion, leurs projets, leurs ambitions et leurs difficultés. Puis, au fur et à mesure des rencontres qui se sont succédé, l’impression très nette que toutes ces histoires individuelles transcrivaient une musique commune s’est imposée. En effet, ces itinéraires personnels, tous uniques en leur genre, racontent également une partie de la vie de centaines d’artistes du continent qui, au milieu de difficultés inouïes, continuent de s’exprimer et de produire. Il était alors intéressant d’aller à la recherche d’auteurs venus d’horizons différents et ayant des expériences parfois aux antipodes les unes des autres. Puis, s’est imposée l’idée de réunir ces entretiens afin de structurer l’ensemble de la démarche.

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Parmi les personnes interrogées dans ce numéro se trouvent des dessinateurs, des scénaristes, des organisateurs de festival, des éditeurs, en bref, toute la palette des métiers qui enrichissent le 9e art. Certains vivent de leur travail, d’autres ont du mal à s’en sortir. Certains sont à l’étranger, d’autres continuent à travailler dans leurs pays. Certains ont été publiés en Europe, d’autres n’y ont jamais mis les pieds. Il y a des débutants et des artistes affirmés. Il y en a qui sont surtout caricaturistes, d’autres sont également peintres ou enseignants. Il y a toute une gamme de situations diverses qui reflètent ce qu’est le milieu de la BD d’Afrique, riche de talents singuliers et de personnalités différentes.

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Mais en filigrane de ces différences, une réalité s’impose : toutes les personnes interviewées sont d’abord et avant tout des professionnels. Comme pour d’autres artistes de n’importe quel pays, continent ou latitude, ils puisent leur inspiration, leurs désirs et leurs rêves dans leur vécu et leur environnement quotidien. Leurs vies ressemblent à celles de beaucoup de leurs collègues du Nord. La petite part d’exotisme qu’apportent leurs origines géographiques s’efface derrière ce constat.

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Cette mosaïque d’entretiens est organisée par pays d’origine ou d’accueil et généreusement illustrée. Un préambule retraçant l’historique de la bande dessinée pour chaque pays concerné permet de remettre l’artiste interrogé dans le contexte local. Enfin, des compléments d’information relatifs à l’actualité récente des artistes ont été mentionnés à la fin de ceux-ci.

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Ce travail surpasse le recueil d’entretiens déjà visibles sur le site internet d’Africultures et constitue un document de référence pour comprendre le déploiement et les limites de la BD d’Afrique aujourd’hui.

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Réalisés entre janvier 2008 et octobre 2010, tous ces entretiens ont été soigneusement relus une première fois par Virginie Andriamirado. Ils ont ensuite été repris par Élisa Tabet. Qu’elles trouvent ici l’expression de ma profonde gratitude.

Pour citer cet article

Cassiau-Haurie Christophe, « Introduction », Africultures, 2/2011 (n° 84), p. 8-9.

URL : http://www.cairn.info/revue-africultures-2011-2-page-8.htm
DOI : 10.3917/afcul.084.0007


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